Star Wars – The Clone Wars

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Ce n’est un secret pour personne, George Lucas est un homme avisé, un artiste qui a compris comment TRES bien vivre de son art. En effet, si c’est bien par son ami Steven Spielberg qu’est apparue la notion de blockbuster avec son terrifiant Les Dents de la mer, c’est sans conteste Lucas qui en a révélé le fonctionnement et le potentiel pécunier, inventant avec Star Wars le concept de merchandising et sa pléthore de produits dérivés. Mais jouets et lunchboxes n’ont qu’un public et un temps restreints et, pour capitaliser sur ce succès tout en creusant le potentiel offert par l’univers de Star Wars, La Guerre des étoiles est alors devenue une trilogie. Suivie des années plus tard par une nouvelle trilogie, une « prélogie », non sans en avoir profité entre-temps pour s’offrir les apparats d’une édition spéciale avec des effets spéciaux flambants neufs. On pourrait alors croire avoir bouclé la boucle, mais ce serait oublié le fameux merchandising qui dicte ses codes et dit que tout succès peut être adapté, de préférences sur tous les supports et toutes les formes imaginables. Romans, bande-dessinées, jeux vidéos et, plus récemment, la télévision. Ainsi, si nous attendons toujours de voir les premières images de la série-live évoquée par Lucas, le Clone Wars nouveau cru -l’image de synthèse se substituant à la brillante 2D de Genndy Tartakovsky- montre le bout de son nez au travers d’un Star Wars : The Clone Wars dont la sortie en salles sur notre territoire n’était pas encore assurée il y a quelques mois. Et en le regardant, nous comprenons aisément pourquoi.

La République est en guerre contre les séparatistes, menés par le comte Dooku, ce qui donne fort à faire aux chevaliers Jedi qui doivent combattre sur plusieurs fronts et ne peuvent en plus profiter d’un réel appui de l’armée des Clones, bloquée en grande partie par-delà le territoire contrôlé par les Hutt. Alors, lorsque le fils de Jabba se fait kidnapper, le conseil des Jedi voit là l’opportunité de reserrer les liens avec le seigneur de Tatooine et propose d’envoyer Obi-Wan et Anakin -accompagné de sa première padawan, la jeune et fougueuse Ahsoka Tano- pour élucider ce qui se révèlera être en fait une machination visant la perte de la République

L’origine télévisuelle de Star Wars : The Clone Wars va ainsi poser nombre de problèmes particulièrement gênants, surtout au regard de l’attente que peut provoquer en nous l’expectative de voir un nouveau Star Wars au cinéma. Même s’il s’agit d’un « bis », voire même d’un « ter » dans le cas présent. Car les deux saisons que nous avait offert Tartakovsky nous avaient en effet légérement coupé le souffle par leur maestria visuelle et nous nous attendions donc à une claque au moins égale pour cette version 3D, d’autant plus qu’elle bénéficie d’une sortie en salles. Mais voilà, la déconvenue est grande : le film n’est pas beau. Ou en tout cas, il est bien loin des standards actuels en matière d’animation en images de synthèse, ce qui est grave quand on parle d’un univers habitué d’ordinaire à l’excellence ou au moins à l’avant-gardisme lorsque l’on parle d’effets spéciaux, de technique. Si les textures nous ont paru pauvres ou bien les design mal dégrossis dès les premières images de la campagne de promotion, les voir en mouvement révèle donc le point qui fait très mal : une animation archaïque, sans élégance et qui donne à l’ensemble des personnages une rigidité très début des années 90 (vous vous souvenez de Reboot ?). Nous comprenons alors le fossé qui peut séparer des films comme Wall-E ou bien encore Kung Fu Panda, dont les équipes ont travaillé des années sur chacun d’eux, avec des projets comme ce Clone Wars, sous-traité par un studio d’animation singapourien où seule la productivité compte. Et cet intermède entre les épisodes 2 en 3 en souffre grandement, d’autant plus que rien n’a dû être fait pour arranger les choses comme le démontre les nombreux problèmes de re-cadrage qui parsément le film (de très nombreux visages en hors-champ sont à prévoir, transformation du 4/3 en scope oblige), preuve s’il en est de l’absence de retouches pour le passage sur grand écran. Simple portage d’une série télévisée qui perpétue quand même la tradition Star Wars, il est donc plus que défaillant au niveau technique. Exception faite, quand même, de quelques plans où lumières et mise au point donnent un cachet correct. Mais ce n’est pas assez. Surtout que ce n’est pas tout.

