Twilight

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Nous en parlions il y a peu avec La Cité de l’Ombre, il n’est jamais évident de réussir une adaptation de livre en long-métrage. Un exercice difficile et hasardeux, rendu encore plus compliqué lorsque l’ouvrage incriminé possède une solide communauté de fans, de ceux qui ne laisseront rien passer tant ils ont aimé se plonger dans les lignes de leurs romans. Twilight est de ceux-là, ses quatre tomes rédigés de la main de Stephenie Meyer ayant rencontré un succès sans cesse grandissant au fil de leur parution et ce qui devait donc arriver, arriva : malgré ce qu’aurait pu laisser croire le gros carton rencontré par le films aux Etats-Unis, les fans sont unanimement déçus par cette adaptation en dépit de sa bonne volonté évidente à s’attacher au coeur de l’intrigue, la romance compliquée entre les deux héros. On pourrait se dire alors que c’est normal, que ces personnes étaient de toutes manières condamnées à ne pouvoir apprécier un film ne pouvant retranscrire telle quelle l’expérience qu’ils connurent avec les livres. Sauf que voilà, une fois n’est pas coutume, la légendaire mauvaise foi des fans trouve un écho assez évident dans des problèmes qui ne manqueront pas de sauter aux yeux des profanes.

Quand elle quitte l’Arizona pour emménager dans la pluvieuse ville de Forks, s’installant chez son père, la jeune Bella pense que rien ne pourra la surprendre en ces lieux. Grosse erreur car, dans la brume environnante, vit la mystérieuse famille Cullen dont les membres restent toujours entre eux, soudés et à part. Irrémédiablement attirée par l’un d’eux, Edward, elle n’aura même aucune crainte lorsqu’elle comprendra que lui et les siens sont en réalité des vampires. Une relation compliquée entre les deux jeunes gens va alors naître, contrariée par la nature de chacun et mise en danger par un trio de vampires récemment débarqué dans les parages et n’ayant que le goût du sang à la bouche

Ainsi, vous le verrez, un effort indéniable a été fait pour retranscrire la romance contrariée du livre entre Bella et Edward, la rendant même encore plus problématique en appuyant plus sur les hésitations et les craintes du vampire amoureux, qui a peur de ne pouvoir résister à l’envie de goûter à la carotide de Kristen Stewart (crainte bien légitime). C’est que nous sommes face à une oeuvre destinée principalement aux adolescentes et autres jeunes femmes, le public-même des romans de Stephenie Meyer, qu’elles apprécient pour leur côté Roméo & Juliette moderne et teinté de fantastique. Et si cet aspect de l’oeuvre est parfaitement respecté, ce n’est pas pour autant qu’il est véritablement réussi en raison d’une durée bien trop longue. En effet, Twilight s’étale sur plus de deux heures de métrage et va alors rendre le batifolage hésitant des deux héros particulièrement redondant, les non-dits mettant longtemps avant de trouver une solution. On assiste donc dans toute la première moitié du film à nombre de dialogues où les personnages ne finissent pas leurs phrases, ou bien alors mettent de longues secondes à les finir, ce qui n’est pas spécialement efficace au niveau du rythme du métrage.

Un défaut qui aurait pu être atténué par la valeur purement fantastique de l’histoire, qui possède même une mythologie assez intéressante avec par exemple cette ancienne dualité sourde qui règne entre les Cullen et les indiens Quilote. Sans compter la menace de ces trois vampires qui, eux, n’ont pas renoncé aux plaisirs du sang et de la chasse. Mais même ce dernier aspect, pourtant élément perturbateur de l’intrigue, tarde à se révéler concrètement, la confrontation ne commençant qu’à une toute petite demi-heure de la fin pour s’embarquer dans des voies bien rapides, des raccourcis difficilement acceptables en comparaison de tout le temps perdu auparavant avec l’amour naissant de Bella et Edward. Que ce soit donc dans le romantisme ou bien dans l’action, cette adaptation souffre d’une très mauvaise gestion de son rythme et perd son spectateur dans une intrigue dont l’intérêt s’égrène petit à petit, inlassablement, jusqu’à ce que nous ne nous préoccupions quasiment plus de savoir ce qu’il se passe.

