Archive pour février, 2009

Watchmen – Les Gardiens

28 février, 2009

watchmen - les gardiens - zack snyder - affiche

Alan Moore est quand même un drôle de type. Auteur à succès de romans graphiques cultes dans la communauté des bédéphiles (La Ligue des gentlemen extraordinaires, From Hell, V pour Vendetta et Watchmen, quand même), il est à chaque fois le premier à dire des adaptations de ses oeuvres que ce seront de véritables bides, que son travail ne peut être porté sur grand écran sans se voir trahi. Une affirmation à laquelle nous pourrions presque donner raison tant ses intrigues sont intransigeantes et complexes, mais ce serait oublier un peu vite que le travail d’adaptation peut aussi produire parfois de véritables petits miracles, qui condensent avec brio les histoires les plus riches tout en leur offrant un nouvel éclat. Encore faut-il s’en donner les moyens, ce qui fit longtemps défaut au projet d’adapter Watchmen ; et celui-ci d’errer alors en development-hell durant de nombreuses années, passant de mains en mains sans que personne ne parvienne à imposer sa vision du roman graphique. Jusqu’à ce qu’en fait Zack Snyder, auréolé du succès d’un 300 fou furieux et prouvant déjà son talent à faire d’un comic un film, s’attache à la chose et lui donne enfin son élan. Commença un développement titanesque, plein d’annonces alléchantes que nous avons suivi pas à pas sur la toile depuis plus d’un an, et dont nous avons donc enfin l’occasion de pouvoir découvrir le résultat dans nos salles obscures. Alors, a-t-on bien fait de surveiller de si près les Gardiens ?

Dans une Amérique de fin du monde et uchronique, où 1985 voit la Guerre Froide continuer de battre son plein, les héros masqués sont tombés en disgrâce après que le gouvernement de Richard Nixon les ait déclarés illégaux. Avec leurs défauts, faiblesses et aspirations, chacun s’est plus ou moins accommodé de cette situation et les justiciers ont disparu des rues. Pourtant, alors que les Etats-Unis sous le coup d’une menace nucléaire de la part de la Russie, quelqu’un semble bien décidé à en finir avec ces héros et le Comédien, ancien membre des Gardiens, est assassiné. Un acte dans lequel le vigilante Rorschach décèle une conspiration visant à leur élimination pure et simple, qui le pousse alors à essayer de réunir l’équipe des Watchmen pour venger la mort de leur ancien partenaire

En s’attaquant à une adaptation pour le grand écran de Watchmen, Zack Snyder se lançait ainsi dans une entreprise colossale tant l’oeuvre de Alan Moore est d’une richesse et d’une profondeur étourdissantes sur laquelle nombre de réalisateurs et scénaristes se sont cassés les dent. Ce qui passe d’abord par un contexte politique et historique primordial à l’intrigue, qui nous fait revivre plusieurs décennies de notre Histoire sous un nouveau jour, dans lequel les héros masqués ont participé de la construction de l’Amérique moderne. Un texte acide, qui met en exergue tous les mauvais côtés de ce passé, et qui constituait déjà une sacrée gageure à adapter. Mais en plus, et surtout, Watchmen est bien sûr une histoire de super-héros se proposant, avec l’iconoclasme si particulier de Moore, de jeter un regard sombre sur la vie de ses personnages, de leur redonner l’humanité crasse dont a pu les priver l’image parfois lisse des comic-books. Ici, les héros sont ramenés au rang de psychotiques, de vigilantes, de fascistes ou de simples et faibles humains, capables de prouesses physiques incroyables mais aussi des pires atrocités. Un traitement réaliste que l’on retrouve même chez le Dr Manhattan, qui représente lui ce que serait véritablement un être doué de pouvoirs dans notre monde, comment il se détacherait du commun des mortels pour devenir une sorte de dieu égoïste. Autant dire que nous sommes très loin de l’image rutilante du super-héros et que, pour adapter correctement le roman graphique, il ne fallait alors pas hésiter à ne faire aucune concession.

