Archive pour novembre, 2008

La Cité de l’Ombre

28 novembre, 2008

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Réalisé dans une discrétion presque totale et pour un budget ridicule, La Cité de l’Ombre est pourtant l’un des incontournables de cette fin d’année 2008 en cela qu’il sagit du second long-métrage de Gil Kenan, talentueux jeune réalisateur repéré par Robert Zemeckis qui lui confia la réalisation de Monster House. La suite, nous la connaissons : le film animé de maison hanté est l’un des plus beaux exemples de ce cinéma des dernières années, une péloche belle et maligne rendant alors tout oeuvre ultérieure de son géniteur indispensable au visionnage, afin de voir si ce talent se confirme. Pourtant, si ce nouveau film confirme avec éclat tout le bien que nous pensons de Kenan, il reste néanmoins un peu décevant au regard de sa structure narrative, bancale en raison d’un travail d’adaptation un peu laborieux.

Il y a 200 ans de cela, les scientifiques décidèrent de créer une ville sous-terraine où l’humanité pourrait résider et survivre aux cataclysmes se déroulant en surface. Ember était née, éclairée par son super-générateur. Mais si les scientifiques avaient bien prévu que l’humanité devrait au bout d’un temps retourner à la surface, cette directive s’est perdue au fil du temps et les habitants de la cité vivent donc avec la menace permanente d’une panne du générteur, qui les condamnerait à une mort certaine. A moins que cette boîte tout juste retrouvée ne révèle ses secrets à Doon et Lizzie, deux adolescents prêts à tout pour traverser les Terres Interdites et voir ce qui se cache par-delà

Comme nombre de productions issues de chez Walden Media, La Cité de l’Ombre a auparavant fait ses preuves dans les étagères des librairies puisqu’il s’agit en réalité d’un roman de Jeanne Duprau, malheureusement donc adapté un peu trop servilement pour réellement satisfaire sur grand écran, car ce qui fonctionne dans un livre ne le fera pas obligatoirement dans un long-métrage. Nous ne nous arrêterons donc pas plus que ça sur les nombreux blancs et autres manques d’explications que compte l’intrigue et cela bien qu’ils peuvent être assez gênants, ni même sur les intéressantes thématiques à peine effleurées (la présence de fanatiques attendant le retour des « Bâtisseurs »), tous devant en effet trouver des réponses dans la suite et la préquelle au roman, mais bien sur  la structure narrative défaillante directement héritée du livre. L’histoire, bien que très intéressante et avec des enjeux prenants (la survie de l’humanité, quand même), ne parvient donc pas à nous happer complétement, dans sa façon par exemple de prendre son temps à introduire les personnages et à ne les lancer alors pour de bon dans l’intrigue qu’au bout de trois quarts d’heure. Et si les choses se corsent un peu par la suite, le manque de véritable confrontation lors du climax achèvera de nous donner l’impression que l’aventure aurait gagné à se voir un peu plus remodelée.

Dommage car, sans cela, le scénario est plutôt riche dans sa façon de dépeindre un monde au bord de l’agonie, gangréné par l’immobilisme de ses habitants et la confiance entière qu’ils mettent dans l’autorité, ici représentée par un ventripotent Bill Murray. Mais même cet acteur pourtant génial n’a pas vraiment le temps de s’imposer comme un méchant digne de ce nom, une véritable menace pour les héros. Heureusement alors que les deux jeunes acteurs interprétant Doon et Lizzie sont réellement excellents, vrais bons choix de casting loin des clichés hollywoodiens, pour faire vivre un minimum le récit et sauver la cité grâce à leurs idées anti-conformistes, propres à faire basculer la situation.

