Archive pour juillet, 2008

X-Files Régénération

21 juillet, 2008

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Quand la série X-Files s’est achevée en 2002, les fans que nous étions (et que nous sommes toujours, pardi !) restèrent sur leur faim, insatisfaits de cette conclusion bien trop ouverte, aux enjeux à venir trop importants pour en rester là. En effet, ce n’était ni plus, ni moins que la fin du monde que l’on nous annonçait, arrêtée pour le 22 décembre 2012, date à laquelle la dernière phase de l’invasion extra-terrestre se mettrait en branle. Alors nous avons espéré, toutes ces années, que le bureau des affaires non-classées renaîtrait de ses cendres, que les agents Mulder et Scully reviendraient pour nous sauver. Et, fin 2007, la nouvelle tombe : un second film des X-Files allait être mis en chantier ! La joie et la liesse passées, nos impatientes suppositions se heurtèrent ensuite aux différentes rumeurs, vraies et fausses, que laissa échapper l’équipe, Chris Carter en tête. Le secret étant assez bien tenu autour de ce second film, nous savions seulement qu’il s’agirait d’un one-shot ne reprenant pas la suite de la mythologie. Un choix pouvant être source de très bonnes choses (les meilleurs épisodes de la série sont justement des one-shots) comme d’une grosse frustration (toujours cette fin du monde en suspens). Et puisque nous ne pouvions en apprendre beaucoup plus, ne restait alors plus qu’à attendre de le voir en salles…

« Dans la Virginie rurale, au coeur de l’hiver, plusieurs jeunes femmes disparaissent corps et biens. Enfin presque puisque le FBI, aidé par un prêtre défroqué ayant des visions en rapport avec cette enquête, retrouve bientôt des morceaux des disparues. Néanmoins , l’enquête stagne et Mulder er Scully, pourtant retirés des affaires, vont être appelés à la rescousse pour offrir un regard plus constructif sur ce mystère. Les choses sérieuses peuvent alors commencer, et vite, car une des femmes kidnappées -agent du FBI elle-même- serait encore en vie selon le Père Joe… »

Bien évidemment, nous ne cacherons pas le fait que retrouver les X-Files après toutes ces années d’absence est un véritable plaisir, un doux rappel à ces soirées passées devant le téléviseur à frissonner. Déjà, parce que les agents Mulder -ce personnage est vraiment un monument, aussi bien dans l’humour que dans la gravité- et Scully font indéniablement partis de notre paysage culturel, qu’après neuf années passées à les côtoyer ils nous sont devenus proches et qu’ils nous reviennent tels que nous les connaissions (les acteurs ne semblent pas avoir eu trop de mal à ré-endosser la peau de leur personnage). Mais aussi parce que Chris Carter (et Frank Spotnitz, rappelons-le), créateur de la série originale et réalisateur de ce film, est sans aucun doute l’homme de la situation pour perpétuer l’esprit des ces enquêtes « aux frontières du réel », le plus à-même de retrouver ce qui en faisait le sel tout en le faisant évoluer vers de nouveaux horizons. Et en cela, par-delà les clins d’oeil sympathiques réservés aux fans et les gimmicks propres au show, Carter remplit parfaitement son contrat. Principalement donc en ce qui concerne le traitement de ses deux héros et de leur relation, qui se fait dans la suite logique de là où nous les avions laissé pour poursuivre en revenant sur des thématiques pour le coup peut-être un peu dépassées -la foi et ses différentes manifestations qui ont une tendance à opposer les deux agents, un problème que nous imaginions réglé à la fin de la série avec cette image de leur réunion- et longuettes pour certains mais qui inscrivent clairement X-Files Régénération dans l’âge d’or de la série, dans ce qui en constituait le coeur.

