Prédictions

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Depuis 2004, nous attendions avec impatience le retour sur les grands écrans de Alex Proyas, réalisateur culte s’il en est de par la qualité aussi bien formelle que narrative qu’il insuffle à ses films. The Crow, Dark City ou encore I, Robot, autant d’exemples flamboyants d’un savoir-faire qui a su à chaque fois rendre crédibles et presque réelles les intrigues les plus incroyables. Pourtant, lorsque nous apprîmes qu’il allait se lancer sur Prédictions pour effectuer son grand retour, autant dire que les avis étaient partagés. En effet, la présence de Nicolas Cage sur un projet n’est pas spécialement rassurante depuis quelques années et le synopsis, bien qu’intrigant, donnait l’impression de ne pouvoir aller nulle part. Et si nous nous trompions pour moitié, malheureusement, il ne s’agit pas de la moitié qu’il aurait fallu.

En 1958, à l’occasion de la célébration d’une nouvelle école, des élèves ont la charge de faire des dessins pour remplir une capsule temporelle qui va être enterrée pour les cinquante prochaines années. Parmi eux, une fillette mystérieuse entendant des voix va cependant déroger à cette consigne et, en lieu et place des dessins, elle va joindre à la capsule un papier sur lequel elle a inscrit des chiffres de façon apparemment aléatoire.
50 ans plus tard, la capsule est ré-ouverte par les élèves actuels de l’école et le papier se retrouve alors entre les mains de Caleb Myles. Mais c’est son père, le professeur Ted Myles, qui va parvenir à décrypter le « code » contenu sur la feuille : il s’agit en fait de dates, pour la plupart concernant les cinquante dernières années et prédisant avec une très grande précision diverses catastrophes ayant eu lieu durant ce laps de temps. En cherchant encore, le professeur découvre que trois autres dates ne sont toujours pas passées et que la dernière d’entre elles, à la toute fin, prédit une destruction à très grande échelle dans laquelle lui et son fils auraient une part de responsabilité

Ainsi, vous l’aurez compris, Nicolas Cage est dans ce film relativement crédible pour la première fois depuis longtemps, ce qui fait quand même drôle. Presque touchant dans sa relation avec son fils, il nous entraîne à la suite de ces listes de chiffres sur un rythme et avec une conviction qui nous emportent littéralement, grâce à la fluidité et aux nombreuses facettes de la réalisation de Proyas mais aussi grâce aux compositions de l’excellent Marco Beltrami, qui signe-là un score accompagnant merveilleusement le long-métrage dans toute sa diversité (horreur, « conte », thriller,…). Dans toute sa première partie, Prédictions se tient donc à la perfection, modèle de thriller-apocalyptique, et c’est alors que les choses vont se gâter. Nous n’en parlerons cependant pas trop pour ne pas vous déflorer la (mauvaise) surprise, mais sachez que le film se fait de façon assez surprenante l’étendard de nombre de pensées malades des Etats-Unis modernes, basculant dans le grand n’importe quoi lors d’un final qui règlera toutes les questions par des réponses ô combien vaseuses. N’allez pas croire pour autant que le scénario est mal foutu, tout s’y tient plutôt bien même quand on y réfléchit, mais c’est donc en fait la direction choisie pour se dépêtrer de cette intrigue à la fois excitante et casse-gueule qui va poser problème, créant une sorte de recadrage assez grossier des thématiques et cela bien que le réalisateur nous y ait préparé dès son générique de début.

Après, heureusement qu’il y a Proyas derrière la caméra et qu’il en soit un véritable virtuose, car autant le film nous décevra sur le fond que, dans la forme, il nous mettra une véritable claque ! Sans esbroufe la plupart du temps, le réalisateur tisse donc son histoire avec une efficacité sans pareille, mais ce sont bien sûr les scènes-choc qui retiendront le plus notre attention. C’est que nous venons quand même pour voir la fin du monde, et nous entendons donc bien avoir notre lot de destruction ! A ce titre, les principaux accidents que compte le film sont ainsi de purs moments d’anthologie, bénéficiant d’approches très différentes dans leur conception mais débouchant sur des résultats tout aussi spectaculaires et représentatifs du chaos. Le crash de l’avion et la « promenade » hallucinée et hallucinante en plan-séquence qui s’en suit, ou bien encore un accident de métro dont la violence et le sens du détail glauque feraient passer celui de Une journée en Enfer pour une collision entre deux tricycles. Même un simple accident de voiture, Proyas parvient à le magnifier de par son sens du cadrage et du découpage, alors vous imaginez bien que, lorsque nous arriverons à l’attendue fin du monde (ou pas, vous verrez), nous toucherons tout simplement au grandiose…

Si de tous les films de Proyas qui nous sont parvenus (il reste quelques petits inédits dans des genres apparemment TRES différents), Prédictions apparaîtra comme le plus décevant, nous n’oublierons pas que cela est plus dû à son histoire se barrant en sucette qu’à une quelconque lacune du réalisateur, lequel compte sans hésitation parmi les plus talentueux du moment et le réaffirme ici sans même donner l’impression de forcer. Ne manque plus qu’à retrouver un sujet à la hauteur de ce talent, en somme, et nous espérons donc bien qu’il va maintenant pouvoir se lancer sur son Dracula – Year Zero !

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2 Réponses à “Prédictions”

  1. mabataille dit :

    J’imagine bien ce qui se passe à la fin :
    Nicolas Cage parvient de justesse à sauver le continent américain des dinosaures cosmiques enturbannés. Le reste du monde est plongé sous une épaisse fumée noire baptisée par le gouvernement « Moral corruption smoke » qui détruit toute trace de vie, même à Hawai qu’a bien essayé de contacter Nicolas mais sans résultat.
    Heureusement la vie continue : Janet Jackson s’est sectionné les deux seins et les a offert a un couple d’aigle royaux protestants et Justin Timberlake s’est mis à la couture : il reprise les drapeaux américains qui tombent du ciel, portés par les « vents » des dinosaures cosmiques enturbanés.
    J’ai bon ?

    Blague à part, je suis étonné de l’orientation du film. Un côté bourrage de crâne sûrement… qui me fera boycotter le film, assurément !

  2. pitouwh dit :

    Ce qui est sûr, c’est que ta version se serait mieux tenue, même la partie sur les aigles royaux protestants.

    Ceci dit, le film mérite quand même le coup d’oeil, ne serait-ce qu’en tant que nouvelle livraison de Proyas dont je sais que tu es fan !

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