Archive pour janvier, 2009

King Guillaume

30 janvier, 2009

kingguillaume.jpg

S’étant fait connaître au sein de la troupe des Robins des bois avec des personnages cultes comme Pouf le cascadeur ou autres guignols classiques, Pierre-François Martin-Laval (que nous appellerons désormais Pef si l’on a de nouveau besoin de parler de lui) avait entamé plutôt brillamment le virage vers le grand écran, comme certains de ses camarades, en réalisant Essaye-moi et en y tenant le rôle principal. Une comédie romantique dans les règles du genre, qui parvenait néanmoins à se démarquer des canons trop usités grâce à la poésie enfantine et le sens de l’absurde qui caractérisent l’humour du comédien. Et si nous retrouverons bien évidemment au moins un peu de cela dans sa seconde réalisation, King Guillaume, il faut bien avouer que les choses ne se passent pas aussi agréablement qu’avec le premier opus.

Magali et Guillaume forment un petit couple des plus heureux, économisant pour s’offrir la maison de leurs rêves et attendant des jumeaux, leurs premiers enfants. Des gens simples, avec des désirs lucides. Pourtant, cela va changer lorsque Guillaume apprend que son père est le roi d’une petite île entre la France et l’Angleterre et que, celui-ci étant mourant, la régence de l’île de Guerreland lui revient donc de droit. Une proposition étrange et inattendue, de laquelle va se méfier le couple dans un premier temps. Et à raison, puisque Guerreland n’est en fait qu’un bout de caillou minuscule perdu au milieu de la Manche, habité par seulement cinq personnes quelque peu décalées. Mais ça, Magali et Guillaume l’ignorent et, alors qu’ils commencent à se faire des idées quant à cette nouvelle vie qui s’offre à eux, les habitants de Guerreland vont tout faire pour leur cacher la vérité, au moins jusqu’à ce que le Prince n’ait plus d’autre choix que d’enfiler la couronne...

Ainsi, et c’est particulièrement gênant pour une comédie, nous avouerons que le deuxième film de Pef n’est pas des plus prompts à nous faire éclater de rire, certaines blagues faisant mouche mais la plupart se contentant de rester au stade de la figuration. Un fait assez étonnant donc , surtout que la réunion de talents comiques est assez impressionnante, mais il faut se rendre à l’évidence : il y a quelque chose de pourri au royaume de Guerreland et, malheureusement, on dirait bien qu’il s’agit de ses deux héros. Cela pourrait aussi tenir à l’influence de Petillon, auteur de la bande-dessinée dont est très librement tiré ce film et qui expliquerait alors certaines blagues vraiment bas-de-plafond (l’attardé Christine), mais la gêne viendra véritablement du duo formé par Pef et Florence Foresti, qui ont une tendance à se vampiriser l’un l’autre. Il faut comprendre qu’ils jouent à ce point tous les deux sur des registres comiques si poussés que leurs personnages en paraissent complètement absurdes (et même particulièrement énervant en ce qui concerne celui de la comique) et sont alors privés de la normalité qui les mettrait plus efficacement en contraste avec les habitants de Guerreland. Le choc vers lequel conduisait ainsi toute l’histoire en perd en intensité et l’efficacité des gags s’en ressent alors fortement.

Enfin, dire que l’on ne rigole jamais devant King Guillaume serait quand même exagéré puisque le talent des divers acteurs en présence finit à un moment ou à un autre par atteindre sa cible (et cela même si certains rôles secondaires sont carrément sous-employés), même s’il est vrai que nous aurions aimé que la chose se fasse de façon plus soutenue. Sans compter que Pef se montre un réalisateur assez habile dans l’art de la comédie, arrivant même à rendre attrayante l’île de Guerreland en toute fin avec ses airs de terrain de jeu, et que nous aurions aimé que ce talent se concentre alors un peu plus sur son intrigue. Sans être donc un échec complet, King Guillaume n’en est pas moins une sacrée déception , et il nous faudra maintenant attendre en croisant les doigts le troisième long-métrage de l’ex-Robins des bois, pour que le tir soit corrigé. En tout cas, on le souhaite de tout coeur !