Si le fond propose ainsi une perpétuation de la série en retrouvant l’alchimie des premières années, il en va de même pour la forme puisque le décor du film, la Virginie enneigée, rappellera immédiatement les ambiances du lieu de tournage des premières saisons, Vancouver et ses environs. Sans que compter que Chris Carter, pour son premier long-métrage, perpétue de belle manière le travail effectué sur la série et s’en sort plutôt bien lorsqu’il s’agit de lui donner une nouvelle ampleur pour coller au grand écran. La séquence pré-générique (un passage obligé de la série) et son montage alterné efficace nous viendrons tout de suite à l’esprit, plus quelques autres belles séquences jouant sur les aspects les plus sombres de l’histoire avec par exemple cette façon caractéristique d’utiliser les zones d’ombres, qui trouvent néanmoins ici des textures nouvelles. Jusqu’à présent, nous tenions donc un film opérant une transition quasi-parfaite sur le grand écran, pouvant être l’occasion d’une nouvelle franchise dont nous nous réjouissons d’avance. Malheureusement, pour ce coup-ci, la tentative souffre d’un cruel écueil qui vient considérablement assombrir ces perspectives.

Car ce que nous attendions d’un film s’apparentant aux épisodes one-shot de la série, c’était d’avoir quelque chose d’une classe égale à ce qui constitue les épisodes les plus appréciés, les freakshows et leur bestiaire hallucinant qui offrait à X-Files ses plus beaux moments de fantastique et d’horreur. Sauf que la volonté de Carter et Spotnitz n’est absolument pas la même, préférant ramener ce second film vers un traitement nettement plus proche du thriller que du fantastique. Ce qui est à la fois révélateur de leur volonté de rendre le film abordable pour le plus grand nombre mais aussi de leurs goûts propres (n’oublions pas que Chris Carter a créé la série en prenant Le Silence des agneaux comme modèle) et, si le film remplit parfaitement ses objectifs sur ce plan, il se trouve malheureusement que ce n’est pas celui qu’auraient voulu voir creusé les fans. Nous nous retrouverons ainsi dans l’étrange situation d’être face à un film réussi, mais pas comme nous le désirions si hardemment, et notre plaisir n’en est que plus amoindri. Cela se traduit donc par un effacement du fantastique au profit d’éléments plus ou moins bon, le pire étant certainement cette façon dont les interrogations de l’agent Scully et ses petites crises (apparues dans la série à la demande express de Gillian Anderson, qui manaçait de partir si son personnage n’était pas plus « étoffé ») peuvent ralentir le récit, l’alourdir, ou bien encore ce manque flagrant de déploiement dans le climax, qui ne fait qu’effleurer son potentiel horrifique alors qu’il y avait vraiment matière à approfondir. Rageant. Et triste.

Ainsi, et cela même si l’on éprouve un réel plaisir à retrouver nos agents favoris, X-Files Régénération donnera clairement l’impression aux fans que celui-ci n’a pas été pensé pour eux et, avec la passion qui les caractérise, soyons sûrs que de très nombreux phénomènes de rejet pur et simple devraient apparaître. Il faut dire que les regrets sont légitimes tant le film de Chris Carter aurait pu être meilleur s’il avait bien voulu s’engager sur d’autres pistes, répondre pour de bon aux attentes des x-philes. En l’état, il plaira très certainement à ceux qui ne sont pas familiers des neuf saisons l’ayant précédé, comme une introduction à une nouvelle franchise que l’on espère malgré tout désespérement voir se concrétiser, histoire de corriger le tir. Que ce soit avec un nouveau one-shot ou bien une histoire apportant une conclusion à la mythologie de la série, nous serions preneurs. Mais que penser alors de cette dernière image, en toute fin de générique (restez dans la salle !), qui se révèle être aussi incongrue qu’étrangement conclusive ? Décidement, la vérité est bien partie pour rester ailleurs…

