Archive pour octobre, 2008

Frangins malgré eux

31 octobre, 2008

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L’industrie hollywoodienne a toujours été à la recherche de formules toutes faites, de celles qui agissent comme une sorte de réconfortante recette miracle pour se garantir le succès en salles. Et si la traditionnelle « bigger, larger and louder » des séquelles reste indétrônable en la matière, reconnaissons à l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne » une vigueur toute particulière, dont l’un des derniers parfaits exemples est ce Frangins malgré eux. Le comédien Will Ferrell retrouve ainsi pour l’occasion son réalisateur et son producteur (respectivement Adam McKay et Judd Apatow) de La Légende de Ron Burgundy et Ricky Bobby : roi du circuit, ainsi que John C. Reilly avec qui il partagea la vedette dans ce dernier. Une joyeuse équipe de trublions qui se connaissent désormais très bien et qui se retrouvent donc un peu comme en famille, pour une petite comédie sans grande prétention au premier abord. En réalité, un terrain de jeu idéal pour qu’ils se laissent aller à leurs propres délires et nous entraînent avec eux dans cette absurde spirale.

Brennan Huff est un homme sensible, chanteur « à la voix d’ange » n’osant cependant pas se produire devant un public. Dale Doback, lui, est plus du genre à jouer de la batterie et à faire du karaté dans son garage. Ils ont tous les deux la quarantaine et vivent encore au domicile familial, l’un avec son père et l’autre avec sa mère. Quand leurs parents tombent ainsi amoureux et se marient, emménageant sous le même toit, la cohabitation s’annonce d’abord très difficile entre ces deux éternels fils à papa et maman. Et même lorsque cessent les disputes d’ados attardés, laissant place à une franche camaraderie entre eux, leurs jeux stupides et irresponsables mettent en péril l’unité de leur nouvelle famille. Pour rabibocher leurs parents, ils vont alors mettre sur pied un plan insensé, qui doit fonctionner coûte-que-coûte. Quitte à ce qu’ils grandissent…

Comme nous l’avons ainsi suggéré, tout est simple en apparence dans Frangins malgré eux, avec ce qui ne semble être au début qu’un cadre de petite comédie familiale. On retrouve cela bien sûr dans le décor principal, une banale maison de banlieue aisée, mais aussi dans le postulat de départ que le titre français résume d’ailleurs parfaitement en trois mots. Tout est donc fait dans Frangins malgré eux pour que le spectateur puisse rentrer dans le film sans avoir, à aucun moment, à se poser de question. Une volonté d’autant plus révélée par le rythme du montage qui réduit son introduction -la rencontre entre les parents mais aussi la présentation des personnages- à moins de cinq minutes. Pour rentrer le plus vite possible dans le vif du sujet, la raison même d’être du film : la confrontation entre ses deux têtes d’affiche et les nombreux gags qui vont ont en découler, dans des excès attendus et espérés. C’est alors que l’apparente simplicité laisse la place au délire pur et simple des créateurs du film, lâchés en roue libre sur un projet dont ils ont l’entier contrôle, aussi bien financier que narratif (les allures de comédie familiale faisant que d’entrée de jeu nous n’attendons pas grand-chose de l’intrigue ou de ses enjeux). Will Ferrell et ses compères se font donc plaisir et se laissent à aller à l’improvisation, un exercice qu’ils voulaient approfondir après leurs dernières oeuvres communes. S’enchaînent alors les blagues énormes, vulgaires et méchantes avec une bonne humeur qui leur vaudra quand même une classification R aux Etats-Unis, achevant de convaincre les plus incrédules d’entre nous que nous sommes bien loin de la gentille petite comédie familiale.

