Archive pour septembre, 2008

Course à la Mort

27 septembre, 2008

deathrace18.jpg

Paul W.S. Anderson est un réalisateur duquel on se méfie alors que, pourtant, tout semble être réuni pour que nous l’adorions. Véritable geek nourri aux jeux vidéos et au cinéma d’exploitation, ses projets font à chaque fois naître en nous une certaine excitation qui, malheureusement, tombe souvent à plat. C’est qu’il a beau être un habile faiseur (cela, n peut le voir dans l’esthètique léchée de ses films), on sent toujours qu’il n’a pas su forcément s’imposer auprès de ses producteurs, qu’il a dû mettre de l’eau dans le vin de ses ambitions (rappelez-vous Event Horizon et ses scènes gores censurées). Avec le temps, nous avons ainsi appris à nous méfier un peu, à calmer notre ardeur. Pourtant, il n’empêche que le voir remaker ce que beaucoup considèrent comme un classique produit par Roger Corman, Death Race 2000 (avec David Carradine et un tout jeune Sylvester Stallone), parvient à réanimer un peu de la flamme qui nous animait autrefois. Et en plus, avec Jason Statham dans un rôle bad-ass et au volant d’une voiture bardée d’armes, comment alors ne pas prendre part à la course ?

Dans une Amérique futuriste, les prisonniers sont contraints de participer à de très violentes courses automobiles sur circuits fermés et diffusées par le biais du net, ayant fait de ces hommes des sortes de gladiateurs modernes. Jensen Ames, condamné à tort pour le meurtre de sa femme, se retrouve obligé de participer à ces courses en endossant l’identité de Frankenstein, le coureur favori du public et qui ignore que celui-ci est mort pour ne pas faire baisser l’audience. Mais alors qu’on lui promet sa libération s’il parvient à remporter cette manche de trois courses, il découvre que le jeu est truqué par la directrice de la prison…

Course à la mort est donc, vous vous en seriez doutés,  une péloche bien bourrine qui réserve son lot de scènes d’action bien barrées. Très inspiré par l’univers des jeux vidéos, allant même jusqu’à en utiliser certaines des mécaniques les plus connues (voir les power-up disséminés sur le tracé des courses, ou bien la façon dont les coureurs et leur voiture sont présentés et caractérisés), le réalisateur-scénariste laisse ainsi libre cours à de purs moments de fun où l’on retrouve le même plaisir jouisseur de tout faire péter. D’autant que le film se permet en plus violence plus que bienvenue au regard de la teneur de l’intrigue et du film original, qui fit scandale en son temps, écopant d’un Rated-R nécessaire pour satisfaire à la volonté d’une telle entreprise. Pour ne rien gâcher, on sent en plus que peu de place a été laissée au CGI, juste pour les quelques effets gores très rigolos (bien qu’un peu courts) et favorisant alors les crashs qui, réalisés en live, n’en ont que plus d’impact. Ils ont même été jusqu’à construire l’impressionnant Dreadnought, un putain de cametar’ qui devrait faire rêver l’enfant en chacun de nous. Anderson nous convie ainsi à un spectacle barbare, celui de gladiateurs modernes où la furie mécanique ne manquera pas de nous faire triper.

Mais le film ne s’arrête pas là et, avec la bonne volonté évidente qu’essaye toujours d’insuffler le réalisateur à ses films, il fait donc montre d’une volonté de « tirer la sonette d’alarme » qui le fait entrer de plein pied dans le récit d’anticipation. Le scénario se fonde ainsi pour beaucoup sur les dérives d’un système capitaliste qui a élevé le voyeurisme morbide au rang de simple spectacle, que les gens regardent tranquillement derrière leur écran d’ordi. Une approche pas forcément finaude, d’autant que les articulations scénaristiques qui en découlent (le fait que, pour faire de l’audience, la compétition soit truquée) ont déjà été vues par le passé, ne serait-ce déjà que dans les deux versions de Rollerball dont le contenu est finalement assez proche de ce Course à la Mort. Mais puisque nous sommes plus dans un comic-book movie que dans un film d’auteur, et que cela est de toutes façons ce que nous recherchions, pourquoi se prendre la tête ? Profitons plutôt de ce qu’Anderson ait pu joindre pour une fois le fond et la forme pour livrer un spectacle bien sympa, sans réel défaut, et let it roll !

18967016w434hq80.jpg  18886490w434hq80.jpg  18967009w434hq80.jpg

Sleep Dealer

24 septembre, 2008

sleepdealer1.jpg

Alors qu’une conception bêtement folklorique du cinéma mexicain pourrait cantonner celui-ci dans les cordes des films de lucha libre, avec Santos en éternel héros de la production cinématographique locale, ces dernières années sont riches d’exemples de la vigueur qui y anime les esprits. Les films de genre originaires du Mexique acquièrent ainsi une notoriété mondiale nouvelle, avec une sophistication et une sensibilité toutes latines, et qui nous ont déjà révélé quelques talents d’exception comme Guillermo del Toro ou bien Alfonso Cuaron. Petit nouveau dans cet horizon en plein essor, Alex Rivera nous arrive aujourd’hui accompagné de Sleep Dealer, un film s’étant fait remarqué au dernier gestival de Sundance et qui a la bonne idée d’user intelligemment du genre de l’anticipation pour satisfaire à sa volonté première, à savoir extrapoler sur le développement de notre propre monde. Et quand on voit cela du côté du Mexique, des pays qui sont le plus en prise avec les dérives de nos sociétés (même s’il existe nombre de nations bien plus touchées), autant dire que la vision est aussi cinglante qu’engagée.

