Archive pour décembre, 2008

Australia

28 décembre, 2008

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Après nous avoir fait danser et chanter avec sa « trilogie du rideau rouge » (Ballroom dancing, Romeo + Juliette, Moulin Rouge), le réalisateur Baz Luhrmann revient avec un film qui aura nécessité près de sept années de gestation. Un film énorme, une fresque épique dans la tradition des grosses productions d’antan et pour laquelle il revient sur sa terre d’origine, l’Australie, réunissant pour l’occasion un casting de stars elles aussi australiennes et désireuses d’illustrer l’Histoire de leur pays dans une grande histoire alliant de nombreuses thématiques, s’étalant sur de nombreux genres. Romantisme, guerre, intégration, aventure,… Seulement voilà, à trop vouloir en faire, on finit parfois par se prendre le pied dans le crocodile !

Fin des années 30. Parce qu’elle a des soupçons quant à la fidélité de son mari, Lady Sarah Ashley quitte son Angleterre natale et s’envole pour l’Australie, se rendant par surprise au ranch bovin de son époux pour découvrir que celui-ci vient d’être assassiné par un concurrent implacable. Décidant de rester malgré tout pour ne pas laisser une telle injustice impunie, elle va d’abord avoir un peu de mal à s’adapter à ce pays et à ses rudes conditions de vie. Mais le Destin va mettre sur son chemin le « Drover », un aventurier convoyeur de troupeaux, et Nullah, un jeune aborigène métis et orphelin. Commence alors une grande aventure dans les étendues de l’Australie, bientôt menacée par l’ombre de la seconde guerre mondiale

Comme le savent ceux qui connaissent ces précédentes oeuvres, Baz Luhrmann est un réalisateur possédant un style visuel très fort, flamboyant et limite kitsch en certaines circonstances (sans que ce soit véritablement un défaut) pourrions-nous même dire. Une marque de fabrique bien spécifique dont nous attendions avec curiosité de voir comment elle s’adapterait à ce nouveau projet, aux accents bien plus classiques que d’ordinaire puisque Australia se prévaut des films comme Autant en emporte le vent, Out of Africa,… Des oeuvres académiques, loin du cinéma de Luhrmann, et en cela le début de ce nouveau long-métrage pourra donc en décontenancer certains tant le réalisateur semble persister dans sa grandiloquence visuelle, illustrant l’introduction d’une façon assez similaire à ce que nous avons pu voir récemment dans L’Ile de Nim. Autant dire que la déconvenue est grande, d’autant que Nicole Kidman est au centre de cette partie et que, tout comme dans Moulin Rouge, elle est exécrable dans les scènes de comédie. Dans les autres aussi, Kidman oblige, mais il faut avouer que la voir grimacer en tous sens à quelque chose en plus de pathétique, tentative désespérée de nous faire sourire.

Fort heureusement, ces aléas n’auront qu’un temps et très vite le film se lance réellement, nous entraînant dans une intrigue certes ultra-classique (Lady Ashley doit convoyer un troupeau de bêtes à travers un terre hostile, elle et son groupe étant suivis à la trace par des méchants concurrents qui ne font rien qu’à leur mettre des bâtons dans les roues) mais qui fonctionne grâce au souffle d’aventure qui y règne. Le personnage de Hugh Jackman se révèle ainsi être un excellent point, dans la tradition des cowboys marginaux au grand coeur, bagarreurs en diable et rustres jusqu’au bout des ongles (son nom retranscrit d’ailleurs bien cette idée de « héros-somme »), mais il se trouve que ce n’est pas grâce à lui que les indispensables dépaysement et esprit d’aventure animeront finalement la péloche. En effet, si les personnage de Lady Ashley et du « Drover » rendront l’intrigue amoureuse intéressante -dans la limite de l’intérêt que peut présenter une telle intrigue cependant, bien sûr- c’est bien par Nullah, le jeune aborigène orphelin, que va véritablement vivre le coeur du film. Lui et tout ce qui touche à la culture ancestrale australienne, avec son grand-père sorcier qui reste à l’écart mais est toujours là, prêt à aider nos héros à l’aide de sa magie et de sa connaissance de l’outback. Sans compter que même si Baz Luhrmann a tendance à les gâcher un peu avec une utilisation parfois abusive des effets spéciaux, les décors naturel de ce pays trouvent ici une incarnation comme nous en avons rarement vu, riche de variations et de beautés diverses.