Mais c’est bien sûr en très grande majorité la réalisation de Gil Kenan qui va sauver le film, le rendre même attrayant et finalement réussi malgré ses défauts scénaristiques. D’une richesse visuelle renversante, La Cité de l’Ombre vous plonge au beau milieu de cet univers décrépis à base d’un low-tech du meilleur goût entrecoupé de références à l’arcitecture du début du 20ème siècle, magnifié donc par la caméra de Kenan et la photo de Xavier Pérez Grobet qui font que jamais les décors n’ont l’aspect du toc. Nous nous y promenons comme si nous y étions pour de bon, fendant la foule aux côtés de Lizzie ou bien nous enfonçant dans les tréfonds de la cité avec Doon, car Gil Kenan a fait conserver à sa caméra toute la mobilité qui lui était offerte par le cinéma d’animation, ne se privant pas alors pour nous offrir de magnifiques travelings et autres mouvements de caméra magistraux. Très à l’aise dans l’action comme le démontre l’impressionante scène d’attaque de la taupe géante (ne rigolez pas, vous verrez), c’est surtout le côté ludique de sa réalisation qui nous convainc de tout son talent, cette façon de transmettre des idées par la simple image. La scène d’introduction est à ce titre une vraie merveille, se déroulant sous nos yeux comme un splendide livre d’images qui donne d’entrée de jeu au film les oripeaux d’un conte. Moderne, soit, et plus fouillé que d’ordinaire, mais sur lequel se pose un indéniable regard enfantin conférant une réelle poésie à ces images.

Pour peu qu’il ait été mieux géré au niveau de sa structure narrative, du travail d’adaptation, La Cité de l’Ombre aurait alors pu prétendre au rang des chefs d’oeuvres tant sa réalisation nous en met plein les yeux, confirmant avec force tout le bien que nous pensions de Gil Kenan après l’excellent Monster House. Brillant exercice de style qui mérite sincérement d’être découvert malgré ses défauts, ce film nous laisse avec l’intime conviction qu’il faut suivre de près ce réalisateur, qui pourrait dans l’avenir nous livrer des péloches comme nous en avons toujours rêvé, des spectacles intelligents, excitants et beaux à pleurer. D’autant que son prochain, Airman, pourrait ressembler à une sorte de version live du génial Steamboy de Katsuhiro Otomo !

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Mesrine – L’Ennemi public n°1

23 novembre, 2008

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La patience a beau être une vertu, il y a des fois où cela fait carrément chier. Ainsi, tout juste un mois après le premier épisode,  nous sommes plus qu’heureux de voir arriver sa suite. Un court délai d’autant plus appréciable que Mesrine – L’Instinct de mort nous avait mis une bonne grosse gifle cinématographique, nous abandonnant au milieu du parcours de ce célèbre bandit français avec une envie tenace de savoir comment les événements allaient pouvoir tourner, comment nous en arriverions à l’exécution sommaire de Mesrine à Clignancourt. Réponse aujourd’hui en salles pour tous ceux qui ne connaissent pas spécialement cette affaire ayant pourtant fait grand bruit en son temps, avec une seconde partie qui se montre néanmoins quelque peu moins concluante et énorme que la précédente.

Seconde partie évoquant la vie de Jacques Mesrine, se consacrant à ses dernières années où, entre braquages de banques et séjours en prison, il perd peu à peu pied avec la réalité et se lance dans un combat contre le système qu’il ne peut gagner

Ainsi, la plupart des qualités du premier film sont de retours : la réalisation excellente et dynamique, une reconstitution historique criante de réalisme, un Vincent Cassel habité par son rôle et entouré d’une galerie de seconds rôles tous plus magnifiquement interprétés les uns que les autres (mention spéciale à Ludivine Sagnier, qui régalera tous ses fans d’une petite scène olé-olé des plus exquises). Encore une fois, nous assistons donc à un spectacle d’une tenue presque inégalée dans le ciném français, qui renvoie l’un derrière les autres biopics produits dans l’Hexagone. Sauf que, malgré cet emballage de grande classe, les choses ne fonctionnent pas aussi bien que dans Mesrine – L’Instinct de mort.