Dans un futur plus proche que nous pourrions le croire, les Etats-Unis ont dressé un mur infranchissable le long de leur frontière avec le Mexique mais, dans leur hypocrisie, continuent d’utiliser la main d’oeuvre mexicaine à l’aide d’usines appelées Sleep Dealers. Des entrepôt gigantesques dans lesquels ceux qui sont munis des implants nécessaires peuvent se connecter et contrôler virtuellement des robots sur les chantiers américains, les orangeraies de Floride,…
Memo, jeune homme ne rêvant que de quitter les terres arides où est établie sa famille et où l’eau est une denrée qui se monnaye en or auprès du gouvernement, se construit un jour une récepteur pirate pour écouter les ondes par-delà le Mur. Mais en faisant cela, il est repéré par l’armée qui envoie alors un drone pour éliminer la « menace terroriste », et provoque ainsi la mort de son père. Rongé par la culpabilité, il décide de pourvoir aux besoins de ses proches et se rend à Tijuana, la ville du futur, où recrutent les Sleep Dealers…

Sleep Dealer ne manquera ainsi pas d’interpeller le spectateur par son histoire qu’a rédigé Rivera, assurant la réalisation et le scénario d’un projet qu’il porte à bout de bras, et qui renvoie tout autant à une situation tristement d’actualité qu’aux possibilités d’un futur que l’on craint sans arriver à l’éviter. L’anticipation, genre oh! combien casse-gueule de la science-fiction puisque directement relié à des choses qui nous sont familières et que nous pouvons relativiser, trouve en effet ici un représentant particulièrement lucide car résultant d’une volonté de réalisme dans l’extrapolation temporelle qui n’est pas sans rappeler le travail effectué sur un certain Les Fils de l’Homme. C’est que nous aurions pu craindre de tomber dans le cheap quand on sait que le réalisateur avoue vouer un culte à La Guerre des étoiles, sentiment plus que compréhensible mais pouvant amener le film à se perdre dans des sphères qu’il ne peut atteindre. Et s’il lui arrive de céder parfois à ses sirénes, avec par exemple des drones en CGI peu convaincants ou bien en voulant agrandir un espace par une astuce de montage un peu trop évidente (voir les scènes dans le Sleep Dealer), force est de reconnaître que Rivera parvient à donner à son premier film une plutôt belle patine en cherchant du côté d’un certain naturalisme. Tirant donc finalement parti de son manque évident de moyens (on ne peut pas dire que le cinéma mexicain soit le plus argenté du monde, succès croissant ou non), le film s’installe dans des cadres du Mexique qui sont très semblables à ceux que nous connaissons, où la science-fiction n’apparaît que par légères touches. Ce qui sert d’autant mieux, bien sûr, son propos.

Parce que l’anticipation n’a d’autre but que de parler du temps présent et, en cela, le film de Alex Rivera se pose comme une parabole passionnante sur le « Rêve américain » qui a déjà amené tant de gens à risquer leur vie pour en trouver une meilleure. La perte de soi dans cette quête du bonheur se retrouve ainsi en filigrane tout au long du métrage, avec bien sûr les machines permettant de relier les travailleurs à leur avatar robotique mais pas seulement. Car la dématérialisation de tout un peuple (ici, même les souvenirs peuvent être vendus) par une politique capitaliste poussée dans ses derniers retranchements ne s’arrête pas à un simple mur, il faut aussi que cet Eden continue de faire envie aux habitants des pays moins fortunés pour faire tourner la machine. Ainsi, malgré la pauvreté ambiante qui entoure Memo, nous ne cessons de voir des téléviseurs de grand standing même dans la plus petite bicoque. Des fenêtres ouvertes sur un monde où tout semble plus facile, plus lumineux, plus marrant, et qui sont l’occasion pour Rivera de s’essayer à quelques touches d’humour noir avec ces messages télévisuels assénés avec la délicatesse du marteau-pilon (Verhoeven n’est pas loin) tout en cristallisant cette problématique du « rêve américain » qui n’est rien de plus que la négation d’une situation présente pour se conforter dans un rêve, un fantasme. Une dématérialisation du réel qu’expérimente directement le jeune héros et que nous fait découvrir par-là même le réalisateur, abandonnant en quelques occasions le naturalisme de son filmage pour triturer l’image et la rendre purement sensitive, nous plongeant dans la perception perturbée de Memo comme lui plonge dans cette « réalité virtuelle ».

Pourtant, le film a beau jouir d’une réelle intelligence, qui plus est servie par des acteurs véritablement excellents (Luis Fernando Pena en tête, mais aussi la très charmante Leonor Varela), son propos a une tendance à quelque peu s’égarer dans le derniers tiers du métrage avec la ré-introduction d’un personnage que nous avions quitté depuis quelques temps déjà. Un choix narratif qui va alors bien permettre de conclure l’histoire du père et permettre à Memo de faire son deuil mais qui, à côté de cela et en plus de le faire un peu trop rapidement, brouille un chouia les pistes quant au développement de la thématique principale. Le discours politique trouvera donc heureusement une sorte de conclusion avec le renoncement du héros à ce fantasme ne cachant que du factice, mais pour en arriver là nous aurons dû faire un détour relativement biscornu qui alourdit un peu la narration.

Reste malgré tout que Sleep Dealer se propose comme une première oeuvre sincère (tant dans le discours politique que dans l’amour de la science-fiction) et maîtrisée, dont le postulat de départ ne manquera pas de résonner avec l’actualité en l’éclairant d’une manière originale. Une véritable oeuvre d’anticipation, donc, et la révélation d’un nouveau talent mexicain qu’il nous faudra suivre de près, surtout s’il persiste à oeuvrer dans la science-fiction. Qu’on lui donne alors les moyens de faire son propre Star Wars, parce que ça pourrait s’avérer extrêmement passionnnant !

sleepdealer13.jpg  sleepdealer9.jpg  sleepdealer4.jpg

Mirrors

15 septembre, 2008

mirrors.jpg

Alexandre Aja, même s’il est un « fils de » (Alexandre Arcady, pour info), était parvenu à nous faire adhérer à son cinéma de par son goût pour le cinoche de genre qui tâche et la façon assez extrême qu’il avait de l’aborder. Nous rappelons ainsi Haute Tension (aaah, Cecil de France baignant dans le jus de raisin) mais plus encore le remake de La Colline a des yeux, véritable claque jusqu’au boutiste qui s’imposait immédiatement comme la crème du survval bien vénère. Autant dire qu’avec celui-ci, Aja (sans oublier son compère Grégory Levasseur, de tous les coups à la direction artistique ou bien au scénario) se réservait une bonne place dans le panthéon des maîtres de l’horreur et nous attendions donc avec impatience de voir cette très bonne première impression confirmée. Alors, miroir, mon beau miroir, dis-moi ce qu’il en est…