19022822w434hq80.jpg  19000664w434hq80.jpg  19022817w434hq80.jpg

Les Insurgés

24 janvier, 2009

lesinsurgesvf.jpg

De toutes les guerres ayant secoué la surface de notre planète, la Seconde Guerre Mondiale est très certainement celle ayant le plus été représentée au cinéma, sa proximité avec notre époque et la hauteur du traumatisme qu’elle généra continuant de nous hanter. Mais ces illustrations, bien que multiples, se révèlent en fait rarement redondantes et vont au contraire permettre de  »reconstruire » le conflit sous plusieurs aspects, sous différents regards. Mettre en avant la petite histoire pour illustrer la grande. Un travail auquel s’est consacré aujourd’hui Edward Zwick avec Les Insurgés, décidant ainsi pour l’occasion de lever le voile sur un de ces faits oubliés de la guerre. Alors, devoir de mémoire pompeux ou film de guerre intelligent ?

1940. L’emprise de l’Allemagne nazie s’étend sur l’Europe de l’Est et les juifs sont pourchassés jusque dans les campagnes pour être conduits dans des ghettos ou des camps. Parce que leurs parents ont été assassinés lors d’une de ces rafles, les quatre frères Bielski décident de venger leur mort et sont ensuite obligés de vivre dans la forêt pour se cacher. Ils y rencontrent d’autres personnes ayant réussi à échapper à la rafle, et un petit campement commence à se créer. Leur histoire commence alors se propager à travers le pays et de plus en plus de gens viennent pour rallier leur îlot de résistance, gonflant sans cesse les rangs des bouches à nourrir et à protéger. Malgré donc un monde qui semble tout entier voué à leur perte, les frères Bielski vont devoir trouver la force et le courage de sauver toutes ces vies

La première vraie bonne surprise du film tient dans la réalisation de Zwick qui, s’il n’a jamais été non plus un manchot avec une caméra, ne s’en départait pas moins d’une sorte de lyrisme parfois un peu pompeux qui aurait pu faire des ravages sur un sujet comme celui de Les Insurgés. Et si nous avions déjà remarqué de profonds changements dans son style entre Le Dernier Samouraï et Blood Diamond, nous sommes passés ici encore à une vitesse supérieure puisque jamais le film ne prendra la direction de la grande fresque épique qui s’ouvrait devant lui. Au contraire, Zwick préfère -et à raison- nous plonger dans la boue avec les personnages du film, faisant ressortir tout le froid et l’humidité de cet environnement en désaturant ses couleurs, donnant à son image une rudesse que l’on ne lui connaissait pas forcément. Mais si la forêt est donc en certaines occasions un lieu de mort, c’est aussi pour les frères Bielski et leurs protégés un lieu de vie, un lieu d’espoir, et le réalisateur de magnifier alors ce décors sylvestre dès qu’il en a l’occasion, faisant apparaître  la seule couleur marquée que nous verrons (le vert, bien sûr) et jouant sur la hauteur des troncs rectilignes pour donner à ce lieu tout son charme.

Espace de vie, espace de mort, une dichotomie et une façon de jongler entre les différentes perceptions et points de vue que nous retrouverons dans l’ensemble du film, lui constituant ainsi une solide base sur laquelle élaborer son discours. Ainsi, s’il est bien évident que la volonté des créateurs du film va être de réhabiliter les frères Bielski (un carton à la fin nous précise bien que jamais leur action ne fut reconnue) et de les montrer dans tous l’héroïsme dont ils ont pu faire preuve, ils ne vont pas en oublier pour autant de les dévoiler dans toute leur complexité, leurs doutes, leurs faiblesses (il est d’ailleurs à noter que Daniel Craig, Liev Schreiber et Jamie Bell sont tout bonnement impeccables dans leur rôle). Le véritable coeur du film est ainsi le portrait qui nous est dressé de ces hommes, de la façon dont la guerre peut les pousser à se révéler comme des héros ou bien à se comporter comme leurs oppresseurs, propageant parfois avec froideur une horreur n’ayant rien à envier aux SS. Le film ira même encore plus loin lorsqu’il montrera les survivants, jusque-là plutôt calmes, littéralement péter les plombs fasse à un prisonnier allemand et lui réserver alors un sort des moins envieux, ou bien encore dans son intérêt pour la façon qu’ont des groupes « dominants » de se créer aux seins de la communauté sylvestre. Parce que, tous, nous pouvons être un instant victime puis monstre de guerre.