Ce que, miracle, Zack Snyder a réussi à obtenir, pouvant nous révéler alors les aspects les plus noirs du passé de ses anti-héros sans retenue, que ce soit par exemple dans la violence de Rorschach (un personnage véritablement monstrueux) ou les dérives du Comédien. Tout en les gardant bien évidemment en permanence ancrés dans les différentes époques qu’ils ont traversé, acteurs d’une longue dégringolade de l’Humanité. Un véritable tour de force que de faire tenir tout cela dans un seul long-métrage, prouesse scénaristique et de montage faisant que, malgré ses deux heures quarante de durée, Watchmen renouvelle sans arrêt l’intérêt du spectateur pour peu qu’il soit réceptif aux nombreuses thématiques du film. La temporalité déstructurée, les montages portés par des canons musicaux de l’époque (voir l’incroyable générique de début sur le The Times They are A-Changin’ de Bob Dylan), tout est fait pour relier les éléments entre eux de la façon la plus cohérente et complète possible, formant un tout époustouflant tant il est foisonnant. Alors les connaisseurs de l’oeuvre originale y trouveront certainement à redire, après tout ils sont là pour ça, mais il est difficile de croire que cette adaptation puisse la trahir quand on voit à quel point elle offre un approfondissement complet de ses thématiques, de ses idées.

Mais en plus, là où fait très fort Snyder, c’est qu’il a réussi à donner corps à cet univers grâce à un visuel des plus soignés, qui transcende les dessins de Dave Gibbons pour leur offrir une saveur purement cinématographique. Difficile en effet de donner du crédit à ceux qui taxent le réalisateur d’avoir fait un simple copier-coller du roman graphique lorsque l’on se retrouve face à la magnificence et le spectaculaire des plans qui composent le film, soignés avec un sens du détails maladif. Les décors, très inspirés du film noir, sont ainsi truffés en permanence de détails qui ne font qu’ajouter de l’eau au moulin des volontés du métrage, que ce soit dans l’expression du malaise ambiant ou le rattachement aux époques dépeintes, et ce n’est là qu’un des aspects d’un univers visuel réjouissant de part en part. Surtout que Snyder fait toujours preuve des mêmes maestria et vivacité avec une caméra à la main, qui lui permettent de rendre une scène de dialogue presque aussi stimulante qu’une scène d’action. Loin de se montrer redondants, ses tics visuels trouvent ici au contraire un contexte encore une fois parfait pour s’exprimer, s’attardant sur les images et leur témoignant un amour comme le fait naturellement une bande-dessinée. A ce titre, les scènes d’action sont alors tout bonnement énormes et, malgré leur faible nombre, laissent une impression durable dans leur approfondissement d’une violence stylisée comme nous avions pu l’apprécier par exemple chez del Toro.

Il n’y a donc pas grand chose à redire de ce Watchmen – Les Gardiens qui, après nous avoir fait baver sur de longs mois, se révèle à nous en satisfaisant à toutes nos attentes. D’une richesse thématique abyssale et beau de sa première à sa dernière image, on sent toute l’intelligence et l’amour du réalisateur pour l’oeuvre d’origine, qu’il transcende par les possibilités de son médium. Alan Moore et ses déclarations de rabat-joie peuvent donc aller se recoucher, car Snyder nous offre là une adaptation exemplaire et ébouriffante !

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Volt, star malgré lui

21 février, 2009

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Si la compagnie Disney a définitivement intégré sous son giron le studio de tous les miracles, Pixar, et a même fait de sa tête pensante John Lasseter son nouveau PDG, il n’en reste pas moins que son département animation continue d’accuser un retard certain en comparaison des Ratatouille et autres Wall-E. Un état de fait qui ne changera malheureusement pas d’un iota avec Volt, star malgré lui, dernier bébé du studio aux grandes oreilles et plutôt réussi au demeurant, mais à qui il manque une étincelle pour faire la différence.

Recueilli par la fille d’un scientifique, un petit chien nommé Volt se voit gratifié de super-pouvoirs après une expérience et devient ainsi le protecteur de sa maîtresse, dont la vie est sans cesse menacée par de méchants hommes en noir… C’est tout du moins ce que croit Volt, chien-acteur sans le savoir à qui on a caché son statut de star de série TV pour rendre son interprétation plus crédible. Et lorsqu’il se retrouve perdu loin de son studio par accident, sa vision faussée du monde va rendre son voyage de retour difficile. Aidé d’une chatte récalcitrante et d’un hamster survolté, il se lance alors dans la plus grande aventure de sa vie

