Archive pour avril, 2009

X-Men Origins : Wolverine

27 avril, 2009

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S’ils avaient jurer leurs grands dieux que la saga X-Men au cinéma se contenterait de n’être qu’une trilogie, les pontes de la 20th Century Fox et de Marvel ne pouvaient bien évidemment pas abandonner une telle franchise, véritable poule aux oeufs d’or et vitrine prestigieuse pour les deux compagnies. Ainsi, sans trahir entièrement leurs dires et sans tomber non plus dans le piège du reboot (qui aurait fait un joli scandale), ils ont trouvé la solution idéale à leur dilemme : le spin-off. Soit prendre un personnage charismatique, pour lequel le public a un fort attachement, et lui offrir son propre film. Et si Magneto avait été un temps évoqué, qui mieux en fin de compte pour cet exercice que Wolverine ? Riche d’un passé toujours mystérieux mais déjà familier du grand public grâce aux films de Bryan Singer et Brett Ratner, il est en plus sans conteste le mutant préféré des spectateurs, bénéficiant aussi bien d’un traitement de faveur dans les scénarios des adaptations que d’une aura mythique héritée de ses aventures en comic-books (la seconde expliquant bien sûr la première). Sans oublier encore que son interprète, Hugh Jackman, est devenu depuis le premier film -et grâce à lui- une véritable star, capable de rameuter les foules presque aussi efficacement que le griffu X-Man et prompt à se laisser repousser les rouflaquettes pour peu qu’on lui assure au passage le poste de producteur. Une conjoncture parfaite pour sortir alors sur les écrans X-Men Origins : Wolverine, le film qui lèvera le voile sur les « Origins » de notre mutant préféré et ouvrira -peut-être- la voie à toute une nouvelle série de longs-métrages.

Depuis des décennies, James Howlett et son frère Victor Creed survivent côte à côte, prenant part à tous les conflits qui s’offrent à eux et durant lesquels ils peuvent laisser aller libre cours à leur véritable nature. Car James et Victor sont des mutants, dotés de divers pouvoirs dont celui de l’auto-guérison et par conséquent, à ce qu’il semble, de l’immortalité. Une capacité qui les fait repérer par William Stryker, commandant de l’armée américaine à la tête d’un projet appelé Team X. Les deux frères intègrent ainsi une équipe constituée de mutants et, pour la sécurité de leur pays, ils s’engagent dans de nouveaux conflits. Mais alors que Victor prend de plus en plus goût aux massacres, James décide de tout plaquer. En tout cas jusqu’à ce que Creed retrouve sa trace et le prive de sa nouvelle vie. Fou de rage, celui que l’on appelle désormais Wolverine se lance à la recherche de son frère

