Archive pour août, 2008

La Momie : La Tombe de l’Empereur Dragon

22 août, 2008

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La Momie étant très cool, et son Retour sympathiquement divertissant, nous attendions donc ce troisième volet avec un certain intérêt, surtout qu’il changeait de décor -de l’Egypte vers la Chine- en même temps que de réalisateur. Rob Cohen qui, malgré quelques bouses -Fast & Furious, pour ne citer que lui-, nous a néanmoins offert aussi quelques bons films et garde ainsi toujours un brin de notre confiance. Brendan Fraser étant de plus de la partie, il était donc légitime d’attendre La Momie : la tombe de l’Empereur Dragon comme l’une des pauses fun de cet été. Manque de pot, l’entreprise manque ici sérieusement de rigueur et les momies risquent bien de se retourner dans leur tombe.

Quand le fils O’Connell, qui a bien grandi, découvre la séculaire momie d’un cruel empereur chinois, ses parents s’embarquent pour Shangaï afin de le féliciter. Mais un général d’armée réveille l’empereur pour que, à son tour, ce dernier puisse réveiller sa puissante armée et prendre le contrôle du monde. Les O’Connell ne pouvant laisser une telle chose se produire, ils se lancent dans une course jusqu’au sanctuaire où dorment les milliers de soldats…

Si l’histoire ne brille pas par son originalité, nous aurions très bien pu passer outre ce problème qui n’avait pas empêché les premiers films de la série de se suivre agréablement, même lorsque l’on ré-introduit des éléments précédemment vus de façon complétement gratuite et artificielle (le beau-frère buddy qui n’a rien à faire là, le pote pilote d’avion ou autre engin volant,…). En revanche, cela n’est pas possible quand, en plus, le scénario cumule autant de raccourcis hasardeux, qui débouchent inévitablement sur des incohérences. Le film se contente en effet de compiler les scènes d’action et, s’il est sûr que le rythme du film est trépidant et qu’on ne s’ennuie pas, cela n’aide en rien à s’impliquer dans l’intrigue qui ne prend jamais le temps de dramatiser réellement les différents événements qui la parsément, avec une régularité mécanique manquant d’ampleur et versant de plus parfois dans le grand portenawak’ (l’hallucinante -dans le mauvais sens- scène des yétis). Le pire étant que La Momie : la tombe de l’Empereur Dragon souffre d’une grosse lourdeur avec l’histoire du fils qui prend plus ou moins la relève mais qui n’est pas crédible pour un sou -il semble avoir presque le même âge que ses parents et n’égale en rien la coolitude de son père- et est même franchement énervant les trois-quarts du temps, puisqu’il est responsable d’au moins les deux-tiers des répliques crétines et punch-lines foireuses de la péloche.

Si Brendan Fraser est fort heureusement de la partie et assure bien son rôle de héros, on ne peut en dire de même du reste du casting qui est soit inintéressant -Alex O’Connell, donc, interprété par Luke Ford-, soit mauvais comme un cochon -Maria Bello, complétement à côté de la plaque- ou bien alors carrément sous-exploité. Une tendance qui concerne principalement les acteurs asiatiques avec Michelle Yeoh, bien sûr, mais aussi et surtout Jet Li qui est présent moins de 8 minutes à l’écran, entre une introduction longuette et un final où il ne cesse de se transformer en créatures pas toujours heureuses (voir le ridicule chat cornu qui a intérêt à être du folklore chinois pour expliquer sa présence, sans quoi c’est n’importe quoi). Ce qui est légèrement énervant puisque, quand même, il était l’un des intérêts majeurs de ce troisième opus. En plus, la majorité du temps de présence à l’écran du personnage se fait au travers d’un avatar numérique qui se révèle d’excellente facture, surtout lorsque son armure se brise et révèle son corps putréfié, mais dont la non-évolution – à savoir un aller-retour incessant entre ses deux formes- rendrait presque hommage à la pauvreté des scènes d’action auxquelles prend part l’acteur. Un gâchis que réhausse encore la réalisation de Rob Cohen, incapable de mettre correctement en images les deux seuls pauvres combats du film. Les autres scènes où ça bouge s’en sortent un peu mieux sur ce plan mais font tellement preuve d’un manque évident d’ingéniosité, d’originalité dans leur développement, qu’elles ne parviennent jamais à atteindre le niveau qu’elles devraient avoir. Alors il y a quand même bien deux, trois choses stylées ou cool comme la batailles des momies ou les pouvoirs du méchant sur les éléments, mais celles-ci sont encore une fois tellement sous-exploitées qu’elles ne nous coupent jamais vraiment le souffle et se perdent dans l’oubli.