Et c’est là où toutes les bonnes choses constatées jusqu’à présent vont perdre totalement en efficacité, se diluant au contact d’un scénario étiré en faisant fi de toute raison. Car si cette partie aventureuse nous avait joliment divertit durant près d’une heure et demie, la volonté de Luhrmann était de faire avec un film une grande oeuvre à l’ancienne et il tombe alors dans la piège du récit de guerre, qui plus est lorsque celui-ci n’a rien à faire dans le cas présent et constitue une cassure très nette. Trop nette, qui vous donnera véritablement l’impression de voir deux films différents d’affilée. La réalisation a ainsi beau rester des plus léchées, l’intrigue devient terriblement redondante dans le traitement de ses thématiques et l’attention du spectateur retombe, plombée par cette structure narrative sans queue ni tête.

A en trop vouloir en faire, à trop vouloir être un grand film dans la fibre des oeuvres classiques du cinéma, Australia perd donc toute la belle efficacité qu’il avait pourtant gagné à la sueur de son front poussiéreux, rattrapant la plutôt mauvaise impression de départ. Il est ainsi difficile de ne pas s’ennuyer devant le dernier tiers du film, se concentrant autour de l’attaque japonaise sur le pays des kangourous.  Non pas qu’un tel sujet soit inintéressant, bien au contraire, mais il est ici introduit d’une façon si artificielle, ne se justifiant aucunement, que l’on décroche complètement en nous demandant combien de temps cela va encore durer. A défaut donc d’avoir un grand classique de l’histoire du cinéma nous nous retrouvons avec un film qui, en jouant la surenchère, tombe dans un piège classique du cinéma hollywoodien. Du classique, mais pas celui que l’on attendait !

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Burn after reading

21 décembre, 2008

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Quand l’agent de la CIA Osborne Cox est renvoyé après vingt années de bons et loyaux services, sa colère et son désir d’en finir avec cette époque l’amènent à entreprendre la rédaction de ses Mémoires. Une entreprise pas si facile à exécuter, sa relation avec sa femme étant au plus bas, et qui va encore se compliquer quand vont s’égarer ses premières notes. Celles-ci se retrouvent entre les mains de Linda et Chad, deux employés d’une salle de sport pas très malins et ayant eux-même nombre de problèmes. Tout comme leur patron, amoureux de Linda, ou bien encore cet agent gouvernemental couchant avec un peu tout le monde. Et chacun à sa façon, avec ses propres faiblesses et sa propre bêtise, va faire dégénérer cette histoire d’une façon inimaginable 

Alors qu’ils nous ont régalé en début d’année avec le thriller crépusculaire No country for old men, les frangins Coen sont déjà de retour avec Burn after reading, qui s’annonce plus dans la tradition de leurs comédies absurdes. Ils exécutent ainsi un grand écart comme ils en ont le secret, et que nous attendions avec impatience tant certaines de leurs comédies s’avèrent être de vrais films cultes, l’éternel The Big Lebowski en tête bien évidemment. Un long-métrage avec lequel cette dernière livraison entretient plusieurs rapports mais pas seulement, car rien n’est jamais simple chez les Coen. Et les frères de renouer alors par la même occasion avec le style de Fargo, une autre de leurs réussites. Sauf que cette fois le mélange des genres, qui est une des principales caractéristiques de leur cinéma, aboutit sur une oeuvre bancale encore alourdie par des choix peu judicieux. S’il ne mérite donc quand même pas la volée de bois vert ayant accompagné sa sortie, il est néanmoins indéniable qu’il s’agit là d’un des exemples les plus faibles de leur filmographie.