Pourtant, il demeure malgré tout quelques problèmes au niveau de l’intrigue puisque, à avancer en roue-libre à l’image de ses acteurs, celle-ci progresse finalement plus à l’aveuglette qu’autre chose et ne s’articule pas toujours de la meilleure des façons. Ainsi, si la relation entre les deux demi-frères qu’incarnent John C. Reilly et Will Ferrell évolue par-delà nos expectations, avec des changements de situation qui peuvent finir par paraître redondants, cela se fait en parallèle d’une autre intrigue à laquelle nous ne nous attendions pas alors qu’elle était pourtant inévitable. Il s’agit de la relation entre les parents, qui va se retrouver au coeur des motivations des héros et donc du film quand les choses tourneront au vinaigre entre le père et la mère. Nous retrouvons alors ici une dimension légèrement dramatique que l’on croise souvent dans les oeuvres estampillées du sceau de Judd Apatow, cette touche douce-amère propre à son style de comédie. Sauf qu’elle concerne dans Frangins malgré eux des personnages sur lesquels nous ne nous étions jusqu’ici pas attardés, qui plus est pas forcément convaincants, et donc loin d’avoir le background nécessaire pour rendre une telle intrigue effective.

Cette trame étoffée va se ressentir alors sur le rythme du film, nous faisant regretter qu’il ne soit pas plus encore centré sur ses deux acteurs-vedettes et leur affrontement à base de coups bas et d’insultes gratuites. Parce que le contraste entre l’absurde qui caractèrise la partie des « enfants » et la normalité de celle des parents, s’il est d’ordinaire le ressort de nombreux gags, va dans ce cas perdre son équilibre. Reste que Adam McKay, très à l’aise dans l’exercice de la comédie, livre une réalisation d’une belle efficacité, dont le dynamisme -conjointement au duo d’acteurs- parvient presque à pallier au léger embourbement du scénario. Que ce soit ainsi dans la confrontation ou bien dans la franche camaraderie, sa caméra épouse les sentiments des deux personnages principaux et rend encore plus évocateur le jeu outrancier des comédiens. Le seul écran-titre par exemple, avec sa construction symétrique parfaitement pensée et rappelant d’une certaine façon celui de la comédie musicale The Blues brothers, tend ainsi à opposer les nouveaux frères tout en les reliant aussi, les mettant sur un pied d’égalité (il est important de noter que jamais l’un prendra le pas sur l’autre) avec une efficacité icônique qui vaut toutes les paroles du monde.

Sans être donc la meilleure comédie du monde, et même si quelques problèmes de scénario viennent alourdir une partie du récit, Frangins malgré eux reste une excellente petite péloche sur laquelle souffle régulièrement un véritable vent de folie. Libérés de certaines des contraintes normalement rencontrées sur un projet de long-métrage, Will Ferrell et ses comparses en roue libre s’en donnent à coeur joie pour nous offrir une comédie Rated R où le mauvais-goût et l’absurde purement jouissifs viendront mettre à mal vos zygomatiques. Vivement donc leur prochaine collaboration !

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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Madagascar 2 : la grande évasion

22 octobre, 2008

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Nous retrouvons nos quatre échappés du zoo de Central Park après un premier épisode couronné de succès, venant confirmer que le département animation de Dreamworks ne valait pas que pour Shrek après la grosse déconvenue Gang de requins et que celui-ci pouvait même jouer directement sur le terrain de Disney, surpassant de très loin son The Wild au sujet très similaire. Madagascar ne remporta alors pas non plus tous les suffrages lors de sa sortie en 2005, mais sa bonne humeur et une approche cartoonesque de l’image de synthèse très réussie ne pouvaient lui être niées, lui assurant une suite qui nous arrive aujourd’hui avec -c’est la règle- plus de gags, plus de péripéties, plus de personnages, plus d’action,… Une surenchère commune à Hollywood et qui va avoir ici des répercutions un peu malheureuses, même si cela restera un plaisir que de suivre les aventures de nos amis quadrupèdes (mais pas tout le temps) en Terre d’Afrique.