La magie, la véritable magie, est par essence indéfinissable. Pourtant, à voir le brio avec lequel Pixar mène sa barque depuis quelques années, c’est à croire qu’ils ont trouvé la recette. Et la gardent jalousement quand on voit comment leur ton, l’excellence de leurs longs-métrages, ne se retrouvent que chez eux. Malgré donc des qualités techniques évidentes et une charte visuelle très bien pensée (même si on ne comprendra pas que Volt ressemble tant à un chiot alors qu’il a plus de 5 ans), le nouveau Disney ne parviendra pas à jouer en plus sur la corde sensible comme il aimerait le faire, pour atteindre le spectateur et l’impliquer encore davantage dans l’intrigue au travers du portrait de ses personnages. Volt, star malgré lui a ainsi beau avoir été repensé de fond en comble lors de sa production comme le sont souvent les Pixar, sans cesse en cours d’affinage pour justement dénicher le coeur de l’intrigue, l’expérience ne portera pas complètement ses fruits. Car si les personnages du film sont très attachants, mignonnes petites boules de poil dans la grande tradition disneyenne, jamais ils ne nous émouvront.

Tant pis, le cinéma d’animation ne fonctionne de toutes façons pas qu’en jouant sur notre sensibilité et il reste alors quelques cordes à l’arc du duo Byron Howard / Chris Williams pour réussir leur coup. Chris Williams, un nom d’ailleurs de bonne augure puisque le monsieur a officié auparavant en tant que scénariste de Kuzco, l’empereur mégalo, ce qui fait déjà un très bon point pour lui et laisse présager du meilleur quant à l’humour du film. Une intuition qui se confirmera très rapidement dans la façon savoureuse avec laquelle nous sera présenté notre héros à quatre patte, au travers de sa série télé qui est l’occasion de parodier le caractère énorme de certaines productions d’action tout en se montrant en même temps foutrement spectaculaire (avec les lunettes 3D, ça pète carrément !). Mais c’est surtout par la suite, quand on arriveront les personnages de Mittens la chatte et Rhino le hamster, que le film prendra sa véritable dimension comique. En effet, chacun de ces animaux représente un type d’humour bien particulier dont les auteurs usent à merveilles, les mettant sans cesse en contraste avec le manque de second degré dont fait preuve Volt et qui réservera alors nombre de scènes très réussies sur le plan de la comédie.

S’il est donc encore loin des critères d’excellence dont peuvent se targuer les productions Pixar, surtout en ce qui concerne l’implication spectatorielle, Volt, star malgré lui reste un film d’animation des plus divertissants, dont les principales armes seront l’humour et, à l’occasion, un sens du spectaculaire qui fait joliment mouche. A ce titre, autant dire qu’il vaut mieux le voir en 3D tant le procédé apporte une valeur ajoutée indéniable à ces séquences époustouflantes. Mais bon, nous attendons quand même de voir ce que fera Disney avec ces futures productions et tout particulièrement celles en animation (plus ou moins) traditionnelle, un créneau dans lequel le studio pourrait bien se ré-affirmer comme l’un des véritables leaders du marché !

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Scar 3D

21 février, 2009

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Dans la course à la 3D à laquelle nous assistons aujourd’hui, nous pensions que le genre horrifique se trouverait représenté en premier lieu chez nous -comme aux Etats-Unis- par Meurtres à la Saint-Valentin 3D. Mais même si sa date de sortie (le 29 avril) ne paraît plus très loin, le remake de Patrick Lussier va pourtant se faire souffler la politesse par un outsider que nous n’avions pas vu venir, Scar 3D. Une petite péloche d’horreur indépendante, qui s’offre donc néanmoins les attrayants atours de la troisième dimension pour jouer dans la cour des grands et, mine de rien, rentrer un peu dans l’Histoire. Et si nous aurions donc pu craindre que cette sortie surprise ne soit signe d’une précipitation néfaste, pour s’assurer au détriment du film d’avoir la primeur du gore en relief hors-Amérique, ce sera en fait tout le contraire puisque cette première plongée dans l’horreur tridimensionnelle se révèlera à la fois immersive et éprouvante !

