Monstres contre Aliens

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Il n’y a pas à dire, Dreamworks nous gâte ces derniers temps avec ses productions animées et, sans atteindre pour autant le niveau d’excellence des Pixar, nous ne pouvons qu’être ravis de la tournure que prennent les choses après quelques grosses déconvenues. Madagascar 2 s’était ainsi révélé une très bonne surprise, surpassant allègrement le premier épisode, mais ce fut surtout Kung Fu Panda qui vint témoigner de la santé et la fraîcheur du studio. Beau, original, drôle, bourré d’action, celui-ci proposait une excellente alternative à la quasi-hégémonie qualitative de John Lasseter et ses compères, nous introduisant à un univers titillant de plus fortement notre fibre de cinéphile. Et après le cinéma d’arts martiaux, ils reviennent donc forts d’un long-métrage qui a déjà dû en faire baver pas mal d’entre nous avec son alléchant programme : Monstres contre Aliens. Un fantasme régressif, un vieux rêve de gamin se concrétisant aujourd’hui avec l’allégresse des jeux d’autrefois. Et le plus beau dans l’affaire c’est que le rêve, une fois devenu réalité, est encore mieux que ce que nous pouvions imaginer !

Quand la californienne Susan Murphy est touchée par la radioactivité d’une météorite l’ayant écrasé le jour de son mariage, elle se met à grandir dans des proportions démesurées. Faite prisonnière par l’armée, elle est conduite dans une prison spéciale où elle découvre d’autres monstres, enfermés ici depuis des lustres sous l’autorité militaire. Mais quand arrive sur notre planète Gallaxhar, un extra-terrestre belliqueux à la recherche de la puissance du météore, le président des Etats-Unis n’a d’autre choix que de libérer cette bande de bras cassés pour lutter contre l’envahisseur. Et peut-être alors, avec un peu de chance, sauver le monde d’une destruction certaine

Beaucoup des qualités constatées chez Kung Fu Panda se retrouveront donc dans Monstres contre Aliens, à commencer par le plaisir évident de jouer avec des genres cinématographiques que les artistes de Dreamworks et nous aimons. Sans être non plus parodique à proprement parler, le spectateur averti ne pourra passer à côté des nombreuses références et autres clins d’oeil qui sont faits tout au long de la péloche, avec cependant une préférence très nette pour les oeuvres originaires des années 50. Plutôt que de constituer donc leur groupe de monstres avec des grands classiques comme les vampires, momies ou loups-garous, les auteurs ont décidé de le faire en s’inspirant de certaines des figures les plus marquantes de la SF de l’époque. La Mouche noire et son scientifique transformé en insecte, Danger Planétaire et son Blob, les kaijû eiga et autres Tarentula avec leurs monstres géants, L’Attaque de la femme de 50 pieds,… Des monstres, donc, mais issus d’une période où cette monstruosité avait très souvent pour origine des dérives scientifiques, en raison bien sûr de la peur du nucléaire qui était alors très présente dans les esprits. Un contexte science-fictionnel qui, en plus de donner au film une réelle unité vis à vis de l’histoire d’invasion extra-terrestre (faire s’affronter Dracula et des aliens aurait par exemple été beaucoup plus dur à faire accepter au public, puisqu’il s’agit de deux univers bien distincts), permet donc de cumuler les hommages réjouissants, d’autant que le long-métrage ne se risque presque jamais à changer de registre et évite ainsi de se disperser.

Mais il ne se limitera fort heureusement pas à ne faire rire que les aficionados de science-fiction, loin de là, et usera alors à satiété d’un comique pouvant atteindre une plus large audience. Et si le duo de réalisateurs sait parfaitement ménager ses effets pour rendre le rythme de leur comédie le plus effectif possible (rares sont les gags qui tombent à plat ici), il ne faut pas en oublier pour autant la part de responsabilité des doubleurs dans cette réussite, et tout particulièrement celle de Seth Rogen et Stephen Colbert (nous noterons aussi au passage que Hugh Laurie excelle dans l’art du rire de savant fou). Le premier interprète ainsi Bob le Blob invincible à la cool, une créature gélatineuse privée de cerveau et à la répartie plus que déconcertante, tandis que le second incarne un président des Etats-Unis d’anthologie, véritable homme de poigne complètement manchot. Et si nous insistons tout particulièrement sur ces personnages c’est qu’ils assurent en fait à eux deux la majorité des meilleurs blagues du film, en poussant le délire très loin mais aussi en bénéficiant de doubleurs dont le talent comique ressort donc sans peine au travers juste de leurs voix. Il sera alors très dur, encore plus que d’ordinaire, pour leurs homologues français de conserver une telle qualité d’interprétation et retranscrire intact son humour.

Néanmoins, avec un titre comme Monstres contre Aliens, il est bien évident que l’humour ne sera pas la seule arme du film et reste maintenant donc à poser la question du spectaculaire de la chose. Parce qu’il ne faut pas oublier cette dimension qui, déjà, était présente dans tous les longs-métrages auxquels rend hommage celui-ci, et il se doit alors de prendre le même chemin pour perpétuer l’oeuvre de ses illustres prédécesseurs. Si vous avez alors l’occasion de pouvoir le découvrir avec les lunettes 3D, un accessoire que nous vous recommanderons plus que chaudement, préparez-vous comme on dit à en prendre plein les mirettes tant le métrage recèle de séquences tout bonnement époustouflantes. Nous savions déjà qu’il userait de personnages gigantesques entre Susan, Insectosaurus et le robot extra-terrestre, mais comment imaginer que les scènes d’action dans lesquelles ils apparaissent seraient aussi énormes ? D’une démesure purement jouissive et très bien conçues (voir comment s’organisent et s’enchevêtrent les événements dans la séquence de San Francisco ou bien dans le monstrueux climax), elles usent de plus sans cesse d’une iconisation qui fait alors s’enchaîner plans magnifiques sur plans magnifiques. L’intérêt de la projection en trois dimensions prend donc à ce moment tout son sens, les réalisateurs étant obligés de composer avec des personnages d’échelles très différentes, et ils jouent alors sans arrêt sur les rapports de taille et de plans soit en nous plongeant dans des décors aux dimensions surréalistes, soit en nous mettant face à des éléments dont l’énormité nous saute encore davantage au visage. De toutes les façons, nous ne pourrons qu’apprécier la façon dont le duo aux commandes du film nous immerge dans son univers par le biais de cette nouvelle technologie, qui n’en rend l’expérience que plus impressionnante encore.

Dreamworks nous livre donc de nouveau une petite perle d’animation, qui ne parle pas à notre coeur comme peuvent le faire les Pixar mais s’inscrivant néanmoins sans contestation possible au rang des grands films de cinéma. De ceux qui vous coupent le souffle par leur opulence et par l’intelligence avec laquelle elle est utilisée. On pourra alors toujours regretter que la caractérisation de certains des monstres ne soit pas plus creusée, que l’on ne détaille pas plus leurs origines ou leurs personnalités, mais nous nous rappellerons qu’un tel exercice devenait justement le plus gros défaut de Madagascar 2, qui avait une forte tendance à s’éparpiller dans son deuxième tiers en voulant traiter équitablement tous ses héros. Le rythme de Monstres contre Aliens ne s’en porte en tout cas que mieux et nous entraîne alors sans temps mort dans un spectacle mêlant monstres, robots et extra-terrestres, le tout bataillant avec classe et humour. Un rêve devenu réalité, qu’on vous dit !

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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