Archive pour mars, 2009

Les 3 royaumes

30 mars, 2009

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Réalisateur emblématique du renouveau du cinéma hong-kongais des années 80, John Woo s’exporta aux Etats-Unis dans le courant des 90′s pour réaliser plusieurs films plus ou moins réussis, sur lesquels il dût souvent se contenter d’un rôle de mercenaire. Peu convaincu par la machine hollywoodienne, ou ayant en tout cas besoin d’autre chose, il repartit donc pour sa Chine natale en 2004 -après Paycheck- afin de monter un projet pharaonique, une nouvelle adaptation du roman « Les 3 royaumes » s’intéressant à un des événements-clés de l’histoire chinoise. Soit le combat en apparence désespéré au troisième siècle après JC des deux plus petits royaumes de Chine contre les armées de l’Empereur, menées par un diabolique premier ministre.

Un récit épique en diable pour lequel Woo a fait dans la débauche de moyens, signant une oeuvre énorme qui n’a eu de cesse de battre des records dans son pays de production, du nombre de figurants utilisés pour les scènes de bataille au conséquent budget (en tout cas là-bas) de 80 millions de dollars. Le projet était d’ailleurs tellement énorme qu’il y fut scindé en deux longs-métrages de plus de 2h chacun, un traitement exceptionnel auquel nous n’avons pas droit en occident mais, loin de signifier que nous découvrons le tout dans un film de 4h et des bananes, c’est en fait à une version raccourcie d’une bonne heure et demie à laquelle nous faisons face.

Ce qui ne manquera pas bien évidemment de se faire sentir dans la narration du film, pour le moins elliptique. Beaucoup de personnages secondaires sont alors sacrifiés, relégués au rang de simples soldats quand ils auraient pu (et ont dû) être traités de façon bien plus intéressante, mais le pire est que cela retire considérablement de son ampleur à l’histoire. On a alors beau ne pas connaître l’oeuvre originale, on ne peut que ressentir les manques que comporte l’intrigue, les raccourcis qu’elle emprunte pour que les pauvres spectateurs que nous sommes ne soient pas perdus, d’autant plus lorsque cela s’accompagne de problèmes de faux-raccords ne rendant que plus évident le re-montage.

Mais ce qu’il perd en complexité, Les 3 Royaumes le gagne en efficacité, nous emmenant d’une bataille à une autre en renouvelant à chaque fois notre surprise et notre plaisir de cinéphage grâce à des combats rondement menés, faisant aussi bien appel à des stratégies élaborées qu’à des chorégraphies plus brutales une fois que nous sommes au coeur de la baston. Rappelant aussi bien les wu-xia-pian du début de la carrière de John Woo que parfois les univers du manga ou du jeu vidéo (Dynasty Warriors en particulier, lequel était déjà inspiré du célèbre roman chinois et faisait même apparaître certains de ses personnages), les scènes de bataille sont tout simplement spectaculaire, vous en mettent plein la tronche à grands renforts de thunes (la reconstitution historique est bluffante) mais aussi d’une virtuosité certaine du réalisateur, laquelle s’exprime ici avec une aisance que nous ne lui avions plus vu depuis longtemps.

Si nous regretterons donc de ne pouvoir découvrir le film dans son intégralité (vivement le DVD), force est d’avouer que Les 3 Royaumes est, même sous cette forme bâtarde, un très bon film, pouvant sans peine contenter des publics variés. Vous voulez de l’historique ? Il y en a. Vous voulez du combat ? Il y en a aussi, plein. Vous voulez une fresque comme seule la démesure chinoise pouvait nous l’offrir ? La voici !

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Monstres contre Aliens

21 mars, 2009

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Il n’y a pas à dire, Dreamworks nous gâte ces derniers temps avec ses productions animées et, sans atteindre pour autant le niveau d’excellence des Pixar, nous ne pouvons qu’être ravis de la tournure que prennent les choses après quelques grosses déconvenues. Madagascar 2 s’était ainsi révélé une très bonne surprise, surpassant allègrement le premier épisode, mais ce fut surtout Kung Fu Panda qui vint témoigner de la santé et la fraîcheur du studio. Beau, original, drôle, bourré d’action, celui-ci proposait une excellente alternative à la quasi-hégémonie qualitative de John Lasseter et ses compères, nous introduisant à un univers titillant de plus fortement notre fibre de cinéphile. Et après le cinéma d’arts martiaux, ils reviennent donc forts d’un long-métrage qui a déjà dû en faire baver pas mal d’entre nous avec son alléchant programme : Monstres contre Aliens. Un fantasme régressif, un vieux rêve de gamin se concrétisant aujourd’hui avec l’allégresse des jeux d’autrefois. Et le plus beau dans l’affaire c’est que le rêve, une fois devenu réalité, est encore mieux que ce que nous pouvions imaginer !