Ben Carson (Kiefer Sutherland, impeccable), un ancien filc relativement porté sur la bouteille et à la vie familiale plutôt dissolue, essaye de rattraper ses erreurs et pour cela accepte un nouveau travail : veilleur de nuit dans un grand magasin délabré, autrefois marqué par la tragédie d’un incendie ayant tué plusieurs dizaines de personnes. Très vite, Ben se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond dans ce bâtiment, dont les miroirs semblent refermer des choses terrifiantes. Une sorte de force, qui s’en prend rapidement et violemment au gardien de nuit avant de mettre en danger sa famille, le forçant à redevenir enquêteur pour découvrir l’origine du drame qui marqua ce bâtiment et éviter celui à venir…

S’adonnant encore une fois à l’exercice du remake (et s’apprêtant à y persister puisque son prochain projet n’est autre qu’une nouvelle version, en 3D, du Piranhas de Joe Dante), Alexandre Aja a jeté cette fois son dévolu sur Into the Mirror, un film fantastico-horrifique coréen à l’intrigue assez similaire. Mais à l’efficacité bien moindre car le réalisateur et son directeur artistique ont opté ici, en lieu et place des décors très nets et très éclairés de l’original, pour une ambiance gothique qui donne un véritable cachet à l’image. A ce titre, le magasin -et décor principal du film- est une vraie merveille cinégénique et, même si Aja a tendance à avoir un peu de mal à renouveler sa façon de le présenter (une scène se déroulant juste devant le magasin, en extérieur, finira presque à chaque fois en contre-plongée pour apprécier la hauteur de la bâtisse et écraser les personnages), il n’empêche que le principal est là : c’est un lieux où l’on ne voudrait absolument pas foutre les pieds ! D’autant que le petit frenchy sait s’y prendre pour faire monter la tension, usant de façon plutôt maline des jeux de miroirs et de son postulat de maison hanté, se permettant quelques fulgurances gores attendues et qui ne décevront pas (l’expression « avoir une grande gueule » vient de trouver une nouvelle illustration) même si elles sont assez rares.

Et si la première heure se laisse voir agréablement sans néanmoins faire preuve d’une originalité étourdissante, le film part ensuite sur une toute autre voie que lui imposent des révélations un peu malvenues. En effet, nous quittons alors le pur de film de maison hanté pour se rapprocher d’une conception plus asiatique du film de fantômes, renouant par-là même avec le film original sans que cela soit pour autant un gage de qualité. Comme quoi, des fois, on devrait se passer de la déférence, surtout quand c’est pour partir ensuite dans une américanisation qui rappelera l’esthètique des Saw.  Ainsi le final de Into the mirror, qui manquait cruellement d’efficacité, se voit ici (beaucoup) transformé en une scène qui se relance artificiellement, tombant dans un grotesque qui vous saute à la gueule par sa furie hors-sujet (vous comprendrez quand vous verrez la « bête »…). On se retrouve alors avec une fin bancale, qui se parachève dans un ultime twist calqué sur le film coréen mais qui ne possède dans le scénario d’Aja et Levasseur et leur traitement du miroir aucune légitimité.

Mirrors se retrouve alors à être comme cette dernière note sur laquelle il s’achève, un exercice stylistique assez réussit mais un peu vain de par son manque réel d’originalité, de mordant, qui se voit de plus déséquilibré dans son dernier tiers par un changement de traitement assez déstabilisant. On pense alors avec ce film au Gothika de Mathieu Kassovitz, autre film joliment appliqué mais qui ne brillait pas par son scénario ou des partis-pris couillus. Pas d’innovation, de la routine qui reste toujours passable, nous sommes là face à un petit film sympathique et qui surnagera sans peine du gros de la production horrifique (déjà, il est meilleur que son modèle, ce qui réitère un peu la réussite de La Colline a des yeux) mais qui continuera de décevoir au regard du potentiel d’Alexandre Aja, qui reste malheureusement visible tout du long mais semble se perdre dans le travail d’adaptation. Laissons-lui donc une seconde chance, en attendant la suite. Mais peut-être serait-ce le moment de revenir à un projet original, même de plus petite envergure ? 

p.s : ouais, même si j’ai quand même bien envie de voir ce que ça va donner, son Piranhas en 3D !

18937728w434hq80.jpg  18937730w434hq80.jpg  18968532w434hq80.jpg

Mariage chez les Bodin’s

8 septembre, 2008

mariage chez les bodin's 

Sorti depuis déjà le mois d’avril de cette année dans plusieurs régions de la province française, Mariage chez les Bodin’s monte finalement à la capitale et nous promet une plongée dans les affres et plaisirs de la vie paysanne. Concocté par la compagnie comique « les Bodin’s », dont vous avez peut-être pu apprécier les spectacles sur scène, ce long-métrage se dévoile ainsi sous la forme d’un faux documentaire style Strip-tease, ce qui aide bien sûr à « faire plus vrai » tout en bénéficiant d’une approche comique et formelle plus originales. Une bonne idée donc, au premier abord, mais qui va néanmoins être aussi la faille par laquelle le renard viendra chiper les poules. Car malgré toute la sympathie que peuvent faire naître ces personnages de païzous (Big Up la Creuse !), le film pèche un peu par là où il se démarquait.

Christian Bodin est un paysan, producteur de fromage de chèvre, vivant dans la ferme de sa mère Maria qui, elle aussi, fait du fromage de chèvre. Une tradition familiale qu’ils doivent tenir depuis quelques générations et qui s’est toujours accomodée de leur quotidien bien réglé. Mais voilà, Christian vient d’avoir cinquante ans et, comme tout homme de cet âge-là, il s’apprête à se marier avec la cantinière de l’école primaire. Un événement pour les Bodin’s mais qui ne va pas se faire sans mal entre les divers préparatifs pour la cérémonie et une équipe de tournage venue faire un documentaire sur eux. Et puis, faudrait pas oublier les fromages de chèvre, bon d’là !

