Fly me to the Moon

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Alors que les films d’animation ayant trait à la science-fiction ou l’espace se font nombreux cette année, avec pas moins de quatre productions qui viendraient contredire cette idée des producteurs selon laquelle animation et SF feraient mauvais ménage (l’échec cuisant au box-office du Titan A.E. de Don Bluth, qui avait sacrément mis à mal la Fox à l’époque, avait fait son petit effet), Fly me to the Moon a fait le pari de la projection en « 3D Relief » pour se démarquer de la concurrence. En effet, le film de Ben Stassen (un spécialiste des films IMAX et 3D pour parcs d’attractions) est le premier long-métrage d’animation à avoir été pensé dès son origine pour cette nouvelle technologie et, ce qui est plus étonnant, uniquement elle. C’est à dire que le film ne pourra être vu qu’en très peu d’endroits, les salles équipées pour une telle projection étant encore peu nombreuses. Un choix courageux mais très dangereux, le spectatorat potentiel du film étant bien sûr d’autant plus réduit. Et en même temps ce n’est peut-être pas si grave que ça, ces mouches privées de leur magnifique troisième dimension n’ayant plus beaucoup d’arguments pour s’assurer un public le plus large possible.

1969, Cap Canaveral… ou presque. Juste à côté, en fait, une décharge où vit le jeune moucheron Nat, incorrigible rêveur ayant grandi avec les histoires de son grand-père et désirant aujourd’hui, à son tour, vivre sa propre aventure. Quand l’occasion se présente alors d’aller sur la Lune, aventure parmi les aventures, il entraîne ses amis Scooter et I.Q. avec lui et tous trois embarquent clandestinement à bord de la mission Apollo XI. Direction l’espace, les yeux écarquillés et la tête pleine de rêves. Mais sur Terre tout n’est pas aussi rose car, en plus des mères affolées, les russes vexés prévoient de faire échouer la mission

Ainsi, et tout comme Voyage au centre de la Terre, Fly me to the Moon doit pour beaucoup de son intérêt à sa technique, cette projection en trois dimensions que l’on annonce comme la prochaine révolution du cinématographe. Et on y croirait presque tant les deux premiers représentants de ce nouvel art (sans compter les films « upgradés ») se montrent convaincants, nous faisant vivre une expérience réellement différente de ce à quoi nous étions habitués jusque-là dans les salles obscures. Pourtant, cette réussite technique est à mettre en étroite relation avec ce qui fait défaut à ses films, à savoir un véritable oeil de réalisateur derrière la caméra. Ce nouveau système n’en étant encore qu’à ses tous débuts, ils sembleraient en effet logique de confier ces films à ceux les plus à-mêmes de surmonter et corriger les premiers problèmes rencontrés, de mettre la technique au point tout en produisant des films pour rentabiliser la chose le plus rapidement possible (parce que s’il fallait compter sur James Cameron pour ça, avec ce qui fera pas loin de sept années de labeur pour son Avatar, Hollywood ne serait déjà plus qu’un désert de sable). C’est logique, oui, mais quant à savoir si cela est porteur au niveau filmique, c’est autre chose. Là où le spécialiste des effets spéciaux Eric Brevig manquait ainsi parfois clairement de savoir-faire dans la réalisation de son Voyage au centre de la Terre, Ben Stassen s’en sort heureusement bien mieux de par son expérience dans la création de films réservés aux parcs d’attractions. Souvent pensé en ces termes, Fly me to the Moon propose donc nombre de scènes où nous nous faufilons dans le décor à vol de mouche pour des sensations vraiment enivrantes (et qui rendront d’autant mieux à la Géode, où le film est prêvu dans une version de 40 minutes) et qui font honneur au procédé (la séquence de l’alunissage est vraiment splendide). Pourtant, cette maîtrise de la profondeur et de la façon d’en jouer ne font pas tout et quand il s’agit de faire vivre des personnages par l’animation, le manque d’expérience en la matière du réalisateur et de son équipe se fait cruellement sentir et accuse un vrai retard au regard des standards actuels. Sans parler des designs parfois un peu étranges (pourquoi la tête du grand-père doit-elle autant ressembler à un crâne humain ?), nous ne pouvons fermer les yeux sur la gestuelle vraiment limitée des personnages, le manque de petits détails qui font qu’un personnage animé donne l’impression de vivre pour de bon. Revoyez Wall-e et vous comprendrez.

D’autant plus que ce n’est pas la finesse du scénario qui y contribuera, cette petite histoire dans la grande s’adressant explicitement aux plus jeunes d’entre-nous (l’affiche nous précise même « à partir de 3 ans ») et ne s’embarrassant donc pas de creuser psychologiquement ses personnages plus que ça. Nous fonctionnons ici davantage sur des stéréotypes que les enfants comprendront aisément, pour rendre bien sûr la gentiment candide morale de fin la plus limpide à leur compréhension. Mais si encore les défauts du scénario s’arrêtaient là, nous pourrions nous dire que cela ne nous concerne de toutes façons pas et point barre, comme 99% de la production à destination des bambins. Sauf que celui-ci est de plus bizarrement construit, avec l’apparition de méchants accessoires (et discutables, mais nous y reviendrons) en milieu de métrage, et se complait même dans un humour qui peinera à faire rire entre les rots de Scooter et les pitreries d’un grand-père baroudeur qui amène malgré tout un peu d’émotion grâce à la relation qu’il entretient avec son petit fils, sans s’y attarder suffisamment néanmoins pour rendre la chose efficace. Notre plus grande déception étant très certainement que le film, s’il nous plonge dès ses premières minutes avec brio dans les années 60, entre les looks des personnages et surtout la musique, va très vite abandonner cette piste quand elle aurait pu amener un regard sympa sur ces années. Ou, plus exactement, il va l’utiliser de la mauvaise manière en se focalisant sur la guerre froide qui marqua aussi cette époque et la conquête spatiale et fait donc des russes des méchants idéaux mais complétement clichés. Un cours d’histoire critiquable de par la présence de la NASA en qualité de professeur -sûrement la condition sine qua non pour qu’elle ouvre ses archives à la production-, l’ombre de l’organisme américain et de sa course aux étoiles se ressentant fortement dans ce manichéisme que vient cependant un peu tempérer le grand amour par-delà le rideau de fer du grand-père. Mais que cela n’empêche pas les braves petites mouches de saluer la bannière étoilée !

En tant que film à proprement parler, Fly me to the Moon ne présentera donc d’intérêt que pour les très jeunes bambins à qui ce voyage initiatique et merveilleux est définitivement destiné. Heureusement pour lui, et pour les parents qui se laisseront tenter par l’aventure ou bien céderont aux suppliques de leurs chères têtes blondes, le film ne possède pas que cela dans sa besace et profite en plus d’une nouvelle technologie qu’il utilise à merveille, nous plongeant dans une troisième dimension qui gagne à être expérimentée tant elle écrase les précédents essais faits dans ce domaine (rappelez-vous les horribles lunettes aux verres rouge et vert). Pour peu que vous arriviez donc à l’envisager plus comme une attraction que comme un véritable film, ce qui bien le cas, alors vous partagerez avec vos enfants une expérience plaisante. En attendant que le cinéma s’empare pour de bon de cette troisième dimension et utilise pleinement son potentiel.

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