L’un des éléments prépondérants pour juger de la qualité d’une adaptation est, en toute logique, le respect dont elle a fait preuve envers son matériau d’origine. Non pas qu’il faille recopier servilement son modèle mais, au contraire, il faut le digérer, le faire sien, pour en comprendre le sens et y apposer son propre regard, ceci afin d’accoucher d’une oeuvre qui n’existe que par elle-même et qui soit à la fois solidement attachée à ses origines. Et si X-Men Origins : Wolverine est un spin-off, il est aussi et bien évidemment une adaptation, qui plus est d’un matériau dont les admirateurs sont légions, connaissant sur le bout des doigts une mythologie ayant de quoi faire pâlir n’importe quelle saga sur quelque support que ce soit. Une adaptation qui fera donc grincer les dents de plus d’un tant elle peut prendre ses aises avec sa source. Nous trouverons ainsi des personnages dont les origines ont été modifiées, d’autres dont ce sont les pouvoirs, encore certains autres qui n’ont rien à faire ici, sans compter que Wolverine n’est que le quart du bad-ass qu’il est censé être à cette époque… Le fan pointilleux ne manquera alors pas de soupirer ou s’offusquer à intervalles régulières devant tant de libertés prises, la plus incroyable étant très certainement que les scénaristes ont décidé de faire de Victor Creed, plus connu sous le pseudo de Dent-de-Sabre, le frère de Wolverine ! Une intrigue qui débarque de nulle part, présentée à nous d’entrée de jeu. Mais alors, après tout, pourquoi pas ? Si l’on fait le compte des décennies de bons et loyaux services qu’a prodigué Wolverine dans les pages des publications Marvel, son passé est loin d’être d’un seul tenant et est même d’ailleurs sans cesse sujet à l’exploration de pistes nouvelles par les auteurs. Pendant un temps, il fut ainsi même suggéré dans les pages du comics que Creed était en réalité le père de Logan, alors faire aujourd’hui de lui son frère ne devrait pas poser spécialement de problème. Sauf que, pour parvenir à ce but, les créateurs du film ont humanisé Dent-de-Sabre sans retenue, coupant de fait toute connexion ou ressemblance avec son apparition dans le premier X-Men, où Tyler Mane l’incarnait sous un jour bien plus bestial (sans même parler du maquillage) et aucunement fraternel envers Wolverine. Pour un film censé revenir sur les origines de ses personnages, ça la fiche mal, ou alors il faudrait nous expliquer cette « régression » qui ne sera ici qu’à peine évoquée, peinant à établir une continuité avec les autres films comme nombre d’autres éléments.

Mais alors, peut-on prendre ce X-Men Origins : Wolverine comme une entité à part entière et ne se soucier à aucun moment de sa nature d’adaptation ou de spin-off ? Bien sûr, c’est possible. Si l’on veut, on peut faire totalement abstraction de ce qui entoure le film pour ne s’intéresser qu’à lui, à sa façon de nous présenter un personnage, son parcours, sans établir le moindre parallèle annexe. Comme un épisode spécial libéré de toute cohérence narrative. Et c’est là où se trouvera la plus grosse déconvenue car, si le scénario prend des libertés parfois irritantes, un montage n’ayant d’autre but que de couper au plus court fait que l’histoire de ce spin-off est en plus loin de se montrer convaincante ou même réellement passionnante. Pourtant ce ne sont pas les pistes intéressantes qui manquent et nous aurions alors adoré voir -quitte à partir dans cette voie- la relation fraternelle entre Wolverine et Dent-de-Sabre être plus approfondie, surtout après la manière dont sont introduits ces personnages et qui appelait à un conflit épique à travers les âges diablement prometteur (le générique de début a une sacrée classe). Mais voilà, parce qu’ils n’oublient pas non plus complètement que les fans sont des gens dangereux si on vient à les énerver, les responsables du films tentent malgré tout de faire apparaître le plus d’aspects possible du passé connu de Wolverine dans le film. Une attention louable au demeurant, et qui serait appréciée si seulement on avait bien voulu accorder une durée un peu plus longue au montage final. La petite centaine de minutes aura donc bien du mal à contenir toutes les étapes du parcours de notre héros, et le film filera droit jusqu’à sa conclusion sans même que l’on ait pu s’en rendre compte. Dire que l’on s’ennuie devant X-Men Origins : Wolverine serait alors mentir mais il est néanmoins indéniable qu’il manque du souffle épique que nous attendions, faisant s’enchaîner ses séquences de façon parfois pataude (certaines transitions manquent vraiment de fluidité et font trop sentir les économies de bout de chandelle pour raccourcir la durée, désamorçant pour beaucoup la dramatisation) et cantonnant la très grande majorité de ses mutants à des rôles qui frôlent la figuration.