Quand la californienne Susan Murphy est touchée par la radioactivité d’une météorite l’ayant écrasé le jour de son mariage, elle se met à grandir dans des proportions démesurées. Faite prisonnière par l’armée, elle est conduite dans une prison spéciale où elle découvre d’autres monstres, enfermés ici depuis des lustres sous l’autorité militaire. Mais quand arrive sur notre planète Gallaxhar, un extra-terrestre belliqueux à la recherche de la puissance du météore, le président des Etats-Unis n’a d’autre choix que de libérer cette bande de bras cassés pour lutter contre l’envahisseur. Et peut-être alors, avec un peu de chance, sauver le monde d’une destruction certaine

Beaucoup des qualités constatées chez Kung Fu Panda se retrouveront donc dans Monstres contre Aliens, à commencer par le plaisir évident de jouer avec des genres cinématographiques que les artistes de Dreamworks et nous aimons. Sans être non plus parodique à proprement parler, le spectateur averti ne pourra passer à côté des nombreuses références et autres clins d’oeil qui sont faits tout au long de la péloche, avec cependant une préférence très nette pour les oeuvres originaires des années 50. Plutôt que de constituer donc leur groupe de monstres avec des grands classiques comme les vampires, momies ou loups-garous, les auteurs ont décidé de le faire en s’inspirant de certaines des figures les plus marquantes de la SF de l’époque. La Mouche noire et son scientifique transformé en insecte, Danger Planétaire et son Blob, les kaijû eiga et autres Tarentula avec leurs monstres géants, L’Attaque de la femme de 50 pieds,… Des monstres, donc, mais issus d’une période où cette monstruosité avait très souvent pour origine des dérives scientifiques, en raison bien sûr de la peur du nucléaire qui était alors très présente dans les esprits. Un contexte science-fictionnel qui, en plus de donner au film une réelle unité vis à vis de l’histoire d’invasion extra-terrestre (faire s’affronter Dracula et des aliens aurait par exemple été beaucoup plus dur à faire accepter au public, puisqu’il s’agit de deux univers bien distincts), permet donc de cumuler les hommages réjouissants, d’autant que le long-métrage ne se risque presque jamais à changer de registre et évite ainsi de se disperser.

Mais il ne se limitera fort heureusement pas à ne faire rire que les aficionados de science-fiction, loin de là, et usera alors à satiété d’un comique pouvant atteindre une plus large audience. Et si le duo de réalisateurs sait parfaitement ménager ses effets pour rendre le rythme de leur comédie le plus effectif possible (rares sont les gags qui tombent à plat ici), il ne faut pas en oublier pour autant la part de responsabilité des doubleurs dans cette réussite, et tout particulièrement celle de Seth Rogen et Stephen Colbert (nous noterons aussi au passage que Hugh Laurie excelle dans l’art du rire de savant fou). Le premier interprète ainsi Bob le Blob invincible à la cool, une créature gélatineuse privée de cerveau et à la répartie plus que déconcertante, tandis que le second incarne un président des Etats-Unis d’anthologie, véritable homme de poigne complètement manchot. Et si nous insistons tout particulièrement sur ces personnages c’est qu’ils assurent en fait à eux deux la majorité des meilleurs blagues du film, en poussant le délire très loin mais aussi en bénéficiant de doubleurs dont le talent comique ressort donc sans peine au travers juste de leurs voix. Il sera alors très dur, encore plus que d’ordinaire, pour leurs homologues français de conserver une telle qualité d’interprétation et retranscrire intact son humour.