Aussi intelligent sur la forme que sur le fond, et comportant qui plus est quelques très belles scènes d’action où le savoir-faire de Edward Zwick en la matière fait des merveilles, Les Insurgés n’en présentent pas moins quelques défauts, heureusement pour la plupart mineurs. Nous pourrons ainsi regretter certaines petites choses un peu malvenues comme les gags concernant le personnage de Lazare, mais c’est surtout un certain manque dans le traitement de la relation entre les frères Bielski qui nous posera problème, cet aspect du film ayant sûrement pu être traité de façon plus intéressante et prenante. Enfin, c’est bien pour chipeauter car, dans son ensemble, ce nouveau film sur la Seconde Guerre Mondiale se pose comme une réussite assez évidente, à la fois salutaire et spectaculaire. Un vrai grand film de guerre !

18963731w434hq80.jpg  19017562w434hq80.jpg  19017561w434hq80.jpg

Yes Man

13 janvier, 2009

yesmanvf.jpg

Un « yes man », dans un sens à peu près littéral, est une personne ayant une forte tendance à répondre toujours par l’affirmative. Mais il faut aussi savoir que, dans un contexte plus spécialement cinématographique, un « yes man » est une expression désignant un réalisateur n’ayant d’autre utilité que de servir de prête-nom à des producteurs trop envahissants. Ce qui n’est jamais un très bon signe, d’autant qu’il existe des précédents véritablement peu reluisants dans le domaine de la comédie. Des films sans saveur, qui ne parviennent à vous arracher qu’à grand mal un sourire tant ils s’inscrivent dans une logique bien-pensante, sans aspérité, et donc surprenante en aucune façon. Un faux-pas que n’a pas toujours évité l’excellent Jim Carrey, le souvenir de longs-métrages comme Menteur Menteur ou Bruce Tout-Puissant étant encore bien présent dans nos esprits. Et sa nouvelle comédie Yes Man, en se présentant sur un modèle assez similaire à celles-ci (un homme va voir un événement plus ou moins surnaturel changer sa façon de vivre), nous inspirait alors une certaine méfiance. Alors, s’agit-il d’une de ses comédies sans saveur et oubliables ou bien est-ce, au contraire, un nouvel éclat hilarant pour l’un des meilleurs pitres de Hollywood ?

Depuis que sa femme l’a quitté, il y a trois ans de cela, Carl Allen a proscrit tout positivisme de son comportement et passe ainsi son temps à dire « non ». A ses amis, aux clients de la banque où il travaille, aux gens qui lui demandent de l’aide,… Non, non et toujours non, au point qu’il se replie de plus en plus sur lui-même et semble bien parti pour rester définitivement vissé sur son canapé, à regarder des DVD. Pourtant, suite à une rencontre avec une ancienne connaissance, il est introduit dans les séminaire d’une sorte de gourou de la pensée positive, qui va prendre Carl à part et lui faire promettre de ne plus jamais dire autre chose que oui, oui et toujours oui. Ayant un peu de mal à s’adapter au départ à ce nouveau mode de vie, Carl va néanmoins très vite s’apercevoir de toutes les bonnes choses que cela peut lui apporter : une nouvelle copine, une promotion, un sentiment d’exaltation prolongée… Mais même si « non » n’est pas une réponse, « oui » doit-elle vraiment être la seule ?

