Watchmen – Les Gardiens

watchmen - les gardiens - zack snyder - affiche

Alan Moore est quand même un drôle de type. Auteur à succès de romans graphiques cultes dans la communauté des bédéphiles (La Ligue des gentlemen extraordinaires, From Hell, V pour Vendetta et Watchmen, quand même), il est à chaque fois le premier à dire des adaptations de ses oeuvres que ce seront de véritables bides, que son travail ne peut être porté sur grand écran sans se voir trahi. Une affirmation à laquelle nous pourrions presque donner raison tant ses intrigues sont intransigeantes et complexes, mais ce serait oublier un peu vite que le travail d’adaptation peut aussi produire parfois de véritables petits miracles, qui condensent avec brio les histoires les plus riches tout en leur offrant un nouvel éclat. Encore faut-il s’en donner les moyens, ce qui fit longtemps défaut au projet d’adapter Watchmen ; et celui-ci d’errer alors en development-hell durant de nombreuses années, passant de mains en mains sans que personne ne parvienne à imposer sa vision du roman graphique. Jusqu’à ce qu’en fait Zack Snyder, auréolé du succès d’un 300 fou furieux et prouvant déjà son talent à faire d’un comic un film, s’attache à la chose et lui donne enfin son élan. Commença un développement titanesque, plein d’annonces alléchantes que nous avons suivi pas à pas sur la toile depuis plus d’un an, et dont nous avons donc enfin l’occasion de pouvoir découvrir le résultat dans nos salles obscures. Alors, a-t-on bien fait de surveiller de si près les Gardiens ?

Dans une Amérique de fin du monde et uchronique, où 1985 voit la Guerre Froide continuer de battre son plein, les héros masqués sont tombés en disgrâce après que le gouvernement de Richard Nixon les ait déclarés illégaux. Avec leurs défauts, faiblesses et aspirations, chacun s’est plus ou moins accommodé de cette situation et les justiciers ont disparu des rues. Pourtant, alors que les Etats-Unis sous le coup d’une menace nucléaire de la part de la Russie, quelqu’un semble bien décidé à en finir avec ces héros et le Comédien, ancien membre des Gardiens, est assassiné. Un acte dans lequel le vigilante Rorschach décèle une conspiration visant à leur élimination pure et simple, qui le pousse alors à essayer de réunir l’équipe des Watchmen pour venger la mort de leur ancien partenaire

En s’attaquant à une adaptation pour le grand écran de Watchmen, Zack Snyder se lançait ainsi dans une entreprise colossale tant l’oeuvre de Alan Moore est d’une richesse et d’une profondeur étourdissantes sur laquelle nombre de réalisateurs et scénaristes se sont cassés les dent. Ce qui passe d’abord par un contexte politique et historique primordial à l’intrigue, qui nous fait revivre plusieurs décennies de notre Histoire sous un nouveau jour, dans lequel les héros masqués ont participé de la construction de l’Amérique moderne. Un texte acide, qui met en exergue tous les mauvais côtés de ce passé, et qui constituait déjà une sacrée gageure à adapter. Mais en plus, et surtout, Watchmen est bien sûr une histoire de super-héros se proposant, avec l’iconoclasme si particulier de Moore, de jeter un regard sombre sur la vie de ses personnages, de leur redonner l’humanité crasse dont a pu les priver l’image parfois lisse des comic-books. Ici, les héros sont ramenés au rang de psychotiques, de vigilantes, de fascistes ou de simples et faibles humains, capables de prouesses physiques incroyables mais aussi des pires atrocités. Un traitement réaliste que l’on retrouve même chez le Dr Manhattan, qui représente lui ce que serait véritablement un être doué de pouvoirs dans notre monde, comment il se détacherait du commun des mortels pour devenir une sorte de dieu égoïste. Autant dire que nous sommes très loin de l’image rutilante du super-héros et que, pour adapter correctement le roman graphique, il ne fallait alors pas hésiter à ne faire aucune concession.

Ce que, miracle, Zack Snyder a réussi à obtenir, pouvant nous révéler alors les aspects les plus noirs du passé de ses anti-héros sans retenue, que ce soit par exemple dans la violence de Rorschach (un personnage véritablement monstrueux) ou les dérives du Comédien. Tout en les gardant bien évidemment en permanence ancrés dans les différentes époques qu’ils ont traversé, acteurs d’une longue dégringolade de l’Humanité. Un véritable tour de force que de faire tenir tout cela dans un seul long-métrage, prouesse scénaristique et de montage faisant que, malgré ses deux heures quarante de durée, Watchmen renouvelle sans arrêt l’intérêt du spectateur pour peu qu’il soit réceptif aux nombreuses thématiques du film. La temporalité déstructurée, les montages portés par des canons musicaux de l’époque (voir l’incroyable générique de début sur le The Times They are A-Changin’ de Bob Dylan), tout est fait pour relier les éléments entre eux de la façon la plus cohérente et complète possible, formant un tout époustouflant tant il est foisonnant. Alors les connaisseurs de l’oeuvre originale y trouveront certainement à redire, après tout ils sont là pour ça, mais il est difficile de croire que cette adaptation puisse la trahir quand on voit à quel point elle offre un approfondissement complet de ses thématiques, de ses idées.