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The Dark Knight

18 juillet, 2008

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Alors que Batman Begins nous avait laissé un sacré goût d’inachevé, d’autant plus amer que ce premier épisode d’une nouvelle trilogie jouissait d’évidentes qualité parfaitement à-même de retranscrire l’univers sombre et violent du Caped Crusader, nous attendions beaucoup de sa suite qui s’est annoncée au fur et à mesure que nous la découvrions comme une prolongation laissant de côté les errements du passé (des méchants qui n’ont plus à être sacrifiés pour laisser la place à la présentation de Bruce Wayne/Batman, une meilleure maîtrise de Christopher Nolan en ce qui concerne les scènes d’actions,…). Bien sûr, tout en creusant les excellentes choses précédemment vues, en gardant la même intelligence dans le propos et le regard porté sur ce super-héros. Sans oublier que le Joker, le grand méchant de cet épisode qui s’annonçait dans le final du précédent avec un clin d’oeil plein de promesses, s’est très vite révélé comme l’un des intérêts majeurs de The Dark knight, chacune de ses apparitions dans les bandes-annonces nous laissant sur le cul tant Heath Ledger semblait habité par le rôle, transcendant le personnage vers une forme extrême de folie chaotique et diabolique. Alors, on ne va pas chipeauter : oui, l’acteur récemment disparu livre ici une interprétation d’anthologie, inespérée, prodigieuse. Et, pour ne rien gâcher, il fait cela dans un film qui n’est ni plus, ni moins qu’un putain de véritable chef d’oeuvre. Explications à suivre.

« Bruce Wayne, sous son costume de justicier, continue de faire régner la loi dans les rues de moins en moins mal-fâmées de Gotham City. En effet, l’arrivée d’un nouveau procureur incorruptible, Harvey Dent, couplée à l’effroi que soulève l’image de Batman dans l’esprit des criminels, a sérieusement mis à mal les différents cartels régnant sur la ville. Une situation qui va de nouveau très vite basculer dans le chaos avec l’arrivée d’un mystérieux bandit psychotique et monstrueux, le Joker, dont l’apparente folie cache un plan machiavélique pour plonger Gotham dans le chaos le plus total…« 

Commençons avec le véritable choc de ce film, la révélation malheureusement trop tardive de The Dark Knight en la personne de Heath Ledger, acteur récemment disparu à l’âge de 28 ans. Bien sûr, il lui était déjà arrivé au cours de sa courte carrière de nous offrir quelques beaux éclats, des interprétations qui laissaient entrevoir un beau potentiel mais sans se montrer néanmoins définitives. Jusqu’à aujourd’hui, en tout cas, tant nous ne pouvons être que soufflés par la façon dont il incarne le personnage du Joker, dont il semble possédé par lui et sa folie (voir la scène de sa sortie d’hôpital, où l’on a l’impression qu’il n’a aucun contrôle sur son corps). Une figure qui nous est extrêmement familière mais que nous n’avions pourtant jamais vu sous ce jour, aussi vicieux et visqueux. Diabolique et machiavélique, dont le comportement chaotique ne se défait donc pas d’une malice qui ne cesse de nous surprendre, devenant le moteur de nombreux retournements de situations bien sentis, de plans tordus à souhaits. La tornade promise par le réalisateur est donc bien là et va même au-delà de nos espérances. Habité par le rôle, lui donnant une force qui transparaît dans le moindre plan, une véritable épaisseur, les plus coeur-de-pierre d’entre nous (j’avoue, c’est mon cas) commencerons alors à comprendre pourquoi la disparition de l’acteur est une vraie perte tragique pour le monde du cinéma (le chagrin de sa famille ne regarde qu’elle).

Bien sûr, Heath Ledger seul – malgré son hallucinante interprétation – ne suffirait pas à porter sur ses épaules un film comme celui-ci, car ce n’est pas le nom de son personnage ou un pseudonyme qui est sur l’affiche. Ainsi, Batman se doit d’être présent dans le film, solide, et nous savons que nous pouvons faire confiance au génial Christian Bale de ce côté-là. Comme nous avons parfaitement confiance en des acteurs de la trempe d’Aaron Eckhart (attendez un peu de voir Double-Face, vous allez halluciner !), Gary Oldman, Maggie Gyllenhaal et tous les autres pour donner corps aux différents personnages qui composent l’univers du justicier de Gotham City. Mais là où nous sommes surpris, et cela malgré le fait que ce soit une des gageures des histoires autours de Batman, c’est au niveau de la richesse thématique qui nous est présentée, tissée par les excellents dialogues. La façon dont les différentes intrigues, personnalités, actions vont se répondre tout au long des 2h30 que dure le long-métrage. Le scénario des frères Nolan se montre ainsi passionnant de bout en bout, surtout qu’il fait preuve d’un jusqu’au-boutisme et d’une noirceur bienvenus – et rares dans le cadre d’un blockbuster – qui réservent leur lot de surprises. Jamais nous ne devinerons où l’histoire nous amène, sans cesse elle nous surprendra jusqu’à un final bien loin du happy-end, dans lequel Batman devient véritablement et littéralement le « chevalier noir ».