Qui se rappelle ainsi des scènes dégoulinant de bons sentiments de Menteur Menteur ou bien de la propension de Bruce Tout-Puissant à n’effleurer qu’à peine les possibilités de son sujet pourra avoir quelques craintes quand on lui présente Yes Man, toutes ces comédies fonctionnant sur le même schéma et visant toutes un public le plus large possible. Des éléments qui ne vont pas tellement en sa faveur sauf que, très vite, nous nous apercevons que le ton familial et gentillet tant redouté n’a heureusement pas cours ici. Non pas qu’ils aient été jusqu’à se passer de la morale finale, il ne faut quand même pas exagérer, mais il y a eu en fait un glissement des enjeux narratifs et, en lieu et place d’une comédie familiale, c’est donc plutôt à une comédie romantique à laquelle nous avons affaire. Ce qui n’est pas forcément mieux mais, dans ce cas-ci, nous profitons du savoir-faire en la matière du réalisateur Peyton Reed, qui l’a déjà abordé à plusieurs reprises et cela de façon bien moins guimauve que ce que l’on peut voir d’ordinaire. Si l’on peut donc bien retrouver un peu de l’attitude du « yes man » dans la façon qu’il a par exemple de laisser le scénario faire grossièrement de la publicité pour d’autres productions de la Warner (Harry Potter et 300 en tête, mais aussi une petite affiche des Goonies qui va bien), son expérience sur des longs-métrages comme La Rupture et Bye Bye Love se révèle des plus payantes, et la romance de son nouvel effort se fait alors sans accroc, sans mélodrame excessif qui pourrait se montrer rébarbatif pour une large tranche des spectateurs. D’autant que la sensibilité qu’il s’est forgé sur de tels films l’aide fortement à ce que ses héros restent toujours sympathiques, même dans leurs erreurs et errements, épaulé en cela par des acteurs au top de leur forme.

Mais si nous serons ravis de retrouver une Zooey Deschanel bien plus convaincante que dans le récent Phénomènes, sans roulement d’yeux ni moue boudeuse, c’est bien sûr le canadien grimaçant qui va le plus tirer la couverture à lui. Parce que depuis qu’il a pris pour habitude de diversifier les horizons des projets auxquels il participe, sa présence dans des comédies pur jus se fait de plus en plus rare et n’en est donc que plus attendue, d’autant plus que -comme nous l’avons dit- ses dernières excursions humoristiques n’ont pas été spécialement hilarantes. C’est donc depuis l’an 2000 avec Fous d’Irène que nous attendions que son potentiel comique soit utilisé à plein régime et, enfin, c’est le cas ici, en raison d’une utilisation relativement complète des voies ouvertes par le postulat de départ de Yes Man. Et qui plus est de façon assez intelligente, le scénario dans son premier quart ne se contentant par exemple pas d’une approche au premier degré d’un personnage disant toujours « non » mais, au contraire, tente de lui élaborer une personnalité plus complexe, plus humaine qu’une simple figure manichéenne de conte moralisateur. Une façon de creuser les choses que nous retrouverons par la suite dans la partie du « oui » intempestif, renouvelant sans cesse l’intérêt des séquences qui la composent. Dès lors, et même si le film se complaît en fin de compte dans une structure narrative assez convenue, le rythme insufflé par l’enchaînement de ces scènes va donner l’occasion à Jim Carrey de nous faire une exposition complète et soutenue de ses dons comiques comme nous n’avions pas eu l’occasion d’en voir depuis longtemps, et ça fait du bien !

Si les similitudes avec certains des précédents films de Jim Carrey -que ce soit au niveau de la production ou bien de l’intrigue- nous faisaient craindre à une comédie familiale trop moralisatrice, engoncée dans une structure narrative rebutante, la vision de ce Yes Man nous apprendra qu’il n’en est finalement rien. Gentiment romantique et plutôt barré, ce retour provisoire de Jim Carrey à la comédie pure et dure est donc une bonne surprise et nous donne envie de le revoir s’investir dans ce genre de projet. Ce qui finira par arriver mais, vu le rythme qu’il a suivi cette dernière décennie, il faudra bien attendre encore deux, trois années. D’ici là donc, quand on vous proposera si vous voulez aller voir Yes Man, vous saurez que « non » n’est pas une réponse !