Cela saute aux yeux, Burn after reading reste donc parfaitement dans la tradition du cinéma des frères Coen, que ce soit dans sa tonalité de comédie policière noire ou bien sa constitution d’une galerie de personnages bien barrés. Pourtant, la sauce ne prend pas véritablement cette fois, la faute à un scénario brouillon qui aura très vite fait de vous emmêler les pinceaux. Non pas que nous n’ayons jamais vu de films de la sorte dans leur carrière, The Big Lebowski pour ne citer que lui étant aussi relativement touffu dans son genre, mais il se trouve que les histoires de coucherie du film n’ont qu’un intérêt limité, tout comme l’intrigue des notes volées et du chantage qui s’en suit, que nous suivons sans jamais nous impliquer. En premier lieu parce que les personnages, s’ils sont bien des idiots complets et donc des sujets à la plaisanterie, ne s’en montrent pas pour autant sympathiques tant ils se complaisent dans une bêtise crasse les rendant plus énervants qu’autre chose. En second lieu parce que les acteurs font montre d’une réelle propension au cabotinage (il faut voir combien on tombe dans le n’importe quoi avec Frances McDormand pour le croire), ce qui ne devrait normalement pas poser de problème dans une comédie.

Sauf que voilà, s’il en a toutes les apparences, Burn after reading peine à s’imposer pleinement comme une comédie. Nous l’avons dit, l’intrigue part trop en vadrouille dans toutes les directions qui s’offrent à elle pour offrir une cohérence quelconque, et cela quel que soit le genre dont on parle. D’autant que le film aborde son dernier quart avec une rupture de ton des plus marquantes, qui continue de nous donner cette impression générale de manque de cohérence, de rigueur dans le projet. Le dernier film des deux frères s’avère donc être une bonne grosse erreur de parcours, de celles qui font un peu tâche dans une filmographie qui n’en était pourtant pas exempt (Intolérable cruauté) mais ne comportait quand même pas d’exemples aussi brouillons. Tant pis, on se rassurera en se disant que ça ne pourra qu’aller vers le mieux, ou alors c’est qu’il y aura une forte baisse de régime du côté du sympathique duo qui on l’espère ne durera pas !

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Les Enfants de Timpelbach

20 décembre, 2008

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Cela ne le fait peut-être pas pour tout le monde mais avec la fin d’année qui se profile à l’horizon, et en particulier la fête de Noël qui arrive à grands pas, certains d’entre nous ressentent cette impression que l’enfant émerveillé en eux a tendance à remonter à la surface. Sentiment agréable de nostalgie mais qui ne doit cependant pas vous tromper : avec les enfants, rien n’est rose, et ce sont même de sacrées petites pestes quand ils s’y mettent ! C’est en tout cas ce que nous enseigne Les Enfants de Timpelbach, une des grosses productions françaises de l’année 2008 et sans aucun doute l’une des plus intéressantes, le livre dont il est tiré -écrit par Henry Winterfeld- ayant fait le bonheur de nombreux élèves d’école primaire. Et donnant de plus l’impression d’avoir débouché sur une oeuvre ultra-stylisée, avec une véritable esthétique de conte entre Tim Burton et Terry Gilliam, ce qui est toujours appréciable dans un cinéma français qui se contente en général du stricte minimum. Une approche adulte de l’univers enfantin comme nous aimerions en voir plus souvent et sur laquelle se révèle un film plutôt bien fichu pour peu que l’on ne s’attarde pas trop sur ses erreurs de jeunesse.

Dans le petit village de Timpelbach, les enfants sont si turbulents qu’un jour leurs parents, excédés par leurs incessantes farces, décident de leur donner une bonne leçon. Le lendemain, au réveil, les enfants ont ainsi la surprise de découvrir que tous les adultes ont disparu sans qu’ils sachent où. Une situation qui est cependant loin de les effrayer, d’autant que la bande du méchant Oscar incite les jeunes esprits à profiter au maximum de la situation, pillant les réserves de bonbons et gâteaux et détruisant tout ce qui leur tombe sous la main. Bientôt, les adultes ne réapparaissant pas, les enfants ennemis d’Oscar et ses sbires commencent à réorganiser la ville et ils y arrivent plutôt bien malgré leur jeune âge. Mais les méchants enfants, ceux pris dans une spirale anarcho-nihiliste et désormais appelés les « écorchés », préparent une attaque où il n’est absolument plus question de jeu. Et alors que les parents sont en fait prisonniers d’un pays voisin dans lequel ils sont entrés par inadvertance, une guerre sans merci est sur le point d’éclater à Timpelbach