Néanmoins, avec un titre comme Monstres contre Aliens, il est bien évident que l’humour ne sera pas la seule arme du film et reste maintenant donc à poser la question du spectaculaire de la chose. Parce qu’il ne faut pas oublier cette dimension qui, déjà, était présente dans tous les longs-métrages auxquels rend hommage celui-ci, et il se doit alors de prendre le même chemin pour perpétuer l’oeuvre de ses illustres prédécesseurs. Si vous avez alors l’occasion de pouvoir le découvrir avec les lunettes 3D, un accessoire que nous vous recommanderons plus que chaudement, préparez-vous comme on dit à en prendre plein les mirettes tant le métrage recèle de séquences tout bonnement époustouflantes. Nous savions déjà qu’il userait de personnages gigantesques entre Susan, Insectosaurus et le robot extra-terrestre, mais comment imaginer que les scènes d’action dans lesquelles ils apparaissent seraient aussi énormes ? D’une démesure purement jouissive et très bien conçues (voir comment s’organisent et s’enchevêtrent les événements dans la séquence de San Francisco ou bien dans le monstrueux climax), elles usent de plus sans cesse d’une iconisation qui fait alors s’enchaîner plans magnifiques sur plans magnifiques. L’intérêt de la projection en trois dimensions prend donc à ce moment tout son sens, les réalisateurs étant obligés de composer avec des personnages d’échelles très différentes, et ils jouent alors sans arrêt sur les rapports de taille et de plans soit en nous plongeant dans des décors aux dimensions surréalistes, soit en nous mettant face à des éléments dont l’énormité nous saute encore davantage au visage. De toutes les façons, nous ne pourrons qu’apprécier la façon dont le duo aux commandes du film nous immerge dans son univers par le biais de cette nouvelle technologie, qui n’en rend l’expérience que plus impressionnante encore.

Dreamworks nous livre donc de nouveau une petite perle d’animation, qui ne parle pas à notre coeur comme peuvent le faire les Pixar mais s’inscrivant néanmoins sans contestation possible au rang des grands films de cinéma. De ceux qui vous coupent le souffle par leur opulence et par l’intelligence avec laquelle elle est utilisée. On pourra alors toujours regretter que la caractérisation de certains des monstres ne soit pas plus creusée, que l’on ne détaille pas plus leurs origines ou leurs personnalités, mais nous nous rappellerons qu’un tel exercice devenait justement le plus gros défaut de Madagascar 2, qui avait une forte tendance à s’éparpiller dans son deuxième tiers en voulant traiter équitablement tous ses héros. Le rythme de Monstres contre Aliens ne s’en porte en tout cas que mieux et nous entraîne alors sans temps mort dans un spectacle mêlant monstres, robots et extra-terrestres, le tout bataillant avec classe et humour. Un rêve devenu réalité, qu’on vous dit !

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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Fast and Furious 4

15 mars, 2009

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Loin d’être intéressante, la saga des Fast and Furious est au contraire symptomatique de nombreuses choses n’allant pas dans le cinéma d’action actuel, avec un nivellement par le bas de ses enjeux et exigences pour rendre les films les plus transversaux possibles. Pourtant, après trois gloubi-boulga filmiques assez indigestes, ce quatrième épisode qui n’aurait normalement dû éveiller en nous qu’une indifférence polie parvint malgré tout à faire naître notre curiosité, ceci tenant bien sûr au retour de l’équipe du film original. En effet, s’ils sont tous revenus, peut-être était-ce dû à un projet d’une toute autre teneur, proposant une évolution intéressante sur une franchise lénifiante ? Manque de pot, il semble bien que les acteurs soient plus revenus afin de remplir leurs comptes en banque qu’autre chose. Quant au réalisateur, c’est à se demander s’il savait qu’il réalisait un film. Prêts pour le pire d’une saga déjà sacrément faiblarde ?

Retour à Los Angeles, là où tout a commencé. Tout juste réintégré aux forces du FBI, Brian O’Conner s’associe de nouveau à Dominic Toretto pour aider les fédéraux à infiltrer et mettre fin au trafic d’un dealer d’héroïne, qui se trouve aussi être un ennemi personnel des deux hommes depuis qu’il a assassiné une amie commune. Ils vont alors devoir apprendre à se faire mutuellement confiance pour pouvoir mettre leur plan à exécution, et quel meilleur moyen pour assouvir leur vengeance que d’aller au-delà de ce qui est possible au volant d’une grosse cylindrée ?

Reflets d’une mentalité bien particulière, m’as-tu-vu et flambeuse par excellence, les différents Fast and Furious avaient néanmoins pour eux de présenter quelques cascades automobiles et autres crash toujours marrants, même si cette appréciation est très variable selon le chapitre auquel on se réfère. Et si ce quatrième opus donne rapidement une excellente première impression dans le domaine, avec une scène du « camion-citerne » assez couillue de la part des cascadeurs, il s’agit là d’une séquence que nous avons déjà copieusement vu au travers des bandes-annonces ou bien d’extraits. Il va alors sans dire que nous attendions de ce film qu’il nous abreuve d’autres moments de cet acabit, parce qu’il s’agit après tout de son principal intérêt. La déconvenue sera donc grand quand, après cette introduction, nous ne nous retrouverons avec des scènes qui sont toutes, sans exception, complètement foirées ! Que ce soit la course en ville où l’on ne comprend rien (et cela bien qu’une « vision GPS » y soit intégrée !) ou bien la poursuite dans les tunnels parfaitement illisible, rien ne viendra sauver un constat des plus minables, d’autant que les bolides sont remplacés les trois-quart du temps par des avatars en images de synthèse. Ce qui peut passer sur quelques plans, pour concrétiser des cascades impossibles sinon à réaliser en live, mais l’usage qui en est fait ici est si intensif que toute l’action est complètement dé-réalisée. On a alors l’impression de regarder une démo de jeu vidéo, mal réalisée et ne parvenant jamais à nous faire ressentir l’excitation de voir de la tôle froissée.