Car dans cette seconde partie du dyptique, la structure scénaristique va perdre un peu de l’efficacité qui nous avait si bien pris aux tripes. Le problème n’est alors pas tant dans le traitement de son personnage principal, dont nous suivons efficacement le lent glissement vers une mégalomanie poussée, mais bien en fait dans la façon qu’ont les scènes de se répondre et d’aboutir ainsi à une impression de redondance assez génante. L’alternance répétée braquage/prison/scène avec un proche que nous constatons dans toute la première moitié du film va alors ralentir le rythme, faisant comme stagner l’intrigue et nous amène à décrocher un brin.

Le spectacle a donc beau rester particulièrement impressionnant, Mesrine étant encore et toujours une sacrée tête brûlée voire même plus, cette seconde partie nous donne l’impression de s’enliser légèrement, comme si le choix de faire deux films ne s’imposait pas au bout du compte. Pourtant, nous ne pourrons mettre de côté l’impression d’avoir assisté, avec ce dyptique, à un nouveau monument du cinéma français, qui voit là s’inscrire à son tableau un long-métrage passionnant dans son fond et sa forme, donnant vie à l’histoire (même s’il s’agit bien sûr d’un point-de-vue sur la vie du bandit, ce dont sont parfaitement conscients Jean-François Richet et son scénariste) et des raisons à l’action bien énervée. Malgré alors le petit problème de rythme, nous ne pouvons que nous incliner face à cette entreprise qui réunit les publics (fans de polars, fans d’action, fans de biopics, fans de films historiques,…) sous le drapeau d’un cinoche qui n’a pas ses couilles dans la poche !

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Quantum of solace

15 novembre, 2008

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Comme la goutte du grand-père qui revient à intervalle régulier, James Bond est de retour pour sa vingt-deuxième aventure cinématographique pleine d’action, de jolies femmes et de décors exotiques. Enfin, ça, c’était avant que la série ne marche sur les traces de Jason Bourne et se transforme, devenant plus sombre, plus réaliste. Ainsi, les femmes ont beau être toujours aussi  jolies dans cette sorte de mini-résurrection du héros de Ian Fleming, on ne peut pas dire que Casino Royal s’était montré spécialement convaincant (en tout cas pour l’auteur de ses lignes). Trop bavard, pas assez enlevé, un climax désamorcé puis relancé étrangement,… Les défauts étaient nombreux, et on pouvait craindre que ce Quantum of solace prenne une voie similaire en tant que suite directe -une première dans l’univers bondien- et cela malgré la présence d’un nouveau réalisateur derrière la caméra. Hé bien non, la formule a encore quelque peu changé, revenant à des choses qui satisfairont plus les amateurs d’action mais qui pour le coup amènent d’autres faiblesses.

Toujours à la recherche des meurtiers de Vesper Lynd, l’agent 007 découvre que les implications de la société secrète Quantum a des ramifications dans toutes les sphères de la société et cela à travers le globe. Poussé par la vengeance, il fait fi des ordres de M et se lance dans une vendetta contre l’un des membres de cette organisation, Dominic Greene, qui s’apprête à prendre le contrôle d’une partie de l’Amérique du sud en s’accaparant l’une de ses ressources naturelles

Le bon point de ce film, c’est ainsi qu’il revient à une approche plus spectaculaire des aventures de 007, multipliant les scènes et les péripéties qui se révèlent assez souvent carrément dantesques. Ce qui fait toujours très plaisir, parce que c’est ça qu’on vient voir dans un James Bond, et cela même si ces séquences présentent encore quelques problèmes. En effet, Marc Forster n’est pas spécialement un pro question action comme le prouvent ses précédents films (Neverland, c’est sympa, mais c’est pas ça non plus au niveau démastiquage) et s’il reste de vraies belles choses, beaucoup d’effets de montage et cette caméra à l’épaule à la Bourne -pas vraiment bien maîtrisée ici- rendent l’action assez souvent incompréhensible. Mais bon, cela vaut toujours mieux qu’un Casino Royal et nous serons donc dans l’ensemble plutôt bien diverti.

