Love Gourou

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Alors que nous ne l’avions pas vu en chair et en os sur les grands écrans depuis un bon bout de temps, Le Chat chapeauté remontant quand même à 2004, Mike Myers nous revient avec un nouveau personnage à ajouter à son tableau : le gourou Pitka. Un personnage né de la période que passa l’acteur dans des ashrams suite au décés de son père, au début des années 90, à discuter avec des gourous pour trouver le moyen de faire son deuil. Mais le comique, malgré la douleur, n’oublia pas à quel point ces personnes pouvaient se montrer excentriques, décalées et fascinantes. Après avoir un peu travaillé ce personnage haut en couleurs, et ayant des phrases toutes faites pour tout et n’importe quoi, lors de plusieurs stand-up, le voilà donc qui nous arrive aujourd’hui au cinéma. Suivant les traces de Wayne Campbell, Austin Powers et Shrek. Un héritage prestigieux mais que le gourou Pitka pourrait très bien égaler au regard de son potentiel, cette figure comique n’étant pas des plus communes. Pourtant si le cinéma de Mike Myers est évidemment rôdé aux suites (on attend Shrek 4 et Austin Powers 4), il se pourrait bien que -dans le cas présent- cela ne reste qu’un coup unique.

Le gourou Pytka est le deuxième gourou le plus connu et reconnu du monde. Né aux Etats-Unis mais ayant grandi dans un ashram, il a appris nombre de secrets de son illustre maître et les enseigne aujourd’hui dans son pays d’origine, faisant des stars people sa clientèle. Il reçoit un jour une offre plutôt inhabituelle puisque, pour deux millions de dollars, la patronne d’un club de hockey sur glace lui demande de rabibocher son joueur vedette avec son ex, partie avec le goal québécois d’une équipe adverse. La Stanley Cup est en effet bientôt terminée et il faut absolument que le meneur ait l’esprit clair pour mener son équipe à la victoire. A charge pour le gourou de remettre de l’ordre dans tout cela, prodiguant conseils et exercices pratiques sans jamais se départir de sa bonne humeur et son entrain, surtout qu’une réussite lui ouvrirait les portes de l’émission d’Oprah. Et, peut-être, le coeur de la belle Jane Bullard. Même si avant cela il lui faudra remplir une dernière condition pour devenir un véritable gourou

Ainsi, si l’on s’en tient aux chiffres du box-office américain, il semblerait bien que l’amour pour autrui du Love Gourou soit à sens unique, d’où une forte probabilité de ne jamais voir de suite. C’est qu’avec ses 33 millions de dollars en neuf semaines, le long-métrage constitue le second échec public dans la filmographie de Mike Myers, après Quand Harriet découpe Charlie. Et comme celui-ci, s’il n’aura sûrement pas de séquelle, ce n’est pas seulement qu’il n’a pas rencontré son public mais qu’il constitue aussi l’un des exemples les plus ternes de la carrière de l’acteur. Partant d’un postulat pourtant prometteur, le scénario co-écrit par Myers va se perdre dans une trame des plus banales qui mixe comédie romantique et film de sport au show du gourou, ces deux genres ayant un traitement trop gentillet, trop classique pour surprendre. Ce qui est, d’ordinaire, l’un des ressorts principaux de l’humour, le petit truc auquel vous ne vous attendez pas et qui vous fait éclater de rire. Mais nous ne le trouverons donc pas dans ces intrigues parallèles qui avancent avec les phares allumés, en plein jour. Un scénario qui ne brille pas par son originalité et trouve encore le moyen de se permettre quelques blagues vraiment mauvaises, comme par exemple la pathétique participation de Ben Kingsley en maître-gourou au surprenant regard. Pour le coup, alors, il y a bien de la surprise mais vous verrez, ça vaut son pesant de cacahuètes dans le style humour-pas-drôle.

Comme tous les derniers films de Mike Myers, Love Gourou repose cependant en majorité sur son acteur-vedette (le fait le plus révélateur de cela étant qu’il va jusqu’à y jouer parfois plusieurs rôles) et, de ce côté-ci, nous devons reconnaître qu’il s’en sort toujours aussi bien. Parce que l’acteur est quand même un sacré showman, il arrive malgré tout à nous faire rire avec ce personnage aux habitudes étranges et au look des plus décalés, inspiré par le gourou qui accompagna les Beatles durant un temps. Un personnage dont le ton didactique correspond vraiment bien à l’humour « poseur » de Myers, qui aime toujours autant s’adresser directement à la caméra et le fait par exemple ici très bien pour vendre ses livres aux titres hilarants. Des vérités à l’éloquence toute absurde. Et puisqu’un film ne peut non plus s’en tenir qu’à un seul comédien, le gourou de l’amour est entouré d’un casting allant du décevant (Romany Malco, bien plus en verve dans Weeds) aux égaux à eux-mêmes (Jessica Alba -toujours un plaisir- et Verne Troyer), en passant par une petite surprise. Justin Timberlake, sur lequel nous pouvions avoir quelques réserves, mais qui assure vraiment dans le rôle du hockeyeur québécois bien taré, assumant avec aisance et humour une transformation physique étonnante, rappelant celle du toujours inédit Southland Tales. Et arrivant presque à voler la vedette au gourou lors de ses scènes, ce qui n’est pas rien !

Pourtant, nous retrouvons aussi dans le film le plus gros défaut de l’humour de Mike Myers, à savoir son goût prononcé pour le comique de répétition (qui peut vite saoûler, il est vrai) et la ré-utilisation de gags précédemment vus dans ses autres longs-métrages. Un héritage direct de sa période passée au Saturday Night Live, où le manque de temps pour se renouveler chaque semaine oblige à user de telles ficelles. Ce qui n’excuse rien, le cinéma offrant plus de largesses que la télévision, et fait que l’on peut très bien ne pas adhérer à l’humour de Love Gourou, d’autant qu’il n’a pas forcément recours aux meilleurs exemples de la filmographie de l’acteur. On pense ainsi souvent à Le Chat Chapeauté dans certaines attitudes de Pytka, ce qui ne rappelle pas vraiment de bons souvenirs. Loin de là. Mais par-delà ce défaut récurrent chez Myers, plutôt présent ici, nous pourrons aussi émettre quelques regrets quant aux numéros musicaux (une autre réccurence du cinéma du comique) qui ne parviennent jamais à parodier efficacement le cinéma bollywoodien alors qu’il y aurait fort à faire. Marco Schnabel, dont c’est le premier film, n’est pas très inspiré dans ce domaine et c’est bien dommage, les interludes musicales pouvant donner des scènes assez mémorables.

Love Gourou est donc une comédie inoffensive de par son manque d’enjeux et d’originalité et, par conséquent, se montre relativement moyenne, sachant que l’on parle quand même du grand retour de Mike Myers qui se fait ici en demi-teinte. Mais bon, si le film souffre bien d’une des constantes constatées chez l’acteur (son humour qui peut avoir une tendance à lasser, malgré toute la sympathie que l’on a pour lui), nous nous souviendrons d’une autre des vérités inaliénables de sa carrière : ses numéros 2 surpassent toujours les originaux, les 3 reperdant en éclat. Alors, et malgré ce qui a pu être dit au début de ce texte, espérons que l’acteur a suffisamment adoré ce rôle -ce qu’il prétend en interview- pour pousser à lui offrir une suite. Histoire de voir si la loi des séries dirige bien la carrière de l’acteur et, si oui, d’avoir enfin un film à la hauteur du gourou Pytka.

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