Vraiment dommage, d’autant que nous attendions du réalisateur Gavin Hood qu’il parvienne à assurer un peu plus de tenue et de rigueur à tout ça après avoir mis en image l’oscarisé Mon nom est Tsotsi et le thriller post-11 septembre Détention Secrète. Une jeune filmographie (en tout cas en tant que réalisateur, puisque Hood faisait déjà le comédien au début des années 90 dans par exemple American Kickboxer) qui donnait l’impression que l’homme savait traiter ses sujets avec intelligence, au moins aussi bien qu’il parvenait à donner vie à ses personnages. Las, nous ne retrouverons rien de cela dans ce spin-off, le réalisateur n’ayant certainement pas réussi à s’imposer sur ce qui constitue son premier blockbuster. Et son talent de ne s’exprimer alors qu’au travers de quelques magnifiques plans, lesquels confèrent parfois presque à son film de super-héros des allures de conte moderne. Mais surtout, ce sont bien évidemment les scènes d’action qui vont nous intéresser ici, les affrontements entre mutants surpuissants ayant toujours le potentiel de nous lâcher au visage des séquences fort réjouissantes et, sur ce point, Hood livre en effet quelques jolis moments, portés par les compositions de Harry Gregson-Williams et qui usent plutôt bien des spécificités des personnages. On aura beau alors encore noter la présence de quelques couacs dans le montage et des attitudes/poses frôlant parfois le ridicule chez les mutants (il faut voir Wolverine couper un escalier métallique en accéléré, effet comique involontaire assuré), des scènes comme la prise d’assaut de la base en Afrique ou le duel final sauront nous contenter en matière de cascades et effets pyrotechniques. C’est peu, mais c’est déjà ça !

X-Men Origins : Wolverine est donc une semi-déception, le film étant loin d’être aussi abouti et maîtrisé que nous l’aurions espéré avec Gavin Hood à ses commandes. Pas forcément respectueux de l’univers et la mythologie dans lesquels il évolue, ce premier spin-off de la franchise X-Men fera ainsi très certainement hurler les fans les plus hardcore du comics Marvel tandis que les autres, et le reste du public, profiteront d’un long-métrage divertissant mais sans plus, ne se donnant pas le temps de prendre l’ampleur qu’il aurait mérité. Malgré cela, le film est quasi-assuré d’un joli succès, et l’on commence alors à parler plus sérieusement d’autres spin-off comme Magneto ou X-Men : First Class (une scène après le générique de fin évoque aussi un potentiel Wolverine 2). Des occasions de rattraper ce rendez-vous manqué ?

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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OSS 117 : Rio ne répond plus

18 avril, 2009

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Ayant rencontré un vif succès public et critique en 2006 avec leur résurrection du héros créé par Jean Bruce, c’est en toute logique que Jean Dujardin et le réalisateur Michel Hazanavicius se retrouvent aujourd’hui pour emmener le plus séduisant et « français » des espions hexagonaux dans une nouvelle aventure pleine de péripéties et d’exotisme kitsch, dans un esprit serial-esque en adéquation parfaite avec la nature du personnage. A priori, rien de nouveau donc sous le soleil de Rio (qui en plus ne répond plus… pétasse), et c’est finalement l’impression que nous aurons un peu au sortir de cette plongée dans l’univers Technicolor de Hubert Bonisseur de la Bath. Mais est-ce un mal pour autant ?

Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, est l’espion français considéré par ses supérieurs comme le meilleur de sa profession. En cette année 1967, il est envoyé en mission à Rio de Janeiro, à la recherche d’un ancien dignitaire nazi réfugié en Amérique du sud après la guerre. Les péripéties de son enquête vont l’amener à traverser le Brésil, de Rio à Brasilia en passant par les chutes d’Iguaçu, accompagné d’une charmante espionne du Mossad, elle aussi à la recherche du nazi. L’homme a du charme, la jeune femme aussi, et, sur fond de bossa-nova, ils vont alterner aventures et histoire d’amour