19019806w434hq80.jpg  19019826w434hq80.jpg  19019833w434hq80.jpg

Coeur d’encre

8 janvier, 2009

coeurdencrevf.jpg

Alors que Histoires enchantées est encore projeté sur certains écrans, un nouveau long-métrage avec un postulat similaire s’apprête à sortir dans nos salles. En effet, tout comme le film avec Adam Sandler, ce Coeur d’encre tiré d’un best-seller de Cornelia Funke se propose ainsi de nous montrer ce qu’il se passe lorsque la frontière entre fiction et réalité se brouille, que l’un envahit l’autre, mais d’une façon cependant radicalement différente. Car si le premier est une comédie purement familiale, usant de son ressort fantastique pour véhiculer une morale bien appuyée, le second est un véritable oeuvre de fantasy, une péloche d’aventure pleine de péripéties, de magie et de monstres. C’est en tout cas ce à quoi nous nous attendons lorsque l’on s’assoit dans le siège du cinéma et, si le spectacle s’avère bien être au rendez-vous avec quelques sacrés morceaux de bravoure cinématographique, nous ne pourrons nier qu’une petite déception se fait ressentir au terme du métrage. Parce que nous n’avons pas été transportés dans l’histoire comme nous l’espérions. Ce qui tient à plusieurs choses mais surtout, et bizarrement, au fait que Coeur d’encre manque justement d’un peu de coeur…

Mo et sa fille Meggie passent leur vie sur les routes, s’arrêtant dans toutes les bouquineries qu’ils peuvent croiser sur leur chemin et cela depuis neuf ans déjà. Une existence qui commence à peser à la jeune fille, d’autant que son père refuse catégoriquement d’en expliquer les raisons tout comme il change toujours de sujet dès que l’on aborde le problème de Resa, sa femme disparue. Pourtant, bientôt, la vérité va se présenter à Meggie quand un étrange homme répondant au nom de Doigt de Poussière se présente à Mo… et exige de lui qu’il le renvoie dans son livre !
L’adolescente apprend alors que son père est ce que l’on appelle une « langue d’argent », c’est à dire un être possédant le pouvoir de rendre réels les personnages des livres qu’il lit à voix haute. Plus encore, elle découvre que si sa mère a disparu neuf ans auparavant c’est à cause du don de Mo, qui a subitement fait s’échapper d’un livre nommé Coeur d’encre le diabolique Capricorne, un de ses acolytes et le saltimbanque Doigt de Poussière, la magie exigeant alors en retour que quelqu’un prenne leur place dans le roman. Ayant aujourd’hui enfin retrouvé un exemplaire de cet ouvrage rarissime, Mo pense alors qu’il va enfin pouvoir libérer sa femme de ses pages mais il est en réalité encore loin d’avoir atteint le bout de ses peines. Car Capricorne a retrouvé sa trace et veut désormais utiliser son pouvoir pour relâcher une entité maléfique, l’Ombre, qui mettrait en péril le monde entier

Le grief majeur que l’on peut ainsi reprocher au film est son manque de coeur, qui tient en premier lieu au traitement réservé aux deux personnages principaux de l’intrigue, Mo et Meggie. Parce que même si ceux-ci se trouvent bien au coeur du récit, en sont les principaux moteurs, force est d’avouer que leur caractérisation les cantonne à des rôles presque exclusivement fonctionnels et par conséquent sans grand intérêt. Tous les éléments sont pourtant présents pour leur donner cette indispensable étincelle de vie mais, en refusant de les faire se confronter de front aux choses qui les hantent, les tracassent, le film ne leur permet jamais de présenter une complexité qui leur permettrait d’apparaître comme plus humain, plus proches de nous et en fin de compte plus vivants. Ils ont ainsi beau être efficacement interprétés par le toujours excellent Brendan Fraser et la jeune mais prometteuse Eliza Hope Bennett, rien n’y fait et jamais nous ne parvenons à pleinement nous émouvoir de leurs mésaventures. Un constat que l’on retrouve d’une façon assez similaire en ce qui concerne le grand méchant, Capricorne, dont Andy Serkis endosse le costume. Car même si l’acteur derrière Gollum ou King-Kong se révèle être absolument parfait d’expressivité dans ce genre de rôles, celui du méchant grimaçant et farceur (ceux qui l’ont vu dans le jeu Heavenly Sword sauront de quoi nous parlons), il est trop peu présent au fil de l’intrigue pour constituer un ennemi solide, une véritable menace pour nos héros. Dommage, parce qu’avec un atout comme Serkis il y aurait vraiment eu moyen de faire beaucoup mieux. En fait, ce sont donc les personnages secondaires qui se trouveront être les mieux traités et tout particulièrement celui de Doigt de Poussière, auquel Paul Bettany prodigue un malaise palpable encore renforcé par une sous-intrigue s’imposant comme la plus intéressante du film.