Ceci étant, peut-être que Fast and Furious 4 a autre chose à nous proposer pour compenser cette grosse lacune ? Après tout, avec le retour de son casting prestigieux, nous sommes en droit d’imaginer que les choses vont se faire un peu plus sérieuses après le complet manque d’enjeux qu’il pouvait y avoir dans Tokyo Drift. Et nous y croirions presque quand l’intrigue semble vouloir se diriger vers un trip revanchard où l’aspect clinquant de l’univers du tuning est bien moins présent que d’ordinaire. Bon, nous aurons toujours bien quelques scènes de foule où les jolies demoiselles court vêtues (on se demande quand, dans cette quête du « toujours plus », finiront-elles par être totalement à poil) dansent à côté de bolides peinturlurés comme des putes bon marché, mais nous avouerons que celles-ci tiennent plus de l’anecdotique qu’autre chose, cette péloche étant donc un « revenge movie ». Les guillemets sont ici importants puisque, en guise de vengeance contre un méchant dealer qui a fait buter une de leurs amies, réalisateur et scénariste plongent leurs personnages dans une intrigue insipide n’ayant aucun souffle, tuant qui plus est dans l’oeuf toutes les velléités qui auraient pu déboucher sur quelque chose d’un peu plus prenant. Il faut ainsi voir Vin Diesel scander qu’il va tuer tous ceux qui se mettront en travers de son chemin en lâchant par une fenêtre un type qu’il avait finalement attaché pour comprendre ce à quoi nous allons avoir droit. C’est à dire du bon PG-13, gardien de la sacro-sainte morale, mais ne pouvant en aucune façon prétendre à retranscrire la tension et la violence qu’implique une vengeance. Privé de sa force narrative, le film aurait pu contrecarrer cela en jouant la carte du second degré mais même pas. Au contraire, on se prend sacrément au sérieux ici et cela en dépit d’un casting en totale roue libre, renforçant encore cette impression de vide généralisé. Même les fans de Vin Diesel seront peinés de voir à quel point l’acteur est mauvais ici, son jeu d’acteur y consistant majoritairement à prendre la pose du videur de boîte, bras croisés et torse gonflé.

Sans vouloir être trop méchant, nous dirons donc poliment de ce film qu’il s’agit d’une bouse, purement et simplement. Pompe à fric complètement décérébrée, réalisé avec les pieds et pas impressionnant pour un sou, Fast and Furious 4 vient alors s’intégrer de belle manière dans une franchise déjà pas reluisante, repoussant encore plus loin les limites de l’abstraction cinématographique au profit d’un enchaînement d’images privées de toute substance, comme un long clip poseur et creux. L’affiche nous dit ainsi : « Nouveau Modèle. Pièces d’origine ». Nous y rajouterons : « Toujours la même soupe, mais en pire » !

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Meurtres à la Saint-Valentin 3D

12 mars, 2009

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S’étant fait voler la primeur en France par le plutôt sympathique Scar 3D sur le marché du film d’horreur tri-dimensionnel, Meurtres à la Saint-Valentin 3D a néanmoins sa carte à jouer en bénéficiant d’un appui financier plus conséquent, promettant un spectacle d’une nature un peu plus démesurée. Lionsgate, la compagnie derrière ce film mais aussi la saga des Saw, n’est en effet pas réputée pour oeuvrer dans la dentelle et la soie lorsqu’il s’agit de faire frissonner ses spectateurs, et nous attendions donc avec une certaine envie ce remake d’un slasher canadien du début des années 80, devenu fameux à l’époque pour ses quelques neuf minutes de scènes coupées par la censure car jugées « trop violentes » (et réintégrées depuis dans une édition DVD Z1 accompagnant la sortie de cette nouvelle version). Un héritage face auquel le réalisateur Patrick Lussier se doit d’être à la hauteur, mais pas seulement. Car son film est donc en même temps un remake et une péloche 3D, ce qui faisait apparemment -et malheureusement- un peu trop à gérer pour le réalisateur d’un Dracula 2001 et autres essais horrifiques de triste mémoire.