Afin de quitter l’île de Madagascar, les quatre new-yorkais mettent au point un plan si cinglé que cela pourrait effectivement fonctionner : les pingouins ont réparé -façon de parler- un vieil avion et, à l’aide d’un moyen de propulsion aussi ancestrale qu’efficace, les voici s’embarquant pour les cieux, direction l’Amérique. Mais la route est longue jusque là-bas et leur coucou de fortune a tôt fait de s’écraser dans l’endroit le plus sauvage qui puisse être, la savane africaine. Rencontrant leurs semblables pour la première fois, les quatre amis en découvrent par là-même leurs origines, leur famille. Mais alors que tout semble parfaitement idyllique, une question s’impose à eux : cela vaut-il vraiment leur place au zoo de Central Park ?

Madagascar 2 : la grande évasion, en tant que blockbuster de l’animation et numéro deux, s’attache à offrir un spectacle encore plus énorme que son prédecesseur, se calant sur un rythme de folie. Après une introduction qui revient sur les origines du lion Axel, définitivement au centre du film, et un bref résumé des événements du premier film, nous sommes ainsi plongés droit dans l’action au rythme du toujours entraînant I like to move it, retrouvant nos héros qui s’apprêtent à monter dans l’avion de fortune pour rejoindre New-York et qui décollent presque aussitôt. Comme ça, sans plus de préparation. Et déjà les gags s’enchaînent à une cadence de folie, sans répit, la rapidité de l’action toujours relancée par un montage ultra-dynamique et une réalisation qui se permet quelques plans magnifiques. Comme par exemple ce travelling découvrant l’aire de décollage, d’une ampleur vraiment impressionnante et qui perdra très certainement beaucoup à être vu sur une télévision tant ce plan et quelques autres fourmillent de détails, de vie. Tout commence donc très bien et nous sommes comme happés par le film, entraînés par le rythme de ses images, de sa musique, sous le charme euphorisant qui émane de l’alchimie entre les quatre héros et toutes les bestioles hystériques qui les entourent. Vraiment efficace, cette première partie est un modèle de comédie et de rythme qui, cependant, ne pouvait durer sous peine d’overdose et de crise cardiaque.

Le choix ambitieux des scénaristes pour calmer le jeu et lancer l’intrigue se révèle alors et va venir quelque peu ternir cette excellente première impression. Car si l’histoire ne manque pas d’intérêt, prolongeant en toute logique les enjeux du premier film en permettant à Alex, Gloria, Marty et Melman de renouer plus encore avec leurs origines, c’est justement dans cette façon de donner à chacun sa propre histoire -rompant ainsi la dynamique de groupe- que le long-métrage va perdre un peu de sa superbe. La multiplication des sous-intrigues amène le scénario à s’éparpiller, partant sur nombre de pistes qu’il ne peut toutes explorer sur une durée d’une heure et demie. D’autant que Madagascar 2 : la grande évasion, toujours dans sa logique de vouloir donner au public plus de ce qu’il avait aimé, convoque tous les personnages secondaires du premier épisode. Et si c’est un plaisir de retrouver les pingouins psychotiques ou bien King Julian et sa gouaille, cela n’en rend que plus évidente cette impression de trop-plein puisque eux aussi partent s’occuper de leurs affaires dans leur coin. On ne peut pas dire alors que l’on perde en rythme, loin de là, mais il y a bien comme un effet de lassitude, ou plutôt de désintérêt. Une perte de l’implication du spectateur, qui voit s’enchaîner les scènes sans qu’elle puisse développer totalement leurs thématiques. Nous comparions tout à l’heure Madagascar à The Wild, et maintenant nous pourrions comparer Madagascar 2 : la grande évasion à Le Roi Lion, certaines scènes du chef d’oeuvre de Disney trouvant ici des échos bien amoindris par le manque de dramatisation (il n’y a qu’à comparer le niveau de vilénie de Scar à celui de Makunga pour comprendre).