Ainsi, si la forme du documentaire est un excellent ressort comique, cela implique aussi irrémédiablement une certaine volonté réaliste. Parce que nous sommes conditionnés à interpréter, à percevoir ce type d’image et de réalisation d’une certaine manière et, en cela, Mariage chez les Bodin’s s’accomode la majorité du temps plutôt bien de cette contrainte, avec certains détails qui aident à crédibiliser intelligemment son système de filmage comme par exemple le fait que le visage de la mariée soit toujours flouté (« Elle est timide« ). Sa reconstitution du monde paysan est de plus assez bien vue (faut dire aussi que tout à été tourné en « décors très naturels », sur les lieux-même qui ont inspiré aux Bodin’s leurs personnages) et, pour ceux qui connaissent ce genre de régions reculées de l’hexagone, on a parfois l’impression de retrouver des décors, des scènes familières. Pourtant, il persiste un décalage au sein du métrage qui se laisse aller sur certains domaines à une caricature un peu trop grossière -voir la dentition de Christian ou bien le cousin Momo-, ce qui tend à laisser une drôle d’impression au regard de la forme documentaire.

Surtout que Mariage chez les Bodin’s cale la majorité de son humour sur une approche plutôt réaliste, le métrage suivant la plupart du temps le personnage du futur marié, Christian. Un paysan auquel son interprète Jean-Christian Fraiscinet donne une réelle épaisseur en se montrant très convaincant et même, en certaines occasions, relativement touchant, ses gags venant alors de sa maladresse, sa timidité. Son humanité, pour tout dire. Nous serions donc très loin de la grosse caricature dont nous parlions plutôt si l’on s’en tenait à cela mais, malheureusement pour le film, Christian n’est le seul Bodin de la famille. Il faut ainsi compter aussi sur sa mère Maria, un personnage bien plus haut en couleurs et s’inscrivant ainsi dans un registre diamétralement opposé. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, les gags et répliques la concernant étant très sûrement ceux qui feront le plus rire (l’explosion des taupes, la chasse au cerf) mais ceux-ci s’intégrent alors mal au reste du long-métrage et le laisse le postérieur entre deux chaises.

Mariage chez les Bodin’s est donc une petite déception, la première aventure cinématographique de la troupe comique les Bodin’s semblant soufrir tout du long du contraste entre les humours incarnés par ses deux acteurs principaux. Un défaut qui n’apparaissait pas aussi fortement durant leurs spectacles, renforcé donc par le passage au grand écran qui s’accompagne d’autant plus ici de quelques longueurs propres au style documentaire (franchement, les émissions que parodie le film ne sont pas des plus passionnantes…) et à des digressions dans la narration (pourquoi ne pas se focaliser plus sur les préparatifs du mariage ?). Malgré tout cela, le long-métrage comporte suffisamment de gags et de bons mots pour vous faire régulièrement rire, ce qui est déjà pas mal, et se proposera comme une escale pittoresque dans notre arrière-pays adoré. Et alors que les vacances nous semblent déjà bien loin, ça fait du bien !

18926350w434hq80.jpg  18926344w434hq80.jpg  18926351w434hq80.jpg

Babylon A.D.

8 septembre, 2008

babylonadver2.jpg

Depuis le temps qu’il en parlait de son projet d’adapter le Babylon babies de Dantec, le père Kasso, on peut dire que nous attendions la chose avec une certaine curiosité. Surtout que ses propos étaient des plus excitants, le réalisateur promettant de « révolutionner la forme du cinéma d’action« . Rien que ça. Et si nous l’en pensions malgré tout capable (Kassovitz est ce que l’on peut appeler un réalisateur « intelligent », qui a montré dans ses précédents films une véritable réflexion sur l’objet filmique), les premiers échos quant à la production du film calmèrent les ardeurs : problèmes avec sa star Vin Diesel, problèmes avec les producteurs, problèmes sur la longueur du métrage,… Un amoncellement de tracas qui allait mener Babylon A.D. là où nous le craigions, là où le film n’est plus tout à fait de son réalisateur. Et c’est bien regrettable, car il subsiste de plutôt beaux restes !

Dans un futur proche, la main de l’homme a ravagé la planète, la société se construisant autour des mafias, groupes religieux et autres consortiums économiques. Terré parmi les débris de la Serbie, le tueur à gages Toorop reçoit une nouvelle mission émanant du parrain local : récupérer dans un monastère une jeune fille, Marie, et l’emmener saine et sauve jusqu’aux Etats-Unis. Un job dont les difficultés seront bien autres que de passer les frontières sur-protégées, son colis semblant focaliser toutes les attentions pour une mystérieuse raison…

Malgré tout ce que l’on pourra reprocher au film il est néanmoins un point sur lequel on ne pourra le critiquer, à savoir sa réussite formelle. Car Kassovitz est un faiseur d’images plutôt doué, possédant un bon sens de la cinématographie qu’il a particulièrement dévoilé dans ses dernières oeuvres, Les Rivières pourpres ou bien encore Gothika. Deux films qui partagent avec son dernier rejeton les mêmes problèmes sur le plan scénaristique -nous y reviendrons- mais qui se révèlent aussi être de brillants exercices de styles chacun dans leur genre. Après donc le thriller et le fantastique, le réalisateur de La Haine nous invite à un voyage dans la science-fiction et, pour l’occasion, nous fait découvrir un univers d’anticipation à la croisée de nombreuses influences comme autant de cadres, entre ville en ruine, cité à la Blade Runner, banquise se désagrégeant,… Une multitude de décors qui restrancrit l’idée de voyage, bien sûr, mais qui se montre en même temps un excellent terrain de jeu pour Kassovitz, qui peut alors laisser libre court à tout ce qu’a pu lui inspirer ce roman depuis des années, toutes les images qu’il a fait naître en lui (en plus de son propre regard sur notre société).

