Igor

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Dans un marché de l’animation où l’hégémonie de Disney n’est plus qu’un lointain souvenir et offre ainsi l’opportunité à chacun de se faire un petit carton au box-office, la Weinstein Company s’en était plutôt bien sortie avec les lucratifs La Véritable histoire du Petit Chaperon rouge ou bien encore TMNT Les Tortues ninja. Une aventure qui se poursuit aujourd’hui avec Igor, nouveau film d’animation qui apparaîtra sur nos écrans pour la période de Noël quand, au premier abord, celle d’Halloween lui aurait pourtant plus convenu. Et si cette date laisse voir une légitime volonté de toucher le jeune public, il ne faut pas croire pour autant que le long-métrage de Anthony Leondis (un ancien de l’écurie Disney, justement) ne s’adresse qu’à eux. Parce que forcément, quand nous sommes du côté des monstres, cela a toujours tendance à déraper quelque peu.

Le monde de Malaria n’est plus le même depuis que d’énormes nuages ont fait leur apparition au-dessus de lui, le plongeant dans une obscurité permanente qui réduisit à néant l’économie du pays. Sous la suggestion du roi Malbert, un concours se déroule donc désormais régulièrement, dans lequel les participants sont en fait des savants fous qui confrontent leurs pires inventions pour terroriser le reste du monde et leur extorquer de l’argent. Chacun d’entre eux est aidé dans cette tâche par son propre Igor, diplomé certifié de l’académie des Igors et condamné à une vie de zozotements et de servitude. Mais pas notre héros qui, en cachette, prépare lui aussi une invention terrifiante. Il s’apprête ainsi à faire ce qui n’a jamais été fait : créer la vie ! Et si le résultat ne sera pas tout à fait celui attendu par cet apprenti savant fou, les conséquences que cela va entraîner sont encore plus imprévisibles

Igor ne manquera ainsi pas d’être comparé à l’énormissime L’Etrange Noël de monsieur Jack en cela que tous deux partagent une approche assez similaire, qui fait des freaks les héros du récit et, au bout du compte, les fait paraître comme des gens (presque) normaux. Car même si notre Igor de héros a un bon fond, qui se révèle au fur et à mesure de l’intrigue, il commence en voulant véritablement créer un monstre diabolique, qui sémerait destruction et désolation sur son passage. Malgré donc sa ressemblance assez frappante avec le bossu de chez Disney, il est loin du héros gentillet qui n’agit que pour le Bien. Une impertinence qui fait toujours plaisir, surtout quand elle est accompagnée comme ici de gags qui perpétuent cette noirceur calculée. Des discrètes allusions aux blagues récurrentes gentiment trashouilles, comme avec ce lapin mort-vivant qui essaye désespérément de se suicider alors qu’il ne peut mourir, le film peut se lire sur plusieurs niveaux qui n’échapperont pas aux spectateurs les plus âgés, qui trouveront alors là matière à un rire sincère. D’autant que le film se permet de plus, de par son univers, de multiplier les clins d’oeil au cinéma d’horreur classique, détournant certains de ses codes pour mieux nous emmener dans l’envers du décors de tout ce pan de l’imaginaire fantastique.

Les enfants ne seront cependant pas lésés, et bien heureusement, puisque le film ne les oublie pas pour autant derrière son masque grimaçant. Nombre de gags qui peuvent nous sembler un peu faibles devraient ainsi être très bien reçus par les plus jeunes des spectateurs, qui ne manqueront pas de s’enticher des acolytes qui accompagnent le héros -le lapin suicidaire et un cerveau idiot dans un bocal- et endossent la majorité de la comédie du film. Mais il ne faut oublier non plus le travail de design de Valérie Hadida. Loin de l’élégance et des rondeurs de Chasseurs de dragons, une de ses précédentes oeuvres et parmi les plus réussies (avec l’excellent mais tristement oublié Orson et Olivia), l’apparence des personnages de Igor se fait donc bien plus anguleuse, plus dérangeante, et alors en parfait accord avec leur caractère monstrueux. Pourtant, l’optique résolument cartoonesque de Hadida ne manquera pas de s’assurer l’adhésion du jeune public qui, entre rires et frissons, trouvera donc un peu dans ce film ce qui faisait le sel des contes d’autrefois, dans leur propension à ne pas éviter de choquer les petiots pour rendre les histoires et leurs messages plus efficaces. Ce qui passe autant par le visuel que l’histoire.

C’est pourtant de ce côté-ci que les choses vont quelque peu coincer pour le film de Anthony Leondis, son scénario n’étant pas suffisamment structuré pour que la progression de l’intrigue nous emporte avec elle. Trop brouillon et finalement assez classique dans sa façon de s’achever sur un bon happy-end des familles, qui assène sa morale plus qu’autre chose, il nous laissera donc quelque peu de marbre. Dommage, parce qu’avec ses emprunts évidents aux grands classiques du cinéma horrifique, Frankenstein en tête, se dressait un parallèle assez intéressant entre le créateur de monstre et le pygmalion de stars, la violente créature espérée par Igor se trouvant en réalité être une Violette aux rêves uniquement tournés vers la scène. Un aspect qui aurait fait des merveilles entre les mains de Pixar mais qui, ici, va se diluer au contact de la partie s’intéressant au concours de savants fous et aux machinations qui s’y trament. Le caractère peu impressionnant des méchants et donc de la menace n’arrangeant en rien ce constat.

Faisant preuve d’une bonne volonté dans le second dégré et jouissant d’un cadre plaisant pour tous les fans de cinoche fantastico-horrifique, Igor aurait donc pu être une vraie belle réussite pour peu qu’il ait eu un scénario un peu plus consistant, mieux aiguillé. Les bonnes idées soulevées en cours de route finissent par se perdre dans un traitement qui a tendance à revenir sans cesse vers le convenu, ce qui entraîne parfois le long-métrage dans des considérations hors-sujets jusqu’à un final un peu trop guimauve. Si Igor est ainsi parvenu, lui, à donner vie à sa créature, il manque au film cette étincelle qui lui aurait permis de s’imposer comme une oeuvre complète et entière. Enfin, que ce défaut ne vous arrête pas non plus car l’aventure possède suffisamment d’atouts dans ses manches pour faire passer un bon moment aux petits comme aux grands, d’autant que les petits frenchies de Sparx Animation Studios, responsables de l’animation, s’en sortent vraiment bien pour leur premier long-métrage de la sorte. Et puis, un film où l’un des personnages sort du champ en disant qu’il va « tabasser des vieux pour se détendre », ça ne vous met pas la puce à l’oreille ?

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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