D’autant que le film ne dure que 1h47, la durée la plus courte pour un James Bond. Ce qui est bien sûr très efficace au niveau du rythme, mais va couper sacrément dans le film et l’intrigue là où les fans attendaient certaines choses. Car en plus des nombreuses trahisons concédées au schéma classique des long-métrages de l’agent secret (suite directe, pas une fois sa phrase n’est prononcée, le « gunbarrel » à la fin,…), le nouveau film creuse encore plus profondément la transformation de son personnage, qui n’a même plus un bon mot pour ses ennemis ou bien une petite scène de sexe pépère (un crime quand on est si bien entouré, entre Gemma Arterton et Olga Kurylenko). La faute à ce choix d’enquiller directement après le précédent, ce qui oblige le spectacle à être encore plus sombre sans que l’histoire ait néanmoins le temps de bien se mettre en place, de faire jouer ses enjeux.

Plutôt moyen dans son ensemble, Quantum of solace est en fait une sorte d’épisode de transition qui impose un nouveau format en comparaison de ce à quoi nous avions l’habitude avec les films de 007. Un changement qui apporte du bon et du mauvais, livrant un film encore quelque peu bancal nous faisant espérer que le prochain sera une sorte de synthèse des deux précédents, qu’on ait enfin un film complet !

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Igor

15 novembre, 2008

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Dans un marché de l’animation où l’hégémonie de Disney n’est plus qu’un lointain souvenir et offre ainsi l’opportunité à chacun de se faire un petit carton au box-office, la Weinstein Company s’en était plutôt bien sortie avec les lucratifs La Véritable histoire du Petit Chaperon rouge ou bien encore TMNT Les Tortues ninja. Une aventure qui se poursuit aujourd’hui avec Igor, nouveau film d’animation qui apparaîtra sur nos écrans pour la période de Noël quand, au premier abord, celle d’Halloween lui aurait pourtant plus convenu. Et si cette date laisse voir une légitime volonté de toucher le jeune public, il ne faut pas croire pour autant que le long-métrage de Anthony Leondis (un ancien de l’écurie Disney, justement) ne s’adresse qu’à eux. Parce que forcément, quand nous sommes du côté des monstres, cela a toujours tendance à déraper quelque peu.

Le monde de Malaria n’est plus le même depuis que d’énormes nuages ont fait leur apparition au-dessus de lui, le plongeant dans une obscurité permanente qui réduisit à néant l’économie du pays. Sous la suggestion du roi Malbert, un concours se déroule donc désormais régulièrement, dans lequel les participants sont en fait des savants fous qui confrontent leurs pires inventions pour terroriser le reste du monde et leur extorquer de l’argent. Chacun d’entre eux est aidé dans cette tâche par son propre Igor, diplomé certifié de l’académie des Igors et condamné à une vie de zozotements et de servitude. Mais pas notre héros qui, en cachette, prépare lui aussi une invention terrifiante. Il s’apprête ainsi à faire ce qui n’a jamais été fait : créer la vie ! Et si le résultat ne sera pas tout à fait celui attendu par cet apprenti savant fou, les conséquences que cela va entraîner sont encore plus imprévisibles

Igor ne manquera ainsi pas d’être comparé à l’énormissime L’Etrange Noël de monsieur Jack en cela que tous deux partagent une approche assez similaire, qui fait des freaks les héros du récit et, au bout du compte, les fait paraître comme des gens (presque) normaux. Car même si notre Igor de héros a un bon fond, qui se révèle au fur et à mesure de l’intrigue, il commence en voulant véritablement créer un monstre diabolique, qui sémerait destruction et désolation sur son passage. Malgré donc sa ressemblance assez frappante avec le bossu de chez Disney, il est loin du héros gentillet qui n’agit que pour le Bien. Une impertinence qui fait toujours plaisir, surtout quand elle est accompagnée comme ici de gags qui perpétuent cette noirceur calculée. Des discrètes allusions aux blagues récurrentes gentiment trashouilles, comme avec ce lapin mort-vivant qui essaye désespérément de se suicider alors qu’il ne peut mourir, le film peut se lire sur plusieurs niveaux qui n’échapperont pas aux spectateurs les plus âgés, qui trouveront alors là matière à un rire sincère. D’autant que le film se permet de plus, de par son univers, de multiplier les clins d’oeil au cinéma d’horreur classique, détournant certains de ses codes pour mieux nous emmener dans l’envers du décors de tout ce pan de l’imaginaire fantastique.