Malgré cela, le film fonctionne car s’il ne peut se reposer totalement sur son scénario-puzzle, qui se reconstruit cependant in extremis et plutôt habilement durant le climax, il compte bien plus sur son humour pour remporter l’adhésion de petits et grands. Un plaisir plus expéditif que celui d’avoir l’impression de découvrir une grande oeuvre intemporelle mais qui, avouons-le, est d’une efficacité redoutable quand on est assis face au grand écran. A défaut d’avoir su rythmer plus adéquatement leur film, les scénaristes et autres gagmen ont ainsi parfaitement calibré leurs gags, aidés en cela par des doubleurs dont toute la verve comique ressort avec éclat (Ben Stiller et Chris Rock en tête, mais aussi Sacha Baron Cohen à qui sied vraiment bien ce personnage survolté de King Julian) et semble même « contaminer » à plusieurs reprises l’humour plus sage du premier film. Ceci avec quelques blagues bien bêtes et méchantes, purement jouissives dès lors qu’il s’agit de faire mal à une petite créature innocente ou bien à une grand-mère énervante, versant dans le grand n’importe quoi avec ces new-yorkais retournés à l’état sauvage ou bien avec la grève syndicale que rencontrent des pingouins plus dangereux que jamais.

Tant pis alors pour l’histoire qui n’atteint pas toutes ces visées, car Madagascar 2 : la grande évasion vous fera passer malgré tout un excellent moment, joliment divertissant et réellement marrant. Surpassant sur ce point son prédecesseur, et de très loin, cette suite enfonce encore le clou au niveau technique en plongeant ses héros cartoonesques dans des environnements de toute beauté, quasi photo-réalistes. On dit bien sûr cela à chaque fois mais il est indéniable que des progrès ne cessent de se faire encore en la matière, nous offrant ici ces décors splendides de véracité (surtout ce qui touche aux effets spéciaux, à savoir tout ce qui est animé mais n’est pas « vivant » comme l’eau, les plantes,…) et dans lequel s’intégrent pourtant parfaitement les personnages. Encore cette idée que la forme, l’apparat, le contact direct avec le spectateur a été privilégié. Une vraie philosophie de blockbuster, oui, mais ce qui fait toute la différence c’est qu’il s’agit d’un blockbuster réussi. Plus qu’une chose à dire alors : « I liked to see it, see it – I liked to see it, see it – You’ll like to – SEE IT ! »

sortie le 03 décembre 2008.

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Max Payne

11 octobre, 2008

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Adapter une oeuvre, quel que soit son médium d’origine, relève toujours d’une gageure assez difficile à surmonter. Parce qu’il y a un passif qu’il faut respecter sans pouvoir en être néanmoins trop respectueux, car on s’éloignerait alors du travail d’adaptation et on se retrouverait avec un produit bâtard ne ressemblant à rien. Une délicate balance que le travail d’adaptation. Ainsi, quand il fut annoncé que le jeu vidéo Max Payne allait être porté sur grand écran, des craintes légitimes sont apparues chez les fans de la première heure qui voyaient mal comment le polar glauque et ultra-violent de Remedy Entertainment et Rockstar Games pourrait s’adapter à des velléités de blockbuster cinématographique, devant ainsi ratisser un public le plus large possible. Une peur confirmée par l’annonce de la classification du film de John Moore par la M.P.A.A., qui écope d’une simple PG-13. L’équivalent, en plus mou, de notre « interdit aux moins de 12 ans », soit très loin de l’interdiction aux moins de 18 ans du jeu vidéo. Dans ces conditions, le film partait avec un handicap plus que dommageable mais, pourtant, un miracle s’accomplit quand nous vîmes les premières images de ce Max Payne pelliculé, qui annonçaient au moins un film au visuel soigné et de plus imprégné de fantastique, un ajout des plus excitants. Nous attendions donc avec impatience de pouvoir juger la chose sur pièce, pour retourner traîner nos guêtres dans les rues mal-famées de New-York…

