Mirrors

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Alexandre Aja, même s’il est un « fils de » (Alexandre Arcady, pour info), était parvenu à nous faire adhérer à son cinéma de par son goût pour le cinoche de genre qui tâche et la façon assez extrême qu’il avait de l’aborder. Nous rappelons ainsi Haute Tension (aaah, Cecil de France baignant dans le jus de raisin) mais plus encore le remake de La Colline a des yeux, véritable claque jusqu’au boutiste qui s’imposait immédiatement comme la crème du survval bien vénère. Autant dire qu’avec celui-ci, Aja (sans oublier son compère Grégory Levasseur, de tous les coups à la direction artistique ou bien au scénario) se réservait une bonne place dans le panthéon des maîtres de l’horreur et nous attendions donc avec impatience de voir cette très bonne première impression confirmée. Alors, miroir, mon beau miroir, dis-moi ce qu’il en est…

Ben Carson (Kiefer Sutherland, impeccable), un ancien filc relativement porté sur la bouteille et à la vie familiale plutôt dissolue, essaye de rattraper ses erreurs et pour cela accepte un nouveau travail : veilleur de nuit dans un grand magasin délabré, autrefois marqué par la tragédie d’un incendie ayant tué plusieurs dizaines de personnes. Très vite, Ben se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond dans ce bâtiment, dont les miroirs semblent refermer des choses terrifiantes. Une sorte de force, qui s’en prend rapidement et violemment au gardien de nuit avant de mettre en danger sa famille, le forçant à redevenir enquêteur pour découvrir l’origine du drame qui marqua ce bâtiment et éviter celui à venir…

S’adonnant encore une fois à l’exercice du remake (et s’apprêtant à y persister puisque son prochain projet n’est autre qu’une nouvelle version, en 3D, du Piranhas de Joe Dante), Alexandre Aja a jeté cette fois son dévolu sur Into the Mirror, un film fantastico-horrifique coréen à l’intrigue assez similaire. Mais à l’efficacité bien moindre car le réalisateur et son directeur artistique ont opté ici, en lieu et place des décors très nets et très éclairés de l’original, pour une ambiance gothique qui donne un véritable cachet à l’image. A ce titre, le magasin -et décor principal du film- est une vraie merveille cinégénique et, même si Aja a tendance à avoir un peu de mal à renouveler sa façon de le présenter (une scène se déroulant juste devant le magasin, en extérieur, finira presque à chaque fois en contre-plongée pour apprécier la hauteur de la bâtisse et écraser les personnages), il n’empêche que le principal est là : c’est un lieux où l’on ne voudrait absolument pas foutre les pieds ! D’autant que le petit frenchy sait s’y prendre pour faire monter la tension, usant de façon plutôt maline des jeux de miroirs et de son postulat de maison hanté, se permettant quelques fulgurances gores attendues et qui ne décevront pas (l’expression « avoir une grande gueule » vient de trouver une nouvelle illustration) même si elles sont assez rares.

Et si la première heure se laisse voir agréablement sans néanmoins faire preuve d’une originalité étourdissante, le film part ensuite sur une toute autre voie que lui imposent des révélations un peu malvenues. En effet, nous quittons alors le pur de film de maison hanté pour se rapprocher d’une conception plus asiatique du film de fantômes, renouant par-là même avec le film original sans que cela soit pour autant un gage de qualité. Comme quoi, des fois, on devrait se passer de la déférence, surtout quand c’est pour partir ensuite dans une américanisation qui rappelera l’esthètique des Saw.  Ainsi le final de Into the mirror, qui manquait cruellement d’efficacité, se voit ici (beaucoup) transformé en une scène qui se relance artificiellement, tombant dans un grotesque qui vous saute à la gueule par sa furie hors-sujet (vous comprendrez quand vous verrez la « bête »…). On se retrouve alors avec une fin bancale, qui se parachève dans un ultime twist calqué sur le film coréen mais qui ne possède dans le scénario d’Aja et Levasseur et leur traitement du miroir aucune légitimité.

Mirrors se retrouve alors à être comme cette dernière note sur laquelle il s’achève, un exercice stylistique assez réussit mais un peu vain de par son manque réel d’originalité, de mordant, qui se voit de plus déséquilibré dans son dernier tiers par un changement de traitement assez déstabilisant. On pense alors avec ce film au Gothika de Mathieu Kassovitz, autre film joliment appliqué mais qui ne brillait pas par son scénario ou des partis-pris couillus. Pas d’innovation, de la routine qui reste toujours passable, nous sommes là face à un petit film sympathique et qui surnagera sans peine du gros de la production horrifique (déjà, il est meilleur que son modèle, ce qui réitère un peu la réussite de La Colline a des yeux) mais qui continuera de décevoir au regard du potentiel d’Alexandre Aja, qui reste malheureusement visible tout du long mais semble se perdre dans le travail d’adaptation. Laissons-lui donc une seconde chance, en attendant la suite. Mais peut-être serait-ce le moment de revenir à un projet original, même de plus petite envergure ? 

p.s : ouais, même si j’ai quand même bien envie de voir ce que ça va donner, son Piranhas en 3D !

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2 Réponses à “Mirrors”

  1. karinetiniere dit :

    je suis assez d accord avec ta critique concernant la 1ére partie du film pour les revelations je n arrive pas à trouver une logique,un seul lien ezeker? fin qui te laisse sur ta faim,mais quand même film très agréable à regarder des petits sursauts!!

  2. mabataille dit :

    Moi j’ai adoré le film, même si la fin peut paraître bizarre, elle se laisse bien regarder. Une petit chaire de poule comme ça, pas vraiment attendue en plus, j’en redemande.
    Merci Aja !

    - mention spéciale à la grande gueule -

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