Le résultat est donc très moyen pour ce La Momie : la tombe de l’Empereur Dragon qui semble aussi mal écrit que réalisé, très loin de son potentiel initial ici sacrifié. Restituant servilement les clichés les plus usés du cinéma d’aventure pour aller au plus court, au « spectaculaire », le film se montre donc à l’abri de l’ennui -en tout cas au premier visionnage, après ce n’est pas dit- mais perd en chemin tout ce qui fait la magie et l’intérêt de ce genre cinématographique. Un ratage quasi total.

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Star Wars – The Clone Wars

21 août, 2008

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Ce n’est un secret pour personne, George Lucas est un homme avisé, un artiste qui a compris comment TRES bien vivre de son art. En effet, si c’est bien par son ami Steven Spielberg qu’est apparue la notion de blockbuster avec son terrifiant Les Dents de la mer, c’est sans conteste Lucas qui en a révélé le fonctionnement et le potentiel pécunier, inventant avec Star Wars le concept de merchandising et sa pléthore de produits dérivés. Mais jouets et lunchboxes n’ont qu’un public et un temps restreints et, pour capitaliser sur ce succès tout en creusant le potentiel offert par l’univers de Star Wars, La Guerre des étoiles est alors devenue une trilogie. Suivie des années plus tard par une nouvelle trilogie, une « prélogie », non sans en avoir profité entre-temps pour s’offrir les apparats d’une édition spéciale avec des effets spéciaux flambants neufs. On pourrait alors croire avoir bouclé la boucle, mais ce serait oublié le fameux merchandising qui dicte ses codes et dit que tout succès peut être adapté, de préférences sur tous les supports et toutes les formes imaginables. Romans, bande-dessinées, jeux vidéos et, plus récemment, la télévision. Ainsi, si nous attendons toujours de voir les premières images de la série-live évoquée par Lucas, le Clone Wars nouveau cru -l’image de synthèse se substituant à la brillante 2D de Genndy Tartakovsky- montre le bout de son nez au travers d’un Star Wars : The Clone Wars dont la sortie en salles sur notre territoire n’était pas encore assurée il y a quelques mois. Et en le regardant, nous comprenons aisément pourquoi.

La République est en guerre contre les séparatistes, menés par le comte Dooku, ce qui donne fort à faire aux chevaliers Jedi qui doivent combattre sur plusieurs fronts et ne peuvent en plus profiter d’un réel appui de l’armée des Clones, bloquée en grande partie par-delà le territoire contrôlé par les Hutt. Alors, lorsque le fils de Jabba se fait kidnapper, le conseil des Jedi voit là l’opportunité de reserrer les liens avec le seigneur de Tatooine et propose d’envoyer Obi-Wan et Anakin -accompagné de sa première padawan, la jeune et fougueuse Ahsoka Tano- pour élucider ce qui se révèlera être en fait une machination visant la perte de la République

L’origine télévisuelle de Star Wars : The Clone Wars va ainsi poser nombre de problèmes particulièrement gênants, surtout au regard de l’attente que peut provoquer en nous l’expectative de voir un nouveau Star Wars au cinéma. Même s’il s’agit d’un « bis », voire même d’un « ter » dans le cas présent. Car les deux saisons que nous avait offert Tartakovsky nous avaient en effet légérement coupé le souffle par leur maestria visuelle et nous nous attendions donc à une claque au moins égale pour cette version 3D, d’autant plus qu’elle bénéficie d’une sortie en salles. Mais voilà, la déconvenue est grande : le film n’est pas beau. Ou en tout cas, il est bien loin des standards actuels en matière d’animation en images de synthèse, ce qui est grave quand on parle d’un univers habitué d’ordinaire à l’excellence ou au moins à l’avant-gardisme lorsque l’on parle d’effets spéciaux, de technique. Si les textures nous ont paru pauvres ou bien les design mal dégrossis dès les premières images de la campagne de promotion, les voir en mouvement révèle donc le point qui fait très mal : une animation archaïque, sans élégance et qui donne à l’ensemble des personnages une rigidité très début des années 90 (vous vous souvenez de Reboot ?). Nous comprenons alors le fossé qui peut séparer des films comme Wall-E ou bien encore Kung Fu Panda, dont les équipes ont travaillé des années sur chacun d’eux, avec des projets comme ce Clone Wars, sous-traité par un studio d’animation singapourien où seule la productivité compte. Et cet intermède entre les épisodes 2 en 3 en souffre grandement, d’autant plus que rien n’a dû être fait pour arranger les choses comme le démontre les nombreux problèmes de re-cadrage qui parsément le film (de très nombreux visages en hors-champ sont à prévoir, transformation du 4/3 en scope oblige), preuve s’il en est de l’absence de retouches pour le passage sur grand écran. Simple portage d’une série télévisée qui perpétue quand même la tradition Star Wars, il est donc plus que défaillant au niveau technique. Exception faite, quand même, de quelques plans où lumières et mise au point donnent un cachet correct. Mais ce n’est pas assez. Surtout que ce n’est pas tout.