Mais ce n’est pas tout car, en plus, les aspects fantastiques du film souffrent d’un traitement qui n’y entend rien, cumule les choix d’un goût douteux. Sans même parler de la façon dont est réinventée la mythologie du vampire (pas de canine, peuvent survivre au Soleil bien que leur peau se mette à briller quand ils sont trop exposés,…), propre à l’oeuvre et donc d’une certaine façon légitime, nous ne pouvons ainsi qu’être atterrés face aux choix douteux qui parcourent la péloche. Si la réalisatrice Catherine Hardwicke parvient donc à créer une vraie bonne ambiance avec ce cadre baigné dans l’humidité et la brume, aux couleurs désaturées, ne se laissant aller qu’à quelques mouvements de caméra un peu superflus, nous tombons dans le grand ridicule dès lors que les vampires usent de leurs aptitudes spéciales. La représentation des déplacements ultra-rapides, les feulements quand des vampires ennemis se font face, tous les pires clichés du genre sont là et n’aident en rien à rehausser cette partie du film, qui aurait pourtant pu être un excellent contrepoint aux errements romantiques précédemment constatés. Sans compter le jeunisme assez rébarbatif dont faisaient déjà preuve les romans de Meyer et qui trouve ici des illustrations assez flagrantes, comme cette insupportable partie de baseball sur un air de Muse. Une accumulation d’erreurs et de choix discutables se parachevant en apothéose lors d’un duel final qui aurait pu être très sympa (jolies cascades) s’il n’avait été balayé si vite.

Twilight, s’il est désormais rentré dans ses frais avec l’exploitation en salles dans les seuls Etats-Unis (69 millions de billets verts dès la première semaine d’exploitation pour un budget estimé à 37 millions de dollars), n’en constitue pas moins un film bancal sur de nombreux points. Il se montrera donc à coup sûr rébarbatif pour les fans, ces extrémistes au grand coeur, mais aussi et c’est plus grave pour les profanes. Trop long, mal équilibré, des choix discutables, la liste des griefs est longue et ne manquera pas alors de vous décontenancer au point de vous détacher de l’intrigue. Dommage, parce que les jeunes acteurs sont tous les deux plutôt bons, et il faudra alors attendre le second volet -déjà en préparation- pour savoir si nous resterons définitivement hermétiques à cet univers romantico-vampirique. Parce que là, et contrairement aux Cullen, on sort de la salle en ayant sérieusement les crocs !

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2 Réponses à “Twilight”

  1. Emma714 dit :

    Je ne partage absolument pas votre point de vue, étant une fan de la saga de Stephenie Meyer, je trouve l’adaptation cinématographique très réussie. J’aimerais s’il vous plait que vous lisiez mon message jusque au bout.
    L’alchimie entre les acteurs était vraiment là, et le tout ressemble à un de mes meilleurs films qu’il m’est été donné de voir. Et je ne trouve pas la partie de baseball insupportable bien au contraire je l’ai vécu comme une bouffée d’oxygène !
    Le résultat à l’image de la représentation des vampires est parfaite ! Leur inspiration venant des fauves je trouve que cet aspect « bestial » des vampires rend le film très attrayant.
    Quant à l’histoire d’amour, que dire ! La relation qui unit Bella à Edward est si complexe ! Si exaltante et en même temps si douloureuse ! (cependant je comprend que ceci est pu échapper aux personnes n’ayant pas lues les livres, c’est compréhensible, il y a certaines choses que seuls les mots peuvent réussir à exprimer). Je pense que les personnes ayant écris cet article manquent cruellement de sensibilité ! Je les plains sincèrement, ils perdent une expérience unique qui aurait pu leur apporter beaucoup en rêve et réflexions sur l’imaginaire. Je trouve également qu’ils ont un esprit beaucoup trop critique qui les empêche d’apprécier pleinement un moment qui aurait du se montrer très agréable. Je tient à préciser que je ne suis pas sortie à crocs de la séance mais des étoiles plein les yeux.
    J’aimerais pour finir, vous posez cette question : « Croyez vous qu’une saga ayant touchée autant de monde puisse être sans intérêt ? Je trouve que l’attachement d’autant de fans à ces livres et à ce film montre clairement qu’elle a touchée une grande partie d’entre nous…et cela est déjà une grande réussite ! . Alors avant de parler d’un « film bancal sur de nombreux points  » comme si c’était l’évidence même, il faudrait peut être remettre légèrement votre jugement en question en vous apprenant qu’il n’est pas partagé par beaucoup. »