Mais en plus, là où fait très fort Snyder, c’est qu’il a réussi à donner corps à cet univers grâce à un visuel des plus soignés, qui transcende les dessins de Dave Gibbons pour leur offrir une saveur purement cinématographique. Difficile en effet de donner du crédit à ceux qui taxent le réalisateur d’avoir fait un simple copier-coller du roman graphique lorsque l’on se retrouve face à la magnificence et le spectaculaire des plans qui composent le film, soignés avec un sens du détails maladif. Les décors, très inspirés du film noir, sont ainsi truffés en permanence de détails qui ne font qu’ajouter de l’eau au moulin des volontés du métrage, que ce soit dans l’expression du malaise ambiant ou le rattachement aux époques dépeintes, et ce n’est là qu’un des aspects d’un univers visuel réjouissant de part en part. Surtout que Snyder fait toujours preuve des mêmes maestria et vivacité avec une caméra à la main, qui lui permettent de rendre une scène de dialogue presque aussi stimulante qu’une scène d’action. Loin de se montrer redondants, ses tics visuels trouvent ici au contraire un contexte encore une fois parfait pour s’exprimer, s’attardant sur les images et leur témoignant un amour comme le fait naturellement une bande-dessinée. A ce titre, les scènes d’action sont alors tout bonnement énormes et, malgré leur faible nombre, laissent une impression durable dans leur approfondissement d’une violence stylisée comme nous avions pu l’apprécier par exemple chez del Toro.

Il n’y a donc pas grand chose à redire de ce Watchmen – Les Gardiens qui, après nous avoir fait baver sur de longs mois, se révèle à nous en satisfaisant à toutes nos attentes. D’une richesse thématique abyssale et beau de sa première à sa dernière image, on sent toute l’intelligence et l’amour du réalisateur pour l’oeuvre d’origine, qu’il transcende par les possibilités de son médium. Alan Moore et ses déclarations de rabat-joie peuvent donc aller se recoucher, car Snyder nous offre là une adaptation exemplaire et ébouriffante !

18964677w434hq80.jpg  18964682w434hq80.jpg  18964679w434hq80.jpg

4 Réponses à “Watchmen – Les Gardiens”

  1. joe la crasse dit :

    Salut le geek show, un bonjour venu de Creuse pour feliciter la teneur de cette critique aussi bien précise que complète.
    Inutile de dire que cete nouvelle sortie donne terriblement envie alliant action super héros et surtout histoire très scénarisée, au contraire d’autres filme de super héros sortis précedemment. Ce scénario tellement plein me fait penser qu’il s’agit ici d’un film très ryhmé (un peu a l’image d’un darknight meme si il possible que je m’avance un peu puisque je n’ai pas vu cette dernière sortie). Enfin, reconnaissant la beauté des scènes d’actions du film 300 j’ai l’impression que ce film a tout pour plaire aux fans du genre et à pleins d’autres.
    J’ai hate d’aller le voir, normalement c’est pour dans la semaine de la sortie, en attendant mefiez vous des contrefaçons et recevez mes salutations chers amis

    PS:J’espère ne pas avoir été trop obscur (lool) tchao

  2. pitouwh dit :

    M’est d’avis que tu vas prendre sacrément ton pied, peut-être même encore plus que devant The Dark Knight.

    On attend en tout cas avec impatience ton avis !

  3. mabataille dit :

    Aïe aïe aïe caramba. Mon film de l’année, du siècle, du cinéma tout entier ! Les frères lumières feraient une crise cardiaque toutes les deux minutes devant un tel film…

    Grosse baffe de 2h40 : l’histoire rondement menée et intelligente, les personnages d’une humanité brute, des bastons comme seul Matrix jusqu’ici avait su mettre en image, des effets spéciaux et une photographie de tueurs. Même le générique de début et sa narration est un petit chef d’oeuvre digne des meilleurs Pixar.

    Je guette le Blu-ray du coup et c’est pas dans mes habitudes !
    Quant à ta critique, elle est tout simplement juste. Bravo !

  4. pitouwh dit :

    Bravo à Zack Snyder ! ;-)

Laisser un commentaire