Car en plus de cela, son origine télévisuelle va forcément se ressentir sur l’écriture même, le scénario. Déjà, nous pourrions nous questionner quant au bien-fondé de revenir à cette époque qui a auparavant été traitée et de façon exemplaire (Tartakovsky, encore et toujours). Car en allant même jusqu’à nier un des plus beaux représentants de la saga, en faisant réapparaître par exemple des personnages disparus comme la guerrière Sith Assaj Ventress, le film se coupe en plus de tout intérêt narratif, le simple fait de savoir que personne ne peut ici mourir retirant pour beaucoup de la tension dramatique. Et ce n’est pas l’intrigue autour du kidnapping du fils Hutt qui va nous passionner, celle-ci se présentant finalement plus comme une aventure annexe que comme une véritable pierre apportée à la saga. Alors, bien sûr, nous pourrions avoir peur pour la jeune padawan d’Anakin mais difficile d’oublier, au regard du peu d’ampleur dramatique qu’offre l’histoire, qu’il s’agit d’une poignée d’épisodes s’intégrant dans une multitude d’autres et que l’on ne peut donc pas tuer tout de suite les nouveaux personnages que l’on tente d’introduire au spectateur. L’histoire peine ainsi à vous prendre aux tripes, n’y parvient jamais réellement. L’inspiration des grands mythes et de la tragédie qui caractérise les films live n’a pas sa place, Star Wars : The Clone Wars étant définitivement formaté pour la télévision. Et son public, que l’on imagine majoritairement enfantin quand on voit le ton et les choix que peut prendre parfois le film (le traditionnel bandeau déroulant du résumé de début est ici remplacé par une voix-off), avec l’introduction de cette héroïne qui semble avoir été pensée dans le seul but que le jeune public s’y identifie et qu’elle le fasse rire, avec son côté frondeur vite énervant. Le pire étant très certainement que son apparition déséquilibre la relation Obi-Wan/Anakin et atténue même la progression de Skywalker vers le côté obscur, le forçant à parler de sagesse et de patience quand il devrait être en train de mal tourner, de devenir Darth Vader. Le coeur même de la saga n’est ainsi pas de mise dans ce nouvel opus, ou très, très peu, et continue alors de donner à l’ensemble un goût d’accessoire, de « pas indispensable ».

Alors, quand même, il reste malgré tout quelques bonnes choses dans ce film. Ou plutôt une bonne chose, en plus du plaisir ineffable de retrouver cet univers : son rythme. Car à l’image du précédent Clone Wars, la cadence à laquelle vont s’enchaîner les différentes péripéties ne vous laissera que peu de repos. Le maîre-mot est « action » et nous en aurons pour notre argent de ce côté-ci, et de plutôt belle manière si l’on met de côté les combats au sabres qui, à cause de la pauvreté de l’animation précédemment évoquée, n’arrivent jamais à offrir une chorégraphie fluide ou intéressante. Pour ce qui est des scènes de bataille entre les deux armées, en revanche, ces dernières ne manqueront pas de nous rappeler l’excellente bataille finale de Star Wars Episode 2 : L’Attaque des clones, où une caméra presque documentaire nous place régulièrement au coeur de l’action pour un spectacle plus immersif, plus impressionnant, n’oubliant pas non plus de prendre de temps en temps la pose pour iconiser quelque peu ses héros. Le tout porté par une musique de Kevin Kiner qui ne manquera pas de faire hurler les fans quant à sa façon de ré-orchestrer les légendaires thèmes de John Williams ou bien d’abandonner un peu le symphonique au profit d’une sonorité rappelant parfois un peu le travail de Hans Zimmer sur La Chute du faucon noir, mais qui n’en donne pas moins un côté guerrier plutôt réussi.

