The Spirit

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Après avoir bouleversé le monde des comics avec des oeuvres séminales telles que Sin City, Dark Knight ou 300 et voir ces oeuvres ensuite adaptées avec succès au cinéma, aussi bien artistiquement que financièrement, l’envie a pris à Frank Miller de faire la transition vers cet autre média et d’endosser désormais la casquette de réalisateur. Après avoir assuré la co-réalisation de Sin City, en binôme avec Robert Rodriguez, il fait donc pour la première fois l’expérience de la réalisation en solo, adaptant pour l’occasion un comic-book culte de Will Eisner créé au début des années 1940. Un matériau dont il va faire sien, gardant l’ossature du modèle original pour mieux la transfigurer, de par les thématiques chères à Miller mais aussi grâce aux moyens offerts par ce nouveau joujou qui est le sien. S’il ne manquera donc d’être comparé à 300 ou bien encore plus Sin City, The Spirit parvient malgré tout à se démarquer en raison d’un style bien personnel, nourri par ses différents pères. Ce qui ne l’empêche cependant pas en fin de compte d’être un brin bâtard, bien au contraire.

Dans la ville de Central City il ne fait pas bon se promener dans les rues une fois la nuit tombée, sous peine de voir sa vie raccourcie en dépit de son bon vouloir. Heureusement, le Spirit veille sur la ville et la protège amoureusement de tous les criminels qui hantent ses blocs. Ancien flic mort en service puis devenu super-héros presque invincible, il rencontre cependant depuis des années un problème avec l’increvable Octopus, un méchant de la pire espèce et dont les connaissances scientifiques pourraient faire aboutir un projet dément, mettant en péril le monde dans son entier. Lancé dans un ultime affrontement contre son ennemi juré, le Spirit devra résister à tous les dangers se présentant à lui, que ce soient des armes ou des femmes

Un de nos premières attentes quant à ce film est bien évidemment de voir de quelle façon Frank Miller a assuré la transition d’une forme d’expression à l’autre, s’il ne fait que resservir servilement ce qu’il a appris aux côtés de Robert Rodriguez ou bien s’il a fait mûrir cet enseignement. Et si la filiation avec Sin City est inévitable, que ce soit dans le choix d’un environnement presque à 100% en images de synthèse ou bien l’utilisation faite de cette technique, avec une stylisation très proche de celle effectuée sur son comic-book, il s’en démarque quelque peu avec une utilisation plus soutenue de la couleur et autres passages oniriques. Très stylisée, l’image du film profite de plus du savoir-faire indéniable de Miller en matière d’iconisation, qui nous compose alors régulièrement de magnifiques plans. Mais le plus convaincant dans cette nouvelle carrière, c’est que le bonhomme a très bien digéré la grammaire cinématographique et en use ici assez efficacement, évitant par exemple à son film les écueils d’une action illisible, d’un montage donnant trop l’impression d’assister à une simple succession d’images.

S’il s’en sort donc plus qu’honorablement au niveau de la réalisation, The Spirit risque néanmoins de déconcerter nombre de spectateurs de par la façon qu’il a de jouer avec les tons, alliant la plupart du temps à une esthétique très sombre, très film noir, un humour second degré directement hérité des cartoons les plus barrés. Ce qui peut très bien fonctionner avec par exemple  un excellent personnage comme le méchant Octopus -qu’interpréte un Samuel L. Jackson génialement en roue libre- ou bien ses sous-fifres, mais décontenance dès lors qu’il concerne des personnages inscrits dans un registre plus sérieux. Dire ainsi du Spirit qu’il passe parfois pour un bouffon n’est qu’un doux euphémisme, mais cela découle en réalité directement du comic de Eisner, qui pouvait passer aussi bien de l’horreur à la comédie ou autres au cours des différentes aventures de son héros. Une variété de genres que Miller, aussi scénariste sur le long-métrage, a voulu représenter dans un seul et même film, ce qui le rend inévitablement quelque peu bancal.

D’autant plus que ce caractère mal maîtrisé trouve un écho très fort dans son intrigue, alambiquée au possible de par la façon qu’elle a elle aussi de convoquer à une multitude de genres et références. Si le spectateur « curieux sans plus » s’attendra ainsi à un film noir ultra-stylisé dans la mouvance de Sin City, sentiment bien sûr motivé par le visuel mais aussi cette façon qu’a la voix-over du héros d’être omniprésente, aussi bien dans le film que dans les bandes-annonces, il pourra tomber de haut avec une histoire aux accents aussi bien science-fictionnels que mythologiques. Ce qui n’est pas en soi une erreur, une telle initiative pouvant même se révéler très intéressante, mais l’hybridation de ces influences est ici faite de telle façon que le spectacle en devient parfois indigeste, vous perd dans ses méandres un peu à la manière dont le héros de Central City se perd entre les femmes de son coeur. La galerie des personnages féminins est ainsi symptomatique du plus gros problème du film, qui vous en met plein les yeux (et de quelle façon, ne serait-ce qu’avec Scarlett Johansson ou bien Eva Mendes !) mais vous étouffe et s’étouffe par la même occasion sous une telle richesse. 

S’il saute donc évidemment aux yeux que Frank Miller a pris un panard monstrueux en réalisant ce film, rendant par la même hommage à un des ancêtres des super-héros l’ayant fortement inspiré, on regrettera qu’il se soit justement un peu trop laissé aller à son propre plaisir de faiseur, oubliant souvent de donner une réelle unité à son oeuvre. Loin d’être un mauvais film, The Spirit n’en est pas moins une réussite (ou un échec, ça dépend de si on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein) en demi-teinte, seules ses très belles images et quelques scènes bien troussées venant satisfaire pleinement aux attentes que nous mettions dans le long-métrage. Manquant de rigueur, il n’en témoigne pas moins d’un talent assez intéressant de Miller pour le cinéma, qu’il nous tarde maintenant de voir concrétisé ou non dans une autre production.

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Une Réponse à “The Spirit”

  1. karinetiniere dit :

    visuellement très beau,mais l’histoire BOF…voir à certain moments de l’ennui

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