The Dark Knight

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Alors que Batman Begins nous avait laissé un sacré goût d’inachevé, d’autant plus amer que ce premier épisode d’une nouvelle trilogie jouissait d’évidentes qualité parfaitement à-même de retranscrire l’univers sombre et violent du Caped Crusader, nous attendions beaucoup de sa suite qui s’est annoncée au fur et à mesure que nous la découvrions comme une prolongation laissant de côté les errements du passé (des méchants qui n’ont plus à être sacrifiés pour laisser la place à la présentation de Bruce Wayne/Batman, une meilleure maîtrise de Christopher Nolan en ce qui concerne les scènes d’actions,…). Bien sûr, tout en creusant les excellentes choses précédemment vues, en gardant la même intelligence dans le propos et le regard porté sur ce super-héros. Sans oublier que le Joker, le grand méchant de cet épisode qui s’annonçait dans le final du précédent avec un clin d’oeil plein de promesses, s’est très vite révélé comme l’un des intérêts majeurs de The Dark knight, chacune de ses apparitions dans les bandes-annonces nous laissant sur le cul tant Heath Ledger semblait habité par le rôle, transcendant le personnage vers une forme extrême de folie chaotique et diabolique. Alors, on ne va pas chipeauter : oui, l’acteur récemment disparu livre ici une interprétation d’anthologie, inespérée, prodigieuse. Et, pour ne rien gâcher, il fait cela dans un film qui n’est ni plus, ni moins qu’un putain de véritable chef d’oeuvre. Explications à suivre.

« Bruce Wayne, sous son costume de justicier, continue de faire régner la loi dans les rues de moins en moins mal-fâmées de Gotham City. En effet, l’arrivée d’un nouveau procureur incorruptible, Harvey Dent, couplée à l’effroi que soulève l’image de Batman dans l’esprit des criminels, a sérieusement mis à mal les différents cartels régnant sur la ville. Une situation qui va de nouveau très vite basculer dans le chaos avec l’arrivée d’un mystérieux bandit psychotique et monstrueux, le Joker, dont l’apparente folie cache un plan machiavélique pour plonger Gotham dans le chaos le plus total…« 

Commençons avec le véritable choc de ce film, la révélation malheureusement trop tardive de The Dark Knight en la personne de Heath Ledger, acteur récemment disparu à l’âge de 28 ans. Bien sûr, il lui était déjà arrivé au cours de sa courte carrière de nous offrir quelques beaux éclats, des interprétations qui laissaient entrevoir un beau potentiel mais sans se montrer néanmoins définitives. Jusqu’à aujourd’hui, en tout cas, tant nous ne pouvons être que soufflés par la façon dont il incarne le personnage du Joker, dont il semble possédé par lui et sa folie (voir la scène de sa sortie d’hôpital, où l’on a l’impression qu’il n’a aucun contrôle sur son corps). Une figure qui nous est extrêmement familière mais que nous n’avions pourtant jamais vu sous ce jour, aussi vicieux et visqueux. Diabolique et machiavélique, dont le comportement chaotique ne se défait donc pas d’une malice qui ne cesse de nous surprendre, devenant le moteur de nombreux retournements de situations bien sentis, de plans tordus à souhaits. La tornade promise par le réalisateur est donc bien là et va même au-delà de nos espérances. Habité par le rôle, lui donnant une force qui transparaît dans le moindre plan, une véritable épaisseur, les plus coeur-de-pierre d’entre nous (j’avoue, c’est mon cas) commencerons alors à comprendre pourquoi la disparition de l’acteur est une vraie perte tragique pour le monde du cinéma (le chagrin de sa famille ne regarde qu’elle).

Bien sûr, Heath Ledger seul – malgré son hallucinante interprétation – ne suffirait pas à porter sur ses épaules un film comme celui-ci, car ce n’est pas le nom de son personnage ou un pseudonyme qui est sur l’affiche. Ainsi, Batman se doit d’être présent dans le film, solide, et nous savons que nous pouvons faire confiance au génial Christian Bale de ce côté-là. Comme nous avons parfaitement confiance en des acteurs de la trempe d’Aaron Eckhart (attendez un peu de voir Double-Face, vous allez halluciner !), Gary Oldman, Maggie Gyllenhaal et tous les autres pour donner corps aux différents personnages qui composent l’univers du justicier de Gotham City. Mais là où nous sommes surpris, et cela malgré le fait que ce soit une des gageures des histoires autours de Batman, c’est au niveau de la richesse thématique qui nous est présentée, tissée par les excellents dialogues. La façon dont les différentes intrigues, personnalités, actions vont se répondre tout au long des 2h30 que dure le long-métrage. Le scénario des frères Nolan se montre ainsi passionnant de bout en bout, surtout qu’il fait preuve d’un jusqu’au-boutisme et d’une noirceur bienvenus – et rares dans le cadre d’un blockbuster – qui réservent leur lot de surprises. Jamais nous ne devinerons où l’histoire nous amène, sans cesse elle nous surprendra jusqu’à un final bien loin du happy-end, dans lequel Batman devient véritablement et littéralement le « chevalier noir ».

Quand en plus la forme est au diapason du fond, notre bonheur n’en est que plus grand. Parce qu’il faut avouer que si Christopher Nolan a toujours été un réalisateur au sens esthètique fort, usant d’une grande précision dans la composition de ses cadres. ses qualités ne se montraient pas des plus évidentes dès lors qu’il s’agissait d’action dans Batman Begins. La donne est désormais changée au regard de l’élaboration de ces scènes spectaculaires, qui se donnent enfin le temps de monter en puissance, de jouer sur la puissance iconographique de ses protagonistes. Cela peut aussi être dû au fait que tous ces protagonistes – et non plus Batman seul – ont des implications profondes dans ces scènes, ils y sont pour une bonne raison là où le personnage de R’as Al Ghul – dans le premier – n’était finalement qu’un combattant un peu plus fort que la moyenne (et cela même malgré le thème du combat maître/élève, désamorcé par le second tiers du film qui se « concentrait » sur l’Epouvantail). Et comme pour célébrer cette amélioration plus que nécessaire de la part de Nolan, voilà que la musique (yep, nous parlons bien entre autres du morceau énorme entendu plusieurs fois dans les bandes-annonces) de Hans Zimmer et James Newton Howard prend enfin l’ampleur qui lui revient, à la fois implacable et désespérée.

The Dark Knight est ainsi la méga-claque que nous attendions, que nous espérions, et même plus encore. Les plus tatillons d’entre nous pourrons bien lui trouver quelques petits défauts – des transitions parfois un peu trop cut, par exemple – mais ce serait vraiment chercher la petite bête et passer à côté de l’essentiel : l’approche de Nolan sur la franchise, son désir de réalisme qui nous avait tant gêné dans le premier opus de cette trilogie, prend enfin tout son sens et parvient enfin à se recouper avec les aspects les plus sombres du comic-book. Un pur bijou de noirceur, stylé, enlevé et intelligent. Un chef d’oeuvre.

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