Les enfants ne seront cependant pas lésés, et bien heureusement, puisque le film ne les oublie pas pour autant derrière son masque grimaçant. Nombre de gags qui peuvent nous sembler un peu faibles devraient ainsi être très bien reçus par les plus jeunes des spectateurs, qui ne manqueront pas de s’enticher des acolytes qui accompagnent le héros -le lapin suicidaire et un cerveau idiot dans un bocal- et endossent la majorité de la comédie du film. Mais il ne faut oublier non plus le travail de design de Valérie Hadida. Loin de l’élégance et des rondeurs de Chasseurs de dragons, une de ses précédentes oeuvres et parmi les plus réussies (avec l’excellent mais tristement oublié Orson et Olivia), l’apparence des personnages de Igor se fait donc bien plus anguleuse, plus dérangeante, et alors en parfait accord avec leur caractère monstrueux. Pourtant, l’optique résolument cartoonesque de Hadida ne manquera pas de s’assurer l’adhésion du jeune public qui, entre rires et frissons, trouvera donc un peu dans ce film ce qui faisait le sel des contes d’autrefois, dans leur propension à ne pas éviter de choquer les petiots pour rendre les histoires et leurs messages plus efficaces. Ce qui passe autant par le visuel que l’histoire.

C’est pourtant de ce côté-ci que les choses vont quelque peu coincer pour le film de Anthony Leondis, son scénario n’étant pas suffisamment structuré pour que la progression de l’intrigue nous emporte avec elle. Trop brouillon et finalement assez classique dans sa façon de s’achever sur un bon happy-end des familles, qui assène sa morale plus qu’autre chose, il nous laissera donc quelque peu de marbre. Dommage, parce qu’avec ses emprunts évidents aux grands classiques du cinéma horrifique, Frankenstein en tête, se dressait un parallèle assez intéressant entre le créateur de monstre et le pygmalion de stars, la violente créature espérée par Igor se trouvant en réalité être une Violette aux rêves uniquement tournés vers la scène. Un aspect qui aurait fait des merveilles entre les mains de Pixar mais qui, ici, va se diluer au contact de la partie s’intéressant au concours de savants fous et aux machinations qui s’y trament. Le caractère peu impressionnant des méchants et donc de la menace n’arrangeant en rien ce constat.

Faisant preuve d’une bonne volonté dans le second dégré et jouissant d’un cadre plaisant pour tous les fans de cinoche fantastico-horrifique, Igor aurait donc pu être une vraie belle réussite pour peu qu’il ait eu un scénario un peu plus consistant, mieux aiguillé. Les bonnes idées soulevées en cours de route finissent par se perdre dans un traitement qui a tendance à revenir sans cesse vers le convenu, ce qui entraîne parfois le long-métrage dans des considérations hors-sujets jusqu’à un final un peu trop guimauve. Si Igor est ainsi parvenu, lui, à donner vie à sa créature, il manque au film cette étincelle qui lui aurait permis de s’imposer comme une oeuvre complète et entière. Enfin, que ce défaut ne vous arrête pas non plus car l’aventure possède suffisamment d’atouts dans ses manches pour faire passer un bon moment aux petits comme aux grands, d’autant que les petits frenchies de Sparx Animation Studios, responsables de l’animation, s’en sortent vraiment bien pour leur premier long-métrage de la sorte. Et puis, un film où l’un des personnages sort du champ en disant qu’il va « tabasser des vieux pour se détendre », ça ne vous met pas la puce à l’oreille ?

