Meurtres à la Saint-Valentin 3D

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S’étant fait voler la primeur en France par le plutôt sympathique Scar 3D sur le marché du film d’horreur tri-dimensionnel, Meurtres à la Saint-Valentin 3D a néanmoins sa carte à jouer en bénéficiant d’un appui financier plus conséquent, promettant un spectacle d’une nature un peu plus démesurée. Lionsgate, la compagnie derrière ce film mais aussi la saga des Saw, n’est en effet pas réputée pour oeuvrer dans la dentelle et la soie lorsqu’il s’agit de faire frissonner ses spectateurs, et nous attendions donc avec une certaine envie ce remake d’un slasher canadien du début des années 80, devenu fameux à l’époque pour ses quelques neuf minutes de scènes coupées par la censure car jugées « trop violentes » (et réintégrées depuis dans une édition DVD Z1 accompagnant la sortie de cette nouvelle version). Un héritage face auquel le réalisateur Patrick Lussier se doit d’être à la hauteur, mais pas seulement. Car son film est donc en même temps un remake et une péloche 3D, ce qui faisait apparemment -et malheureusement- un peu trop à gérer pour le réalisateur d’un Dracula 2001 et autres essais horrifiques de triste mémoire.

La petite ville minière de Harmony est secouée par un terrible drame : à cause d’une erreur du jeune Tom Hanniger, cinq mineurs se retrouvent bloqués dans les boyaux souterrains et finissent par se faire tuer par l’un d’entre eux, Harry Warden. Tombé dans le coma après cette violente crise de démence, il se réveille au bout d’un an, le jour de la Saint-Valentin, et tue vingt-deux personnes avant d’être lui-même abattu.
10 ans plus tard. Tom Hanniger revient dans la ville de Harmony, toujours hanté par son erreur aux conséquences dramatiques. Retrouvant son ancien amour Sarah, désormais mariée au chef de la police Axel, il espère pouvoir tirer un trait sur ces souvenirs douloureux. Mais le passé est tenace et, alors que les meurtres se multiplient dans la ville, il devient évident que Harry Warden est de retour pour achever le massacre

La point le plus positif de ce film, vous vous en rendrez rapidement compte si vous tentez l’expérience, est par conséquent sa propension à une générosité des plus agréables. En pur popcorn-movie qu’il est, vendu même directement comme tel au travers de sa campagne de promotion américaine (rappelez-vous les plans du public sursautant face aux éléments 3D surgissant de l’écran), attendez-vous donc à ce que Meurtres à la Saint-Valentin 3D vous en donne toujours plus. Plus de quoi ? Plus de tout ! Plus de meurtres, pour commencer, avec une quantité de personnages trucidés qui a de quoi faire pâlir nombre de slashers. Le mineur revanchard a ainsi la mauvaise habitude de massacrer tout ce qui lui tombe sous la main et, si cela donne légèrement l’impression de se faire à tort et à travers, le plaisir que l’on a à voir un tel carton vient parasiter toute réflexion de cet acabit pour profiter du carnage. D’autant que le film vous donnera à côté de cela toujours plus de gore, n’hésitant pas à verser dans un craspec des familles qui fait toujours son petit effet. La découverte de l’hôpital après le passage de Harry Warden devrait donc vous constituer un excellent apéritif avant le déluge de meurtres à la pioche et autres découvertes macabres, un plat fait de cadavres aux poitrails grands ouverts (miam !). Et pour le dessert, alors ? Plus de cul ! Bon, nous n’avons pas non plus face à nous un film signé Marc Dorcel, mais nous ne pourrons nous empêcher de noter la présence d’une scène très étonnante dans un film de ce calibre, destiné quand même à une large distribution, avec une jeune femme se baladant complètement nue et un flingue à la main avant de se faire piocher. Et en full-frontal. Voilà bien là la marque d’une véritable volonté de nous en donner toujours plus.