On ne s’ennuie donc pas réellement devant ce Star Wars : The Clone Wars, mais on ne pourra nier que la déception est grande en comparaison de ce que le film aurait pu être au regard du précédent Clone Wars. Par trop d’aspects rattaché à son origine télévisuelle, il donne l’impression de n’avoir quasi aucune légitimité à arriver sur les grands écrans. Il y a bien là un potentiel excellent pour la série à venir (à la rentrée aux Etats-Unis sur Cartoon Network, par la suite dans le reste du monde) mais cela est vraiment trop léger pour convaincre dans le cadre d’un long-métrage. Une nouvelle preuve de l’approche merchandising qu’a George Lucas de sa franchise et de la façon qu’il peut avoir de la gâcher dans certaines situations, en somme.

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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Kung Fu Panda

21 août, 2008

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Si le studio Dreamworks avait fait ses premiers pas dans le monde de l’animation en images de synthèses de plutôt belle façon -entre un Fourmiz finalement plus réussi que 1001 pattes ou les deux premiers Shrek-, devenant un concurrent sérieux pour Pixar sur le plan qualitatif bien que jouant tous deux dans des genres différents, la donne changea très vite avec la suite des évènements. Alternant entre grosses panades (Gang de requins, Shrek 3) et films sympathiques mais loin d’être inoubliables (Souris City, Nos voisins les hommes), Dreamworks s’écarta bien loin d’une charte de confiance comme celle que Pixar signa avec nous en surpassant à chaque fois nos attentes. Et malgré ce constat tristounet on ne peut nier que leur dernier bébé, Kung Fu Panda, ne manquait pas d’éveiller en nous une curiosité que l’on avait un peu peur de regretter après coup (oui, film d’animation + kung fu = curiosité et curiosité – Dreamworks = crainte). Mais bon, puisque nous sommes courageux et curieux par-dessus tout, pourquoi ne pas se laisser tenter par l’expérience panda-normale ? D’autant que celle-ci s’avère être, au bout du compte, une excellente surprise !

Dans une Chine à la fois ancestrale et magique, Po le panda rêve depuis toujours de devenir un maître de kung fu, mais sa nature maladroite et le travail dans le restaurant de son père l’ont toujours empêcher de le réaliser. Pourtant, lorsque le moment est venu d’élire le guerrier-dragon parmi les plus grands maîtres d’arts martiaux, un concours de circonstances amène Po à endosser ce rôle. Désormais en charge de la protection du Royaume, il va devoir s’entraîner durement aux côtés de ses héros de toujours pour pouvoir affronter Tai Lung, un super-méchant convoitant le rang de guerrier-dragon…

Alors, qu’est-ce qui peut bien être à l’origine de la réussite de Kung Fu Panda en comparaison des précédents Dreamworks ? Hé bien en premier lieu, ce serait que celui-ci réussit pleinement à intégrer et son fond et sa forme dans l’univers qu’il s’est constitué, à la croisée du cinéma made in HK et de l’animation disneyenne. Là où un Shrek 3 ne faisait qu’effleurer le roman arthurien, le dernier Dreamworks va ainsi user au maximum du potentiel que lui offre ses sources d’inspiration. Que ce soit par exemple dans la création de magnifiques décors tirés de l’imaginaire chinois, d’une grande richesse visuelle et que l’animation est la plus à-même de retranscrire. Ou bien dans le récit d’une histoire stéréotypée, balisée à mort par des années de cinéma hong-kongais et autres -le héros élu qui doit botter le cul du méchant- mais qui garde toujours malgré tout la même force narrative. Et cela marche d’autant mieux lorsque l’on nous présente des personnages réellement sympathiques, même si l’on regrettera que les 5 maîtres ne soient pas plus présents, en particulier Jaclie Chan qui ne doit pas avoir plus de sept phrases dans le film. Une honte (Jackie, quand même !). Heureusement, Po remplit avec suffisament de talent son rôle de héros pour ne pas nous laisser nous apesantir là-dessus, quand ce n’est pas la relation maître/élève contrariée entre Sifou et Tai Lung qui amène de petits accents dramatiques non-négligeables.

