Les Cavaliers de l’Apocalypse

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Les responsables du studio Platinum Dunes sont quand même une bande de sacrés filous. Parce que s’ils avaient inauguré la création de leur structure par un remake carrément efficace (Massacre à la tronçonneuse version Nispel), ils se sont depuis enfermés dans cette pratique que d’aucun considérera comme innovante, qui plus est lorsque c’est pour nous livrer des purges loin de satisfaire à nos attentes (Vendredi 13 version Nispel). Alors, avec l’arrivée de projets « originaux » sous leur giron, nous pouvions espérer que les choses changent un peu, surtout que ce Les Cavaliers de l’Apocalypse se prévalait d’un casting aguicheur et d’un réalisateur inconnu du grand public mais très prometteur. Une alchimie pouvant faire des merveilles, si ce n’est que le film tendait à nous faire un peu peur au travers de sa promotion dans ses similitudes avec le culte Seven, redoutant qu’il n’en soit au bout du compte qu’une resucée laborieuse. Alors, remake déguisé ou vrai film original ?

Après la mort de son épouse aimante, Aidan Breslin est devenu un flic violent et amer, s’éloignant de plus en plus de ses deux jeunes fils. Alors qu’il enquête sur une série de meurtres particulièrement cruels, il découvre un lien possible et traumatisant entre ces morts et celle de sa femme. Aidan va donc désormais tout faire pour comprendre ce qui le connecte aux crimes et remonter la piste jusqu’au tueur, qui semble s’inspirer de la figure biblique des quatre Cavaliers de l’Apocalypse. La Guerre, la Famine, la Peste… et la Mort

Hé bien un peu des deux, ma bonne dame, puisque Les Cavaliers de l’Apocalypse ne peut décemment nier ses nombreuses ressemblances avec la péloche de David Fincher. C’est l’impression que nous laissaient ses premières images, et c’est la même impression que nous aurons en le visionnant tant les deux films partagent des ambiances similaires malgré des décors radicalement différents. La même fascination pour des meurtres teintés de religion, le même ton lourd, les mêmes observations sur une enquête qui devient aliénation,… jusqu’à des scènes quasiment calquées sur le film de 1995, comme celle de la visite au tatoueur fabricant d’ustensiles peu conventionnels. Et même si l’on sent que Akerlund veut explorer ici des thématiques un peu différentes (dont nous ne pouvons parler ici sous peine de vous foutre tout le truc encore plus en l’air), trop souvent nous pensons à Seven pour éclipser ici cette filiation. Un fait à mettre sûrement sur le compte des producteurs, adeptes de la recette qui a fait ses preuves sauf que, en allant à l’encontre des propres volontés de leur réalisateur, ils accouchent finalement d’un film bâtard qui ne pourra plus satisfaire complètement à aucune des volontés, d’autant que celui-ci se pose en plus comme un rejeton foireux du chef d’oeuvre de Fincher.

Parce que même s’il nous réserve quelques scènes chocs des plus sympatoches, qui devraient vous rester en mémoire pour quelques temps (le sac plastique surprise, le suicide à la scie à métaux,…), le film ne parvient pas à jouer sur la dimension religieuse de ces actes, la fascination malsaine que nous pouvons avoir pour une telle rencontre entre crime et mysticisme. La figure des 4 cavaliers de l’Apocalypse est pourtant fortement évocatrice, riche d’une longue tradition dans notre culture, mais elle se trouve ici galvaudée par un traitement qui semble sans cesse s’emmêler les pinceaux, perdre le fil et nous raconter donc n’importe quoi. Et quand enfin cet aspect de l’intrigue aurait pu prendre une réelle ampleur, en toute fin avec l’annonce d’une Apocalypse pour le coup très sympa, ses auteurs préfèrent garder un point de vue humain sur l’événement et passent donc à côté de ce qui aurait pu être un grand moment de cinéma. Un manque d’ambition qui va plus encore de paire avec un manque flagrant de maîtrise dans l’écriture de l’enquête, répétitive et mécanique au possible dans son développement et foutrement prévisible dans sa forme de whodunit. En effet, quiconque sera un minimum attentif trouvera l’identité du tueur dès le premier tiers du film, ce qui est quand même un peu dommage lorsque l’on est face à une enquête policière.

Malgré tout cela, lorsque l’on écoute les créateurs du film sur ce dernier, ils semblent tout spécialement fiers de son scénario, de son originalité. Il faut ainsi les entendre parler de la suspension -l’art de se suspendre avec des crochets comme nous pouvons le voir dans Un homme nommé Cheval ou, plus récemment et dans un genre plus proche, The Cell- comme s’ils avaient découvert la chose pour comprendre à quel point le film peut aussi se montrer prétentieux sur certains aspects. Heureusement alors que le casting s’avère impeccable pour donner un peu de corps à tout cela, tous les acteurs sans exception faisant preuve d’une implication convaincante dans leurs rôles. Mais surtout, ce qui sauvera du naufrage Les Cavaliers de l’Apocalypse, c’est la réalisation de l’ancien clippeur Jonas Akerlund. Une véritable révélation pour tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, n’ont pu découvrir son précédent effort, Spun, qui faisait apparemment montre d’un dynamisme à toute épreuve. Et si l’on ne retrouve pas tout à fait cela dans son nouveau film, qui a besoin de toutes façons d’une réalisation plus posée, nous ne pourrons en revanche que nous incliner face à ses excellents choix esthétiques, qui magnifient comme rarement les décors naturels du Canada. Sans compter que sa formation initiale de monteur lui permet de nous livrer quelques scènes d’une efficacité un peu rapide mais bien présente.

S’il est donc évident que Akerlund est un réalisateur sacrément doué, dont nous attendrons la prochaine oeuvre avec un vif intérêt, son talent est néanmoins mis ici au service d’une histoire sans réelle surprise, voire même un peu prétentieuse. Nous ne sommes alors pas loin du sous-Seven que nous redoutions, dans la tradition des déceptions que multiplient Platinum Dunes et ses dirigeants. Surpris ? Non, pas vraiment. Déçus ? Oui, assurément…

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