La Cité de l’Ombre

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Réalisé dans une discrétion presque totale et pour un budget ridicule, La Cité de l’Ombre est pourtant l’un des incontournables de cette fin d’année 2008 en cela qu’il sagit du second long-métrage de Gil Kenan, talentueux jeune réalisateur repéré par Robert Zemeckis qui lui confia la réalisation de Monster House. La suite, nous la connaissons : le film animé de maison hanté est l’un des plus beaux exemples de ce cinéma des dernières années, une péloche belle et maligne rendant alors tout oeuvre ultérieure de son géniteur indispensable au visionnage, afin de voir si ce talent se confirme. Pourtant, si ce nouveau film confirme avec éclat tout le bien que nous pensons de Kenan, il reste néanmoins un peu décevant au regard de sa structure narrative, bancale en raison d’un travail d’adaptation un peu laborieux.

Il y a 200 ans de cela, les scientifiques décidèrent de créer une ville sous-terraine où l’humanité pourrait résider et survivre aux cataclysmes se déroulant en surface. Ember était née, éclairée par son super-générateur. Mais si les scientifiques avaient bien prévu que l’humanité devrait au bout d’un temps retourner à la surface, cette directive s’est perdue au fil du temps et les habitants de la cité vivent donc avec la menace permanente d’une panne du générteur, qui les condamnerait à une mort certaine. A moins que cette boîte tout juste retrouvée ne révèle ses secrets à Doon et Lizzie, deux adolescents prêts à tout pour traverser les Terres Interdites et voir ce qui se cache par-delà

Comme nombre de productions issues de chez Walden Media, La Cité de l’Ombre a auparavant fait ses preuves dans les étagères des librairies puisqu’il s’agit en réalité d’un roman de Jeanne Duprau, malheureusement donc adapté un peu trop servilement pour réellement satisfaire sur grand écran, car ce qui fonctionne dans un livre ne le fera pas obligatoirement dans un long-métrage. Nous ne nous arrêterons donc pas plus que ça sur les nombreux blancs et autres manques d’explications que compte l’intrigue et cela bien qu’ils peuvent être assez gênants, ni même sur les intéressantes thématiques à peine effleurées (la présence de fanatiques attendant le retour des « Bâtisseurs »), tous devant en effet trouver des réponses dans la suite et la préquelle au roman, mais bien sur  la structure narrative défaillante directement héritée du livre. L’histoire, bien que très intéressante et avec des enjeux prenants (la survie de l’humanité, quand même), ne parvient donc pas à nous happer complétement, dans sa façon par exemple de prendre son temps à introduire les personnages et à ne les lancer alors pour de bon dans l’intrigue qu’au bout de trois quarts d’heure. Et si les choses se corsent un peu par la suite, le manque de véritable confrontation lors du climax achèvera de nous donner l’impression que l’aventure aurait gagné à se voir un peu plus remodelée.

Dommage car, sans cela, le scénario est plutôt riche dans sa façon de dépeindre un monde au bord de l’agonie, gangréné par l’immobilisme de ses habitants et la confiance entière qu’ils mettent dans l’autorité, ici représentée par un ventripotent Bill Murray. Mais même cet acteur pourtant génial n’a pas vraiment le temps de s’imposer comme un méchant digne de ce nom, une véritable menace pour les héros. Heureusement alors que les deux jeunes acteurs interprétant Doon et Lizzie sont réellement excellents, vrais bons choix de casting loin des clichés hollywoodiens, pour faire vivre un minimum le récit et sauver la cité grâce à leurs idées anti-conformistes, propres à faire basculer la situation.

Mais c’est bien sûr en très grande majorité la réalisation de Gil Kenan qui va sauver le film, le rendre même attrayant et finalement réussi malgré ses défauts scénaristiques. D’une richesse visuelle renversante, La Cité de l’Ombre vous plonge au beau milieu de cet univers décrépis à base d’un low-tech du meilleur goût entrecoupé de références à l’arcitecture du début du 20ème siècle, magnifié donc par la caméra de Kenan et la photo de Xavier Pérez Grobet qui font que jamais les décors n’ont l’aspect du toc. Nous nous y promenons comme si nous y étions pour de bon, fendant la foule aux côtés de Lizzie ou bien nous enfonçant dans les tréfonds de la cité avec Doon, car Gil Kenan a fait conserver à sa caméra toute la mobilité qui lui était offerte par le cinéma d’animation, ne se privant pas alors pour nous offrir de magnifiques travelings et autres mouvements de caméra magistraux. Très à l’aise dans l’action comme le démontre l’impressionante scène d’attaque de la taupe géante (ne rigolez pas, vous verrez), c’est surtout le côté ludique de sa réalisation qui nous convainc de tout son talent, cette façon de transmettre des idées par la simple image. La scène d’introduction est à ce titre une vraie merveille, se déroulant sous nos yeux comme un splendide livre d’images qui donne d’entrée de jeu au film les oripeaux d’un conte. Moderne, soit, et plus fouillé que d’ordinaire, mais sur lequel se pose un indéniable regard enfantin conférant une réelle poésie à ces images.

Pour peu qu’il ait été mieux géré au niveau de sa structure narrative, du travail d’adaptation, La Cité de l’Ombre aurait alors pu prétendre au rang des chefs d’oeuvres tant sa réalisation nous en met plein les yeux, confirmant avec force tout le bien que nous pensions de Gil Kenan après l’excellent Monster House. Brillant exercice de style qui mérite sincérement d’être découvert malgré ses défauts, ce film nous laisse avec l’intime conviction qu’il faut suivre de près ce réalisateur, qui pourrait dans l’avenir nous livrer des péloches comme nous en avons toujours rêvé, des spectacles intelligents, excitants et beaux à pleurer. D’autant que son prochain, Airman, pourrait ressembler à une sorte de version live du génial Steamboy de Katsuhiro Otomo !

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Une Réponse à “La Cité de l’Ombre”

  1. karinetiniere dit :

    j ai hate de le voir!!!

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