Car en plus de cela, son origine télévisuelle va forcément se ressentir sur l’écriture même, le scénario. Déjà, nous pourrions nous questionner quant au bien-fondé de revenir à cette époque qui a auparavant été traitée et de façon exemplaire (Tartakovsky, encore et toujours). Car en allant même jusqu’à nier un des plus beaux représentants de la saga, en faisant réapparaître par exemple des personnages disparus comme la guerrière Sith Assaj Ventress, le film se coupe en plus de tout intérêt narratif, le simple fait de savoir que personne ne peut ici mourir retirant pour beaucoup de la tension dramatique. Et ce n’est pas l’intrigue autour du kidnapping du fils Hutt qui va nous passionner, celle-ci se présentant finalement plus comme une aventure annexe que comme une véritable pierre apportée à la saga. Alors, bien sûr, nous pourrions avoir peur pour la jeune padawan d’Anakin mais difficile d’oublier, au regard du peu d’ampleur dramatique qu’offre l’histoire, qu’il s’agit d’une poignée d’épisodes s’intégrant dans une multitude d’autres et que l’on ne peut donc pas tuer tout de suite les nouveaux personnages que l’on tente d’introduire au spectateur. L’histoire peine ainsi à vous prendre aux tripes, n’y parvient jamais réellement. L’inspiration des grands mythes et de la tragédie qui caractérise les films live n’a pas sa place, Star Wars : The Clone Wars étant définitivement formaté pour la télévision. Et son public, que l’on imagine majoritairement enfantin quand on voit le ton et les choix que peut prendre parfois le film (le traditionnel bandeau déroulant du résumé de début est ici remplacé par une voix-off), avec l’introduction de cette héroïne qui semble avoir été pensée dans le seul but que le jeune public s’y identifie et qu’elle le fasse rire, avec son côté frondeur vite énervant. Le pire étant très certainement que son apparition déséquilibre la relation Obi-Wan/Anakin et atténue même la progression de Skywalker vers le côté obscur, le forçant à parler de sagesse et de patience quand il devrait être en train de mal tourner, de devenir Darth Vader. Le coeur même de la saga n’est ainsi pas de mise dans ce nouvel opus, ou très, très peu, et continue alors de donner à l’ensemble un goût d’accessoire, de « pas indispensable ».

Alors, quand même, il reste malgré tout quelques bonnes choses dans ce film. Ou plutôt une bonne chose, en plus du plaisir ineffable de retrouver cet univers : son rythme. Car à l’image du précédent Clone Wars, la cadence à laquelle vont s’enchaîner les différentes péripéties ne vous laissera que peu de repos. Le maîre-mot est « action » et nous en aurons pour notre argent de ce côté-ci, et de plutôt belle manière si l’on met de côté les combats au sabres qui, à cause de la pauvreté de l’animation précédemment évoquée, n’arrivent jamais à offrir une chorégraphie fluide ou intéressante. Pour ce qui est des scènes de bataille entre les deux armées, en revanche, ces dernières ne manqueront pas de nous rappeler l’excellente bataille finale de Star Wars Episode 2 : L’Attaque des clones, où une caméra presque documentaire nous place régulièrement au coeur de l’action pour un spectacle plus immersif, plus impressionnant, n’oubliant pas non plus de prendre de temps en temps la pose pour iconiser quelque peu ses héros. Le tout porté par une musique de Kevin Kiner qui ne manquera pas de faire hurler les fans quant à sa façon de ré-orchestrer les légendaires thèmes de John Williams ou bien d’abandonner un peu le symphonique au profit d’une sonorité rappelant parfois un peu le travail de Hans Zimmer sur La Chute du faucon noir, mais qui n’en donne pas moins un côté guerrier plutôt réussi.

On ne s’ennuie donc pas réellement devant ce Star Wars : The Clone Wars, mais on ne pourra nier que la déception est grande en comparaison de ce que le film aurait pu être au regard du précédent Clone Wars. Par trop d’aspects rattaché à son origine télévisuelle, il donne l’impression de n’avoir quasi aucune légitimité à arriver sur les grands écrans. Il y a bien là un potentiel excellent pour la série à venir (à la rentrée aux Etats-Unis sur Cartoon Network, par la suite dans le reste du monde) mais cela est vraiment trop léger pour convaincre dans le cadre d’un long-métrage. Une nouvelle preuve de l’approche merchandising qu’a George Lucas de sa franchise et de la façon qu’il peut avoir de la gâcher dans certaines situations, en somme.

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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Une Réponse à “Star Wars – The Clone Wars”

  1. housse de couette ben 10 dit :

    Fan de science-fiction, découvrez aussi la série animée Ben 10 sur Cartoon Networks ou France 3.

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