Ainsi, vous le constaterez très rapidement, Les Enfants de Timpelbach s’affirme comme une vraie petite gourmandise visuelle, créant son univers de conte à la frontière entre réalité et fiction, jonglant avec les inspirations d’époques et de lieux diverses. Afin de créer pour les enfants le terrain de jeu idéal, mais aussi insuffler à ce monde une personnalité propre reposant en même temps sur des choses que nous connaissons, des images nous renvoyant à nos propres fantasmes enfantins. Sur ce point, le jeune réalisateur Nicolas Bary et son équipe technique s’en sortent donc vraiment avec les honneurs, d’autant que cette richesse visuelle s’accorde dans des tonalités variées, allant du merveilleux au cinéma d’horreur en certaines occasions. Une maturité assez étonnante reflétée par la maîtrise de la caméra et qui ne se laissera alors aller qu’à quelques rares erreurs de jeunesse, quand elle tente par exemple avec maladresse de recréer la frénésie enfantine par des accélérés plus risibles qu’autre chose.

C’est d’ailleurs sur cet aspect que le long-métrage se fera ses plus sérieux détracteurs, parce qu’il s’agit avant tout d’un film où les enfants sont les stars, occupant plus de 90% de la péloche. Et même si nombre d’entre eux se révèlent être très bons, naturels, beaucoup d’autres vont en certaines opportunités se montrer plus agaçant. Cela concerne surtout les moments où le film tombe un peu trop dans les clichés, comme en caractérisant un personnage par un seul trait spécifique qui le suivra tout du long (le gros qui a tout le temps faim, le petit rêveur inoffensif qui fait une victime parfaite,…), mais on retrouve aussi bien sûr cela dans le jeu même de certains des comédiens en culottes courtes. Parce que l’on a parfois un peu trop l’impression de regarder un spectacle de chiens savants, où il s’agit de faire le beau tout en exécutant les ordres que l’on reçoit et cela même sans les comprendre forcément. 

Une observation qui ne concerne fort heureusement pas le coeur du film, à savoir la lutte entre les deux factions de gamins et après cela la morale qu’ils en retireront puisque, dans l’optique de rendre ce message bien clair, le réalisateur et son scénariste n’hésitent pas à flirter avec des éléments plutôt sombres. On dit que les enfants peuvent être très cruels, et ce film nous le rappelle bien comme en atteste la scène de bataille finale ou bien la violence -physique ou non- dont ils peuvent faire preuve. Mais si quelques uns des enfants y sont vraiment méchants, l’histoire prend quand même le temps de nous expliciter un peu les raisons de ce comportement au détour de deux, trois scènes remettant en cause l’éducation dispensée par leurs parents.  Rien de très fin, mais ça compte quand même, d’autant que cela épaissit agréablement le portrait de certains des personnages principaux. Enfin, on pourra quand même regretter que des pistes intéressantes ne soient pas davantage creusées comme celle de cette dualité entre Oscar et Thomas, qui furent amis dans les bêtises et se retrouvent aujourd’hui ennemis, laquelle aurait probablement permis au spectateur de s’impliquer encore davantage dans le climax guerrier du film (il n’est pas exagéré de parler de « guerrier », vous le verrez avec l’arrivée des « écorchés » qui rappelle presque le cinéma post-nuke).

Quand il ne tombe donc pas dans la caricature, ce qui lui arrive de temps en temps sans que cela l’étouffe pour autant, Les Enfants de Timpelbach se révèle au spectateur comme un bon petit conte cinématographique, pouvant s’apprécier de façons très variées. Une véritable surprise dans le paysage du cinéma français, d’ordinaire peu enclin à nous livrer des films pour enfants qui soient à la fois intéressants et fassent de véritables propositions de réalisation. En plus, ce n’est pas si souvent que l’adaptation d’un livre se montre si réussie, alors oubliez vous aussi vos responsabilités, ne serait-ce que pour une petite heure-et-demie, et venez vous éclater à Timpelbach !