Durant son adolescence Joan Burrows a vécu une expérience traumatisante lorsque, avec son amie, elles furent séquestrées par Bishop, un dangereux psychopathe tenant le funérarium local et adepte de jeux particulièrement sadiques. Marquée à vie, Joan s’est ainsi éloignée de sa ville natale pour oublier mais, alors qu’elle ose y revenir après des années d’exil pour célébrer la fin des études de sa nièce, les souvenirs refont surface et de nouveaux cadavres commencent à apparaître. Pourtant, tout le monde le sait, Bishop est mort depuis des années. Qui peut bien alors avoir repris son flambeau ? A moins qu’il ne s’agisse de quelque chose encore pire

Parce qu’il ne cède donc pas aux tentantes facilités qu’offre une projection en relief -ces effets faciles d’objets vous arrivant droit dans la tronche- Scar 3D se montrera déjà une excellente surprise, donnant l’impression d’être le fruit d’une véritable réflexion et non d’une utilisation abusive d’un gimmick vidé de ses possibilités narratives et sensorielles. Ainsi, même si nous aurons parfois la très nette impression que le film n’a pas toujours été pensé en vue de l’usage de cette nouvelle technologie et que cela s’est imposé en cours de route, rendant alors obligatoire le re-tournage de certaines scènes et plans, il n’en demeure pas moins que le réalisateur Jeff Weintrob fait preuve d’une maîtrise assez efficace dans le jeu sur la profondeur de champ. Bien souvent, plutôt que d’avoir donc recours au montage, il préfère dévoiler l’action en jouant sur les différentes échelles de plan, usant pour l’occasion de nombreuses surfaces transparentes et autres ouvertures auxquelles la projection en 3D donne tout leur sens, et inversement. Peut-être est-ce dû à son expérience passée dans les jeux vidéos, un emploi qui lui a appris à toujours penser un espace en termes de dimensions selon lui, mais toujours est-il que son approche donne l’impression d’être le premier représentant de ceux qui useront avec raison du relief. Devenue une arme narrative, le procédé n’en est en effet que plus légitime, sans compter qu’il va davantage nous immerger dans l’histoire et, par conséquent, le film.

Ce qui est tout de même primordial car, en tant que représentant du genre du torture-porn, le film de Weintrob se doit de nous faire ressentir ce qu’il se passe à l’écran. C’est effectivement là une des conditions sine qua non pour qu’un tel spectacle fonctionne, car il va sans cesse faire appel à notre empathie pour les pauvres victimes torturées. Et à ce petit jeu, le dispositif 3D fait ici des merveilles puisque, en plus de se montrer diaboliquement immersif par principe, le travail des lumières du directeur de la photo Toshiaki Ozawa (pour avoir recours à la troisième dimension à moindre coût, le producteur a engagé des spécialistes japonais dans le domaine) va offrir aux images un rendu des textures confondant de réalisme. Les scènes gratinées où Bishop se livre ainsi à ses sanglantes activités se révèlent être d’un caractère particulièrement extrême, n’hésitant pas de plus à verser dans un gore des plus démonstratifs grâce à de très beaux maquillages.

Ceci étant dit, Scar 3D est néanmoins loin d’être une péloche parfaite et présentera donc quelques défauts qui tempéreront la bonne impression générale, concernant pour beaucoup un scénario que nous ne pourrons qualifier de véritablement original. Navigant entre torture-porn, slasher et thriller fantastique, trois genres qu’elle marie pourtant assez harmonieusement, l’histoire ne se montre donc cependant pas spécialement passionnante et le mystère qu’elle entretient autour de l’identité du tueur, sa nature surnaturelle ou non, peinera à s’imposer comme intéressant et surprenant. Heureusement alors que les acteurs à l’affiche rattrapent un peu de cela, à commencer bien sûr par Angela Bettis qui, bien qu’un peu en retrait malgré sa place centrale dans l’intrigue, fait toujours preuve du même talent lorsqu’il s’agit d’incarner des personnages féminins fragiles (rappelez-vous de May). Un choix de casting excellent, en corrélation avec le reste de la distribution où nous aurons alors la surprise de voir pour une fois des adolescents ressemblant pour de bon à des teenagers. Parce que ça peut avoir l’air con de dire ça, mais quand on a dans un film des ados interprétés par des comédiens de plus de 25 ans, forcément on y croit beaucoup moins (voyez le récent et honteux Vendredi 13). Les plus jeunes membres de ce casting-ci ont alors beau jouer sur des registres aussi clichés qu’à l’ordinaire, les filles en pétasses et les gars en beaux gosses, ça fonctionne malgré tout et c’est plutôt cool.

S’il ne pourra donc prétendre à un autre statut que celui de petite péloche sympa, la faute à un manque flagrant d’originalité, Scar 3D n’en est pas moins une bonne petite surprise, plutôt bien troussée, et qui a en plus l’élégance de ne pas usurper pour rien le prestigieux titre de « premier film d’horreur 3D » en France. A découvrir, donc, mais encore faut-il soit projeté dans un cinéma près de chez vous puisqu’il n’existe malheureusement pas en version 2D !

