Les Chimpanzés de l’espace

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Au sein du monde de l’animation 3D américaine, il existe à côté des énormes structures -Pixar, Disney (non, ce n’est pas tout à fait pareil), Dreamworks et Sony- des studios de plus petite envergure, qui tentent vaillamment de concurrencer les mastodontes. Vanguard Films est de ceux-là et, après nous avoir offert Vaillant et Cendrillon et le Prince (pas trop) Charmant qui ne nous avaient pas complétement convaincu, son équipe nous revient avec Les Chimpanzés de l’espace. Un long-métrage qui participe de la mouvance actuelle que nous remarquons dans le business de l’animation, ce débarquement en grandes pompes de la science-fiction dans nos salles obscures. Un événement au regard de la rareté du genre, et d’autant mieux dans le cas présent puisqu’il y est question de singes. Hé oui, les singes c’est rigolo avec leurs pattes toutes courtes, leurs bras tous longs et leur étrange habitude de manger des bananes (ils sont tellement comme nous, ou nous comme eux, fiers frères primates). Alors quand on leur fait enfiler des combinaisons de spationautes et qu’on les envoie à travers l’hyperespace, nous ne pouvons qu’être intrigués par ce qui s’annonce comme un voyage des plus mouvementés. Ou alors, c’est que vous n’aimez pas les singes. Et c’est bien triste.

Ham, un jeune chimpazé un brin vantard et sacrément casse-cou, est le petit-fils de Ham 1, le célèbre singe qui fut envoyé dans l’espace en 1961. Pourtant, sa progéniture ne suit pas réellement son exemple et préfère se la couler douce en tant que singe-canon dans un cirque itinérant. Mais quand une sonde spatiale disparaît dans un trou noir et révèle l’existence d’un autre monde à son extrémité, la NASA décide d’envoyer une mission de reconnaissance pour découvrir ce qu’il en est. Problème, on ne peut y envoyer que des singes. Et autre problème, il faut que ces singes intéressent suffisamment le public pour que la mission soit financiérement viable. Quoi de mieux, alors, que le petit-fils du chimpanzé le plus aimé d’Amérique ? Et si celui-ci se montrera au début récalcitrant, bien décidé à s’échapper, il n’aura d’autre choix que de se plier à l’entraînement rigoureux qu’impose une telle mission. Parce qu’une fois là-haut, c’est la grande aventure qui les attendra, lui et ses coéquipiers

Si nous aurions pu nous attendre à ce que le film s’attache à rester relativement proche de l’Histoire, de par la référence au singe Ham et un peu à la façon de ce que nous retrouvons dans Fly me to the Moon, Les Chimpanzés de l’espace va très vite nous surprendre en ne s’attachant que très peu à ce fait historique, qui sera plutôt une toile de fond de laquelle essaiera de se détacher le héros. Et ce qui est bien peu en comparaison de l’autre grosse surprise du film, que nous découvrons de plus au travers d’un montage quelque peu abrupte, à savoir que celui-ci est une vraie oeuvre de science-fiction, avec monde extra-terrestre et tout le bazar. Un choc que renforce encore le design peu soigné de la principale race alien présentée dans cette scène, évoluant dans un décor d’assez mauvais goût avec ses couleurs bariolées, rattrapé heureusement par la suite à mesure que nous en découvrirons un peu plus sur ce monde (avec une mention spéciale au très réussi personnage de Kilowatt). Mais avant d’en arriver là, c’est sur Terre que les choses se passeront.

Car Les Chimpanzés de l’espace, s’il cite un grand nombre des chefs d’oeuvres du cinéma de science-fiction, ne va pas user de cet artifice comme d’un faire-valoir (le propre des mauvaises parodies) mais va à la place les limiter au simple clin d’oeil -ce qui est définitivement plus efficace, car la référence devient private-joke et gagne ainsi en saveur- ou bien intégrer ces références à son histoire, calquant par exemple sa structure sur celle de L’Etoffe des héros ou autres Space Cowboys. Des films de groupe, donc, et qui nécessitent alors d’avoir des personnages suffisamment attachants pour que la dynamique fonctionne, que le spectateur s’implique dans l’intrigue. Ce qui, comme nous l’avons dit, était presque gagné d’avance en ayant des singes pour personnages principaux, surtout que les représentants simiesques ici présentés sont des plus sympathiques. Outre Ham qui s’assure les trois-quart du spectacle (remplacé de temps en temps par trois nerds de la NASA croqués comme il faut), avec souvent son petit effet comique réussi, c’est davantage le personnage de Titan que nous retiendrons. Un chef de mission bodybuildé, débile et caricatural comme nous en avons souvent vu -on pense immédiatement à Zapp Brannigan et Buzz l’Eclair- mais dont la force comique reste entière, l’excellent Patrick Warburton (Kronk dans Kuzco, l’empereur mégalo, autant dire tout un poème !) étant de plus derrière le personnage.

A cela nous ajouterons que le long-métrage de Kirk De Micco, malgré un budget évidemment bien moindre à celui des gros blockbusters de l’animation et qui se révêle dans certains éléments ou décors un peu bâclés (heureusement, cela ne concerne pas l’animation des personnages), parvient cependant à se permettre quelques scènes d’action dont le spectacle n’est pas pour nous déplaire. Des séquences qui doivent pour beaucoup aux différentes races extra-terrestres et à leurs particularités, comme ces raies manta volantes dont le ventre se gonfle pour propulser de dangereuses aiguilles, mais aussi à sa musique. Composée par Chris Bacon en association avec le Blue Man Group (vous savez, les étranges types en bleu qui font la publicité d’une fameuse marque d’informatique), celle-ci se montre ainsi fortement chargée question percussions expérimentales et donne un véritable punch à la péloche, en même temps que les images profitent d’un impact décuplé.

Alors, il est bien évident que le nouveau bébé de Vanguard Films ne brillera pas par sa technique (manque de moyens, quand tu nous tiens !) ni même par son originalité, que ce soit d’ailleurs dans sa partie terrestre ou bien dans celle extra-terrestre. Nous sommes en effet ici dans un schéma bien connu, des ornières souvent labourées, mais avec néanmoins dans le cas présent une belle efficacité qui fait de Les Chimpanzés de l’espace un spectacle tout à fait plaisant, dans lequel les enfants mais aussi les adultes plutôt décomplexés pourront trouver leur compte s’ils ne cherchent pas à tout prix le chef d’oeuvre inoubliable (pour ça, Pixar est là). Et puis, bien sûr, il y a les fans de singes. Mais là, c’est prêcher des convertis !

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