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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W. – L’improbable président

4 novembre, 2008

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Après un World Trade Center de très triste mémoire, qui allait à l’encontre de ce qui faisait toute la personnalité de sa filmographie, Oliver Stone nous avait fait très peur en se lançant sur une biographie de George W. Bush, président oh! combien critiquable et enclin à la manipulation de l’information (ses deux mandats en sont remplis d’exemples flagrants). Le réalisateur de Platoon et Tueurs nés avait-il définitivement retourné sa veste, devenant un « agent du gouvernement » après avoir été l’un de ses plus vifs critiques ? Fort heureusement, la réponse est non. La campagne de promotion l’avait parfaitement annoncé, révélant une charge cynique contre un pantin crétin qui n’a jamais mérité ce qui lui est arrivé. Et si le film comporte évidemment cet aspect, son visionnage nous rappelle que Stone, en plus d’avoir récupéré toute sa verve, reste un réalisateur à l’intelligence rare.

Evocation du parcours de George W. Bush, de ses années d’université arrosées qui le conduisirent à l’alcoolisme jusqu’à son obtention du poste de « maître du monde », où il fit preuve de la même bétise qui caractérisa toute sa vie

Difficile travail que celui de la réalisation d’un biopic, qui se doit d’avoir une certaine véracité historique pour prétendre à ce titre et ne peut donc laisser la subjectivité trop s’exprimer. Et on pourrait croire que Oliver Stone est tombé dans ce piège en réalisant W. : l’improbable président tant la charge est violente contre ce qui ne sera très certainement plus le président des Etats-Unis quand vous lirez ces lignes, tant il peut apparaître comme un sombre crétin opportuniste. Un constat que l’on peut difficilement nier au regard de ses années de présidence, relayé dans de nombreuses vidéos que le récent film de Karl Zéro réunissait et qui parlent d’elles-même. Des moments que Stone ne reprendra pas avant la toute fin du film, avec la célèbre allocution des explications sur la présence d’armes en Irak où toute la vacuité et l’ignorance de Bush ressortent comme un constat glaçant. Un ton que l’on retrouvera sur toute la longueur du métrage, au travers de scènes qui ne se contenteront donc pas de reprendre ce que l’on a pu voir mais de présenter l’homme derrière ces tristes faits de « gloire », avec des moments de comédie mordante et amère comme par exemple cette promenade de Bush et ses conseillers au milieu des champs et qui perdent littéralement leur chemin en cherchant des solutions.

Nous découvrons de même le côté bouffon et glandeur de Bush, incapable, au travers de ses premières années dans la vie active. Pourtant, si la critique est donc bien là et le point de vue fortement appuyé, Oliver Stone n’en oublie pas non plus de, non pas tempérer son propos, mais bien de donner une consistance autre à cette figure de dangereux charlatan pathétique. La relation tissée avec son père, la reconnaissance toujours recherchée, la concurrence avec un frère plus choyé bien que cumulant les échecs (et d’ailleurs absent du film), voici les creusets dans lesquels le réalisateur et son scénariste ont décidé d’élaborer un contre-point aux défauts de Bush. Des raisons qui n’en sont pas pour autant valables, qui ne justifient rien et n’expliquent que peu les choses, mais qui vont indéniablement donner un autre relief au personnage. Une volonté que renforce encore l’excellente interprétation de Josh Brolin, bien loin de donner de Bush une image de beau-gosse comme nous l’avons craint pendant un temps. Il confère ansi en réalité à son personnage toute la texture nécessaire à l’élaboration du portrait, à la fois frondeur, irréfléchi et complexé. Pour tout dire, complexe. Alors, c’est sûr que Bush ne ressort pas grandi de ce portrait, loin de là, mais il en reste néanmoins humain, réaliste car multiple. Ce qui ne rend les scènes où on le voit patauger et entraîner des conséquences catastrophiques par ses choix que plus terrifiantes.

On pourra alors regretter que Oliver Stone ne s’attarde pas plus sur les mécaniques qui ont conduit Bush à la présidence malgré son évidente incompétence, ne levant le voile sur certains problèmes épineux que par des moyens détournés (les élections truquées, évoquées brièvement lors d’un rêve, ou bien l’influence lobbyiste des Bush), ou bien le classicisme de la réalisation, qui ne se permet que quelques rares expérimentations stonesques, mais ce serait passer à côté de la joie de retrouver un Stone en très grande forme, loin des errements de sa dernière oeuvre. Le poil à gratter du cinéma hollywoodien est de retour, aussi mordant et intelligent qu’autrefois, tandis que s’éclipse un des pires présidents de l’histoire des Etas-Unis. Un bien pour un bien, elle est pas belle l’affaire ?