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Vendredi 13

15 février, 2009

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De toutes les franchises du cinéma horrifique dont Hollywood nous pond moult remakes ces dernières années, celle des Vendredi 13 est sans conteste celle à qui cet exercice aurait pu être le plus profitable. Car malgré toute la sympathie que l’on peut avoir pour le film de Sean S. Cunningham et certaines de ses suites, il faut bien avouer que la série s’est sacrément éloignée de ses origines et, si cela peut encore donner des films très distrayants (Jason X), autant dire que le parfum de Crystal Lake n’était définitivement plus le même. Revenir aux sources du mythe était donc nécessaire, seule solution logique si l’on voulait éviter de s’enfoncer encore davantage dans le nawakesque, et pouvait surtout réserver une sacrée surprise grâce à l’approche qu’avaient le réalisateur Marcus Nispel et les producteurs de Platinum Dunes de ce remake, voulant en faire une sorte de film-somme des trois premiers volets de la saga. Un long-métrage dans lequel nous imaginions alors que la mythologie autour de Jason serait richement exploitée, que le boogeyman serait lui-même mis au premier plan du film pour lui donner toute l’aura qu’il mérite. Soit le genre de souhaits que nous avions déjà formulé lors de la sortie de Freddy contre Jason, avec les résultats que nous savons, et qui semblent encore une fois malheureusement n’avoir pas été écoutés ici.

A la recherche de sa soeur disparue, Clay pénètre dans les mystérieux bois qui entourent le légendaire site de Crystal Lake pour y découvrir une cabane abandonnée, livrée au bon vouloir des arbres et plantes environnantes. Contre l’avis de la police locale, qui tente de l’avertir quant au drame s’étant déroulé en ces lieux des années auparavant, il poursuit son enquête avec le peu d’indices qu’il a en sa possession et fait bientôt la rencontre d’une jeune femme, venue avec ses amis pour vivre un week-end riche en sensations fortes. Et ils ne seront pas déçus de ce côté-là car, sans le savoir, ils viennent de pénétrer sur le territoire d’un des plus terrifiants serial-killers sévissant aux Etats-Unis. Machette aiguisée en main, Jason Voorhees se lance dans un nouveau jeu de massacre…

Ce retour à Crystal Lake, loin de nous plonger comme il devrait le faire avec un nouveau regard dans une mythologie que nous connaissons fort bien, va ainsi s’acharner à n’utiliser que les poncifs les plus éculés du genre pour se bâtir. Comme cela était déjà le cas avec Freddy contre Jason ou bien Alien vs Predator, ces films nous donnent donc l’impression que leurs géniteurs ont oublié ce qui en fait tout l’intérêt aux yeux des spectateurs, ce pourquoi nous sommes prêts à nous déplacer jusqu’au cinéma le plus proche : retrouver des icônes cinématographiques que nous aimons. C’est eux que nous voulons voir, eux que nous voulons découvrir plus avant. Mais en lieu et place de cela nous avons eu droit à chaque fois pour ces longs-métrages à des intrigues bateaux, où leurs monstres magnifiques ne servent que de faire-valoir à des héros humains aussi inintéressants qu’énervants (c’est bien beau de vouloir faire une « vraie histoire », une dans laquelle le spectateur lambda ne sera pas perdu, mais encore faut-il l’écrire correctement). Un constat auquel le nouveau Vendredi 13 s’accorde au diapason, empilant les clichés du slasher avec une détermination qui forcerait presque le respect. D’autant que cela est parfaitement volontaire de la part de l’équipe du film, qui nous le signifie clairement avec une blague faite au début par le black de service et stipulant que le caractère stéréotypé des personnages est complètement assumé, tout comme par conséquent celui de l’histoire.