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Histoires enchantées

18 décembre, 2008

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S’il est très loin de générer en France le même enthousiasme qu’aux Etats-Unis (voir les résultats plutôt décevants de son pourtant très drôle Rien que pour vos cheveux), Adam Sandler ne s’en est pas moins constitué un solide petit groupe de fans, particulièrement gourmands de son humour typique de l’école Saturday Night Live. Mais derrière ses allures d’adolescent attardé et plaisantin se cache un artiste plein d’aspirations autres que la comédie bêtement jouissive, un besoin de reconnaissance qui l’amène à prendre part à des projets plus ou moins dramatico-auteurisants mais aussi, et cela arrive plus souvent, à des films que toute la famille pourra aller voir. Histoires enchantées est de ceux-là, marquant la première collaboration du comédien et de sa compagnie Happy Madison avec le tout-puissant studio Disney. Une alliance qui permettra très certainement à Adam Sandler de se montrer plus rentable que jamais au box-office français mais qui, malheureusement, ne se fera pas sans que le clown perde en chemin ce que nous trouvions drôle chez lui.

Skeeter a passé toute sa vie dans le même motel, travaillant sans relâche et acceptant toutes les missions pour qu’un jour son implication soit reconnue et récompensée, en lui donnant la direction d’un nouvel hôtel. Mais ces années en tant que larbin l’ont lessivé et, aujourd’hui, il est persuadé qu’il n’y a que dans les contes de fées où tout finit bien. Pourtant, quand il découvre que les histoires qu’il raconte à son neveu et sa nièce pour les endormir deviennent le lendemain réalité, il va essayer de tirer profit de cette étrange magie pour corriger tout ce qui ne va pas dans son existence

Même s’il interprète ainsi un personnage dans la grande tradition de ses sympathiques loosers, les fans de Adam Sandler auront peine à retrouver l’humour du comédien dans ces Histoires enchantées. Car même si nous l’avons déjà vu participer à des comédies plus grand public qu’un gros délire à la Little Nicky, qu’elles soient romantiques (Amour et amnésie, Wedding Singer) ou familiales (Big Daddy), jusqu’à présent il était toujours parvenu à rendre les choses plus appréciables en y imposant sa marque, son humour. Des fulgurances absurdes qui parvenaient à relancer notre intérêt malgré des intrigues pas vraiment intéressantes, ou tout du moins très convenues. Mais il se trouve qu’avec ce dernier long-métrage, l’acteur voulait participer pour la première fois à un film qu’il pourra montrer à ses enfants. Ceci ajouté au fait que Disney est de la partie, sans oublier une sortie pile-poil pour Noël, et nous nous retrouvons alors avec une comédie versant tant dans le familial que même Adam Sandler s’y abandonne corps et âme et dilue alors son humour dans un spectacle sans aspérité. Pour trouver deux, trois occasions de sourire, il nous faudra ainsi plus chercher du côté de seconds rôles comme ceux de Guy Pearce, très étonnant dans un cabotinage inhabituel chez lui, et Russell Brand, seuls personnages à être véritablement décalés.

Une infantilisation malheureusement généralisée, et qui va donc continuer de rendre ce film difficilement supportable pour un public adulte. Dommage, car le film aurait pu nous surprendre en prenant une direction originale sur un postulat bien connu. Nous avons en effet déjà vu plusieurs fois des récits de la sorte, où la frontière entre réel et fiction s’amenuise au point que les deux univers se mélangent, mais le scénario de Histoires enchantées amène une excellente idée en rendant son héros plus actif dans ce processus. Comprenez par-là que, très tôt, le personnage de Adam Sandler va comprendre et accepter que les contes racontés la veille deviennent réalité le lendemain, et qu’il va alors essayer d’aiguiller les histoires pour qu’elles fassent tourner les choses à son avantage. Chaque séquence imaginaire se pose ainsi comme un reflet amusant de la réalité, l’entourage de Skeeter devenant des personnages de ces contes qu’il manipule au gré de ses besoins, mais le film n’ira jamais beaucoup plus loin que cette idée. Manquant d’un véritable fil rouge, Histoires enchantées donne l’impression d’une segmentation trop importante et sans réelle progression narrative, d’autant que le héros s’acharne à répéter inlassablement les mêmes erreurs, ses actes égoïstes et irréfléchis finissant qui plus est par nous le rendre antipathique.