Le film fonctionne donc déjà bien de ce côté-ci mais, ce qui est encore mieux, c’est qu’il assure grave au niveau de sa réalisation aussi, surpassant de très loin les Dreamworks précédents par son inventivité et sa maîtrise. Ce qui est particulièrement appréciable lors des scènes de combats superbement chorégraphiées, mises en images avec une lisibilité exemplaire. Ainsi, des séquences comme l’évasion de Tai Lung (dieu qu’il est fort, l’animal !) ou bien le duel de baguettes sont de purs moments de cinéma martial qui n’ont rien à envier à leur prédecesseurs et modèles dans leur fluidité -encore accrue par la liberté de l’image de synthèse- et leur côté spectaculaire. Et puis il ne pas oublier non plus la scéne d’introduction, une rêverie guerrière s’offrant dans une fausse 2D absolument magnifique, à l’iconisation hyper-stylisée, et qui lance définitivement le film sur de très bons rails.

Kung Fu Panda est donc l’un des meilleurs Dreamworks que l’on ait vu depuis bien longtemps, un film drôle -même si il y a une perte évidente dans le passage à la vf- et qui dépasse allègrement son concept de base pour se donner une véritable légitimité, que ce soit dans la création d’un univers fantasmatique ou dans l’orchestration d’excellentes scènes de combats, liées par nombre d’éléments qui rappeleront les mécaniques les plus caractéristiques du cinéma HK d’arts martiaux. Ainsi, si l’on regrettera de beaucoup des personnages ne soient pas plus creusés ou bien que le final manque peut-être d’un chouia d’ampleur dramatique -y intégrer les cinq Tonnerres aurait sûrement fait l’affaire pour épaissir la chose- on se dira que ce n’est que partie remise, en attendant un obligatoire deuxième volet vu le succès rencontré par ce panda (nouvelle mascotte très porteuse pour la communication) et la politique propre à Dreamworks. En espérant qu’il perpétuera les très bonnes choses révélées ici et même plus !

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Wall-E

19 août, 2008

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C’est devenu une habitude après ces quelques années, à chaque nouveau Pixar nous nous attendons à un certain niveau d’excellence. Parce que le studio s’est montré dès le départ comme un précurseur, réalisant avec Toy Story le premier long-métrage en images de synthèse de l’histoire du cinéma. Mais aussi parce qu’il s’est indéniablement imposé comme le mètre-étalon de cette nouvelle forme d’expression, offrant à chaque livraison des films flirtant au mieux avec le chef d’oeuvre, au pire avec le classique (j’émettrai une légère réserve quant à 1001 Pattes, qui est sympathique mais plus commun que les autres). Des films qui, en plus de nous en mettre plein les yeux, de nous faire rire et de nous émouvoir, n’en oublient jamais de nous surprendre, dépassant toujours leur postulat de départ -ce que l’on nous laisse voir dans les différentes bandes-annonces- pour emmener leur histoire vers des horizons inattendus. Et, bien sûr, le cru 2009 du studio satisfait à tous ces préceptes puisque Wall-E est bien la méga-bombe que nous attendions tous, pour une multitude de raisons qui en font le digne successeur de son prestigieux et riche héritage.

700 ans après que les humains aient déserté la Terre, rendue inhabitable par leur mode de vie et croûlant désormais sous les ordures, un petit robot prénommé Wall-E erre sur sa surface dévastée. Sa mission : compacter ces ordures en petits cubes, nettoyer le monde en vue d’un retour prochain des humains. Mais après tous ces siècles, il est seul à assumer cette tâche et ne trompe sa solitude qu’au travers de sa curiosité. Ainsi, le jour où débarque sans crier gare d’un astronef une jolie robotte du nom de Eve, son intérêt ne peut être que piqué au vif. Intérêt qui se transformera très vite en amour, et Wall-E de faire tout ce qu’il peut pour lui faire comprendre ses sentiments. Mais Eve a, elle, une mission à remplir…

