Frangins malgré eux

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L’industrie hollywoodienne a toujours été à la recherche de formules toutes faites, de celles qui agissent comme une sorte de réconfortante recette miracle pour se garantir le succès en salles. Et si la traditionnelle « bigger, larger and louder » des séquelles reste indétrônable en la matière, reconnaissons à l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne » une vigueur toute particulière, dont l’un des derniers parfaits exemples est ce Frangins malgré eux. Le comédien Will Ferrell retrouve ainsi pour l’occasion son réalisateur et son producteur (respectivement Adam McKay et Judd Apatow) de La Légende de Ron Burgundy et Ricky Bobby : roi du circuit, ainsi que John C. Reilly avec qui il partagea la vedette dans ce dernier. Une joyeuse équipe de trublions qui se connaissent désormais très bien et qui se retrouvent donc un peu comme en famille, pour une petite comédie sans grande prétention au premier abord. En réalité, un terrain de jeu idéal pour qu’ils se laissent aller à leurs propres délires et nous entraînent avec eux dans cette absurde spirale.

Brennan Huff est un homme sensible, chanteur « à la voix d’ange » n’osant cependant pas se produire devant un public. Dale Doback, lui, est plus du genre à jouer de la batterie et à faire du karaté dans son garage. Ils ont tous les deux la quarantaine et vivent encore au domicile familial, l’un avec son père et l’autre avec sa mère. Quand leurs parents tombent ainsi amoureux et se marient, emménageant sous le même toit, la cohabitation s’annonce d’abord très difficile entre ces deux éternels fils à papa et maman. Et même lorsque cessent les disputes d’ados attardés, laissant place à une franche camaraderie entre eux, leurs jeux stupides et irresponsables mettent en péril l’unité de leur nouvelle famille. Pour rabibocher leurs parents, ils vont alors mettre sur pied un plan insensé, qui doit fonctionner coûte-que-coûte. Quitte à ce qu’ils grandissent…

Comme nous l’avons ainsi suggéré, tout est simple en apparence dans Frangins malgré eux, avec ce qui ne semble être au début qu’un cadre de petite comédie familiale. On retrouve cela bien sûr dans le décor principal, une banale maison de banlieue aisée, mais aussi dans le postulat de départ que le titre français résume d’ailleurs parfaitement en trois mots. Tout est donc fait dans Frangins malgré eux pour que le spectateur puisse rentrer dans le film sans avoir, à aucun moment, à se poser de question. Une volonté d’autant plus révélée par le rythme du montage qui réduit son introduction -la rencontre entre les parents mais aussi la présentation des personnages- à moins de cinq minutes. Pour rentrer le plus vite possible dans le vif du sujet, la raison même d’être du film : la confrontation entre ses deux têtes d’affiche et les nombreux gags qui vont ont en découler, dans des excès attendus et espérés. C’est alors que l’apparente simplicité laisse la place au délire pur et simple des créateurs du film, lâchés en roue libre sur un projet dont ils ont l’entier contrôle, aussi bien financier que narratif (les allures de comédie familiale faisant que d’entrée de jeu nous n’attendons pas grand-chose de l’intrigue ou de ses enjeux). Will Ferrell et ses compères se font donc plaisir et se laissent à aller à l’improvisation, un exercice qu’ils voulaient approfondir après leurs dernières oeuvres communes. S’enchaînent alors les blagues énormes, vulgaires et méchantes avec une bonne humeur qui leur vaudra quand même une classification R aux Etats-Unis, achevant de convaincre les plus incrédules d’entre nous que nous sommes bien loin de la gentille petite comédie familiale.

Pourtant, il demeure malgré tout quelques problèmes au niveau de l’intrigue puisque, à avancer en roue-libre à l’image de ses acteurs, celle-ci progresse finalement plus à l’aveuglette qu’autre chose et ne s’articule pas toujours de la meilleure des façons. Ainsi, si la relation entre les deux demi-frères qu’incarnent John C. Reilly et Will Ferrell évolue par-delà nos expectations, avec des changements de situation qui peuvent finir par paraître redondants, cela se fait en parallèle d’une autre intrigue à laquelle nous ne nous attendions pas alors qu’elle était pourtant inévitable. Il s’agit de la relation entre les parents, qui va se retrouver au coeur des motivations des héros et donc du film quand les choses tourneront au vinaigre entre le père et la mère. Nous retrouvons alors ici une dimension légèrement dramatique que l’on croise souvent dans les oeuvres estampillées du sceau de Judd Apatow, cette touche douce-amère propre à son style de comédie. Sauf qu’elle concerne dans Frangins malgré eux des personnages sur lesquels nous ne nous étions jusqu’ici pas attardés, qui plus est pas forcément convaincants, et donc loin d’avoir le background nécessaire pour rendre une telle intrigue effective.

Cette trame étoffée va se ressentir alors sur le rythme du film, nous faisant regretter qu’il ne soit pas plus encore centré sur ses deux acteurs-vedettes et leur affrontement à base de coups bas et d’insultes gratuites. Parce que le contraste entre l’absurde qui caractèrise la partie des « enfants » et la normalité de celle des parents, s’il est d’ordinaire le ressort de nombreux gags, va dans ce cas perdre son équilibre. Reste que Adam McKay, très à l’aise dans l’exercice de la comédie, livre une réalisation d’une belle efficacité, dont le dynamisme -conjointement au duo d’acteurs- parvient presque à pallier au léger embourbement du scénario. Que ce soit ainsi dans la confrontation ou bien dans la franche camaraderie, sa caméra épouse les sentiments des deux personnages principaux et rend encore plus évocateur le jeu outrancier des comédiens. Le seul écran-titre par exemple, avec sa construction symétrique parfaitement pensée et rappelant d’une certaine façon celui de la comédie musicale The Blues brothers, tend ainsi à opposer les nouveaux frères tout en les reliant aussi, les mettant sur un pied d’égalité (il est important de noter que jamais l’un prendra le pas sur l’autre) avec une efficacité icônique qui vaut toutes les paroles du monde.

Sans être donc la meilleure comédie du monde, et même si quelques problèmes de scénario viennent alourdir une partie du récit, Frangins malgré eux reste une excellente petite péloche sur laquelle souffle régulièrement un véritable vent de folie. Libérés de certaines des contraintes normalement rencontrées sur un projet de long-métrage, Will Ferrell et ses comparses en roue libre s’en donnent à coeur joie pour nous offrir une comédie Rated R où le mauvais-goût et l’absurde purement jouissifs viendront mettre à mal vos zygomatiques. Vivement donc leur prochaine collaboration !

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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