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Hellboy 2 : les légions d’or maudites

2 novembre, 2008

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Malgré le succès relatif du premier épisode en salles, Guillermo del Toro a gardé les rénes pour ce second épisode et plus encore, sa position privilégiée à Hollywood le lui permettant, il a eu une liberté totale pour faire ce qu’il voulait. Au point même, et c’est là où certains fans tiqueront, qu’il s’éloigne du matériau d’origine, l’emmenant vers des horizons nouveaux. Ceux d’une foisonnante fantasy urbaine, énorme film d’aventure aussi généreux dans l’action, la comédie et même la tendresse. Parce qu’il est comme nous, Guilermo, il les aime les monstres. Et là, il fait plaisir à tout le monde.

Créées à l’origine des temps, les légions d’or maudites servirent dans la guerre que menèrent humains et créatures magiques, qui se solda par un carnage regrettable. Un traité de paix fut signé, et les légions démantelées. Mais aujourd’hui, le prince Nuada tente de la réveiller pour venir à bout de l’espèce humaine, qui a détruit petit à petit les terres qui étaient allouées aux siens. Hellboy et ses collégues du BPRD se lancent alors dans une guerre qui ne manquera pas de les ébranler en même temps que le monde

Tous ceux qui aiment le travail de Mignola pour son caractère sombre seront donc certainement très désappointés par ce second film, qui pourrait presque passer pour plus « gamin ». Une critique parfois entendue et qui ne sait en fait pas faire la part des choses, del Toro perpétuant en réalité son travail sur les contes. Il faut dire que l’univers de Hellboy offre une très grande latitude à ce genre d’exploration, le réalisateur prenant alors le pas sur ce vers quoi tendra de plus en plus le comic avec une atmosphère bien plus tournée vers le merveilleux, les créatures étant désormais pour beaucoup source d’émerveillement plutôt que de frissons. La plongée dans le marché aux trolls à ainsi un vrai petit air de Star Wars, avec ses monstres dans tous les coins de l’écran. Un changement notable qui s’accompagne donc d’un récit un peu adouci mais que la réalisation du mexicain barbu vient néanmoins dynamiter. L’ampleur du spectacle, la lisibilité de l’action, tout est fait pour nous en mettre plein les mirettes avec une générosité qui jamais ne défaille, et c’est sacrément bon !

Et puis il y a bien sûr la touche del Toro, qui toujours parvient à nous communiquer son amour des monstres en leur donnant une allure splendide (l’ange de la mort, un nouveau chef d’oeuvre) mais aussi en donnant du coeur à son récit. Les relations entre les personnages sont efficacement retransmises au travers d’un humour à la cool, qui fait souvent mouche grâce à des acteurs très à l’aise dans leur rôle. Le dramatique n’étant pas non plus oublié, avec cette volonté du réalisateur-scénariste d’avoir un méchant qui a raison d’en vouloir aux humains, nous, qui détruisons l’environnement avec un bon alois vraiment crétin. Le message écologique qui aurait alors pu paraître un peu pataud prend des accents tragiques vraiment poignants, comme lors de la mort de l’élémental sylvestre très inspiré du faiseur de montagnes de Princesse Mononoké, ou bien dans un final cependant désamorcé par la conclusion. On pourra le regretter, mais ce serait se refuser à admettre le fun ressenti au visionnage du film. Mais du fun de très haut niveau.

Emmenées à un rythme de folie et diablement divertissantes, les nouvelles aventures du démon rouge prennent donc des allures de méga-blockuster ultra-efficace, aussi beau dans le fond que dans la forme. Une nouvelle réussite éclatante pour Guillermo del Toro qui est décidemment un réalisateur qui fait tout pour nous faire plaisir, parvenant à jouer de son matériau d’origine pour l’emmener dans une direction qui se pose comme passionnante. Une touche de fantasy qui annonce vraiment de très bonnes choses pour The Hobbit !