Max Payne, un inspecteur du département des affaires non-classées, a vu sa vie se briser le jour où sa femme et son bébé ont été assassinés par des camés sous le coup d’une nouvelle drogue, la Valkyr. Devenu depuis un flic froid et monolithique, il cherche à éradiquer de sa ville la présence de ce fléau quand il est mélé au meurtre de Natasha Sax, une prostituée slave et consommatrice de Valkyr. Approché par sa soeur Mona qui cherche à se venger, ils se rendent compte que tous deux ont en fait le même ennemi en commun : Jack Lupino, un chef de gang psychotique, dealer de drogue et croyant dur comme fer à la fin du monde

John Moore, nous le connaissons pour sa réalisation efficace, celle d’un habile faiseur au style visuel solide et au bon goût prononcé (voir les atours élégants de son remake de La Malédiction) mais qui, aujourd’hui encore, n’a pas trouvé le projet parfait pour laisser éclater son talent potentiel. A défaut, il se lance donc sur des projets de producteurs (deux remakes et une adaptation), où l’argent ne manque pas et qui lui permettent alors d’élaborer de très belles choses sur le plan graphique. Dès le début de Max Payne, nous sommes ainsi plongés au coeur d’une cité déliquescente, battue par la pluie et les tempêtes de neiges et dont les tons monochromatiques renvoient à une certaine idée du film noir, ici viciée par des temps plus immoraux que jamais. Une vraie ville du péché, un fruit pourri fait de béton et de fer et qui renvoie alors assez efficacement à l’ambiance du jeu initial, qui présentait la même décrépitude architecturale. Prolongeant cette idée d’une ville monstrueuse par de magnifiques éclairages, ce sont surtout les ombres noires des anges glissant sur les murs qui donnent à cette cité les airs d’une forteresse au bord du chaos. Une nouveauté par rapport aux jeux vidéos, bien que ceux-ci aient leur part d’hallucinations dérangeantes, qui retranscrit à merveilles la dangerosité de cet univers et la tonalité apocalyptique qui y règne. Apportée par le scénariste Beau Thorne, cette touche de fantastique fut apparemment l’un des éléments déterminants qui décidèrent les producteurs à lancer le projet après quelques années de development hell. Sauf que le scénario de Thorne, pour répondre à certains impératifs des plus vulgaires (l’argent, toujours plus d’argent), ne proposait malheureusement pas que cette seule modification.

Il faut ainsi bien comprendre que la volonté derrière ce projet d’adaptation n’a jamais été de rendre hommage au jeu Max Payne, ni même de lui offrir un véritable pendant cinématographique, mais bien de capitaliser au maximum sur une licence porteuse auprès du public adolescent. Et si celui-ci peut facilement se procurer des jeux qui ne lui sont pas recommandé, il n’en va pas de même au cinéma où une interdiction aux moins de seize ans est une interdiction, point barre. Très tôt, la Fox annonça ainsi que le film serait classé PG-13, une aberration au regard de l’âpreté que l’on retrouvait dans le jeu original, ce sentiment de désespoir et de rage chez Max né du traumatisme de la découverte de sa famille salement massacrée. Une entrée en matière très sombre (évoquer la mort violente d’un nourrison, ce n’est pas rien non plus), qui marqua profondément les joueurs dans cette époque où les jeux vidéos devenaient plus mâtures, plus transgressifs, et qui installait définitivement un cadre tout entier tourné vers un déferlement de violence sans précédent. Max Payne était un ange de la vengeance, obnubilé par sa quête et consumé par elle, intégrant le bureau des narcotiques pour pouvoir s’infiltrer dans les milieux les plus dépravés sur la piste de la Valkyr, flirtant avec le crime et devant même se droguer pour ne pas être repéré… Le ton sombre du jeu était ce qui en faisait le sel, la force, et lui donnait une identité propre. Ce qui, bien sûr, était impensable à retranscrire dans un PG-13, et le processus de trahison du matériau original de commencer alors son appliqué travail de sape.