La petite ville minière de Harmony est secouée par un terrible drame : à cause d’une erreur du jeune Tom Hanniger, cinq mineurs se retrouvent bloqués dans les boyaux souterrains et finissent par se faire tuer par l’un d’entre eux, Harry Warden. Tombé dans le coma après cette violente crise de démence, il se réveille au bout d’un an, le jour de la Saint-Valentin, et tue vingt-deux personnes avant d’être lui-même abattu.
10 ans plus tard. Tom Hanniger revient dans la ville de Harmony, toujours hanté par son erreur aux conséquences dramatiques. Retrouvant son ancien amour Sarah, désormais mariée au chef de la police Axel, il espère pouvoir tirer un trait sur ces souvenirs douloureux. Mais le passé est tenace et, alors que les meurtres se multiplient dans la ville, il devient évident que Harry Warden est de retour pour achever le massacre

La point le plus positif de ce film, vous vous en rendrez rapidement compte si vous tentez l’expérience, est par conséquent sa propension à une générosité des plus agréables. En pur popcorn-movie qu’il est, vendu même directement comme tel au travers de sa campagne de promotion américaine (rappelez-vous les plans du public sursautant face aux éléments 3D surgissant de l’écran), attendez-vous donc à ce que Meurtres à la Saint-Valentin 3D vous en donne toujours plus. Plus de quoi ? Plus de tout ! Plus de meurtres, pour commencer, avec une quantité de personnages trucidés qui a de quoi faire pâlir nombre de slashers. Le mineur revanchard a ainsi la mauvaise habitude de massacrer tout ce qui lui tombe sous la main et, si cela donne légèrement l’impression de se faire à tort et à travers, le plaisir que l’on a à voir un tel carton vient parasiter toute réflexion de cet acabit pour profiter du carnage. D’autant que le film vous donnera à côté de cela toujours plus de gore, n’hésitant pas à verser dans un craspec des familles qui fait toujours son petit effet. La découverte de l’hôpital après le passage de Harry Warden devrait donc vous constituer un excellent apéritif avant le déluge de meurtres à la pioche et autres découvertes macabres, un plat fait de cadavres aux poitrails grands ouverts (miam !). Et pour le dessert, alors ? Plus de cul ! Bon, nous n’avons pas non plus face à nous un film signé Marc Dorcel, mais nous ne pourrons nous empêcher de noter la présence d’une scène très étonnante dans un film de ce calibre, destiné quand même à une large distribution, avec une jeune femme se baladant complètement nue et un flingue à la main avant de se faire piocher. Et en full-frontal. Voilà bien là la marque d’une véritable volonté de nous en donner toujours plus.

Sauf que générosité bien ordonnée commence par soi-même (et hop, une expression désuète !) et le film aurait peut-être alors dû penser un peu plus à lui auparavant, par exemple pour avoir un scénario correct. Celui de cette nouvelle version dérive donc assez considérablement de son modèle jusqu’à en perdre tout l’intérêt de la fête de la Saint-Valentin, qui n’est plus ici qu’une toile de fond distante. Non pas que les amourettes soient un sujet spécialement passionnant mais cela était constitutif dans le film de 1981 des motivations du boogeyman, puisqu’il tuait en fait tous ceux célébrant cette mascarade malgré son avertissement. Un prétexte aujourd’hui remplacé par une histoire de vengeance bancale, qui s’inscrit plus encore dans une intrigue bateau au possible, pleine de raccourcis effarants et même parfois carrément stupide. On pourra alors toujours dire qu’il s’agit de second degré (il est évident que le film ne manque pas d’humour), mais certaines situations ou réactions des personnages versent dans un tel n’importe quoi que nous continuerons d’en douter. Ou en tout cas de regretter la chose, qui ne correspond pas vraiment à une intrigue qui appellerait à une autre approche. Parce que si le contexte du film est archétypal, il n’en va pas forcément de même avec les héros du film qui forment un trio assez original, déjà parce que sont des adultes et non l’habituelle bande d’ados excités (en tout cas dans la deuxième partie du métrage) mais aussi au regard de leur caractérisation, offrant quelques éléments plutôt malins.