Et ce n’est pas la réalisation de Adam Shankman qui rattrapera cette impression assez négative. Les scènes imaginaires, qui auraient ainsi pu donner lieu à de bons moments spectaculaires, sont en fait traitées un peu par-dessus la jambe et présentent toutes un aspect assez cheap, que ce soit dans la direction artistique ou bien dans des effets spéciaux pas vraiment bien intégrés. Même une bonne idée comme le combat en gravité zéro se trouve alors gâchée par un tel traitement, nous rappelant à quel poin Shankman ferait mieux de s’en tenir aux comédies musicales comme le très bon Hairspray plutôt que de servir la soupe à Disney avec des oeuvres comme ce film ou Baby-sittor.

Décevant sur bien des points et désagréable sur d’autres, Histoires enchantées peut donc se targuer d’être la comédie la moins drôle de Adam Sandler. Véritablement pensé pour les enfants, les spectateurs plus âgés ne trouveront presque rien ici qui retiendra leur attention ou éveillera leur intérêt. Comme quoi, certaines histoires feraient mieux de ne jamais être racontées…

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Le Jour où la Terre s’arrêta

13 décembre, 2008

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Réalisé à l’origine au début des années cinquante par Robert Wise, Le Jour où la Terre s’arrêta marqua les esprits grâce à ses effets spéciaux (l’impressionnant robot géant GORT) mais aussi et surtout en raison de son message pacifiste, qui allait à l’encontre des mentalités dans le cinéma de science-fiction de cette époque où l’Autre était forcément un ennemi,  un envahisseur de par la peur du Rouge qui régnait alors. Plus de cinq décennies après et alors que ses thématiques sont plus que jamais d’actualité, le classique se voit donc passé à la moulinette du remake à grand renforts d’effets spéciaux et de campagne promotionnelle choc (la diffusion du film dans l’Espace, envoyé dans le vide intersidéral pour que les E.T. sachent ce que l’on pense d’eux), lui assurant le trône de gros blockbuster de SF de cette fin d’année (non, Agathe Cléry c’est du fantastique… et de la merde, accessoirement, et La Cité de l’Ombre joue dans une autre catégorie). Mais comme toujours avec ce genre d’exercice, nous pouvons nous demander qu’elle est sa véritable légitimité à ainsi revisiter un monument de l’histoire du cinéma, d’autant quand ce dernier met une sacrée piquette à sa nouvelle version.

Quand un immense objet s’approche à grande vitesse de la Terre, les différents gouvernements mondiaux sont plongés dans la panique face à ce qui pourrait être le déclencheur d’une nouvelle ère glaciaire s’il venait à s’écraser sur la planète. Et la situation ne s’apaise pas lorsqu’une boule de lumière vient se poser au-dessus de Central Park, d’où sort un extra-terrestre humanoïde prénommé Klaatu. Fait prisonnier, celui-ci est venu avec un message d’avertissement que personne ne veut entendre exceptée le docteur Helen Benson, avec qui il finit bientôt par s’échapper. Pourchassés par l’armée, Helen devra en même temps convaincre Klaatu de changer ses plans car celui-ci, voyant le comportement des êtres humains avec leur environnement, a décidé de lancer un mécanisme qui sauvera la planète mais provoquera l’extinction complète de l’espèce humaine…

Parce que même si le film de Robert Wise a bien évidemment pris un coup de vieux, ce qui arrive même aux meilleurs, il fait ainsi encore et toujours montre de plus d’à propos, de cohérence que son remake. En effet le message de Klaatu, pourtant primordial au sens même du film, n’est finalement que très peu évoqué dans cette nouvelle version et trouve sa résolution vite expédiée dans une intimité qui manque sérieusement d’ampleur (d’ailleurs, le long-métrage est loin de se montrer aussi spectaculaire que ce que pouvaient laisser penser les bandes-annonces avec son « apocalypse » minimaliste). D’ampleur et même d’un développement véritablement structuré, la révélation de Klaatu se faisant auprès de Jennifer Connelly quand nous avons supporté sur plus d’une heure l’évolution de son beau-fils, interprété par Hayden Smith. Un rôle de gamin énervant comme Hollywood sait si bien nous en faire, qui vous fera pousser de longs soupirs en vous ressassant que sa présence est totalement artificielle et aurait ainsi largement pu être palliée par des rôles comme ceux de John Cleese ou Robert Knepper, qui ne viennent ici que pour de brèves apparitions, permettant alors à l’intrigue de plus se resserrer sur son héros émissaire de l’espace.