Tout ce qui faisait donc la particularité de Max Payne va se voir être réduit en charpie, et cela commence dès le début avec un refus évident de faire de son héros un justicier ultra-violent et désespéré comme il l’était pourtant. Un profil peut-être peu convenable pour le public visé par le film (et encore), édulcoré alors à l’extrême bien que cela était ce qui donnait toute sa force au récit, la vengeance étant un sentiment empathique par excellence. Mais pas ici, où un choix des plus curieux et dommageable est fait : jamais le film ne prendra comme point de départ de son intrigue le meurtre de Michelle Payne et son bébé (mais sur celui de Natasha, interprétée par une Olga Kurylenko qui disparaît donc beaucoup trop vite au goût de ses fans), suivant sur ce point une structure éclatée à base de flashbacks -les souvenirs de Max- qui dédramatise presque entièrement cet élément fondateur et primordial, car à la source même des motivations du héros. Les réminiscences du drame étant de plus présentées dans une ambiance sépia trop lumineuse en comparaison du cauchemar qui se déroule sous les yeux du héros, comme pour adoucir encore d’avantage -le sang est quasi-totalement absent du film- ce qui n’avait pas lieu de l’être pour rester cohérent avec le modèle. Dans le même ordre d’idée, nous noterons que toute l’intrigue autour de Max Payne rejoignant les narcotiques et s’infiltrant dans le monde de la drogue est purement et simplement abandonnée. Il est ici un membre de la bien plus sage section « cold case » (ouah…), les affaires non-classées, ce qui évite d’aborder des thématiques qui peuvent fâcher mais qui, encore une fois, étaient constitutives de l’univers de Payne.

Alors il finira bien par se le faire son shoot de Valkyr, vous verrez, mais c’est un petit peu comme pour tout dans le film, il faut attendre patiemment. Parce que si la scène de Max Payne sous défonce tient lieu de climax et réserve quand même son lot de jolis plans (merci John Moore et l’équipe des effets spéciaux), lui donnant au bout du compte une utilité dramatique bienvenue, ce n’est absolument pas le cas avec la seconde énorme trahison faite au jeu vidéo. Rappelez-vous : quand vous jouiez à Max Payne, qu’est-ce que vous faisiez les trois-quarts du temps ? Tirer sur des méchants, exactement. Mettre le boxon dans des décors numériques en cumulant cabrioles et bullet-time de folie pour massacrer le plus grand nombre avec plus de classe que n’en aurait jamais rêvé John Woo lui-même. Alors, en allant voir Max Payne au cinéma, à quoi vous attendez-vous ? Et si l’on vous dit que ce ne sera très certainement pas ce que vous espériez ? Et si l’on vous dit qu’il faudra attendre une heure de métrage avant que n’ait lieu le premier gun-fight ?… Un nouvel écart avec l’oeuvre originale qui tue pour beaucoup le plaisir du spectateur, qui s’attendait à un film où ça défouraillerait de toutes parts et se retrouve avec, en tout et pour tout, trois scènes de fusillades ne cumulant pas six minutes à elles trois réunies et dans lesquelles seulement une trentaine de pékins doivent se faire descendre. Qui plus est mal fichues comme le démontre l’utilisation aussi rarissime que nullissime des ralentis annoncés pourtant comme novateurs (avec pour le coup des cadrages vraiment mauvais de Moore, qui s’obstine à filmer ces scènes de profil même quand cela nuit à la lisibilité de l’action), voire même hypocrites dans leur façon de faire en sorte que Max Payne et ses cibles soient le moins possible dans les mêmes cadres, histoire de ne pas nous choquer quand il lui arrive de tuer quelqu’un.