Commençons par ce qui nous sautera aux yeux, ce qui est à la fois évident et une évidence au regard des précédents travaux de Pixar : Wall-E est une merveille visuelle qui, discrètement mais sûrement, s’offre le luxe de pousser certains domaines de l’animation 3-D dans de nouveaux degrés d’excellence. Et comme toujours, ce sont les personnages principaux du film qui tirent leur épingle du jeu, avec une animation brillante -depuis longtemps déjà constatée au travers des différents trailers- s’additionnant à une étude anthropomorphique poussée, la simplicité du design d’un personnage comme Eve devenant alors un force d’éloquence. Plus encore, les héros vont orienter la recherche vers des domaines précis, en fonction de leur nature et de leur environnement, ce qui nous donne ici un boulot magnifique sur les textures métalliques ou bien la lumière et ses différentes interactions. Travail que l’on retrouve bien sûr dans les décors, avec la présentation de deux univers de science-fiction bien distincts et dont le contraste va justement nourrir l’histoire, l’expliciter par-delà les mots. Car Pixar n’a pas oublié que raconter une histoire, au cinéma, est un art qui passe pour beaucoup par l’image et que cet aspect se doit d’être pensé en termes esthétiques (à noter une sensation « physique » de la caméra numérique accrue avec par exemple, lors des scènes d’action, l’utilisation de zooms qui donnent un aspect presque « documentaire » au film) mais aussi narratifs, d’autant plus avec un film quasi-muet. Et en cela Andrew Stanton s’en sort plutôt bien, jouant habilement de sa caméra comme lorsqu’il présente par exemple notre petit héros mécanique en une forte plongée, à la fin d’un « traveling » à travers l’espace vide pour encore mieux montrer sa solitude. Des cadrages chargés de sens, qui profitent de deux, trois panneaux dans leur champs pour mettre en place le contexte de l’histoire. Autant dire que la réalisation a, ici encore, fait l’objet d’une profonde réflexion qui fait de Wall-E un modèle de lisibilité, sur quel plan que ce soit.

Néanmoins, derrière l’excellence technique de Pixar, ce qui fait la grande différence avec les autres studios est la richesse de son écriture, la minutie dont profitent les scénarios de leurs films pour devenir la base parfaite de leur réalisation. L’intelligence du propos, avec ici un message écologique -et même plus mais chut ! pas de spoile !- qui évite le prosélytisme lourdingue. Car l’équipe derrière le film le partage avec nous en toute simplicité, avec un espoir et une candeur qui doivent pour beaucoup aux personnages, nos portails vers ces réflexions. Mais pas seulement car le film présente aussi la particularité, qui peut sembler d’abord étrange, d’utiliser de vrais acteurs au travers de vidéos ressurgies du passé, que ce soit un film que chérit Wall-E et sur lequel s’est créée sa notion du romantisme (Hello, Dolly !) ou bien la campagne, puis la débacle, du patron de la méga-corporation derrière le plan d’évacuation de la planète. Un choix qui établit une filiation évidente et directe avec notre propre époque, notre propre monde, participant de cet effort de nous faire passer le message de la façon la plus discrète et efficace possible. Alors, peut-être les plus jeunes d’entre nous auront-ils du mal à comprendre cela, mais ce ne sera pas le cas de leurs parents qui pourront peut-être en prendre de la graine (même s’il est déjà trop tard… défaitisme, quand tu nous tiens) et profiter d’un spectacle à la maturité exemplaire malgré son apparence mignonne et enfantine. En revanche, les gamins n’auront aucun mal à apprécier le coeur du film, la romance entre Wall-E et Eve. Une intrigue traitée avec un tact et une finesse qui lui évite tout excès de guimauverie, finissant de donner au film un impact à la mesure de la tradition Pixar.

Alors, que dire de plus si ce n’est que Wall-E est une nouvelle preuve de la santé et du talent indéniable du studio derrière lui, les petits génies de chez Pixar. Un petit bijou qui s’épanouit autant dans les domaines de l’animation, de la science-fiction ou bien de la comédie romantique, avec un humour savoureux qui n’en fait jamais des caisses pour nous faire rire. Et puis il y a Wall-E, bien sûr, petit robot adorable dont la voix révèle une faiblesse qui fait fondre les coeurs les plus durs (Poutine aurait pleuré devant le film selon une source désormais disparue). C’est simple, si comme Fry dans Futurama votre rêve depuis l’âge de six ans est d’avoir un robot pour pour ami, ne cherchez plus : c’est Wall-E qu’il vous faut !

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