Quand en plus la forme est au diapason du fond, notre bonheur n’en est que plus grand. Parce qu’il faut avouer que si Christopher Nolan a toujours été un réalisateur au sens esthètique fort, usant d’une grande précision dans la composition de ses cadres. ses qualités ne se montraient pas des plus évidentes dès lors qu’il s’agissait d’action dans Batman Begins. La donne est désormais changée au regard de l’élaboration de ces scènes spectaculaires, qui se donnent enfin le temps de monter en puissance, de jouer sur la puissance iconographique de ses protagonistes. Cela peut aussi être dû au fait que tous ces protagonistes – et non plus Batman seul – ont des implications profondes dans ces scènes, ils y sont pour une bonne raison là où le personnage de R’as Al Ghul – dans le premier – n’était finalement qu’un combattant un peu plus fort que la moyenne (et cela même malgré le thème du combat maître/élève, désamorcé par le second tiers du film qui se « concentrait » sur l’Epouvantail). Et comme pour célébrer cette amélioration plus que nécessaire de la part de Nolan, voilà que la musique (yep, nous parlons bien entre autres du morceau énorme entendu plusieurs fois dans les bandes-annonces) de Hans Zimmer et James Newton Howard prend enfin l’ampleur qui lui revient, à la fois implacable et désespérée.

The Dark Knight est ainsi la méga-claque que nous attendions, que nous espérions, et même plus encore. Les plus tatillons d’entre nous pourrons bien lui trouver quelques petits défauts – des transitions parfois un peu trop cut, par exemple – mais ce serait vraiment chercher la petite bête et passer à côté de l’essentiel : l’approche de Nolan sur la franchise, son désir de réalisme qui nous avait tant gêné dans le premier opus de cette trilogie, prend enfin tout son sens et parvient enfin à se recouper avec les aspects les plus sombres du comic-book. Un pur bijou de noirceur, stylé, enlevé et intelligent. Un chef d’oeuvre.

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Shaolin Basket

5 juillet, 2008

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 « Abandonné alors qu’il n’était encore qu’un bébé, Shi-Jie a grandi dans un monastère où il a appris le kung fu auprès des plus grands maîtres. Alors qu’il est puni à passer la nuit dehors, il fait la rencontre d’un vieil homme un peu roublard qui remarque ses étonnantes capacités et imagine les lui faire utiliser de manière lucrative, en jouant par exemple au basket. Ce qui est parfait car l’équipe qu’il intégre compte comme capitaine le frère de celle qu’il aime. Néanmoins, c’est la compétition qui va primer car malgré ses techniques, des adversaires coriaces se présentent à eux…« 

Bon, vous aurez remarqué sans peine une très nette ressemblance pas du tout fortuite entre l’histoire de ce Shaolin Basket et celle du terrible Shaolin Soccer. Une parenté que l’on retrouve jusque dans les titres (bravo les ditributeurs !) et qui aurait tendance alors à donner à l’entreprise un fort relent d’opportunisme, se calant à l’excès sur le modèle du carton mondial de Stephen Chow. Pourtant, en cours de visionnage, nous aurons la bonne surprise de nous appercevoir que, si les deux films sont effectivement des comédies aux postulats très proches, leur ton et humour se démarquent suffisament pour qu’on ne reste pas avec cette méfiance à l’esprit. Et si cela fonctionne sur ce plan, c’est pour beaucoup dans les personnages, avec en particulier le héros dont on aurait pu craindre le pire vu qu’il est interprété par une star de la chanson dont le nom m’échappe pour l’instant (et dont je me fous, en plus). Au contraire, il se révèle ainsi plutôt cool et nous offre un personnage dont le côté débonnaire est bien marrant.