Alors, il est sûr que la volonté de John Moore n’a jamais été de faire un pur film d’action mais, comme il le dit, un « film noir d’action« . Une volonté bien légitime puisque nous sommes dans le contexte d’une adaptation et que, pour peu que l’on ait l’esprit ouvert, toutes les expérimentations peuvent y être permises. Le fait d’avoir une intrigue solide pouvant aider à faire passer la pilule. Ce qui, vous vous en doutez, n’est pas franchement le cas ici. Abandonnant une intrigue simpliste mais ultra-efficace (la quête de vengeance de Payne) au profit d’une enquête fonctionnant sur le répétitif principe du « un indice mène à un autre », le film progresse en roue libre sans jamais nous prendre aux tripes comme il aurait pu le faire et, donc, sans même parvenir à bâtir un mystère intéressant. D’autant que tout ce qui touchait au surnaturel est éclipsé durant une bonne partie de la durée du film, nous laissant dans un environnement subitement beaucoup moins intéressant et dans lequel l’intrigue de bric et de broc n’a plus aucun soutien. Ajoutons à cela que le film n’est pas non plus des plus conciliants avec ses personnages, qu’il traîne d’un point à l’autre, fait disparaître puis réapparaître sans raison apparente ou plus d’explication que ça, s’embrouillant dans le propre entrelacement de ses sous-intrigues. Dommage, d’autant que les acteurs s’en sortent tous plutôt honnorablement, même Mark Wahlberg sur lequel nous avions pourtant quelques réserves quand sa participation fut annoncée. Ce qui n’empêchera pas le traitement de son personnage comme celui des autres d’être sacrifié sur l’auteul du consensus morale et du bidouillage en salle de montage.

Max Payne est donc une grosse déception, d’autant que nous avions appris petit à petit à entrapercevoir son potentiel par le biais de sa campagne promo et que nous nous étions alors mis à en attendre beaucoup. Donnant l’impression d’être réussi durant les quelques premières minutes grâce à la réalisation de John Moore, le travail d’adaptation se plante dans les (très) grandes largeurs en voulant jouer le tiède jeu des producteurs, dont le manque de respect pour une oeuvre qu’ils adaptent aura rarement été aussi flagrant. En effet, il ne reste rien de ce que nous aimions dans Max Payne sans que rien ne vienne non plus prendre la relève, nous laissant avec un film aussi inutile que frustrant. Et quand on voit comment la suite est annoncée avec le nombre incroyable de pistes laissées en suspens, on se demande si c’est bien la peine. Ou alors il faudra revoir la copie de fond en combles car, pour l’instant, Max peine sévère…

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Appaloosa

5 octobre, 2008

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Il n’y a pas à dire, le retour discret du western dans les salles obscures se fait de bien belle façon, avec des longs-métrages qui ne cessent de nous donner de faire parler la poudre. Parmi les plus récents, nous avons eu le brillant et atmosphérique L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ou bien l’efficace 3h10 pour Yuma, et il faudra désormais compter sur Appaloosa. Un western qui sent bon le old-school aux premiers abords, avec un réalisateur-acteur sûr de lui derrière la caméra (une alchimie qui a maintes fois prouvée par le passé qu’elle pouvait se révéler excellente, entre Clint Eastwood et Kevin Costner), Ed Harris, supporté pour l’occasion par un casting bien classe comme il faut. Tout semblait donc bien parti avec ce film que nous attendions sincérement mais qui, s’il n’est pas foncièrement mauvais, n’est pas non plus près d’être une franche réussite. La triste balade du cow-boy qui a manqué sa cible…