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Mesrine – L’instinct de mort

1 novembre, 2008

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Fantasmée depuis longue date par le producteur Thomas Langmann, bien meilleur dans ce rôle que dans celui de réalisateur (Astérix et les Jeux Olympiques, quand même), la première partie de la biographie de Jacques Mesrine arrive enfin sur nos écrans après avoir commencé à foir parler d’elle depuis quelques temps déjà. Film retraçant la première moitié du parcours du plus célèbre des brigands français, il arrive à une époque où ce genre d’exercice est des plus en vogue après le carton international de La Môme. Pourtant, là où le film de Dahan se proposait juste comme un biopic appliqué, rendu détestable à cause de son personnage principal, Mesrine – L’instinct de mort se pose comme une oeuvre complète, aussi réussie dans le portrait d’un homme irrémédiablement attiré par la violence que dans sa constitution d’un polar nerveux comme le cinoche français en a rarement produit.

Fraîchement revenu de la guerre d’Algérie, Jacques Mesrine est très vite entraîné dans le monde de la criminalité par de vieilles connaissances. Commençant par de petits cambriolages, l’escalade dans le crime et la violence va très vite contrarier ses plans de bâtir une famille et le pousser à fuir, au Québec dans un premier temps. Mais là encore, les casses et autres coups vont le rattraper, l’amenant à fuir de nouveau dans une course qui n’est pas prête de prendre fin

Le pari était compliqué, voir même sacrément casse-gueule : porter à l’écran la vie de l’ennemi public numéro 1, une personne évoquant des sentiments diamétralement opposés en fonction de chacun. Difficile donc d’avoir un criminel comme héros, d’autant quand celui-ci est aussi légendaire que trouble, son parcours ne pouvant être clairement établi entre les croyances, les faits relatés et sa propre autobiographie, dont sont tirés en grande partie ces films. Dès les premières secondes, le film nous avertit ainsi par un message qu’il s’agira d’un regard sur la vie de Mesrine, qu’il ne peut de toutes façons la représenter dans toute sa vérité. Une lucidité que la réalisation de Jean-François Richet explicite tout aussi tôt, avec une utilisation du split-screen qui fragmente l’action comme autant de regards portés sur elle. Un procédé intelligemment exploité et qui révèle une véritable maturité dans le cinéma du réal de Ma 6-T va cracker, qui nous lâche là une bombe dont l’énergie semble inépuisable à l’image de son anti-héros.

A ce titre, le film et sa suite resteront très certainement pour beaucoup dans les mémoires grâce à la prestation de Vincent Cassel, magistral. L’acteur offre en effet une interprétation qui va au-delà de l’image de Mesrine et de la simple transformation physique, d’une intensité toute nuancée qui le confirme définitivement au rang des meilleurs comédiens français. Le caractère couillu du personnage ne manquera pas de plus de vous entraîner dans ses pérégrinations malgré son côté sombre, parfois même détestable, qui aurait pu nous le rendre antipathique. La grande classe, d’autant que Cassel est entouré d’un casting qui excellent tous dans leur genre, chacun participant d’un genre du polar qui fait de Mesrine – L’instinct de mort une sorte de film-somme du genre, en tout cas du point de vue criminel.

Très grande réussite du cinéma français d’action et policier, ce premier volet fait de plus preuve d’une réelle intelligence dans son approche du biopic, présentant son personnage-titre dans une multitudes de facettes qui ne le rendent que plus humain. Un succès à mettre bien sûr au crédit de Vincent Cassel, mais aussi de Jean-François Richet qui emballe la chose avec une maîtrise éclatante. Malgré donc que nous attendions le film avec impatience et que les premiers avis étaient excellents, celui-ci se révèle  presque une surprise tant il est énorme et gonflé. Et la suite sera en salles dans moins d’un mois !

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