Mais bon, nous le savons, Patrick Lussier est un sagouin et cet aspect humain se limitera pour lui à un triangle amoureux des plus plats (pas une fois n’est vraiment mise en avant l’hésitation du rôle de Jaime King). Le pire étant qu’il s’agit en plus d’un réalisateur des plus brouillons, sans réelle proposition de filmage, et son utilisation de la 3D va alors se révéler catastrophique quand elle aurait pourtant dû être un de ses principaux points forts. Totalement gadget ici, le relief n’est réellement utilisé que pour quelques effets-chocs, des éléments vous bondissant au visage, ce qui est toujours rigolo mais bien loin de nos attentes vis-à-vis de cette nouvelle technologie. A ne l’utiliser que dans un but visuel (et encore, on ne peut pas dire que la composition de ses plans retranscrive bien l’impression de profondeur) et non narratif, comme cela était par exemple le cas dans Scar 3D, Lussier oblige son film à ne se cantonner qu’au statut d’oeuvre foraine, gouailleuse et m’as-tu-vu mais absolument vide de sens et d’intérêt esthétique. Passée donc la surprise de voir un oeil nous foncer dessus ou bien le plan multi-répété du tueur pointant sa pioche dans notre direction (bravo pour la variété), nous ne trouverons absolument rien qui justifie l’utilisation du relief. Pire, c’est même la première fois que nous conseillerions de regarder un film en 2D plutôt qu’en 3D vu comme cela pourrait lui éviter un énorme écueil !

Heureusement alors que, malgré notre curiosité, nous n’attendions pas franchement des merveilles de la part de ce Meurtres à la Saint-Valentin 3D et de son réalisateur tant la déconvenue aurait pu être douloureuse. Remake peu inspiré et sans queue ni tête, usant honteusement des possibilités de la troisième dimension (ce qui n’empêchera pas Lussier d’y revenir avec son prochain effort, au scénario prometteur mais qu’il gâchera sûrement là encore), il n’est finalement sauvé in extremis du naufrage total que grâce à la générosité avec laquelle il fait trépasser son casting, de préférence de la façon la plus crade possible. Tenter l’aventure une fois pourra donc se révéler divertissant si l’on n’est pas trop regardant sur la qualité générale, mais il n’empêche que demeure cette impression d’être face à un remake foiraux, vite emballé. D’autant que la version originale, en ayant récupéré ses neuf minutes de scènes hardcore dans sa récente édition DVD, rend cette version-ci complètement inutile puisque la 3D y est inepte !

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Les Cavaliers de l’Apocalypse

4 mars, 2009

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Les responsables du studio Platinum Dunes sont quand même une bande de sacrés filous. Parce que s’ils avaient inauguré la création de leur structure par un remake carrément efficace (Massacre à la tronçonneuse version Nispel), ils se sont depuis enfermés dans cette pratique que d’aucun considérera comme innovante, qui plus est lorsque c’est pour nous livrer des purges loin de satisfaire à nos attentes (Vendredi 13 version Nispel). Alors, avec l’arrivée de projets « originaux » sous leur giron, nous pouvions espérer que les choses changent un peu, surtout que ce Les Cavaliers de l’Apocalypse se prévalait d’un casting aguicheur et d’un réalisateur inconnu du grand public mais très prometteur. Une alchimie pouvant faire des merveilles, si ce n’est que le film tendait à nous faire un peu peur au travers de sa promotion dans ses similitudes avec le culte Seven, redoutant qu’il n’en soit au bout du compte qu’une resucée laborieuse. Alors, remake déguisé ou vrai film original ?

Après la mort de son épouse aimante, Aidan Breslin est devenu un flic violent et amer, s’éloignant de plus en plus de ses deux jeunes fils. Alors qu’il enquête sur une série de meurtres particulièrement cruels, il découvre un lien possible et traumatisant entre ces morts et celle de sa femme. Aidan va donc désormais tout faire pour comprendre ce qui le connecte aux crimes et remonter la piste jusqu’au tueur, qui semble s’inspirer de la figure biblique des quatre Cavaliers de l’Apocalypse. La Guerre, la Famine, la Peste… et la Mort

Hé bien un peu des deux, ma bonne dame, puisque Les Cavaliers de l’Apocalypse ne peut décemment nier ses nombreuses ressemblances avec la péloche de David Fincher. C’est l’impression que nous laissaient ses premières images, et c’est la même impression que nous aurons en le visionnant tant les deux films partagent des ambiances similaires malgré des décors radicalement différents. La même fascination pour des meurtres teintés de religion, le même ton lourd, les mêmes observations sur une enquête qui devient aliénation,… jusqu’à des scènes quasiment calquées sur le film de 1995, comme celle de la visite au tatoueur fabricant d’ustensiles peu conventionnels. Et même si l’on sent que Akerlund veut explorer ici des thématiques un peu différentes (dont nous ne pouvons parler ici sous peine de vous foutre tout le truc encore plus en l’air), trop souvent nous pensons à Seven pour éclipser ici cette filiation. Un fait à mettre sûrement sur le compte des producteurs, adeptes de la recette qui a fait ses preuves sauf que, en allant à l’encontre des propres volontés de leur réalisateur, ils accouchent finalement d’un film bâtard qui ne pourra plus satisfaire complètement à aucune des volontés, d’autant que celui-ci se pose en plus comme un rejeton foireux du chef d’oeuvre de Fincher.