Etats-Unis, 19ème siècle. Virgil Cole, accompagné de son second Everett Hitch, est désigné comme le nouveau marshall d’une ville dirigée par Randall Bragg. Le propriétaire de ranch, qui sème la terreur, vient en effet de tuer l’ancien marshall et les députés de la ville sont impuissants face à son gang. Finalement arrêté par Cole et jugé, il est condamné à mort par pendaison. Pourtant, lors de son transfert, Cole est obligé de le laisser s’échapper pour qu’aucun mal ne soit fait à Allison French, la femme dont il est tombé amoureux et qui est désormais l’otage de Bragg. S’en suit alors une course-poursuite entre les deux hommes

Attendu comme un nouvel exemple flamboyant de ce western néo-classique (concept de moi) (pour l’explication, voyez avec ma secrétaire), le second film de Ed Harris -après un Pollock plutôt apprécié- partait presque gagnant avec son pitch « clafficace » (mélange de « classique » et « efficace », autre concept de moi). Des figures classiques du duel au farwest, transcendées par leur interprètes. Jeremy Irons, bien sûr, qui peut être comme chacun sait vraiment très bon dès lors qu’il est bien dirigé par le réalisateur, et qui offre donc ici un méchant bien salopard comme il faut. Renee Zellweger, bien meilleure dans les films historiques que dans les pralineries roses bonbon. Mais ce sont surtout la paire de héros qui vont nous plonger dans l’intrigue, lui donner vie par l’alchimie entre Viggo Mortensen (énorme) et Ed Harris qui trouvent ici des rôles vraiment classes. Un binôme d’où se dégage une sorte d’impression d’invincibilité tant Cole et Hitch sont toujours aux aguets, efficaces et donc sûrs d’eux. Une façade. Solide, mais façade quand même. Le film va ainsi par la suite tellement creuser ses personnages et leurs interactions que l’on découvre, en lieu et place du film plein de fureur attendu, une étude de personnages assez bien foutue. Proche de ses personnages, proche du réel (voir par exemple le refus de spectaculaire dans les gunfights avec des détonations amoindries), on accroche malgré tout grâce aux personnages dont le destin nous importe. Pendant un temps, cependant.

Avez-vous alors remarqué comme il est frustrant  de ne pas aller au bout de ce que l’on a commencé ? Ou plus exactement, de ne pas finir avec un résultat à la hauteur des efforts mis en branle au début de l’entreprise ? Rageant, non ? Cela semble pourtant être devenu une habitude pour pas mal de long-métrages récemment vus, cette tendance à se perdre dans son dernier tiers et à gâter ainsi quelque peu (ou beaucoup, ça dépend) les excellentes choses auparavant constatées, et Appaloosa participe malheureusement en droite ligne de ce mouvement. On trouve ainsi sur sa longueur une cassure très nette, une rupture dans la narration qui concerne le personnage de Allison French et qui, en plus de réaffirmer définitivement le sous-texte homosexuel évident du film (je pensais que c’était exagéré de la part des critiques de parler de cela, mais non…), va l’emmener dans des horizons peu glorieux. Nous n’irons alors pas plus loin pour ne pas vous déflorer la surprise, et elle de taille, mais sachez seulement que cela va abattre tous les codes du western d’un seul coup et placer le dernier tiers du film dans une sorte de malaise où l’on se demande un peu ce que l’on y est venu foutre.

Sam Peckinpah soit loué, il y a quand même un duel à la fin, histoire de nous rappeler ce qu’aurait pu être le film s’il s’était contenté de rester un peu plus dans ses marques. C’est triste de dire ça, mais l’expérimentation scénaristique ici effectuée laisse vraiment une drôle d’impression qui ternit sacrément et la réalisation d’Harris (simple et élégante), et les performances des acteurs, qui n’en sont pas moins bons mais dont les rôles deviennent en fait moins intéressants au fur et à mesure que l’intrigue s’enlise dans ses imbrications. Dommage, surtout au regard de comment les choses avaient commencé. Une conclusion à laquelle on arrive un peu trop souvent désormais, en sortant du cinéma, et qui nous fait sacrément regretter cette manie de la « cassure de ton » qui s’installe à Hollywood.

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