En revanche, on ne pourra faire l’impasse sur un gros problème résidant au niveau de la narration, complètement bancale et où la dramatisation semble absente tant l’histoire se déroule sans réel temps fort. Il n’y a ainsi aucune progression, pas de but, pas de structure. Plus encore, de nombreuses idées et pistes sont à peine effleurées, sous-exploitées - même parmi les principales - alors qu’elles auraient été la bienvenue pour donner à Shaolin Basket un peu plus de tenue. D’ailleurs, pour se convaincre de la bizarrerie de tout cela, il suffit simplement de regarder le final qui traîne sacrément la patte pour pas grand chose. Un comble quand on voit comme le cinéma asiatique a tendance d’ordinaire à éviter les épilogues.

Mais bon, l’ambiance générale est suffisament péchue et fun grâce à la réalisation pour combler cette lacune, même si elle empêche quand même le film d’être aussi sympathique qu’il aurait pu l’être. Et puis, comment en vouloir à un film qui possède une chanson faisant rimer tofu et kung fu ? Hein, je vous le demande ?

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Hancock

3 juillet, 2008

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Les supers-héros sont, traditionnellement, des êtres dont la perfection les met au sommet d’une humanité qui ne peut que s’en remettre à eux, le dernier bastion de défense avant la criminalité et le chaos. Beaucoup de supers-héros sont ainsi, surtout dans un pays comme les Etats-Unis qui a toujours eu une passion certaine pour les modèles et la propagande. Fort heureusement, tous ces personnages doués d’abilités extraordinaires ne sont pas forcément des portes-étandards comme Superman ou Captain America, certains présentent même un côté plus sombre, plus nihiliste, qui réhausse grandement l’intérêt que nous pouvons placer en eux. Mais ces « chevaliers sombres » manquent très souvent de légèreté et, puisqu’il est aussi parfois bon de se payer une bonne tranche de rire, c’est donc avec une véritable excitation que nous attendions ce Hancock, promettant un mélange de comédie noire (sans mauvais jeu de mot) et d’action bien explosive.

Hancock est comme beaucoup de monde : il aime se reposer, les jolies formes, boire un petit coup,… Et, comme beaucoup de monde, il n’aime pas qu’on l’énerve, les criminels qui tirent dans tous les sens,… En revanche, à la différence du reste de l’Humanité, Hancock possède de nombreux supers-pouvoirs qui font de lui l’égal d’un héros de comic-book, sauf qu’il s’agit ici de la réalité et que ses capacités – utilisées un peu rudement et couplées à son attitude blasée – ont fait de lui la bête noire des citoyens. Un jour, alors qu’il exécute un de ses sauvetages dont il a le secret, il fait la rencontre d’un expert en communication idéaliste qui va se prendre d’affection pour lui et lui propose une expérience : essayer de changer son image auprès de tous et le faire apparaître tel qu’il devrait être perçu. Comme un véritable super-héros, sa nature profonde…

En faisant de son nom le titre même du film, et en apposant sa tête en gros plan sur l’affiche, les gens derrière la création de Hancock nous signifient clairement une chose : oui, le film parlera dans son immense majorité de ce super-héros d’un genre un peu particulier. Le rôle de Will Smith représente ainsi l’intérêt majeur de la péloche, il en est au centre et ne peut donc en aucun cas se permettre une quelconque défaillance. Sans quoi, toute l’entreprise tomberait dans les cours de la Bourse (qu’on ne s’y trompe pas, ce sont bien les bateaux qui « tombent à l’eau » et non les entreprises, même si les bateaux couleraient plutôt dans l’eau mais, là, je m’égare). Incombe donc à l’acteur la lourde tâche de porter le film sur ses épaules, un exercice auquel est déjà quelque peu rôdé Will Smith comme en démontre son récent Je suis une légende, où il partage l’affiche en majorité avec juste un chien et des monstres en CGI. Star du cinéma d’action parfaitement à l’aise dans les rôles plus « exigeants » sur le plan du jeu, à l’humour et au charisme presque criminellement naturels, l’acteur représente donc un choix parfait pour nous rendre sympathique cet anti-super-héros trashouille et constitue une force sans faille sur toute la durée du métrage. Le voir débouler avec ses gros sabots – ayant une forte tendance à ruiner l’asphalte – ou bien picoler en plein vol tout en engueulant des piafs deviennent ainsi autant de petites et nombreuses scènes savoureuses qui ne manquent pas de nous faire garder en permanence le sourire.