Ainsi, si vous avez eu l’occasion d’expérimenter OSS 117 : Le Caire nid d’espions, vous nagerez en eau connue avec OSS 117 : Rio ne répond plus, son personnage principal se cantonnant avec un renfrognement somme toute très français dans les convictions et réactions que nous lui connaissons. Sauf que, puisque nous sommes dans une suite, il se montre alors bien sûr deux fois plus désagréable, crétin et chauvin (français, donc) que ce qu’il avait pu nous dévoiler jusque-là. Une surenchère dont l’efficacité et la réussite résident pour beaucoup dans le talent de Dujardin, si incroyablement à l’aise dans le costume de de la Bath qu’il semble n’avoir été fait que pour lui et dans lequel il irradie d’une assurance bancale réservant toujours son petit effet comique. On pourra alors trouver parfois un peu lassant sa façon de rigoler à ses propres blagues (et ça lui arrive souvent, vu que personne ne comprend ou ne veut comprendre ce qui sort de sa bouche), mais ce n’est rien en comparaison des quelques exploits et fulgurances humoristiques que lui réserve un scénario qui n’aura de cesse de le mettre en contradiction avec tout ce qui l’entoure.

Et des éléments qui s’opposent à l’agent OSS 117 et sa morale réactionnaire, le film en comporte toute une flopée entre les chinois, les nazis, les juifs, les hippies, les américains, les crocodiles et tout ce que vous pourrez imaginer dans une aventure d’espionnage bien plus ouvertement parodique et absurde que la précédente. En effet, à l’époque, Dujardin et Hazanavicius se défendaient farouchement d’avoir fait une parodie avec OSS 117 : Le Caire nid d’espions, préférant voir ça comme un « pastiche » (ce qui revient un peu à jouer sur les mots, mais bon). Un discours qu’ils ne peuvent plus tenir aujourd’hui tant les clins d’oeil au cinéma de ce genre sont nombreux dans le nouvel opus (que ceux qui ne tiquent pas face au climax final sortent se couper une phalange), participant de ce foisonnement que l’on y ressent en permanence.

Ce qui pourrait d’ailleurs devenir, toujours comme pour le premier film, le principal défaut de cette séquelle qui, à force de générosité, finit par vous perdre dans une intrigue de laquelle nous nous désintéressons complètement. Plus encore, nous pouvons parfois avoir l’impression d’être laissé sur place par certaines blagues, non pas parce qu’elles ne seraient pas drôles mais, au contraire, parce qu’elles sortent à ce point de nulle part que nous ne pouvons qu’être décontenancés par elles. A ce titre, il est alors sûr et certain que ce nouveau blockbuster de la comédie française gagnera fortement à être vu et revu, une particularité que nous retrouvions déjà avec le long-métrage de 2006 qui se bonifie toujours au fil des visionnage. Un contrainte à laquelle nous nous plierons donc avec plaisir d’autant que, en plus d’être drôle, ce film bénéficie une nouvelle fois de tout le savoir-faire de Hazanavicius en matière de réalisation, lequel compose un visuel confondant de similarités avec les productions auxquelles il rend son hommage amusé. L’impression d’être face à un film des années 60 est ainsi quasi-totale (nous noterons l’utilisation intensive du split-screen, qui connut à l’époque sa première véritable heure de gloire avec le développement des effets vidéos), n’en rendant cette aventure brésilienne que plus dépaysante et drôle.

OSS 117 : Rio ne répond plus est en conséquence ce que l’on peut appeler un vrai « numéro 2″, une suite reprenant la recette du précédent en la poussant juste un cran plus loin. Un exercice de surenchère n’aboutissant pas toujours à de franches réussites mais qui, pour le coup, parvient à nous livrer ici un film on ne peut plus recommandable, nouvelle résurgence d’un cinéma désuet sur lequel le OSS 117 des années 2000 pose un regard à la fois amoureux et lucide. Si seulement plus de comédies françaises pouvaient approcher un tel niveau de qualité dans le fond comme dans la forme, peut-être arrêterions-nous alors de voir un Bienvenue chez les ch’tis comme le canon du genre…

