X-Files Régénération

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Quand la série X-Files s’est achevée en 2002, les fans que nous étions (et que nous sommes toujours, pardi !) restèrent sur leur faim, insatisfaits de cette conclusion bien trop ouverte, aux enjeux à venir trop importants pour en rester là. En effet, ce n’était ni plus, ni moins que la fin du monde que l’on nous annonçait, arrêtée pour le 22 décembre 2012, date à laquelle la dernière phase de l’invasion extra-terrestre se mettrait en branle. Alors nous avons espéré, toutes ces années, que le bureau des affaires non-classées renaîtrait de ses cendres, que les agents Mulder et Scully reviendraient pour nous sauver. Et, fin 2007, la nouvelle tombe : un second film des X-Files allait être mis en chantier ! La joie et la liesse passées, nos impatientes suppositions se heurtèrent ensuite aux différentes rumeurs, vraies et fausses, que laissa échapper l’équipe, Chris Carter en tête. Le secret étant assez bien tenu autour de ce second film, nous savions seulement qu’il s’agirait d’un one-shot ne reprenant pas la suite de la mythologie. Un choix pouvant être source de très bonnes choses (les meilleurs épisodes de la série sont justement des one-shots) comme d’une grosse frustration (toujours cette fin du monde en suspens). Et puisque nous ne pouvions en apprendre beaucoup plus, ne restait alors plus qu’à attendre de le voir en salles…

« Dans la Virginie rurale, au coeur de l’hiver, plusieurs jeunes femmes disparaissent corps et biens. Enfin presque puisque le FBI, aidé par un prêtre défroqué ayant des visions en rapport avec cette enquête, retrouve bientôt des morceaux des disparues. Néanmoins , l’enquête stagne et Mulder er Scully, pourtant retirés des affaires, vont être appelés à la rescousse pour offrir un regard plus constructif sur ce mystère. Les choses sérieuses peuvent alors commencer, et vite, car une des femmes kidnappées -agent du FBI elle-même- serait encore en vie selon le Père Joe… »

Bien évidemment, nous ne cacherons pas le fait que retrouver les X-Files après toutes ces années d’absence est un véritable plaisir, un doux rappel à ces soirées passées devant le téléviseur à frissonner. Déjà, parce que les agents Mulder -ce personnage est vraiment un monument, aussi bien dans l’humour que dans la gravité- et Scully font indéniablement partis de notre paysage culturel, qu’après neuf années passées à les côtoyer ils nous sont devenus proches et qu’ils nous reviennent tels que nous les connaissions (les acteurs ne semblent pas avoir eu trop de mal à ré-endosser la peau de leur personnage). Mais aussi parce que Chris Carter (et Frank Spotnitz, rappelons-le), créateur de la série originale et réalisateur de ce film, est sans aucun doute l’homme de la situation pour perpétuer l’esprit des ces enquêtes « aux frontières du réel », le plus à-même de retrouver ce qui en faisait le sel tout en le faisant évoluer vers de nouveaux horizons. Et en cela, par-delà les clins d’oeil sympathiques réservés aux fans et les gimmicks propres au show, Carter remplit parfaitement son contrat. Principalement donc en ce qui concerne le traitement de ses deux héros et de leur relation, qui se fait dans la suite logique de là où nous les avions laissé pour poursuivre en revenant sur des thématiques pour le coup peut-être un peu dépassées -la foi et ses différentes manifestations qui ont une tendance à opposer les deux agents, un problème que nous imaginions réglé à la fin de la série avec cette image de leur réunion- et longuettes pour certains mais qui inscrivent clairement X-Files Régénération dans l’âge d’or de la série, dans ce qui en constituait le coeur.

Si le fond propose ainsi une perpétuation de la série en retrouvant l’alchimie des premières années, il en va de même pour la forme puisque le décor du film, la Virginie enneigée, rappellera immédiatement les ambiances du lieu de tournage des premières saisons, Vancouver et ses environs. Sans que compter que Chris Carter, pour son premier long-métrage, perpétue de belle manière le travail effectué sur la série et s’en sort plutôt bien lorsqu’il s’agit de lui donner une nouvelle ampleur pour coller au grand écran. La séquence pré-générique (un passage obligé de la série) et son montage alterné efficace nous viendrons tout de suite à l’esprit, plus quelques autres belles séquences jouant sur les aspects les plus sombres de l’histoire avec par exemple cette façon caractéristique d’utiliser les zones d’ombres, qui trouvent néanmoins ici des textures nouvelles. Jusqu’à présent, nous tenions donc un film opérant une transition quasi-parfaite sur le grand écran, pouvant être l’occasion d’une nouvelle franchise dont nous nous réjouissons d’avance. Malheureusement, pour ce coup-ci, la tentative souffre d’un cruel écueil qui vient considérablement assombrir ces perspectives.

Car ce que nous attendions d’un film s’apparentant aux épisodes one-shot de la série, c’était d’avoir quelque chose d’une classe égale à ce qui constitue les épisodes les plus appréciés, les freakshows et leur bestiaire hallucinant qui offrait à X-Files ses plus beaux moments de fantastique et d’horreur. Sauf que la volonté de Carter et Spotnitz n’est absolument pas la même, préférant ramener ce second film vers un traitement nettement plus proche du thriller que du fantastique. Ce qui est à la fois révélateur de leur volonté de rendre le film abordable pour le plus grand nombre mais aussi de leurs goûts propres (n’oublions pas que Chris Carter a créé la série en prenant Le Silence des agneaux comme modèle) et, si le film remplit parfaitement ses objectifs sur ce plan, il se trouve malheureusement que ce n’est pas celui qu’auraient voulu voir creusé les fans. Nous nous retrouverons ainsi dans l’étrange situation d’être face à un film réussi, mais pas comme nous le désirions si hardemment, et notre plaisir n’en est que plus amoindri. Cela se traduit donc par un effacement du fantastique au profit d’éléments plus ou moins bon, le pire étant certainement cette façon dont les interrogations de l’agent Scully et ses petites crises (apparues dans la série à la demande express de Gillian Anderson, qui manaçait de partir si son personnage n’était pas plus « étoffé ») peuvent ralentir le récit, l’alourdir, ou bien encore ce manque flagrant de déploiement dans le climax, qui ne fait qu’effleurer son potentiel horrifique alors qu’il y avait vraiment matière à approfondir. Rageant. Et triste.

Ainsi, et cela même si l’on éprouve un réel plaisir à retrouver nos agents favoris, X-Files Régénération donnera clairement l’impression aux fans que celui-ci n’a pas été pensé pour eux et, avec la passion qui les caractérise, soyons sûrs que de très nombreux phénomènes de rejet pur et simple devraient apparaître. Il faut dire que les regrets sont légitimes tant le film de Chris Carter aurait pu être meilleur s’il avait bien voulu s’engager sur d’autres pistes, répondre pour de bon aux attentes des x-philes. En l’état, il plaira très certainement à ceux qui ne sont pas familiers des neuf saisons l’ayant précédé, comme une introduction à une nouvelle franchise que l’on espère malgré tout désespérement voir se concrétiser, histoire de corriger le tir. Que ce soit avec un nouveau one-shot ou bien une histoire apportant une conclusion à la mythologie de la série, nous serions preneurs. Mais que penser alors de cette dernière image, en toute fin de générique (restez dans la salle !), qui se révèle être aussi incongrue qu’étrangement conclusive ? Décidement, la vérité est bien partie pour rester ailleurs…

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