Et puis, bien sûr, après le sourire sincère à un gag bête et méchant vient la satisfaction bête et méchante – elle aussi, et nous aimons ça – de la casse gratuite. Une spécialité de Hancock qui, plus encore qu’un goujat ou un pochetron, est en effet un véritable sagouin dès qu’il s’agit d’user de ses pouvoirs. Ses décollages et atterrissages sont d’ailleurs, à ce titre, de purs instants de plaisir cinéphilique tant ils se montrent ouvertement et gratuitement spectaculaires. Les scènes d’actions constituent ainsi plus un défouloir qu’autre chose, car rien ne peut de toutes façons résister au personnage (enfin, presque…), et nous nous en accomoderons très bien tant l’impression de liberté et d’impunité est parfaitement retranscrite par la caméra, comme le démontre par exemple l’excellente scène à la suite de laquelle il va arrêter les trois bandits sur l’autoroute ou la façon qu’il a de laisser sur place l’oeil du spectateur lors de ses décollages.

Iconique à sa façon, tel un improbable croisement entre Superman et The Big Lebowski, le personnage de Hancock profite de plus au maximum de la réalisation d’un Peter Berg qui l’inscrit au maximum dans un cadre réaliste, avec une photographie évitant les excès colorimétriques et un production-design on ne peut plus terre-à-terre. Même le choix des autres acteurs participe de cette volonté de bâtir un contexte crédible, entre une Charlize Theron reconnue comme une actrice « sérieuse » et un Jason Bateman au physique banal au possible (comprenez par-là qu’il n’a pas une tête d’ahuri – sans être péjoratif – comme peuvent l’avoir un Stiller ou un Ferrell). Une volonté qui, finalement, va faire s’éloigner du plus qu’elle peut le film de l’imagerie comic-book ; et n’en rend alors les prestations de Hancock que plus marquantes, plus décalées et, donc, plus efficaces dans le but que vise le film. A savoir présenter un super-héros tel qu’il serait perçu dans notre réalité, les difficultés qu’il rencontrerait en réaction au contraste qu’il génére et, ne l’oublions pas, le désirable évantail de possibilités que cela lui offre (je suis bien sûr que nombre d’entre nous aimeraient pouvoir être capables du dixième de ce qu’il exécute, même si ça n’a pas l’air de le rendre heureux… l’idiot).

Dommage cependant que le dernier tiers du long-métrage se perd carrément en route, développant son intrigue d’une façon assez artificielle et à la limite de l’incongru dès lors qu’il essaye de nous expliquer les origines du héros. Ce qui aurait dû conserver une forme de conte moral adopte donc finalement les oripeaux d’un film de super-héros plus classique, et nous le regretterons. Non pas que ce soit important d’avoir une morale, mais cette forme aurait permise à l’histoire de conserver son unité d’un bout à l’autre sans nécessiter de s’alourdir en explications. Nous nous souvenons alors que Hancock a eu besoin d’une petite séance de reshoot à quelques semaines de sa sortie, peut-être bien pour modifier des éléments plutôt que d’en rajouter (on a l’impression qu’ils ne savaient comment finir la chose), ce qui pourrait expliquer cette fluctuation dans l’intrigue. Hancock finit ainsi sur une relativement mauvaise impression (heureusement que le plan final est assez stylé), ce qui est d’autant plus dommageable qu’il s’agissait jusque là d’un nouvel exemple éclatant de tout le talent de Will Smith mais aussi de Peter Berg, qui met brillamment en images ce point-de-vue original et tripant sur les supers-héros que nous chérissons. On est passé très près de la méga-tuerie…

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