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Dragonball Evolution

9 avril, 2009

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Cela faisait très, très longtemps que nous l’attendions, que nous en parlions, réagissant à la moindre rumeur entourant le projet de porter à l’écran une oeuvre aussi culte que Dragon Ball. Et puis, quand le projet fut officiellement mis en chantier et que les premières informations nous parvinrent, notre curiosité hardie tourna bien vite à la déconfiture, ensevelie sous des annonces de casting peu entraînantes que vinrent encore alourdir considérablement des images d’une laideur sans nom, à mille lieux de l’univers créé par Akira Toriyama. Pourtant, nous aurions pu nous douter que cela se passerait ainsi, qu’une oeuvre comme le manga original ne pouvait être adaptée sans que cela devienne une véritable transformation. En cela, Dragonball Evolution est donc la déception attendue, mais pas seulement. Car en plus d’être une adaptation honteuse, il se trouve que le film peut également se targuer d’être une foirade complète !

Goku vit avec son grand-père Gohan, qui lui enseigne depuis tout petit les secrets des arts martiaux avec la promesse néanmoins de ne jamais s’en servir. Ainsi, le jeune garçon est la risée de son lycée, le souffre-douleur de toutes les brutes du coin, et cela bien qu’il pourrait tous leur mettre une sacrée raclée pour épater la fille de ses rêves, Chichi. Mais le jour où Gohan est tué par Piccolo, un démon revenu d’un exil de 2000 ans et à la recherche des dragon balls pour devenir le maître de l’Univers, Goku n’a d’autre choix que de se lancer dans le plus terrible des combats pour préserver le sort de chacun

Vous rappelez-vous de l’époque où nous nous demandions quelle intrigue du manga allait être choisie pour entamer son pendant cinématographique ? Parce que si pendant longtemps nous avions cru que les choses commenceraient ainsi avec l’intrigue des Sayens, soit l’arrivée de Raditz sur Terre, nous avions été rassurés d’apprendre que le film s’intéresserait plutôt au combat contre Piccolo, élément repris à DB et non DBZ et donc plus logique pour débuter. Nous retrouvons alors dans Dragonball Evolution Goku vivant aux côtés de son grand-père, apprenant les arts martiaux avec lui. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que voilà, le Goku du film n’a en fait strictement rien à voir avec celui du manga et de l’anime, et cela bien au-delà d’un quelconque problème de « ressemblance » physique auquel nous sommes désormais presque habitués. Nous le connaissions ainsi gaffeur, parfois empoté, mais surtout mû par une volonté sans faille et un respect absolu de ses idéaux de courage et de bonté, portrait un peu stéréotypé du gentil que le talent de Toriyama transformait cependant en une incarnation ultime du Héros. D’où notre attachement au personnage et la profonde trace qu’il a laissé dans nos imaginaires. Et que se passe-t-il lorsque ce personnage est revu et corrigé par des gens n’y comprenant absolument rien, ou en tout cas visant un public non familier du matériau original ? Hé bien oui, il est devenu un ado comme il en existe beaucoup, avec des préoccupations et réactions de teenager américain tout droit sorti d’une mauvaise série télé… Et même si l’on pourra toujours arguer que le personnage évoluera dans les séquelles d’ores et déjà prévues, le mal est ici fait et fait sacrément mal à la gueule.

D’autant que nous ressentons un réel détachement généralisé vis à vis de l’univers créé par Toriyama, que ce soit dans sa mythologie ou ses composants visuels. Si les créateurs du film n’ont donc pas même cherché à retranscrire le dépaysement que peut représenter une plongée dans les planches du mangaka, avec ses bâtiments étranges et ses monstres à tous les coins de rues, ils n’en respectent pas plus ce qui constituait le paysage « humain », la galerie de personnages de premier plan. Parce que même si nous nous doutons bien qu’il aurait été difficile de faire apparaître un Krilin sans nez ou un Oloong, ils auraient au moins pu trouver le moyen de placer quelques clins d’oeil, histoire de faire plaisir aux fans ; mais non, même pas. « Fuck les fans et fuck le manga, on prend ce qu’on veut et on fait notre sauce ». Le peu de personnages présents, en plus de Goku, sont donc tous massacrés, policés pour tenir dans une production tout public, le tout jeté dans un script inepte faisant s’enchaîner situations communes et sans intérêt à une cadence de folie, se retirant alors qui plus est la possibilité de toute dramatisation ou développement scénaristique intéressant. Rien que ça, et encore nous ne parlerons pas de la « ressemblance » avec l’intrigue originale.

