Hancock

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Les supers-héros sont, traditionnellement, des êtres dont la perfection les met au sommet d’une humanité qui ne peut que s’en remettre à eux, le dernier bastion de défense avant la criminalité et le chaos. Beaucoup de supers-héros sont ainsi, surtout dans un pays comme les Etats-Unis qui a toujours eu une passion certaine pour les modèles et la propagande. Fort heureusement, tous ces personnages doués d’abilités extraordinaires ne sont pas forcément des portes-étandards comme Superman ou Captain America, certains présentent même un côté plus sombre, plus nihiliste, qui réhausse grandement l’intérêt que nous pouvons placer en eux. Mais ces « chevaliers sombres » manquent très souvent de légèreté et, puisqu’il est aussi parfois bon de se payer une bonne tranche de rire, c’est donc avec une véritable excitation que nous attendions ce Hancock, promettant un mélange de comédie noire (sans mauvais jeu de mot) et d’action bien explosive.

Hancock est comme beaucoup de monde : il aime se reposer, les jolies formes, boire un petit coup,… Et, comme beaucoup de monde, il n’aime pas qu’on l’énerve, les criminels qui tirent dans tous les sens,… En revanche, à la différence du reste de l’Humanité, Hancock possède de nombreux supers-pouvoirs qui font de lui l’égal d’un héros de comic-book, sauf qu’il s’agit ici de la réalité et que ses capacités – utilisées un peu rudement et couplées à son attitude blasée – ont fait de lui la bête noire des citoyens. Un jour, alors qu’il exécute un de ses sauvetages dont il a le secret, il fait la rencontre d’un expert en communication idéaliste qui va se prendre d’affection pour lui et lui propose une expérience : essayer de changer son image auprès de tous et le faire apparaître tel qu’il devrait être perçu. Comme un véritable super-héros, sa nature profonde…

En faisant de son nom le titre même du film, et en apposant sa tête en gros plan sur l’affiche, les gens derrière la création de Hancock nous signifient clairement une chose : oui, le film parlera dans son immense majorité de ce super-héros d’un genre un peu particulier. Le rôle de Will Smith représente ainsi l’intérêt majeur de la péloche, il en est au centre et ne peut donc en aucun cas se permettre une quelconque défaillance. Sans quoi, toute l’entreprise tomberait dans les cours de la Bourse (qu’on ne s’y trompe pas, ce sont bien les bateaux qui « tombent à l’eau » et non les entreprises, même si les bateaux couleraient plutôt dans l’eau mais, là, je m’égare). Incombe donc à l’acteur la lourde tâche de porter le film sur ses épaules, un exercice auquel est déjà quelque peu rôdé Will Smith comme en démontre son récent Je suis une légende, où il partage l’affiche en majorité avec juste un chien et des monstres en CGI. Star du cinéma d’action parfaitement à l’aise dans les rôles plus « exigeants » sur le plan du jeu, à l’humour et au charisme presque criminellement naturels, l’acteur représente donc un choix parfait pour nous rendre sympathique cet anti-super-héros trashouille et constitue une force sans faille sur toute la durée du métrage. Le voir débouler avec ses gros sabots – ayant une forte tendance à ruiner l’asphalte – ou bien picoler en plein vol tout en engueulant des piafs deviennent ainsi autant de petites et nombreuses scènes savoureuses qui ne manquent pas de nous faire garder en permanence le sourire.

Et puis, bien sûr, après le sourire sincère à un gag bête et méchant vient la satisfaction bête et méchante – elle aussi, et nous aimons ça – de la casse gratuite. Une spécialité de Hancock qui, plus encore qu’un goujat ou un pochetron, est en effet un véritable sagouin dès qu’il s’agit d’user de ses pouvoirs. Ses décollages et atterrissages sont d’ailleurs, à ce titre, de purs instants de plaisir cinéphilique tant ils se montrent ouvertement et gratuitement spectaculaires. Les scènes d’actions constituent ainsi plus un défouloir qu’autre chose, car rien ne peut de toutes façons résister au personnage (enfin, presque…), et nous nous en accomoderons très bien tant l’impression de liberté et d’impunité est parfaitement retranscrite par la caméra, comme le démontre par exemple l’excellente scène à la suite de laquelle il va arrêter les trois bandits sur l’autoroute ou la façon qu’il a de laisser sur place l’oeil du spectateur lors de ses décollages.

Iconique à sa façon, tel un improbable croisement entre Superman et The Big Lebowski, le personnage de Hancock profite de plus au maximum de la réalisation d’un Peter Berg qui l’inscrit au maximum dans un cadre réaliste, avec une photographie évitant les excès colorimétriques et un production-design on ne peut plus terre-à-terre. Même le choix des autres acteurs participe de cette volonté de bâtir un contexte crédible, entre une Charlize Theron reconnue comme une actrice « sérieuse » et un Jason Bateman au physique banal au possible (comprenez par-là qu’il n’a pas une tête d’ahuri – sans être péjoratif – comme peuvent l’avoir un Stiller ou un Ferrell). Une volonté qui, finalement, va faire s’éloigner du plus qu’elle peut le film de l’imagerie comic-book ; et n’en rend alors les prestations de Hancock que plus marquantes, plus décalées et, donc, plus efficaces dans le but que vise le film. A savoir présenter un super-héros tel qu’il serait perçu dans notre réalité, les difficultés qu’il rencontrerait en réaction au contraste qu’il génére et, ne l’oublions pas, le désirable évantail de possibilités que cela lui offre (je suis bien sûr que nombre d’entre nous aimeraient pouvoir être capables du dixième de ce qu’il exécute, même si ça n’a pas l’air de le rendre heureux… l’idiot).

Dommage cependant que le dernier tiers du long-métrage se perd carrément en route, développant son intrigue d’une façon assez artificielle et à la limite de l’incongru dès lors qu’il essaye de nous expliquer les origines du héros. Ce qui aurait dû conserver une forme de conte moral adopte donc finalement les oripeaux d’un film de super-héros plus classique, et nous le regretterons. Non pas que ce soit important d’avoir une morale, mais cette forme aurait permise à l’histoire de conserver son unité d’un bout à l’autre sans nécessiter de s’alourdir en explications. Nous nous souvenons alors que Hancock a eu besoin d’une petite séance de reshoot à quelques semaines de sa sortie, peut-être bien pour modifier des éléments plutôt que d’en rajouter (on a l’impression qu’ils ne savaient comment finir la chose), ce qui pourrait expliquer cette fluctuation dans l’intrigue. Hancock finit ainsi sur une relativement mauvaise impression (heureusement que le plan final est assez stylé), ce qui est d’autant plus dommageable qu’il s’agissait jusque là d’un nouvel exemple éclatant de tout le talent de Will Smith mais aussi de Peter Berg, qui met brillamment en images ce point-de-vue original et tripant sur les supers-héros que nous chérissons. On est passé très près de la méga-tuerie…

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