Sauf que générosité bien ordonnée commence par soi-même (et hop, une expression désuète !) et le film aurait peut-être alors dû penser un peu plus à lui auparavant, par exemple pour avoir un scénario correct. Celui de cette nouvelle version dérive donc assez considérablement de son modèle jusqu’à en perdre tout l’intérêt de la fête de la Saint-Valentin, qui n’est plus ici qu’une toile de fond distante. Non pas que les amourettes soient un sujet spécialement passionnant mais cela était constitutif dans le film de 1981 des motivations du boogeyman, puisqu’il tuait en fait tous ceux célébrant cette mascarade malgré son avertissement. Un prétexte aujourd’hui remplacé par une histoire de vengeance bancale, qui s’inscrit plus encore dans une intrigue bateau au possible, pleine de raccourcis effarants et même parfois carrément stupide. On pourra alors toujours dire qu’il s’agit de second degré (il est évident que le film ne manque pas d’humour), mais certaines situations ou réactions des personnages versent dans un tel n’importe quoi que nous continuerons d’en douter. Ou en tout cas de regretter la chose, qui ne correspond pas vraiment à une intrigue qui appellerait à une autre approche. Parce que si le contexte du film est archétypal, il n’en va pas forcément de même avec les héros du film qui forment un trio assez original, déjà parce que sont des adultes et non l’habituelle bande d’ados excités (en tout cas dans la deuxième partie du métrage) mais aussi au regard de leur caractérisation, offrant quelques éléments plutôt malins.

Mais bon, nous le savons, Patrick Lussier est un sagouin et cet aspect humain se limitera pour lui à un triangle amoureux des plus plats (pas une fois n’est vraiment mise en avant l’hésitation du rôle de Jaime King). Le pire étant qu’il s’agit en plus d’un réalisateur des plus brouillons, sans réelle proposition de filmage, et son utilisation de la 3D va alors se révéler catastrophique quand elle aurait pourtant dû être un de ses principaux points forts. Totalement gadget ici, le relief n’est réellement utilisé que pour quelques effets-chocs, des éléments vous bondissant au visage, ce qui est toujours rigolo mais bien loin de nos attentes vis-à-vis de cette nouvelle technologie. A ne l’utiliser que dans un but visuel (et encore, on ne peut pas dire que la composition de ses plans retranscrive bien l’impression de profondeur) et non narratif, comme cela était par exemple le cas dans Scar 3D, Lussier oblige son film à ne se cantonner qu’au statut d’oeuvre foraine, gouailleuse et m’as-tu-vu mais absolument vide de sens et d’intérêt esthétique. Passée donc la surprise de voir un oeil nous foncer dessus ou bien le plan multi-répété du tueur pointant sa pioche dans notre direction (bravo pour la variété), nous ne trouverons absolument rien qui justifie l’utilisation du relief. Pire, c’est même la première fois que nous conseillerions de regarder un film en 2D plutôt qu’en 3D vu comme cela pourrait lui éviter un énorme écueil !

Heureusement alors que, malgré notre curiosité, nous n’attendions pas franchement des merveilles de la part de ce Meurtres à la Saint-Valentin 3D et de son réalisateur tant la déconvenue aurait pu être douloureuse. Remake peu inspiré et sans queue ni tête, usant honteusement des possibilités de la troisième dimension (ce qui n’empêchera pas Lussier d’y revenir avec son prochain effort, au scénario prometteur mais qu’il gâchera sûrement là encore), il n’est finalement sauvé in extremis du naufrage total que grâce à la générosité avec laquelle il fait trépasser son casting, de préférence de la façon la plus crade possible. Tenter l’aventure une fois pourra donc se révéler divertissant si l’on n’est pas trop regardant sur la qualité générale, mais il n’empêche que demeure cette impression d’être face à un remake foiraux, vite emballé. D’autant que la version originale, en ayant récupéré ses neuf minutes de scènes hardcore dans sa récente édition DVD, rend cette version-ci complètement inutile puisque la 3D y est inepte !

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3 Réponses à “Meurtres à la Saint-Valentin 3D”

  1. mutuelle dit :

    Tres bon film!

  2. Mutuelle santé dit :

    Excellent film.

  3. pitouwh dit :

    Et remboursé par la Sécu !

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