C’est donc à du slasher pur jus auquel nous allons avoir affaire, un pur produit d’exploitation qui ne s’embarrassera jamais véritablement de son potentiel pour se laisser au contraire voguer en pilote-automatique. Tout ce qui concerne ainsi Jason Voorhees et sa mythologie est donc honteusement survolé, de l’importance de sa mère à l’apparition absurde du masque de hockey (et dire que les producteurs disaient avoir soigné tout spécialement cette scène !) jusqu’à ses motivations pour tuer, inhérentes à son passé ; et il nous faudra alors en lieu et place de cela supporter les scènes avec nos abrutis de héros, une bande de jeunes adultes passant leur temps à faire des jeux d’alcool idiots, à forniquer ou à parler fumette. Des éléments primordiaux du slasher, il est vrai, et qui se montrent particulièrement efficaces sur un public adolescent tout excité de voir ses semblables s’éclater ainsi. Mais quand vous assistez au soi-disant grand retour d’un boogeyman que nous chérissons, est-ce bien que ce que l’on a envie de voir ? Quel intérêt de tout reprendre à zéro si c’est pour refaire la même chose, et mal en plus ? Surtout que l’on sent que tous les éléments désirés étaient là, ou étaient tout du moins plus présents que dans le version finale du film, mais qu’ils ont été sacrifiés sur la table de montage pour rendre ce Vendredi 13 le plus facilement consommable possible par le plus grand nombre. Triste mentalité de producteur appliquée à ce que nous rêvions comme une pure oeuvre de fanboy.

Enfin, cette logique commerciale n’a pas non plus que des mauvais côté et le film de Marcus Nispel se révèle alors assez rythmé, avec pléthore de meurtres variés et fendards, même si cela se fait sur une structure relativement bancale. La longue scène d’introduction de près de vingt minutes n’aurait ainsi pu être qu’un hommage au genre -une sorte de condensé de la saga- pour ensuite passer à autre chose, ce à quoi nous nous attendions, sauf qu’à l’issue de cette séquence nous repartons de plus belle dans le slasher classique, sans que la longueur de l’introduction ne se justifie donc. Difficile dans ces conditions d’avoir alors une histoire qui se tienne et, quand tout finira enfin par se lier, cela fera déjà bien longtemps que nous n’en aurons plus rien à braire. Mais si le scénario est d’une stupidité effarante, heureusement que Nispel reste un sacré bon faiseur d’images à défaut d’avoir voulu défendre bec et ongle la franchise (rappelons que son dernier film, dans lequel il s’était beaucoup impliqué, Pathfinder, s’est méchamment ramassé au box-office et lui imposerait donc pour l’instant de s’en tenir au rôle de yes-man). Le camp de Crystal Lake et sa nature environnante prennent ainsi des allures et des tons inédits dans la saga, plus effrayants que d’ordinaire, mais c’est surtout le travail sur le boogeyman masqué qui réussira à faire mouche. Car si la décision de faire désormais courir Jason n’est finalement que peu utilisée, le réalisateur préférant revenir sans cesse -et un peu trop, d’ailleurs- à sa faculté d’apparaître derrière ses victimes pour nous faire sursauter, il ne lui en réserve pas moins un traitement visuel qui l’iconise de fort belle façon. S’il est donc sacrifié sur les plans de l’écriture et du montage, son imagerie reste le seul bastion au travers duquel nous pouvons apprécier toute l’aura d’un tel personnage.

Vous l’aurez donc compris, ce Vendredi 13 est une déception à la hauteur des espoirs que nous placions en lui, se contentant de reproduire les errements du passé sans en tirer la moindre leçon et, ce qui est peut-être pire, le faisant même volontairement ! Nous attendions la résurrection d’une légende, sous un nouveau jour brutal et mythologique, et nous ne nous retrouvons finalement qu’avec un slasher comme il en existe tant d’autres, simple produit de consommation courante que l’on regarde sans jamais s’impliquer véritablement. Espérons alors malgré tout que le succès en salles sera au rendez-vous pour que Marcus Nispel ré-acquière un peu de sa liberté, afin d’accoucher d’autre chose que d’un simple film de producteur calibré pour les adolescents. Quand a Jason, puisque nous savons d’ores et déjà qu’il reviendra (il l’a toujours fait depuis presque trente ans, pourquoi cela changerait-il maintenant ?), espérons que ce sera ce jour-là avec tout le respect qui lui est dû. Ou alors il faudra qu’il passe du massacre de teenagers à celui de producteurs !

