Yes Man

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Un « yes man », dans un sens à peu près littéral, est une personne ayant une forte tendance à répondre toujours par l’affirmative. Mais il faut aussi savoir que, dans un contexte plus spécialement cinématographique, un « yes man » est une expression désignant un réalisateur n’ayant d’autre utilité que de servir de prête-nom à des producteurs trop envahissants. Ce qui n’est jamais un très bon signe, d’autant qu’il existe des précédents véritablement peu reluisants dans le domaine de la comédie. Des films sans saveur, qui ne parviennent à vous arracher qu’à grand mal un sourire tant ils s’inscrivent dans une logique bien-pensante, sans aspérité, et donc surprenante en aucune façon. Un faux-pas que n’a pas toujours évité l’excellent Jim Carrey, le souvenir de longs-métrages comme Menteur Menteur ou Bruce Tout-Puissant étant encore bien présent dans nos esprits. Et sa nouvelle comédie Yes Man, en se présentant sur un modèle assez similaire à celles-ci (un homme va voir un événement plus ou moins surnaturel changer sa façon de vivre), nous inspirait alors une certaine méfiance. Alors, s’agit-il d’une de ses comédies sans saveur et oubliables ou bien est-ce, au contraire, un nouvel éclat hilarant pour l’un des meilleurs pitres de Hollywood ?

Depuis que sa femme l’a quitté, il y a trois ans de cela, Carl Allen a proscrit tout positivisme de son comportement et passe ainsi son temps à dire « non ». A ses amis, aux clients de la banque où il travaille, aux gens qui lui demandent de l’aide,… Non, non et toujours non, au point qu’il se replie de plus en plus sur lui-même et semble bien parti pour rester définitivement vissé sur son canapé, à regarder des DVD. Pourtant, suite à une rencontre avec une ancienne connaissance, il est introduit dans les séminaire d’une sorte de gourou de la pensée positive, qui va prendre Carl à part et lui faire promettre de ne plus jamais dire autre chose que oui, oui et toujours oui. Ayant un peu de mal à s’adapter au départ à ce nouveau mode de vie, Carl va néanmoins très vite s’apercevoir de toutes les bonnes choses que cela peut lui apporter : une nouvelle copine, une promotion, un sentiment d’exaltation prolongée… Mais même si « non » n’est pas une réponse, « oui » doit-elle vraiment être la seule ?

Qui se rappelle ainsi des scènes dégoulinant de bons sentiments de Menteur Menteur ou bien de la propension de Bruce Tout-Puissant à n’effleurer qu’à peine les possibilités de son sujet pourra avoir quelques craintes quand on lui présente Yes Man, toutes ces comédies fonctionnant sur le même schéma et visant toutes un public le plus large possible. Des éléments qui ne vont pas tellement en sa faveur sauf que, très vite, nous nous apercevons que le ton familial et gentillet tant redouté n’a heureusement pas cours ici. Non pas qu’ils aient été jusqu’à se passer de la morale finale, il ne faut quand même pas exagérer, mais il y a eu en fait un glissement des enjeux narratifs et, en lieu et place d’une comédie familiale, c’est donc plutôt à une comédie romantique à laquelle nous avons affaire. Ce qui n’est pas forcément mieux mais, dans ce cas-ci, nous profitons du savoir-faire en la matière du réalisateur Peyton Reed, qui l’a déjà abordé à plusieurs reprises et cela de façon bien moins guimauve que ce que l’on peut voir d’ordinaire. Si l’on peut donc bien retrouver un peu de l’attitude du « yes man » dans la façon qu’il a par exemple de laisser le scénario faire grossièrement de la publicité pour d’autres productions de la Warner (Harry Potter et 300 en tête, mais aussi une petite affiche des Goonies qui va bien), son expérience sur des longs-métrages comme La Rupture et Bye Bye Love se révèle des plus payantes, et la romance de son nouvel effort se fait alors sans accroc, sans mélodrame excessif qui pourrait se montrer rébarbatif pour une large tranche des spectateurs. D’autant que la sensibilité qu’il s’est forgé sur de tels films l’aide fortement à ce que ses héros restent toujours sympathiques, même dans leurs erreurs et errements, épaulé en cela par des acteurs au top de leur forme.

Mais si nous serons ravis de retrouver une Zooey Deschanel bien plus convaincante que dans le récent Phénomènes, sans roulement d’yeux ni moue boudeuse, c’est bien sûr le canadien grimaçant qui va le plus tirer la couverture à lui. Parce que depuis qu’il a pris pour habitude de diversifier les horizons des projets auxquels il participe, sa présence dans des comédies pur jus se fait de plus en plus rare et n’en est donc que plus attendue, d’autant plus que -comme nous l’avons dit- ses dernières excursions humoristiques n’ont pas été spécialement hilarantes. C’est donc depuis l’an 2000 avec Fous d’Irène que nous attendions que son potentiel comique soit utilisé à plein régime et, enfin, c’est le cas ici, en raison d’une utilisation relativement complète des voies ouvertes par le postulat de départ de Yes Man. Et qui plus est de façon assez intelligente, le scénario dans son premier quart ne se contentant par exemple pas d’une approche au premier degré d’un personnage disant toujours « non » mais, au contraire, tente de lui élaborer une personnalité plus complexe, plus humaine qu’une simple figure manichéenne de conte moralisateur. Une façon de creuser les choses que nous retrouverons par la suite dans la partie du « oui » intempestif, renouvelant sans cesse l’intérêt des séquences qui la composent. Dès lors, et même si le film se complaît en fin de compte dans une structure narrative assez convenue, le rythme insufflé par l’enchaînement de ces scènes va donner l’occasion à Jim Carrey de nous faire une exposition complète et soutenue de ses dons comiques comme nous n’avions pas eu l’occasion d’en voir depuis longtemps, et ça fait du bien !

Si les similitudes avec certains des précédents films de Jim Carrey -que ce soit au niveau de la production ou bien de l’intrigue- nous faisaient craindre à une comédie familiale trop moralisatrice, engoncée dans une structure narrative rebutante, la vision de ce Yes Man nous apprendra qu’il n’en est finalement rien. Gentiment romantique et plutôt barré, ce retour provisoire de Jim Carrey à la comédie pure et dure est donc une bonne surprise et nous donne envie de le revoir s’investir dans ce genre de projet. Ce qui finira par arriver mais, vu le rythme qu’il a suivi cette dernière décennie, il faudra bien attendre encore deux, trois années. D’ici là donc, quand on vous proposera si vous voulez aller voir Yes Man, vous saurez que « non » n’est pas une réponse !

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Une Réponse à “Yes Man”

  1. hamza dit :

    Le nom de la Cité engloutie Cest koi

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