Cela tient au fait qu’elle est finalement celle usant le plus intelligemment du postulat fantastique de Coeur d’encre, à savoir des personnages de fiction faisant irruption dans la réalité, nous le présentant comme un être partagé entre le Bien et le Mal en raison de sa nature lâche, imposée par la façon dont il a été imaginé dans le livre. Un point d’autant plus positif pour le film que ce dernier, à côté de ça, a une tendance très nette à ne pas assez creuser les possibilités offertes par son sujet, à n’exploiter le pouvoir des « langues d’argent » qu’en surface. Ce n’est pas tant qu’il manque d’idées (certaines sont même très bonnes, comme la façon dont se sont organisés les méchants vivant dans notre monde) mais, en effet, un tel pouvoir implique nombre de choses qui auraient pu sans peine étoffer le scénario tout en l’explorant de façon plus passionnante, ne serait-ce que simplement au regard de son fonctionnement qui est ici à peine survolé. Il aurait ainsi été bienvenu d’expliciter davantage le principe de l’échange entre les deux univers, les conséquences que cela peut par exemple avoir dans les livres, ou bien encore la question de la maîtrise de ce pouvoir, qui trouve en toute fin une solution aussi vite expédiée qu’à peine introduite. En fait, on a presque l’impression que toutes ces thématiques n’intéressent aucunement le réalisateur Iain Softley, que la partie « merveilleuse » de l’intrigue n’est pas un élément déterminant selon lui. Ce qui n’est pas forcément l’opinion du spectateur, s’attendant plutôt au contraire à être transporté comme par magie dans un monde où tout est possible et où tout se produit, la raison même d’être d’une telle histoire. Mais là encore, il est difficile de ressentir parfois un véritable enthousiasme quand les personnages du film, et au travers d’eux bien sûr le réalisateur, ne semblent pas plus étonnés que ça des merveilles qui se présentent à leurs yeux (exception faite du personnage de Jim Broadbent, qui pour le coup est un peu trop excessif). Il y a bien de la surprise, quelques « ouah » admiratifs, mais rien qui fasse ressentir pour de bon un émerveillement à nous communiquer.

On pourra alors toujours dire qu’il ne s’agit pas là du propos du film, se cantonnant il est vrai dans une tonalité plus sombre et très appréciable en soi, mais l’un n’empêche pas l’autre et la réunion des deux aurait alors peut-être pu combler ce manque, ce regret que l’on ressent au visionnage de Coeur d’encre. Enfin, fort heureusement et loin de là, tout n’est pas négatif dans ce long-métrage car déjà ce qu’il perd en approfondissement thématique, il le gagne en rythme, et cela reste quand même une des valeurs maîtresses du cinéma de spectacle. D’autant plus que le récit nous réserve quelques très beaux moments, des scènes impressionnantes en diable de par le soucis très porteur que consacre Iain Softley à la composition de ses plans ou bien à la dramatisation de son montage. Elles ne sont ainsi peut-être pas assez nombreuses mais ces séquences -comme celle de la tempête du Magicien d’Oz ou encore et surtout le climax, qui ne manquera pas de rappeler celui dans Les Aventuriers de l’Arche perdue au regard de sa scénographie ou du sort réservé aux méchants et qui nous dévoile en plus une créature tout bonnement splendide- sont des modèles de rythme et d’iconisation, faisant doucement monter la tension pour mieux laisser éclater l’action avec ses magnifiques images. Il est d’ailleurs à noter que cet esthétisme soigné est loin de n’être réservé qu’aux scènes spectaculaires, l’ensemble du film profitant admirablement du travail du réalisateur et de son directeur de la photographie Roger Pratt (un habitué des Harry Potter et des films de Terry Gilliam dont Les Aventures du baron de Münchausen, autant dire qu’il n’est pas un débutant en matière de « conte filmé ») qui se jouent efficacement des teintes et textures pour constituer un univers réaliste mais déjà empreint d’une certaine façon de la magie des livres, ou tout du moins de leur « aura ». Ce qui ne suffit bien sûr pas à compenser totalement les lacunes vues plus haut, surtout celles concernant le manque de « merveilleux », mais offre malgré tout à l’histoire un cadre parfait et dans lequel elle s’intègre sans heurt ou problème de crédibilité.