Les premières minutes de Babylon A.D. sont ainsi, à ce titre, carrément énormes, avec la présentation d’une Serbie déliquescente dans laquelle la stature imposante de Vin Diesel, en mode Incassable, erre sur un bon gros son de rap concocté par RZA. La classe, purement et simplement. Et cette classe, Kassovitz parviendra très soufflant à l’insuffler au détour de sa réalisation, comme lorsque nous découvrons ce New-York dont les lumières et néons feraient pâlir Las Vegas. Pourtant, si la mise en scène fait un quasi sans faute, il est un point crucial sur lequel elle se plante dans les grandes largeurs : les scènes d’action et plus spécifiquement les combats, parfaitement illisibles. Ce qui est très étonnant quand on se rappelle la scène de fight contre le nazi dans Les Rivières pourpres, plutôt bien foutue alors mais dont aucun reste ne subsiste ici. Cadrés serrés avec une caméra qui peine à suivre les mouvements, sans parler du montage inepte, rien ne vient sauver ce qui aurait du être l’un des gros points forts du film.

Et comme si ça ne suffisait pas, le film voit son blason encore davantage terni par un scénario qui cumule d’énormes lacunes, un comble quand on sait le temps depuis lequel Kassovitz réfléchit à ce film et qui signifierait bien l’ingérence des producteurs sur le projet. Il n’empêche que le film en pâtit, son histoire aux nombreux tenants et aboutissants étant emballée sans ambage. Tout va vite, très vite, on ne s’ennuie donc jamais mais nous ne sommes non plus jamais portés par l’intrigue où les personnages. Sans compter que de nouveaux personnages cruciaux pour l’histoire apparaissent artificiellement en cours de route, voire même dans la dernière partie du film, et se retrouvent alors à devoir donner le change en vitesse, ce qui n’aide pas à éviter les clichés et autres raccourcis douteux. D’autant plus rageant que le postulat de départ en lui-même ne brille pas par son originalité -et cela au sein même des écrits de Dantec, dont La Sirène rouge est un copier/coller sans la science-fiction (un gros killer qui doit mener une jeune fille d’un point A à un point B en la protégeant contre une mère diabolique)- et que tout ce qui aurait pu faire qu’il se démarque est finalement squeezé.

Jouissant d’un casting plutôt sympa, Vin Diesel en tête (on parle quand même de Riddick, là), et faisant montre d’une image bien stylée, Babylon A.D. ne convainc pas pour autant, la faute à une histoire vraiment trop mal traitée. La difficulté de faire tenir un pavé littéraire dans une péloche de 1h40. Mathieu Kassovitz a depuis sa sortie plus ou moins renié son film, l’accusant de ne pas être son montage quand il avait annoncé le contraire il y a toute juste quelques mois lors d’une conférence de presse, pour faire taire les rumeurs sur un montage européen de 2h40. Rumeurs qu’il avait lui-même lancé. Alors que croire dans cet indicible imbroglio, sinon cette déception lancinante que l’on ressent en sortant de la salle ?

18974772w434hq80.jpg  18974774w434hq80.jpg  18882856w434hq80.jpg

Love Gourou

1 septembre, 2008

lovegourou.jpg

Alors que nous ne l’avions pas vu en chair et en os sur les grands écrans depuis un bon bout de temps, Le Chat chapeauté remontant quand même à 2004, Mike Myers nous revient avec un nouveau personnage à ajouter à son tableau : le gourou Pitka. Un personnage né de la période que passa l’acteur dans des ashrams suite au décés de son père, au début des années 90, à discuter avec des gourous pour trouver le moyen de faire son deuil. Mais le comique, malgré la douleur, n’oublia pas à quel point ces personnes pouvaient se montrer excentriques, décalées et fascinantes. Après avoir un peu travaillé ce personnage haut en couleurs, et ayant des phrases toutes faites pour tout et n’importe quoi, lors de plusieurs stand-up, le voilà donc qui nous arrive aujourd’hui au cinéma. Suivant les traces de Wayne Campbell, Austin Powers et Shrek. Un héritage prestigieux mais que le gourou Pitka pourrait très bien égaler au regard de son potentiel, cette figure comique n’étant pas des plus communes. Pourtant si le cinéma de Mike Myers est évidemment rôdé aux suites (on attend Shrek 4 et Austin Powers 4), il se pourrait bien que -dans le cas présent- cela ne reste qu’un coup unique.

Le gourou Pytka est le deuxième gourou le plus connu et reconnu du monde. Né aux Etats-Unis mais ayant grandi dans un ashram, il a appris nombre de secrets de son illustre maître et les enseigne aujourd’hui dans son pays d’origine, faisant des stars people sa clientèle. Il reçoit un jour une offre plutôt inhabituelle puisque, pour deux millions de dollars, la patronne d’un club de hockey sur glace lui demande de rabibocher son joueur vedette avec son ex, partie avec le goal québécois d’une équipe adverse. La Stanley Cup est en effet bientôt terminée et il faut absolument que le meneur ait l’esprit clair pour mener son équipe à la victoire. A charge pour le gourou de remettre de l’ordre dans tout cela, prodiguant conseils et exercices pratiques sans jamais se départir de sa bonne humeur et son entrain, surtout qu’une réussite lui ouvrirait les portes de l’émission d’Oprah. Et, peut-être, le coeur de la belle Jane Bullard. Même si avant cela il lui faudra remplir une dernière condition pour devenir un véritable gourou

Ainsi, si l’on s’en tient aux chiffres du box-office américain, il semblerait bien que l’amour pour autrui du Love Gourou soit à sens unique, d’où une forte probabilité de ne jamais voir de suite. C’est qu’avec ses 33 millions de dollars en neuf semaines, le long-métrage constitue le second échec public dans la filmographie de Mike Myers, après Quand Harriet découpe Charlie. Et comme celui-ci, s’il n’aura sûrement pas de séquelle, ce n’est pas seulement qu’il n’a pas rencontré son public mais qu’il constitue aussi l’un des exemples les plus ternes de la carrière de l’acteur. Partant d’un postulat pourtant prometteur, le scénario co-écrit par Myers va se perdre dans une trame des plus banales qui mixe comédie romantique et film de sport au show du gourou, ces deux genres ayant un traitement trop gentillet, trop classique pour surprendre. Ce qui est, d’ordinaire, l’un des ressorts principaux de l’humour, le petit truc auquel vous ne vous attendez pas et qui vous fait éclater de rire. Mais nous ne le trouverons donc pas dans ces intrigues parallèles qui avancent avec les phares allumés, en plein jour. Un scénario qui ne brille pas par son originalité et trouve encore le moyen de se permettre quelques blagues vraiment mauvaises, comme par exemple la pathétique participation de Ben Kingsley en maître-gourou au surprenant regard. Pour le coup, alors, il y a bien de la surprise mais vous verrez, ça vaut son pesant de cacahuètes dans le style humour-pas-drôle.