Parce que même s’il nous réserve quelques scènes chocs des plus sympatoches, qui devraient vous rester en mémoire pour quelques temps (le sac plastique surprise, le suicide à la scie à métaux,…), le film ne parvient pas à jouer sur la dimension religieuse de ces actes, la fascination malsaine que nous pouvons avoir pour une telle rencontre entre crime et mysticisme. La figure des 4 cavaliers de l’Apocalypse est pourtant fortement évocatrice, riche d’une longue tradition dans notre culture, mais elle se trouve ici galvaudée par un traitement qui semble sans cesse s’emmêler les pinceaux, perdre le fil et nous raconter donc n’importe quoi. Et quand enfin cet aspect de l’intrigue aurait pu prendre une réelle ampleur, en toute fin avec l’annonce d’une Apocalypse pour le coup très sympa, ses auteurs préfèrent garder un point de vue humain sur l’événement et passent donc à côté de ce qui aurait pu être un grand moment de cinéma. Un manque d’ambition qui va plus encore de paire avec un manque flagrant de maîtrise dans l’écriture de l’enquête, répétitive et mécanique au possible dans son développement et foutrement prévisible dans sa forme de whodunit. En effet, quiconque sera un minimum attentif trouvera l’identité du tueur dès le premier tiers du film, ce qui est quand même un peu dommage lorsque l’on est face à une enquête policière.

Malgré tout cela, lorsque l’on écoute les créateurs du film sur ce dernier, ils semblent tout spécialement fiers de son scénario, de son originalité. Il faut ainsi les entendre parler de la suspension -l’art de se suspendre avec des crochets comme nous pouvons le voir dans Un homme nommé Cheval ou, plus récemment et dans un genre plus proche, The Cell- comme s’ils avaient découvert la chose pour comprendre à quel point le film peut aussi se montrer prétentieux sur certains aspects. Heureusement alors que le casting s’avère impeccable pour donner un peu de corps à tout cela, tous les acteurs sans exception faisant preuve d’une implication convaincante dans leurs rôles. Mais surtout, ce qui sauvera du naufrage Les Cavaliers de l’Apocalypse, c’est la réalisation de l’ancien clippeur Jonas Akerlund. Une véritable révélation pour tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, n’ont pu découvrir son précédent effort, Spun, qui faisait apparemment montre d’un dynamisme à toute épreuve. Et si l’on ne retrouve pas tout à fait cela dans son nouveau film, qui a besoin de toutes façons d’une réalisation plus posée, nous ne pourrons en revanche que nous incliner face à ses excellents choix esthétiques, qui magnifient comme rarement les décors naturels du Canada. Sans compter que sa formation initiale de monteur lui permet de nous livrer quelques scènes d’une efficacité un peu rapide mais bien présente.

S’il est donc évident que Akerlund est un réalisateur sacrément doué, dont nous attendrons la prochaine oeuvre avec un vif intérêt, son talent est néanmoins mis ici au service d’une histoire sans réelle surprise, voire même un peu prétentieuse. Nous ne sommes alors pas loin du sous-Seven que nous redoutions, dans la tradition des déceptions que multiplient Platinum Dunes et ses dirigeants. Surpris ? Non, pas vraiment. Déçus ? Oui, assurément…

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Underworld 3 : le soulèvement des lycans

2 mars, 2009

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Les deux premiers Underworld, en plus de nous avoir fait profiter de la plastique de l’ensorcelante Kate Beckinsale, nous avaient aussi introduit à un univers fantastique fort sympathique, voyant deux de nos monstres préférés du cinéma s’affronter sur une toile de fond entre tradition et modernité. Et si les aventures de Selene sont achevées à la fin du second opus, les possibilités lucratives de la franchise appelaient forcément à un troisième épisode (et même plus, puisque l’on parle déjà d’un quatrième) et décision fut alors prise de se livrer à l’exercice de la préquelle. Après tout, Kate s’étant refusée de toutes façons à revenir incarner la vampirette en latex noir, autant éviter de faire une suite qui s’apparenterait plus à un reboot ou une pâle copie de ce qui a précédé. La préquelle offre donc de la légitimité, c’est bien, et en plus elle va nous permettre de découvrir un peu plus de cette guerre au Moyen-Age, ce qui ne se refuse pas après l’excellente séquence ouvrant Underworld Evolution. Le problème étant bien sûr qu’une préquelle, pour se justifier, se doit aussi d’apporter son lot de surprises et approfondissements sur une mythologie qui nous est familière, ce qui peut être difficile quand celle-ci nous l’est déjà pas mal…