S’il constitue donc bien une légère déception en comparaison des attentes que nous portions en lui, Coeur d’encre n’en demeure pas moins un bon petit film de fantasy qui a la politesse de ne jamais prendre ses spectateurs pour des gogos, leur offrant un spectacle avec certes quelques lacunes mais s’assurant une bonne place dans le genre qu’il représente. Nous aimerions donc quand même voir un jour arriver une suite à ce film, histoire de développer plus avant certaines thématiques ici effleurées. Mais même s’il agit de l’adaptation du premier volume d’une trilogie, les changements effectués sur l’intrigue du livre de Cornelia Funke semblent indiquer qu’une telle chose ne sera jamais possible. Le message du film est ainsi respecté et, si vous voulez connaître la suite, il vous faudra donc vous plonger dans les romans pour vivre de nouvelles aventures !

18875005w434hq80.jpg  18875000w434hq80.jpg  18874996w434hq80.jpg

The Spirit

3 janvier, 2009

thespiritvf.jpg

Après avoir bouleversé le monde des comics avec des oeuvres séminales telles que Sin City, Dark Knight ou 300 et voir ces oeuvres ensuite adaptées avec succès au cinéma, aussi bien artistiquement que financièrement, l’envie a pris à Frank Miller de faire la transition vers cet autre média et d’endosser désormais la casquette de réalisateur. Après avoir assuré la co-réalisation de Sin City, en binôme avec Robert Rodriguez, il fait donc pour la première fois l’expérience de la réalisation en solo, adaptant pour l’occasion un comic-book culte de Will Eisner créé au début des années 1940. Un matériau dont il va faire sien, gardant l’ossature du modèle original pour mieux la transfigurer, de par les thématiques chères à Miller mais aussi grâce aux moyens offerts par ce nouveau joujou qui est le sien. S’il ne manquera donc d’être comparé à 300 ou bien encore plus Sin City, The Spirit parvient malgré tout à se démarquer en raison d’un style bien personnel, nourri par ses différents pères. Ce qui ne l’empêche cependant pas en fin de compte d’être un brin bâtard, bien au contraire.

Dans la ville de Central City il ne fait pas bon se promener dans les rues une fois la nuit tombée, sous peine de voir sa vie raccourcie en dépit de son bon vouloir. Heureusement, le Spirit veille sur la ville et la protège amoureusement de tous les criminels qui hantent ses blocs. Ancien flic mort en service puis devenu super-héros presque invincible, il rencontre cependant depuis des années un problème avec l’increvable Octopus, un méchant de la pire espèce et dont les connaissances scientifiques pourraient faire aboutir un projet dément, mettant en péril le monde dans son entier. Lancé dans un ultime affrontement contre son ennemi juré, le Spirit devra résister à tous les dangers se présentant à lui, que ce soient des armes ou des femmes