Comme tous les derniers films de Mike Myers, Love Gourou repose cependant en majorité sur son acteur-vedette (le fait le plus révélateur de cela étant qu’il va jusqu’à y jouer parfois plusieurs rôles) et, de ce côté-ci, nous devons reconnaître qu’il s’en sort toujours aussi bien. Parce que l’acteur est quand même un sacré showman, il arrive malgré tout à nous faire rire avec ce personnage aux habitudes étranges et au look des plus décalés, inspiré par le gourou qui accompagna les Beatles durant un temps. Un personnage dont le ton didactique correspond vraiment bien à l’humour « poseur » de Myers, qui aime toujours autant s’adresser directement à la caméra et le fait par exemple ici très bien pour vendre ses livres aux titres hilarants. Des vérités à l’éloquence toute absurde. Et puisqu’un film ne peut non plus s’en tenir qu’à un seul comédien, le gourou de l’amour est entouré d’un casting allant du décevant (Romany Malco, bien plus en verve dans Weeds) aux égaux à eux-mêmes (Jessica Alba -toujours un plaisir- et Verne Troyer), en passant par une petite surprise. Justin Timberlake, sur lequel nous pouvions avoir quelques réserves, mais qui assure vraiment dans le rôle du hockeyeur québécois bien taré, assumant avec aisance et humour une transformation physique étonnante, rappelant celle du toujours inédit Southland Tales. Et arrivant presque à voler la vedette au gourou lors de ses scènes, ce qui n’est pas rien !

Pourtant, nous retrouvons aussi dans le film le plus gros défaut de l’humour de Mike Myers, à savoir son goût prononcé pour le comique de répétition (qui peut vite saoûler, il est vrai) et la ré-utilisation de gags précédemment vus dans ses autres longs-métrages. Un héritage direct de sa période passée au Saturday Night Live, où le manque de temps pour se renouveler chaque semaine oblige à user de telles ficelles. Ce qui n’excuse rien, le cinéma offrant plus de largesses que la télévision, et fait que l’on peut très bien ne pas adhérer à l’humour de Love Gourou, d’autant qu’il n’a pas forcément recours aux meilleurs exemples de la filmographie de l’acteur. On pense ainsi souvent à Le Chat Chapeauté dans certaines attitudes de Pytka, ce qui ne rappelle pas vraiment de bons souvenirs. Loin de là. Mais par-delà ce défaut récurrent chez Myers, plutôt présent ici, nous pourrons aussi émettre quelques regrets quant aux numéros musicaux (une autre réccurence du cinéma du comique) qui ne parviennent jamais à parodier efficacement le cinéma bollywoodien alors qu’il y aurait fort à faire. Marco Schnabel, dont c’est le premier film, n’est pas très inspiré dans ce domaine et c’est bien dommage, les interludes musicales pouvant donner des scènes assez mémorables.

Love Gourou est donc une comédie inoffensive de par son manque d’enjeux et d’originalité et, par conséquent, se montre relativement moyenne, sachant que l’on parle quand même du grand retour de Mike Myers qui se fait ici en demi-teinte. Mais bon, si le film souffre bien d’une des constantes constatées chez l’acteur (son humour qui peut avoir une tendance à lasser, malgré toute la sympathie que l’on a pour lui), nous nous souviendrons d’une autre des vérités inaliénables de sa carrière : ses numéros 2 surpassent toujours les originaux, les 3 reperdant en éclat. Alors, et malgré ce qui a pu être dit au début de ce texte, espérons que l’acteur a suffisamment adoré ce rôle -ce qu’il prétend en interview- pour pousser à lui offrir une suite. Histoire de voir si la loi des séries dirige bien la carrière de l’acteur et, si oui, d’avoir enfin un film à la hauteur du gourou Pytka.

18846611w434hq80.jpg  18944298w434hq80.jpg  18928095w434hq80.jpg

Les Chimpanzés de l’espace

1 septembre, 2008

chimpanzesdeespace.jpg

Au sein du monde de l’animation 3D américaine, il existe à côté des énormes structures -Pixar, Disney (non, ce n’est pas tout à fait pareil), Dreamworks et Sony- des studios de plus petite envergure, qui tentent vaillamment de concurrencer les mastodontes. Vanguard Films est de ceux-là et, après nous avoir offert Vaillant et Cendrillon et le Prince (pas trop) Charmant qui ne nous avaient pas complétement convaincu, son équipe nous revient avec Les Chimpanzés de l’espace. Un long-métrage qui participe de la mouvance actuelle que nous remarquons dans le business de l’animation, ce débarquement en grandes pompes de la science-fiction dans nos salles obscures. Un événement au regard de la rareté du genre, et d’autant mieux dans le cas présent puisqu’il y est question de singes. Hé oui, les singes c’est rigolo avec leurs pattes toutes courtes, leurs bras tous longs et leur étrange habitude de manger des bananes (ils sont tellement comme nous, ou nous comme eux, fiers frères primates). Alors quand on leur fait enfiler des combinaisons de spationautes et qu’on les envoie à travers l’hyperespace, nous ne pouvons qu’être intrigués par ce qui s’annonce comme un voyage des plus mouvementés. Ou alors, c’est que vous n’aimez pas les singes. Et c’est bien triste.