Mais alors, peut-être que les scènes de combat si fameuses de cet univers viendront sauver la situation ? Après tout, avec un budget avoisinant 100 millions de billets verts et James Wong (The One) aux commandes, épaulé en plus par Stephen Chow (Crazy Kung-Fu) à la production, nous sommes en droit de nous attendre à quelques séquences qui concrétiseraient ce que nous avons longtemps cru impossible, avant que des films comme Stormriders ou Matrix Revolution fassent leur apparition. Las, jamais la moindre scène d’action ne présentera un quelconque intérêt ou semblant de réussite. Nous avions ainsi déjà pu voir que nombre de combats se cantonneraient à du kung fu cablé, choix pathétique de facilité, mais on comprend en fait lorsque l’on voit les essais faits dans une direction plus proche de l’oeuvre originale, ridicules au possible. Même un kaméhaméha se sort ici sans aucune intensité, débarque comme un chien dans un jeu de quilles, c’est dire la hauteur du plantage artistique. On pouvait ainsi reprocher ce que l’on voulait à The One, mais Wong y faisait au moins preuve d’un certain talent pour nous composer de jolis combats, conférant à une iconisation proche des comic-books et sacrément efficace. Il n’en sera alors que plus étonnant de constater que nous ne retrouvons rien de la sorte ici, les scènes de fight étant aussi plates que mal fichues, quand elles ne sont pas tout simplement illisibles (le combat dans l’obscurité contre les « enfants » de Piccolo, que nous ne verrons jamais clairement).

Si vous aviez donc encore une once d’espoir en ce qui concerne ce Dragonball Evolution, vous pouvez la remiser pour de bon au placard tant l’affaire s’avoue à la hauteur de toutes nos pires craintes. Adaptation pathétique, film de studio misérable, Hollywood a de nouveau salopé une oeuvre culte qui n’en demandait pas tant. Relisez plutôt le manga et épargnez-vous alors cette souffrance sur pellicule, c’est le meilleur conseil que l’on puisse vous donner !

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Prédictions

4 avril, 2009

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Depuis 2004, nous attendions avec impatience le retour sur les grands écrans de Alex Proyas, réalisateur culte s’il en est de par la qualité aussi bien formelle que narrative qu’il insuffle à ses films. The Crow, Dark City ou encore I, Robot, autant d’exemples flamboyants d’un savoir-faire qui a su à chaque fois rendre crédibles et presque réelles les intrigues les plus incroyables. Pourtant, lorsque nous apprîmes qu’il allait se lancer sur Prédictions pour effectuer son grand retour, autant dire que les avis étaient partagés. En effet, la présence de Nicolas Cage sur un projet n’est pas spécialement rassurante depuis quelques années et le synopsis, bien qu’intrigant, donnait l’impression de ne pouvoir aller nulle part. Et si nous nous trompions pour moitié, malheureusement, il ne s’agit pas de la moitié qu’il aurait fallu.