    Bravo à la réalisatrice qui a font du très bon travail ! Et je conseille fortement à l’auteur de ce blog de lire les livres avant de dénigrer totalement cet univers si palpitant que nous a fait découvrir Stephenie Meyer.

  2. pitouwh dit :

    Bon, je sais que j’avais un peu perdu l’habitude de répondre aux commentaires et je m’en excuse auprès de tous ceux qui ont malgré tout continué à en mettre, mais je me vois aujourd’hui forcé de sortir de mon ermitage des forums pour répondre à Emma714. Laisser un message si passionné sans réponse serait en effet criminel, et je vais donc essayer de m’y atteler de mon mieux.

    Tout d’abord, pas de problème, je t’ai lu jusqu’au bout. Tu as eu la gentillesse de le faire pour mon papier, ce n’est qu’un juste retour au chose que j’en fasse de même, d’autant que te lire n’est pas désagréable.

    En ce qui concernent les choses que tu as apprécié dans le film et que moi, au contraire, je n’ai pas aimé, je pense que ce n’est pas la peine que l’on refasse le débat des goûts et des couleurs. Disons juste que c’est une question de point-de-vue, et le fait que je dise que Twilight est un « film bancal sur de nombreux points » n’est pas plus répréhensible que lorsque tu dis « je trouve l’adaptation cinématographique très réussie ». Je voudrais quand même ajouter que je ne dénigre pas l’univers créé par Stephenie Meyer, loin de là (j’ai même plutôt envie de voir où ça va aller), mais seulement sa représentation dans le film.

    Et ce n’est pas tant une question d’être fan ou non des livres : j’étais moi-même avec une fan lors de la projection et il y en avait d’autres dans la salle mais, à la fin, il n’y en a eu aucun avis positif pour de bon sur le film. La personne qui m’accompagnait l’a même encore plus détesté que moi ! Et à la sortie du film aux USA, les sites communautaires de fans ne se sont pas non plus montré des plus tendres…

    Ensuite, quand tu parles « des » personnes ayant écrit cet article… bah pourquoi « des » ? J’ai fait ça tout seul !

    Et en plus, je ne pense pas manquer « cruellement de sensibilité » (bon, c’est vrai que j’suis pas un tendre non plus, mais quand même), au contraire de toi. Parce que parler d’un « moment qui aurait dû se montrer très agréable » alors que l’on est fasse à une histoire d’amour tragique et contrariée, tout en malaise et non-dit, c’est que l’on manque un peu d’empathie et donc de sensibilité selon moi. Enfin je peux me gourer, hein…

    Pour finir, last but not least, le problème du succès en salles comme garant d’une quelconque réussite artistique… heu, faut vraiment que je développe ou bien l’ineptie totale de ce concept vous saute aux yeux ? Disons simplement que s’il y a bien certains films qui se font leur succès sur leurs véritables qualités, par exemple grâce au bouche-à-oreille, il y en a d’autres qui le font parce qu’ils sont tirés de livres « vendus à 18 millions d’exemplaires » et ont bénéficié d’une très importante campagne de promotion ayant fait naître l’attente d’un plus grand nombre. Je vous laisse deviner dans quelle catégorie se range Twilight…

    Enfin voilà, merci bien pour ton message Emma714 !

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