Ham, un jeune chimpazé un brin vantard et sacrément casse-cou, est le petit-fils de Ham 1, le célèbre singe qui fut envoyé dans l’espace en 1961. Pourtant, sa progéniture ne suit pas réellement son exemple et préfère se la couler douce en tant que singe-canon dans un cirque itinérant. Mais quand une sonde spatiale disparaît dans un trou noir et révèle l’existence d’un autre monde à son extrémité, la NASA décide d’envoyer une mission de reconnaissance pour découvrir ce qu’il en est. Problème, on ne peut y envoyer que des singes. Et autre problème, il faut que ces singes intéressent suffisamment le public pour que la mission soit financiérement viable. Quoi de mieux, alors, que le petit-fils du chimpanzé le plus aimé d’Amérique ? Et si celui-ci se montrera au début récalcitrant, bien décidé à s’échapper, il n’aura d’autre choix que de se plier à l’entraînement rigoureux qu’impose une telle mission. Parce qu’une fois là-haut, c’est la grande aventure qui les attendra, lui et ses coéquipiers

Si nous aurions pu nous attendre à ce que le film s’attache à rester relativement proche de l’Histoire, de par la référence au singe Ham et un peu à la façon de ce que nous retrouvons dans Fly me to the Moon, Les Chimpanzés de l’espace va très vite nous surprendre en ne s’attachant que très peu à ce fait historique, qui sera plutôt une toile de fond de laquelle essaiera de se détacher le héros. Et ce qui est bien peu en comparaison de l’autre grosse surprise du film, que nous découvrons de plus au travers d’un montage quelque peu abrupte, à savoir que celui-ci est une vraie oeuvre de science-fiction, avec monde extra-terrestre et tout le bazar. Un choc que renforce encore le design peu soigné de la principale race alien présentée dans cette scène, évoluant dans un décor d’assez mauvais goût avec ses couleurs bariolées, rattrapé heureusement par la suite à mesure que nous en découvrirons un peu plus sur ce monde (avec une mention spéciale au très réussi personnage de Kilowatt). Mais avant d’en arriver là, c’est sur Terre que les choses se passeront.

Car Les Chimpanzés de l’espace, s’il cite un grand nombre des chefs d’oeuvres du cinéma de science-fiction, ne va pas user de cet artifice comme d’un faire-valoir (le propre des mauvaises parodies) mais va à la place les limiter au simple clin d’oeil -ce qui est définitivement plus efficace, car la référence devient private-joke et gagne ainsi en saveur- ou bien intégrer ces références à son histoire, calquant par exemple sa structure sur celle de L’Etoffe des héros ou autres Space Cowboys. Des films de groupe, donc, et qui nécessitent alors d’avoir des personnages suffisamment attachants pour que la dynamique fonctionne, que le spectateur s’implique dans l’intrigue. Ce qui, comme nous l’avons dit, était presque gagné d’avance en ayant des singes pour personnages principaux, surtout que les représentants simiesques ici présentés sont des plus sympathiques. Outre Ham qui s’assure les trois-quart du spectacle (remplacé de temps en temps par trois nerds de la NASA croqués comme il faut), avec souvent son petit effet comique réussi, c’est davantage le personnage de Titan que nous retiendrons. Un chef de mission bodybuildé, débile et caricatural comme nous en avons souvent vu -on pense immédiatement à Zapp Brannigan et Buzz l’Eclair- mais dont la force comique reste entière, l’excellent Patrick Warburton (Kronk dans Kuzco, l’empereur mégalo, autant dire tout un poème !) étant de plus derrière le personnage.

A cela nous ajouterons que le long-métrage de Kirk De Micco, malgré un budget évidemment bien moindre à celui des gros blockbusters de l’animation et qui se révêle dans certains éléments ou décors un peu bâclés (heureusement, cela ne concerne pas l’animation des personnages), parvient cependant à se permettre quelques scènes d’action dont le spectacle n’est pas pour nous déplaire. Des séquences qui doivent pour beaucoup aux différentes races extra-terrestres et à leurs particularités, comme ces raies manta volantes dont le ventre se gonfle pour propulser de dangereuses aiguilles, mais aussi à sa musique. Composée par Chris Bacon en association avec le Blue Man Group (vous savez, les étranges types en bleu qui font la publicité d’une fameuse marque d’informatique), celle-ci se montre ainsi fortement chargée question percussions expérimentales et donne un véritable punch à la péloche, en même temps que les images profitent d’un impact décuplé.

Alors, il est bien évident que le nouveau bébé de Vanguard Films ne brillera pas par sa technique (manque de moyens, quand tu nous tiens !) ni même par son originalité, que ce soit d’ailleurs dans sa partie terrestre ou bien dans celle extra-terrestre. Nous sommes en effet ici dans un schéma bien connu, des ornières souvent labourées, mais avec néanmoins dans le cas présent une belle efficacité qui fait de Les Chimpanzés de l’espace un spectacle tout à fait plaisant, dans lequel les enfants mais aussi les adultes plutôt décomplexés pourront trouver leur compte s’ils ne cherchent pas à tout prix le chef d’oeuvre inoubliable (pour ça, Pixar est là). Et puis, bien sûr, il y a les fans de singes. Mais là, c’est prêcher des convertis !

18963733w434hq80.jpg  18963734w434hq80.jpg  18963732w434hq80.jpg

Fly me to the Moon

1 septembre, 2008

flymetothemoon.jpg

Alors que les films d’animation ayant trait à la science-fiction ou l’espace se font nombreux cette année, avec pas moins de quatre productions qui viendraient contredire cette idée des producteurs selon laquelle animation et SF feraient mauvais ménage (l’échec cuisant au box-office du Titan A.E. de Don Bluth, qui avait sacrément mis à mal la Fox à l’époque, avait fait son petit effet), Fly me to the Moon a fait le pari de la projection en « 3D Relief » pour se démarquer de la concurrence. En effet, le film de Ben Stassen (un spécialiste des films IMAX et 3D pour parcs d’attractions) est le premier long-métrage d’animation à avoir été pensé dès son origine pour cette nouvelle technologie et, ce qui est plus étonnant, uniquement elle. C’est à dire que le film ne pourra être vu qu’en très peu d’endroits, les salles équipées pour une telle projection étant encore peu nombreuses. Un choix courageux mais très dangereux, le spectatorat potentiel du film étant bien sûr d’autant plus réduit. Et en même temps ce n’est peut-être pas si grave que ça, ces mouches privées de leur magnifique troisième dimension n’ayant plus beaucoup d’arguments pour s’assurer un public le plus large possible.

