Madagascar 2 : la grande évasion

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Nous retrouvons nos quatre échappés du zoo de Central Park après un premier épisode couronné de succès, venant confirmer que le département animation de Dreamworks ne valait pas que pour Shrek après la grosse déconvenue Gang de requins et que celui-ci pouvait même jouer directement sur le terrain de Disney, surpassant de très loin son The Wild au sujet très similaire. Madagascar ne remporta alors pas non plus tous les suffrages lors de sa sortie en 2005, mais sa bonne humeur et une approche cartoonesque de l’image de synthèse très réussie ne pouvaient lui être niées, lui assurant une suite qui nous arrive aujourd’hui avec -c’est la règle- plus de gags, plus de péripéties, plus de personnages, plus d’action,… Une surenchère commune à Hollywood et qui va avoir ici des répercutions un peu malheureuses, même si cela restera un plaisir que de suivre les aventures de nos amis quadrupèdes (mais pas tout le temps) en Terre d’Afrique.

Afin de quitter l’île de Madagascar, les quatre new-yorkais mettent au point un plan si cinglé que cela pourrait effectivement fonctionner : les pingouins ont réparé -façon de parler- un vieil avion et, à l’aide d’un moyen de propulsion aussi ancestrale qu’efficace, les voici s’embarquant pour les cieux, direction l’Amérique. Mais la route est longue jusque là-bas et leur coucou de fortune a tôt fait de s’écraser dans l’endroit le plus sauvage qui puisse être, la savane africaine. Rencontrant leurs semblables pour la première fois, les quatre amis en découvrent par là-même leurs origines, leur famille. Mais alors que tout semble parfaitement idyllique, une question s’impose à eux : cela vaut-il vraiment leur place au zoo de Central Park ?

Madagascar 2 : la grande évasion, en tant que blockbuster de l’animation et numéro deux, s’attache à offrir un spectacle encore plus énorme que son prédecesseur, se calant sur un rythme de folie. Après une introduction qui revient sur les origines du lion Axel, définitivement au centre du film, et un bref résumé des événements du premier film, nous sommes ainsi plongés droit dans l’action au rythme du toujours entraînant I like to move it, retrouvant nos héros qui s’apprêtent à monter dans l’avion de fortune pour rejoindre New-York et qui décollent presque aussitôt. Comme ça, sans plus de préparation. Et déjà les gags s’enchaînent à une cadence de folie, sans répit, la rapidité de l’action toujours relancée par un montage ultra-dynamique et une réalisation qui se permet quelques plans magnifiques. Comme par exemple ce travelling découvrant l’aire de décollage, d’une ampleur vraiment impressionnante et qui perdra très certainement beaucoup à être vu sur une télévision tant ce plan et quelques autres fourmillent de détails, de vie. Tout commence donc très bien et nous sommes comme happés par le film, entraînés par le rythme de ses images, de sa musique, sous le charme euphorisant qui émane de l’alchimie entre les quatre héros et toutes les bestioles hystériques qui les entourent. Vraiment efficace, cette première partie est un modèle de comédie et de rythme qui, cependant, ne pouvait durer sous peine d’overdose et de crise cardiaque.

Le choix ambitieux des scénaristes pour calmer le jeu et lancer l’intrigue se révèle alors et va venir quelque peu ternir cette excellente première impression. Car si l’histoire ne manque pas d’intérêt, prolongeant en toute logique les enjeux du premier film en permettant à Alex, Gloria, Marty et Melman de renouer plus encore avec leurs origines, c’est justement dans cette façon de donner à chacun sa propre histoire -rompant ainsi la dynamique de groupe- que le long-métrage va perdre un peu de sa superbe. La multiplication des sous-intrigues amène le scénario à s’éparpiller, partant sur nombre de pistes qu’il ne peut toutes explorer sur une durée d’une heure et demie. D’autant que Madagascar 2 : la grande évasion, toujours dans sa logique de vouloir donner au public plus de ce qu’il avait aimé, convoque tous les personnages secondaires du premier épisode. Et si c’est un plaisir de retrouver les pingouins psychotiques ou bien King Julian et sa gouaille, cela n’en rend que plus évidente cette impression de trop-plein puisque eux aussi partent s’occuper de leurs affaires dans leur coin. On ne peut pas dire alors que l’on perde en rythme, loin de là, mais il y a bien comme un effet de lassitude, ou plutôt de désintérêt. Une perte de l’implication du spectateur, qui voit s’enchaîner les scènes sans qu’elle puisse développer totalement leurs thématiques. Nous comparions tout à l’heure Madagascar à The Wild, et maintenant nous pourrions comparer Madagascar 2 : la grande évasion à Le Roi Lion, certaines scènes du chef d’oeuvre de Disney trouvant ici des échos bien amoindris par le manque de dramatisation (il n’y a qu’à comparer le niveau de vilénie de Scar à celui de Makunga pour comprendre).

Malgré cela, le film fonctionne car s’il ne peut se reposer totalement sur son scénario-puzzle, qui se reconstruit cependant in extremis et plutôt habilement durant le climax, il compte bien plus sur son humour pour remporter l’adhésion de petits et grands. Un plaisir plus expéditif que celui d’avoir l’impression de découvrir une grande oeuvre intemporelle mais qui, avouons-le, est d’une efficacité redoutable quand on est assis face au grand écran. A défaut d’avoir su rythmer plus adéquatement leur film, les scénaristes et autres gagmen ont ainsi parfaitement calibré leurs gags, aidés en cela par des doubleurs dont toute la verve comique ressort avec éclat (Ben Stiller et Chris Rock en tête, mais aussi Sacha Baron Cohen à qui sied vraiment bien ce personnage survolté de King Julian) et semble même « contaminer » à plusieurs reprises l’humour plus sage du premier film. Ceci avec quelques blagues bien bêtes et méchantes, purement jouissives dès lors qu’il s’agit de faire mal à une petite créature innocente ou bien à une grand-mère énervante, versant dans le grand n’importe quoi avec ces new-yorkais retournés à l’état sauvage ou bien avec la grève syndicale que rencontrent des pingouins plus dangereux que jamais.

Tant pis alors pour l’histoire qui n’atteint pas toutes ces visées, car Madagascar 2 : la grande évasion vous fera passer malgré tout un excellent moment, joliment divertissant et réellement marrant. Surpassant sur ce point son prédecesseur, et de très loin, cette suite enfonce encore le clou au niveau technique en plongeant ses héros cartoonesques dans des environnements de toute beauté, quasi photo-réalistes. On dit bien sûr cela à chaque fois mais il est indéniable que des progrès ne cessent de se faire encore en la matière, nous offrant ici ces décors splendides de véracité (surtout ce qui touche aux effets spéciaux, à savoir tout ce qui est animé mais n’est pas « vivant » comme l’eau, les plantes,…) et dans lequel s’intégrent pourtant parfaitement les personnages. Encore cette idée que la forme, l’apparat, le contact direct avec le spectateur a été privilégié. Une vraie philosophie de blockbuster, oui, mais ce qui fait toute la différence c’est qu’il s’agit d’un blockbuster réussi. Plus qu’une chose à dire alors : « I liked to see it, see it – I liked to see it, see it – You’ll like to – SEE IT ! »

sortie le 03 décembre 2008.

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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