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L’Etrange histoire de Benjamin Button

7 février, 2009

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Nimbé d’une aura de mystère avec son intrigue des plus space, L’Etrange histoire de Benjamin Button arrive dans nos salles et, s’il s’agit sans équivoque d’une machine à Oscars dans la grande tradition hollywoodienne, c’est bien la présence du talentueux David Fincher aux commandes qui nous convaincra de l’intérêt de la chose. En effet, après s’être révélé en tant que petit génie de la caméra avec des oeuvres comme Alien 3 et Seven puis s’être transformé en expérimentateur fou par la suite, il avait démontré avec son dernier opus, Zodiac, que sa réalisation semblait revenir vers une sorte de classieux classicisme. Un retour à la forme d’un certain âge d’or du cinéma. Des perspectives nouvelles pour Fincher et qu’il maitrisait déjà fort bien, faisant toujours preuve de la même virtuosité, et qui trouvent dans ce nouveau long-métrage un creuset parfait pour élaborer un conte fantastique et désenchanté, moderne et empreint de nostalgie. Mais si le but visé est excellent, ce n’est pas pour autant que l’on ne peut pas se perdre un peu en chemin…

En 1918, le jour de la fin de la Grande Guerre, naît un enfant un peu particulier. En effet, l’horloge biologique de Benjamin Button est détraquée et il vient donc au monde avec un corps atteint de tous les maux que connaîtrait un adulte de 80 ans. Sa mère étant morte lors de l’accouchement, le père effrayé l’abandonne dans un hospice pour personnes âgées. Et si le médecin ne lui prédit qu’une vie très courte, l’enfant va malgré tout vivre, grandir et… rajeunir. Commence alors le destin extraordinaire d’un humain pas ordinaire, qui aura la chance de pouvoir rencontrer l’amour de sa vie et ne pourra malheureusement jamais le vivre pleinement…

Comme vous vous en douterez donc, Fincher fait une fois de plus preuve d’un talent visuel tout bonnement hallucinant, composant des plans  qui tous sans exception sont magnifiques. Alors bien sûr ça peut sembler un peu bateau de dire ça, surtout quand on parle d’un réalisateur attachant une telle importance à l’esthétique de ses films, mais nous atteignons en fait ici un tel sommet dans l’élégance et le savoir-faire que nous ne pouvons qu’être éblouis. Quand on parle ainsi de ce film comme l’un des favoris dans la course aux Oscars, on imagine que plusieurs de ses départements artistiques devraient se voir récompensés. D’autant que leur travail, joint à la vision de Fincher, donne à L’Etrange histoire de Benjamin Button toute ça cohérence entre réalisme et merveilleux, sans quoi l’histoire ne fonctionnerait pas. De la même manière, les effets spéciaux se devaient d’être au top pour rendre crédibles les personnages à leurs différents âges mais aussi pour retranscrire l’interprétation de Brad Pitt lorsqu’il ne pouvait assumer physiquement le rôle. Les différentes sociétés d’effets spéciaux attachées au projet fournissent alors des images bluffantes de réalisme, qui marquent un pas en avant dans la création d’acteurs générés par informatique à l’égal de ce que fut à l’époque Forrest Gump.

Le film de Robert Zemeckis ressemble d’ailleurs à celui de David Fincher d’une façon plus générale, tous deux présentant les destins hors du commun de personnes peu ordinaires. Exception faite que L’Etrange histoire de Benjamin Button y ajoute en plus un postulat fantastique, comptant pour beaucoup dans l’intérêt que fait naître chez nous le long-métrage. Et si la première partie du film prend admirablement en compte ce point, tissant sous nos yeux un conte magnifique bercé par la voix-over de Brad Pitt, cela s’avère en revanche bien moins concluant par la suite, qui se focalise sur la relation impossible entre Benjamin Button et l’élue de son coeur, la danseuse Daisy qu’interprète une Cate Blanchett rarement vue tant en beauté. Mais voilà, à se diriger dans cette voie, l’intrigue perd en efficacité et nous fait alors ressentir un peu cruellement ses deux heures trente-cinq de durée. Parce que si la romance entre le couple de héros est à la fois complexe et émouvante, abordant son caractère irrémédiablement tragique en raison de la part fantastique de l’histoire, elle va de même avoir une tendance à se montrer répétitive dans sa redite de schémas identiques ou très proches.

S’il possède donc tous les atours d’un très, très grand film hollywoodien et nous offre un conte à la finesse comme nous ne pouvons que rarement en apprécier, son impact sera néanmoins amoindri par une durée trop longue, amenant l’intrigue à se perdre de vaine façon. Reste un très grand film, ce qui est bien peu quand on comprend à quel point nous sommes passés à côté du chef d’oeuvre !

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