Un de nos premières attentes quant à ce film est bien évidemment de voir de quelle façon Frank Miller a assuré la transition d’une forme d’expression à l’autre, s’il ne fait que resservir servilement ce qu’il a appris aux côtés de Robert Rodriguez ou bien s’il a fait mûrir cet enseignement. Et si la filiation avec Sin City est inévitable, que ce soit dans le choix d’un environnement presque à 100% en images de synthèse ou bien l’utilisation faite de cette technique, avec une stylisation très proche de celle effectuée sur son comic-book, il s’en démarque quelque peu avec une utilisation plus soutenue de la couleur et autres passages oniriques. Très stylisée, l’image du film profite de plus du savoir-faire indéniable de Miller en matière d’iconisation, qui nous compose alors régulièrement de magnifiques plans. Mais le plus convaincant dans cette nouvelle carrière, c’est que le bonhomme a très bien digéré la grammaire cinématographique et en use ici assez efficacement, évitant par exemple à son film les écueils d’une action illisible, d’un montage donnant trop l’impression d’assister à une simple succession d’images.

S’il s’en sort donc plus qu’honorablement au niveau de la réalisation, The Spirit risque néanmoins de déconcerter nombre de spectateurs de par la façon qu’il a de jouer avec les tons, alliant la plupart du temps à une esthétique très sombre, très film noir, un humour second degré directement hérité des cartoons les plus barrés. Ce qui peut très bien fonctionner avec par exemple  un excellent personnage comme le méchant Octopus -qu’interpréte un Samuel L. Jackson génialement en roue libre- ou bien ses sous-fifres, mais décontenance dès lors qu’il concerne des personnages inscrits dans un registre plus sérieux. Dire ainsi du Spirit qu’il passe parfois pour un bouffon n’est qu’un doux euphémisme, mais cela découle en réalité directement du comic de Eisner, qui pouvait passer aussi bien de l’horreur à la comédie ou autres au cours des différentes aventures de son héros. Une variété de genres que Miller, aussi scénariste sur le long-métrage, a voulu représenter dans un seul et même film, ce qui le rend inévitablement quelque peu bancal.

D’autant plus que ce caractère mal maîtrisé trouve un écho très fort dans son intrigue, alambiquée au possible de par la façon qu’elle a elle aussi de convoquer à une multitude de genres et références. Si le spectateur « curieux sans plus » s’attendra ainsi à un film noir ultra-stylisé dans la mouvance de Sin City, sentiment bien sûr motivé par le visuel mais aussi cette façon qu’a la voix-over du héros d’être omniprésente, aussi bien dans le film que dans les bandes-annonces, il pourra tomber de haut avec une histoire aux accents aussi bien science-fictionnels que mythologiques. Ce qui n’est pas en soi une erreur, une telle initiative pouvant même se révéler très intéressante, mais l’hybridation de ces influences est ici faite de telle façon que le spectacle en devient parfois indigeste, vous perd dans ses méandres un peu à la manière dont le héros de Central City se perd entre les femmes de son coeur. La galerie des personnages féminins est ainsi symptomatique du plus gros problème du film, qui vous en met plein les yeux (et de quelle façon, ne serait-ce qu’avec Scarlett Johansson ou bien Eva Mendes !) mais vous étouffe et s’étouffe par la même occasion sous une telle richesse. 

S’il saute donc évidemment aux yeux que Frank Miller a pris un panard monstrueux en réalisant ce film, rendant par la même hommage à un des ancêtres des super-héros l’ayant fortement inspiré, on regrettera qu’il se soit justement un peu trop laissé aller à son propre plaisir de faiseur, oubliant souvent de donner une réelle unité à son oeuvre. Loin d’être un mauvais film, The Spirit n’en est pas moins une réussite (ou un échec, ça dépend de si on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein) en demi-teinte, seules ses très belles images et quelques scènes bien troussées venant satisfaire pleinement aux attentes que nous mettions dans le long-métrage. Manquant de rigueur, il n’en témoigne pas moins d’un talent assez intéressant de Miller pour le cinéma, qu’il nous tarde maintenant de voir concrétisé ou non dans une autre production.

19019713w434hq80.jpg  19019715w434hq80.jpg  19019724w434hq80.jpg