Babylon A.D.

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Depuis le temps qu’il en parlait de son projet d’adapter le Babylon babies de Dantec, le père Kasso, on peut dire que nous attendions la chose avec une certaine curiosité. Surtout que ses propos étaient des plus excitants, le réalisateur promettant de « révolutionner la forme du cinéma d’action« . Rien que ça. Et si nous l’en pensions malgré tout capable (Kassovitz est ce que l’on peut appeler un réalisateur « intelligent », qui a montré dans ses précédents films une véritable réflexion sur l’objet filmique), les premiers échos quant à la production du film calmèrent les ardeurs : problèmes avec sa star Vin Diesel, problèmes avec les producteurs, problèmes sur la longueur du métrage,… Un amoncellement de tracas qui allait mener Babylon A.D. là où nous le craigions, là où le film n’est plus tout à fait de son réalisateur. Et c’est bien regrettable, car il subsiste de plutôt beaux restes !

Dans un futur proche, la main de l’homme a ravagé la planète, la société se construisant autour des mafias, groupes religieux et autres consortiums économiques. Terré parmi les débris de la Serbie, le tueur à gages Toorop reçoit une nouvelle mission émanant du parrain local : récupérer dans un monastère une jeune fille, Marie, et l’emmener saine et sauve jusqu’aux Etats-Unis. Un job dont les difficultés seront bien autres que de passer les frontières sur-protégées, son colis semblant focaliser toutes les attentions pour une mystérieuse raison…

Malgré tout ce que l’on pourra reprocher au film il est néanmoins un point sur lequel on ne pourra le critiquer, à savoir sa réussite formelle. Car Kassovitz est un faiseur d’images plutôt doué, possédant un bon sens de la cinématographie qu’il a particulièrement dévoilé dans ses dernières oeuvres, Les Rivières pourpres ou bien encore Gothika. Deux films qui partagent avec son dernier rejeton les mêmes problèmes sur le plan scénaristique -nous y reviendrons- mais qui se révèlent aussi être de brillants exercices de styles chacun dans leur genre. Après donc le thriller et le fantastique, le réalisateur de La Haine nous invite à un voyage dans la science-fiction et, pour l’occasion, nous fait découvrir un univers d’anticipation à la croisée de nombreuses influences comme autant de cadres, entre ville en ruine, cité à la Blade Runner, banquise se désagrégeant,… Une multitude de décors qui restrancrit l’idée de voyage, bien sûr, mais qui se montre en même temps un excellent terrain de jeu pour Kassovitz, qui peut alors laisser libre court à tout ce qu’a pu lui inspirer ce roman depuis des années, toutes les images qu’il a fait naître en lui (en plus de son propre regard sur notre société).

Les premières minutes de Babylon A.D. sont ainsi, à ce titre, carrément énormes, avec la présentation d’une Serbie déliquescente dans laquelle la stature imposante de Vin Diesel, en mode Incassable, erre sur un bon gros son de rap concocté par RZA. La classe, purement et simplement. Et cette classe, Kassovitz parviendra très soufflant à l’insuffler au détour de sa réalisation, comme lorsque nous découvrons ce New-York dont les lumières et néons feraient pâlir Las Vegas. Pourtant, si la mise en scène fait un quasi sans faute, il est un point crucial sur lequel elle se plante dans les grandes largeurs : les scènes d’action et plus spécifiquement les combats, parfaitement illisibles. Ce qui est très étonnant quand on se rappelle la scène de fight contre le nazi dans Les Rivières pourpres, plutôt bien foutue alors mais dont aucun reste ne subsiste ici. Cadrés serrés avec une caméra qui peine à suivre les mouvements, sans parler du montage inepte, rien ne vient sauver ce qui aurait du être l’un des gros points forts du film.

Et comme si ça ne suffisait pas, le film voit son blason encore davantage terni par un scénario qui cumule d’énormes lacunes, un comble quand on sait le temps depuis lequel Kassovitz réfléchit à ce film et qui signifierait bien l’ingérence des producteurs sur le projet. Il n’empêche que le film en pâtit, son histoire aux nombreux tenants et aboutissants étant emballée sans ambage. Tout va vite, très vite, on ne s’ennuie donc jamais mais nous ne sommes non plus jamais portés par l’intrigue où les personnages. Sans compter que de nouveaux personnages cruciaux pour l’histoire apparaissent artificiellement en cours de route, voire même dans la dernière partie du film, et se retrouvent alors à devoir donner le change en vitesse, ce qui n’aide pas à éviter les clichés et autres raccourcis douteux. D’autant plus rageant que le postulat de départ en lui-même ne brille pas par son originalité -et cela au sein même des écrits de Dantec, dont La Sirène rouge est un copier/coller sans la science-fiction (un gros killer qui doit mener une jeune fille d’un point A à un point B en la protégeant contre une mère diabolique)- et que tout ce qui aurait pu faire qu’il se démarque est finalement squeezé.

Jouissant d’un casting plutôt sympa, Vin Diesel en tête (on parle quand même de Riddick, là), et faisant montre d’une image bien stylée, Babylon A.D. ne convainc pas pour autant, la faute à une histoire vraiment trop mal traitée. La difficulté de faire tenir un pavé littéraire dans une péloche de 1h40. Mathieu Kassovitz a depuis sa sortie plus ou moins renié son film, l’accusant de ne pas être son montage quand il avait annoncé le contraire il y a toute juste quelques mois lors d’une conférence de presse, pour faire taire les rumeurs sur un montage européen de 2h40. Rumeurs qu’il avait lui-même lancé. Alors que croire dans cet indicible imbroglio, sinon cette déception lancinante que l’on ressent en sortant de la salle ?

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4 Réponses à “Babylon A.D.”

  1. judepomm dit :

    Même ressenti que toi pour ce film , action très moyenne ,de bonnes idees pour rattraper ça . Quel dommage que le dernier quart d’heure ne ressemble a rien (a la fois l’esthetique et le scenario n’en parlons pas)
    Mais bon j’en attendais pas non plus grand chose.
    Mention spécial pour la V.F de Vin Diesel qui annihile toute classe au personnage.

  2. GELOYAN dit :

    BONJOUR.
    je suis comedien
    VENAIS VOIR MES NOUVEAU VIDEOS SUR MON BLOG.
    http://michageloyan.over-blog.com

  3. Flow dit :

    Alors bon, je viens de le voir et franchement comme tu l’as dit le film est pas mauvais, mais alors le scénario, je suis très très très décu. Rien à voir avec le livre ou alors si peu, on en a même pas un apercu .
    Franchement j’adore Kassovitz mais là c’est juste une arnaque au niveau de la reflexion. Et puis je suis pas persuadé du Casting non plus en correlation avec les personnages de l’écrit, à mon avis y’a rien qui colle.
    Mais encore une fois soyons honnêtes, si on a jamais lu le livre (certainement 90% du public) les film est vraiment pas mauvais.

  4. pitouwh dit :

    Si, le problème est bien là : même si on n’a pas lu le livre (comme moi), le film est malgré tout très moyen en raison d’une histoire inepte (tout du moins dans son traitement filmique) ou des scènes de combat foirées.

    Et puis, comme le précisait Judepomm, autant dire qu’il faut le voir en VO pour ne pas se pourrir encore plus le truc, le doublage de Vin Diesel étant vraiment trop étrange…

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