En 1958, à l’occasion de la célébration d’une nouvelle école, des élèves ont la charge de faire des dessins pour remplir une capsule temporelle qui va être enterrée pour les cinquante prochaines années. Parmi eux, une fillette mystérieuse entendant des voix va cependant déroger à cette consigne et, en lieu et place des dessins, elle va joindre à la capsule un papier sur lequel elle a inscrit des chiffres de façon apparemment aléatoire.
50 ans plus tard, la capsule est ré-ouverte par les élèves actuels de l’école et le papier se retrouve alors entre les mains de Caleb Myles. Mais c’est son père, le professeur Ted Myles, qui va parvenir à décrypter le « code » contenu sur la feuille : il s’agit en fait de dates, pour la plupart concernant les cinquante dernières années et prédisant avec une très grande précision diverses catastrophes ayant eu lieu durant ce laps de temps. En cherchant encore, le professeur découvre que trois autres dates ne sont toujours pas passées et que la dernière d’entre elles, à la toute fin, prédit une destruction à très grande échelle dans laquelle lui et son fils auraient une part de responsabilité

Ainsi, vous l’aurez compris, Nicolas Cage est dans ce film relativement crédible pour la première fois depuis longtemps, ce qui fait quand même drôle. Presque touchant dans sa relation avec son fils, il nous entraîne à la suite de ces listes de chiffres sur un rythme et avec une conviction qui nous emportent littéralement, grâce à la fluidité et aux nombreuses facettes de la réalisation de Proyas mais aussi grâce aux compositions de l’excellent Marco Beltrami, qui signe-là un score accompagnant merveilleusement le long-métrage dans toute sa diversité (horreur, « conte », thriller,…). Dans toute sa première partie, Prédictions se tient donc à la perfection, modèle de thriller-apocalyptique, et c’est alors que les choses vont se gâter. Nous n’en parlerons cependant pas trop pour ne pas vous déflorer la (mauvaise) surprise, mais sachez que le film se fait de façon assez surprenante l’étendard de nombre de pensées malades des Etats-Unis modernes, basculant dans le grand n’importe quoi lors d’un final qui règlera toutes les questions par des réponses ô combien vaseuses. N’allez pas croire pour autant que le scénario est mal foutu, tout s’y tient plutôt bien même quand on y réfléchit, mais c’est donc en fait la direction choisie pour se dépêtrer de cette intrigue à la fois excitante et casse-gueule qui va poser problème, créant une sorte de recadrage assez grossier des thématiques et cela bien que le réalisateur nous y ait préparé dès son générique de début.

Après, heureusement qu’il y a Proyas derrière la caméra et qu’il en soit un véritable virtuose, car autant le film nous décevra sur le fond que, dans la forme, il nous mettra une véritable claque ! Sans esbroufe la plupart du temps, le réalisateur tisse donc son histoire avec une efficacité sans pareille, mais ce sont bien sûr les scènes-choc qui retiendront le plus notre attention. C’est que nous venons quand même pour voir la fin du monde, et nous entendons donc bien avoir notre lot de destruction ! A ce titre, les principaux accidents que compte le film sont ainsi de purs moments d’anthologie, bénéficiant d’approches très différentes dans leur conception mais débouchant sur des résultats tout aussi spectaculaires et représentatifs du chaos. Le crash de l’avion et la « promenade » hallucinée et hallucinante en plan-séquence qui s’en suit, ou bien encore un accident de métro dont la violence et le sens du détail glauque feraient passer celui de Une journée en Enfer pour une collision entre deux tricycles. Même un simple accident de voiture, Proyas parvient à le magnifier de par son sens du cadrage et du découpage, alors vous imaginez bien que, lorsque nous arriverons à l’attendue fin du monde (ou pas, vous verrez), nous toucherons tout simplement au grandiose…

Si de tous les films de Proyas qui nous sont parvenus (il reste quelques petits inédits dans des genres apparemment TRES différents), Prédictions apparaîtra comme le plus décevant, nous n’oublierons pas que cela est plus dû à son histoire se barrant en sucette qu’à une quelconque lacune du réalisateur, lequel compte sans hésitation parmi les plus talentueux du moment et le réaffirme ici sans même donner l’impression de forcer. Ne manque plus qu’à retrouver un sujet à la hauteur de ce talent, en somme, et nous espérons donc bien qu’il va maintenant pouvoir se lancer sur son Dracula – Year Zero !

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