Les loup-garous, ou lycans, sont depuis toujours asservis aux vampires, une caste aristocratique se faisant appeler les « Death Dealers ». Mais dans ces temps sombres du Moyen-Age, un loup-garou vindicatif du nom de Lucian fait son apparition, appelant tous ses frères de captivité à se réunir et se révolter contre leurs maîtres, en particulier Viktor qui fut le premier à les mettre en esclavage. Rejoint dans la lutte par Sonja, son amour et pourtant vampire, Lucian s’apprête à lancer le combat pour la liberté des lycans

Parce que l’un des buts des deux premiers Underworld était d’ancrer ses histoires dans un conflit trouvant ses origines il y a des centaines d’années, tous deux étaient tournés vers le passé et ses secrets et y revenaient donc à de nombreuses reprises. Dans ce contexte, autant dire que tous ceux ayant vu ces films plus d’une fois sont parfaitement au courant des racines de la guerre entre lycans et vampires, particulièrement explicitées dans le premier du nom. Et en revenant précisément sur ces événements, les responsables du projet prenaient le risque d’être un peu redondants avec ce qui avait été fait, de ne pouvoir échapper à un dénouement déjà connu et tuer ainsi toute surprise chez le spectateur. Ce qui, malheureusement, est bien le cas ici, l’intrigue se contentant de filer en ligne droite sur un schéma assez prévisible en lui-même et allant donc vers un finale que nous n’ignorons pas. Une lacune qu’auraient pu compenser les trois scénaristes ayant bossé sur le film, en nous ménageant de quoi étoffer cette intrigue entendue, sauf qu’ils s’y tiennent justement avec une rigueur n’en rendant les choses que moins encore surprenantes. Quelques clins d’oeil, le personnage de Raze mis un peu plus en avant (Kevin Grevioux, le gros black lycan et accessoirement créateur de Underworld avec Len Wiseman), et puis ce sera tout. Les relations entre les personnages principaux sont en plus convenues et Rhona Mitra a beau être magnifique (salut l’artiste !), la caractérisation de son personnage n’aide pas à rendre Sonja intéressante.

A côté de cela, nous reconnaîtrons que Michael Sheen a bien la classe en Lucian, le Spartacus des loups-garous, mais ce qui sauvera surtout ce Underworld 3 tient dans la présence à ses commandes du français Patrick Tatopoulos. Car même s’il s’agit ici de sa première réalisation et que l’on peut donc ressentir parfois une légère maladresse dans ses choix de cadrage et montage, il a pour lui le goût assuré d’un des meilleurs artistes conceptuels actuels et offre alors avec ce film une démonstration assez bluffante de son talent. Bien sûr, il ne s’en est pas occupé directement pour l’occasion (enfin, c’est quand même lui qui a défini dès le départ le look des lycans et vampires de la franchise, tout comme il a travaillé sur des oeuvres telles que Dark City, I, Robot, Silent Hill ou, et ça c’est la méga-classe, Super Mario Bros) mais on sent qu’il a vraiment appuyé cet aspect du projet dans son travail de réalisateur, en collaboration avec le directeur artistique Dan Hennah. Vous le verrez alors, tout ce qui touche au travail des décors est absolument splendide et rarement décor de château-fort aura paru aussi crédible tout en étant très stylisé, à l’image des armures qui ont elles en revanche un peu tendance à rappeler celles des elfes dans Le Seigneur des Anneaux, en plus dark bien évidemment.

Underworld 3 constitue donc un véritable plaisir pour les yeux, dont le rythme est soutenu par quelques scènes d’action plutôt joliment troussées (voir la très cool charge des lycans sur le château des vampires) mais qui ne parviendra cependant à nous passionner totalement, la faute à un scénario dont nous possédons déjà tous les tenants et aboutissants avant même que cela ne commence. La péloche se laisse alors regarder mais ne laissera pas un souvenir impérissable, exercice de style appliqué dont se sort efficacement Tatopoulos et plutôt prometteur pour ses prochains projets, à condition qu’il porte une plus grande attention à ses scénarios. Et quant à la franchise Underworld, que les fans se rassurent : la guerre ne fait que commencer et l’impression mitigée laissée par ce film pourra alors prochainement être lavée dans le sang !

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