D’autant que Keanu Reeves, réputé pour la rigidité de son visage, trouve un rôle parfait avec celui de cet extra-terrestre mono-expressif. Dire qu’il joue bien serait donc un peu exagéré, puisque la palette de ses émotions frôle le néant (c’est là tout le principe), mais il est indéniable que le personnage de Klaatu lui va comme un gant. Dommage qu’il ne soit alors pas plus mis en avant dans le scénario comme tout ce qui le concerne d’ailleurs, de son message à destination de l’humanité entière jusqu’à son robot garde du corps, GORT, qui se montre relativement impressionnant de par ses systèmes de défense sophistiqués. Notre frustration se révélera donc grande au regard des trois micro-scènes dans lesquelles il est utilisé.

Trop frileux et peu inventif, souffrant qui plus est d’un scénario anémique et à côté de la plaque, Le Jour où la Terre s’arrêta constitue ainsi un spectacle qui échoue à être éblouissant ou bien même véritablement intéressant en raison de ses thématiques bâclées. Nous regretterons que l’exercice débouche sur un tel résultat quand nous aurions pu en attendre bien plus (les bandes-annonces avaient quand même de la gueule mais, vous le remarquerez, elles ne s’intéressaient qu’à Klaatu et ne levaient le voile sur aucun des mauvais côtés), nous laissant la triste impression que la pratique du remake mériterait encore d’être faite avec plus de conviction et de sagesse, sachant que se posera toujours le problème du modèle à surpasser si l’on ne veut pas dévoiler toute son inutilité. A croire que l’espèce humaine n’est toujours pas prête à apprendre de ses erreurs et faire les changements nécessaires… 

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Twilight

4 décembre, 2008

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Nous en parlions il y a peu avec La Cité de l’Ombre, il n’est jamais évident de réussir une adaptation de livre en long-métrage. Un exercice difficile et hasardeux, rendu encore plus compliqué lorsque l’ouvrage incriminé possède une solide communauté de fans, de ceux qui ne laisseront rien passer tant ils ont aimé se plonger dans les lignes de leurs romans. Twilight est de ceux-là, ses quatre tomes rédigés de la main de Stephenie Meyer ayant rencontré un succès sans cesse grandissant au fil de leur parution et ce qui devait donc arriver, arriva : malgré ce qu’aurait pu laisser croire le gros carton rencontré par le films aux Etats-Unis, les fans sont unanimement déçus par cette adaptation en dépit de sa bonne volonté évidente à s’attacher au coeur de l’intrigue, la romance compliquée entre les deux héros. On pourrait se dire alors que c’est normal, que ces personnes étaient de toutes manières condamnées à ne pouvoir apprécier un film ne pouvant retranscrire telle quelle l’expérience qu’ils connurent avec les livres. Sauf que voilà, une fois n’est pas coutume, la légendaire mauvaise foi des fans trouve un écho assez évident dans des problèmes qui ne manqueront pas de sauter aux yeux des profanes.

Quand elle quitte l’Arizona pour emménager dans la pluvieuse ville de Forks, s’installant chez son père, la jeune Bella pense que rien ne pourra la surprendre en ces lieux. Grosse erreur car, dans la brume environnante, vit la mystérieuse famille Cullen dont les membres restent toujours entre eux, soudés et à part. Irrémédiablement attirée par l’un d’eux, Edward, elle n’aura même aucune crainte lorsqu’elle comprendra que lui et les siens sont en réalité des vampires. Une relation compliquée entre les deux jeunes gens va alors naître, contrariée par la nature de chacun et mise en danger par un trio de vampires récemment débarqué dans les parages et n’ayant que le goût du sang à la bouche