1969, Cap Canaveral… ou presque. Juste à côté, en fait, une décharge où vit le jeune moucheron Nat, incorrigible rêveur ayant grandi avec les histoires de son grand-père et désirant aujourd’hui, à son tour, vivre sa propre aventure. Quand l’occasion se présente alors d’aller sur la Lune, aventure parmi les aventures, il entraîne ses amis Scooter et I.Q. avec lui et tous trois embarquent clandestinement à bord de la mission Apollo XI. Direction l’espace, les yeux écarquillés et la tête pleine de rêves. Mais sur Terre tout n’est pas aussi rose car, en plus des mères affolées, les russes vexés prévoient de faire échouer la mission

Ainsi, et tout comme Voyage au centre de la Terre, Fly me to the Moon doit pour beaucoup de son intérêt à sa technique, cette projection en trois dimensions que l’on annonce comme la prochaine révolution du cinématographe. Et on y croirait presque tant les deux premiers représentants de ce nouvel art (sans compter les films « upgradés ») se montrent convaincants, nous faisant vivre une expérience réellement différente de ce à quoi nous étions habitués jusque-là dans les salles obscures. Pourtant, cette réussite technique est à mettre en étroite relation avec ce qui fait défaut à ses films, à savoir un véritable oeil de réalisateur derrière la caméra. Ce nouveau système n’en étant encore qu’à ses tous débuts, ils sembleraient en effet logique de confier ces films à ceux les plus à-mêmes de surmonter et corriger les premiers problèmes rencontrés, de mettre la technique au point tout en produisant des films pour rentabiliser la chose le plus rapidement possible (parce que s’il fallait compter sur James Cameron pour ça, avec ce qui fera pas loin de sept années de labeur pour son Avatar, Hollywood ne serait déjà plus qu’un désert de sable). C’est logique, oui, mais quant à savoir si cela est porteur au niveau filmique, c’est autre chose. Là où le spécialiste des effets spéciaux Eric Brevig manquait ainsi parfois clairement de savoir-faire dans la réalisation de son Voyage au centre de la Terre, Ben Stassen s’en sort heureusement bien mieux de par son expérience dans la création de films réservés aux parcs d’attractions. Souvent pensé en ces termes, Fly me to the Moon propose donc nombre de scènes où nous nous faufilons dans le décor à vol de mouche pour des sensations vraiment enivrantes (et qui rendront d’autant mieux à la Géode, où le film est prêvu dans une version de 40 minutes) et qui font honneur au procédé (la séquence de l’alunissage est vraiment splendide). Pourtant, cette maîtrise de la profondeur et de la façon d’en jouer ne font pas tout et quand il s’agit de faire vivre des personnages par l’animation, le manque d’expérience en la matière du réalisateur et de son équipe se fait cruellement sentir et accuse un vrai retard au regard des standards actuels. Sans parler des designs parfois un peu étranges (pourquoi la tête du grand-père doit-elle autant ressembler à un crâne humain ?), nous ne pouvons fermer les yeux sur la gestuelle vraiment limitée des personnages, le manque de petits détails qui font qu’un personnage animé donne l’impression de vivre pour de bon. Revoyez Wall-e et vous comprendrez.

D’autant plus que ce n’est pas la finesse du scénario qui y contribuera, cette petite histoire dans la grande s’adressant explicitement aux plus jeunes d’entre-nous (l’affiche nous précise même « à partir de 3 ans ») et ne s’embarrassant donc pas de creuser psychologiquement ses personnages plus que ça. Nous fonctionnons ici davantage sur des stéréotypes que les enfants comprendront aisément, pour rendre bien sûr la gentiment candide morale de fin la plus limpide à leur compréhension. Mais si encore les défauts du scénario s’arrêtaient là, nous pourrions nous dire que cela ne nous concerne de toutes façons pas et point barre, comme 99% de la production à destination des bambins. Sauf que celui-ci est de plus bizarrement construit, avec l’apparition de méchants accessoires (et discutables, mais nous y reviendrons) en milieu de métrage, et se complait même dans un humour qui peinera à faire rire entre les rots de Scooter et les pitreries d’un grand-père baroudeur qui amène malgré tout un peu d’émotion grâce à la relation qu’il entretient avec son petit fils, sans s’y attarder suffisamment néanmoins pour rendre la chose efficace. Notre plus grande déception étant très certainement que le film, s’il nous plonge dès ses premières minutes avec brio dans les années 60, entre les looks des personnages et surtout la musique, va très vite abandonner cette piste quand elle aurait pu amener un regard sympa sur ces années. Ou, plus exactement, il va l’utiliser de la mauvaise manière en se focalisant sur la guerre froide qui marqua aussi cette époque et la conquête spatiale et fait donc des russes des méchants idéaux mais complétement clichés. Un cours d’histoire critiquable de par la présence de la NASA en qualité de professeur -sûrement la condition sine qua non pour qu’elle ouvre ses archives à la production-, l’ombre de l’organisme américain et de sa course aux étoiles se ressentant fortement dans ce manichéisme que vient cependant un peu tempérer le grand amour par-delà le rideau de fer du grand-père. Mais que cela n’empêche pas les braves petites mouches de saluer la bannière étoilée !

En tant que film à proprement parler, Fly me to the Moon ne présentera donc d’intérêt que pour les très jeunes bambins à qui ce voyage initiatique et merveilleux est définitivement destiné. Heureusement pour lui, et pour les parents qui se laisseront tenter par l’aventure ou bien céderont aux suppliques de leurs chères têtes blondes, le film ne possède pas que cela dans sa besace et profite en plus d’une nouvelle technologie qu’il utilise à merveille, nous plongeant dans une troisième dimension qui gagne à être expérimentée tant elle écrase les précédents essais faits dans ce domaine (rappelez-vous les horribles lunettes aux verres rouge et vert). Pour peu que vous arriviez donc à l’envisager plus comme une attraction que comme un véritable film, ce qui bien le cas, alors vous partagerez avec vos enfants une expérience plaisante. En attendant que le cinéma s’empare pour de bon de cette troisième dimension et utilise pleinement son potentiel.

18959523w434hq80.jpg  18934322w434hq80.jpg  18959532w434hq80.jpg