Wall-E

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C’est devenu une habitude après ces quelques années, à chaque nouveau Pixar nous nous attendons à un certain niveau d’excellence. Parce que le studio s’est montré dès le départ comme un précurseur, réalisant avec Toy Story le premier long-métrage en images de synthèse de l’histoire du cinéma. Mais aussi parce qu’il s’est indéniablement imposé comme le mètre-étalon de cette nouvelle forme d’expression, offrant à chaque livraison des films flirtant au mieux avec le chef d’oeuvre, au pire avec le classique (j’émettrai une légère réserve quant à 1001 Pattes, qui est sympathique mais plus commun que les autres). Des films qui, en plus de nous en mettre plein les yeux, de nous faire rire et de nous émouvoir, n’en oublient jamais de nous surprendre, dépassant toujours leur postulat de départ -ce que l’on nous laisse voir dans les différentes bandes-annonces- pour emmener leur histoire vers des horizons inattendus. Et, bien sûr, le cru 2009 du studio satisfait à tous ces préceptes puisque Wall-E est bien la méga-bombe que nous attendions tous, pour une multitude de raisons qui en font le digne successeur de son prestigieux et riche héritage.

700 ans après que les humains aient déserté la Terre, rendue inhabitable par leur mode de vie et croûlant désormais sous les ordures, un petit robot prénommé Wall-E erre sur sa surface dévastée. Sa mission : compacter ces ordures en petits cubes, nettoyer le monde en vue d’un retour prochain des humains. Mais après tous ces siècles, il est seul à assumer cette tâche et ne trompe sa solitude qu’au travers de sa curiosité. Ainsi, le jour où débarque sans crier gare d’un astronef une jolie robotte du nom de Eve, son intérêt ne peut être que piqué au vif. Intérêt qui se transformera très vite en amour, et Wall-E de faire tout ce qu’il peut pour lui faire comprendre ses sentiments. Mais Eve a, elle, une mission à remplir…

Commençons par ce qui nous sautera aux yeux, ce qui est à la fois évident et une évidence au regard des précédents travaux de Pixar : Wall-E est une merveille visuelle qui, discrètement mais sûrement, s’offre le luxe de pousser certains domaines de l’animation 3-D dans de nouveaux degrés d’excellence. Et comme toujours, ce sont les personnages principaux du film qui tirent leur épingle du jeu, avec une animation brillante -depuis longtemps déjà constatée au travers des différents trailers- s’additionnant à une étude anthropomorphique poussée, la simplicité du design d’un personnage comme Eve devenant alors un force d’éloquence. Plus encore, les héros vont orienter la recherche vers des domaines précis, en fonction de leur nature et de leur environnement, ce qui nous donne ici un boulot magnifique sur les textures métalliques ou bien la lumière et ses différentes interactions. Travail que l’on retrouve bien sûr dans les décors, avec la présentation de deux univers de science-fiction bien distincts et dont le contraste va justement nourrir l’histoire, l’expliciter par-delà les mots. Car Pixar n’a pas oublié que raconter une histoire, au cinéma, est un art qui passe pour beaucoup par l’image et que cet aspect se doit d’être pensé en termes esthétiques (à noter une sensation « physique » de la caméra numérique accrue avec par exemple, lors des scènes d’action, l’utilisation de zooms qui donnent un aspect presque « documentaire » au film) mais aussi narratifs, d’autant plus avec un film quasi-muet. Et en cela Andrew Stanton s’en sort plutôt bien, jouant habilement de sa caméra comme lorsqu’il présente par exemple notre petit héros mécanique en une forte plongée, à la fin d’un « traveling » à travers l’espace vide pour encore mieux montrer sa solitude. Des cadrages chargés de sens, qui profitent de deux, trois panneaux dans leur champs pour mettre en place le contexte de l’histoire. Autant dire que la réalisation a, ici encore, fait l’objet d’une profonde réflexion qui fait de Wall-E un modèle de lisibilité, sur quel plan que ce soit.

Néanmoins, derrière l’excellence technique de Pixar, ce qui fait la grande différence avec les autres studios est la richesse de son écriture, la minutie dont profitent les scénarios de leurs films pour devenir la base parfaite de leur réalisation. L’intelligence du propos, avec ici un message écologique -et même plus mais chut ! pas de spoile !- qui évite le prosélytisme lourdingue. Car l’équipe derrière le film le partage avec nous en toute simplicité, avec un espoir et une candeur qui doivent pour beaucoup aux personnages, nos portails vers ces réflexions. Mais pas seulement car le film présente aussi la particularité, qui peut sembler d’abord étrange, d’utiliser de vrais acteurs au travers de vidéos ressurgies du passé, que ce soit un film que chérit Wall-E et sur lequel s’est créée sa notion du romantisme (Hello, Dolly !) ou bien la campagne, puis la débacle, du patron de la méga-corporation derrière le plan d’évacuation de la planète. Un choix qui établit une filiation évidente et directe avec notre propre époque, notre propre monde, participant de cet effort de nous faire passer le message de la façon la plus discrète et efficace possible. Alors, peut-être les plus jeunes d’entre nous auront-ils du mal à comprendre cela, mais ce ne sera pas le cas de leurs parents qui pourront peut-être en prendre de la graine (même s’il est déjà trop tard… défaitisme, quand tu nous tiens) et profiter d’un spectacle à la maturité exemplaire malgré son apparence mignonne et enfantine. En revanche, les gamins n’auront aucun mal à apprécier le coeur du film, la romance entre Wall-E et Eve. Une intrigue traitée avec un tact et une finesse qui lui évite tout excès de guimauverie, finissant de donner au film un impact à la mesure de la tradition Pixar.

Alors, que dire de plus si ce n’est que Wall-E est une nouvelle preuve de la santé et du talent indéniable du studio derrière lui, les petits génies de chez Pixar. Un petit bijou qui s’épanouit autant dans les domaines de l’animation, de la science-fiction ou bien de la comédie romantique, avec un humour savoureux qui n’en fait jamais des caisses pour nous faire rire. Et puis il y a Wall-E, bien sûr, petit robot adorable dont la voix révèle une faiblesse qui fait fondre les coeurs les plus durs (Poutine aurait pleuré devant le film selon une source désormais disparue). C’est simple, si comme Fry dans Futurama votre rêve depuis l’âge de six ans est d’avoir un robot pour pour ami, ne cherchez plus : c’est Wall-E qu’il vous faut !

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Une Réponse à “Wall-E”

  1. mabataille dit :

    Belle critique, une conclusion aussi bonne que le film, bravo.
    Personnellement, j’adore le film et son propos, aussi percutant qu’un Fulguro poing !
    Y’a de belles surprises dans ce film, sachez qu’on vous ment : y’a plein de trucs qu’on vous a pas dit dans le film, à voir !

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