Ainsi, vous le verrez, un effort indéniable a été fait pour retranscrire la romance contrariée du livre entre Bella et Edward, la rendant même encore plus problématique en appuyant plus sur les hésitations et les craintes du vampire amoureux, qui a peur de ne pouvoir résister à l’envie de goûter à la carotide de Kristen Stewart (crainte bien légitime). C’est que nous sommes face à une oeuvre destinée principalement aux adolescentes et autres jeunes femmes, le public-même des romans de Stephenie Meyer, qu’elles apprécient pour leur côté Roméo & Juliette moderne et teinté de fantastique. Et si cet aspect de l’oeuvre est parfaitement respecté, ce n’est pas pour autant qu’il est véritablement réussi en raison d’une durée bien trop longue. En effet, Twilight s’étale sur plus de deux heures de métrage et va alors rendre le batifolage hésitant des deux héros particulièrement redondant, les non-dits mettant longtemps avant de trouver une solution. On assiste donc dans toute la première moitié du film à nombre de dialogues où les personnages ne finissent pas leurs phrases, ou bien alors mettent de longues secondes à les finir, ce qui n’est pas spécialement efficace au niveau du rythme du métrage.

Un défaut qui aurait pu être atténué par la valeur purement fantastique de l’histoire, qui possède même une mythologie assez intéressante avec par exemple cette ancienne dualité sourde qui règne entre les Cullen et les indiens Quilote. Sans compter la menace de ces trois vampires qui, eux, n’ont pas renoncé aux plaisirs du sang et de la chasse. Mais même ce dernier aspect, pourtant élément perturbateur de l’intrigue, tarde à se révéler concrètement, la confrontation ne commençant qu’à une toute petite demi-heure de la fin pour s’embarquer dans des voies bien rapides, des raccourcis difficilement acceptables en comparaison de tout le temps perdu auparavant avec l’amour naissant de Bella et Edward. Que ce soit donc dans le romantisme ou bien dans l’action, cette adaptation souffre d’une très mauvaise gestion de son rythme et perd son spectateur dans une intrigue dont l’intérêt s’égrène petit à petit, inlassablement, jusqu’à ce que nous ne nous préoccupions quasiment plus de savoir ce qu’il se passe.

Mais ce n’est pas tout car, en plus, les aspects fantastiques du film souffrent d’un traitement qui n’y entend rien, cumule les choix d’un goût douteux. Sans même parler de la façon dont est réinventée la mythologie du vampire (pas de canine, peuvent survivre au Soleil bien que leur peau se mette à briller quand ils sont trop exposés,…), propre à l’oeuvre et donc d’une certaine façon légitime, nous ne pouvons ainsi qu’être atterrés face aux choix douteux qui parcourent la péloche. Si la réalisatrice Catherine Hardwicke parvient donc à créer une vraie bonne ambiance avec ce cadre baigné dans l’humidité et la brume, aux couleurs désaturées, ne se laissant aller qu’à quelques mouvements de caméra un peu superflus, nous tombons dans le grand ridicule dès lors que les vampires usent de leurs aptitudes spéciales. La représentation des déplacements ultra-rapides, les feulements quand des vampires ennemis se font face, tous les pires clichés du genre sont là et n’aident en rien à rehausser cette partie du film, qui aurait pourtant pu être un excellent contrepoint aux errements romantiques précédemment constatés. Sans compter le jeunisme assez rébarbatif dont faisaient déjà preuve les romans de Meyer et qui trouve ici des illustrations assez flagrantes, comme cette insupportable partie de baseball sur un air de Muse. Une accumulation d’erreurs et de choix discutables se parachevant en apothéose lors d’un duel final qui aurait pu être très sympa (jolies cascades) s’il n’avait été balayé si vite.

Twilight, s’il est désormais rentré dans ses frais avec l’exploitation en salles dans les seuls Etats-Unis (69 millions de billets verts dès la première semaine d’exploitation pour un budget estimé à 37 millions de dollars), n’en constitue pas moins un film bancal sur de nombreux points. Il se montrera donc à coup sûr rébarbatif pour les fans, ces extrémistes au grand coeur, mais aussi et c’est plus grave pour les profanes. Trop long, mal équilibré, des choix discutables, la liste des griefs est longue et ne manquera pas alors de vous décontenancer au point de vous détacher de l’intrigue. Dommage, parce que les jeunes acteurs sont tous les deux plutôt bons, et il faudra alors attendre le second volet -déjà en préparation- pour savoir si nous resterons définitivement hermétiques à cet univers romantico-vampirique. Parce que là, et contrairement aux Cullen, on sort de la salle en ayant sérieusement les crocs !

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