Sweeney Todd

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Tim Burton, de par sa personnalité relativement unique dans le paysage hollywoodien et qui transpire de chacun de ses films, s’est constitué très rapidement un réseau de fans purs et durs (dont je fais parti) tombés sous le charme de sa poésie macabre, de son humoir noir et de son amour des freaks et autres parias. Et si l’on peut observer dans un grand pan de sa filmographie ces caractéristiques devenues fondatrice de son style, admirateurs comme détracteurs ne purent manquer de noter un revirement flagrant dans les thématiques de Burton à l’aune du 21ème siècle (sans parler de La Planète des singes qui n’est en fait rien d’autre qu’un pari que le génie de Burbank se lance à lui-même, à savoir se confronter à un pur blockbuster à l’hollywoodienne). Perturbé en effet par la mort de son père, Tim Burton va accoucher de deux films où son style s’efface derrière ses doutes et questionnements. Big Fish et Charlie et la chocolaterie – puisque c’est d’eux que l’on parle - vont ainsi remettre en cause le rôle du père (jusqu’à présent, ses héros étaient souvent sans parent), surtout que Burton connaît entre-temps lui aussi les « joies » de la paternité, et lui servir de thérapie pour amorcer ce nouveau virage dans sa vie. Et la bonne nouvelle, c’est que cette thérapie est aujourd’hui terminée !

Sweeney Todd est donc le film où Tim Burton s’impose enfin comme un père, sûr de ses décisions et de ses goûts. Et quoi de mieux pour fêter cela que se faire plaisir (décidément, après Xavier Gens, les réalisateurs ont envie de nous montrer qu’ils font un métier bien cool !) en portant à l’écran une comédie musicale dont il était tombé amoureux alors qu’il travaillait encore chez Disney. Un projet qu’il avait déjà essayé de monter plusieurs fois, l’histoire d’un père et mari qui s’est vu voler sa vie par un juge cupide et libidineux, et qui revient dans la ville de Londres après 15 ans de bagne pour se venger par l’intermédiaire de son échoppe de barbier… en coupant les gorges des riches pour les transformer en tourtes… On le voit, le ton du réalisateur s’est ici durci, affirmé, et le flou qui caractérisait ses deux films précédents laisse la place au retour en force d’un Burton en grande forme. Ainsi, la réalisation exemplaire de Sweeney Todd va en laisser plus d’un sur le cul tant c’est beau à en pleurer (je ne vais pas vous en faire le détail parce que tout – et je dis bien « tout » – est grave assuré), une perfection technique mise au service du style gothique de Burton même s’il est ici plus sombre que d’ordinaire (ce film compte parmi ses plus « réalistes » car il ne contient aucun fantastique). Mais sa patte est là, indubitablement. Juste un peu plus mûre.

Le ton adulte qu’adopte  le film montre de même cette progression de Tim Burton qui a abandonné l’émerveillement enfantin pour laisser ici la place à des thématiques réellement malsaines : cannibalisme, viol, perversion sexuelle,… Oui, nous sommes très loin de Edward aux mains d’argent ! Un des changements majeurs serait aussi le traitement du héros Burtonien qui, s’il a toujours été un peu perturbé, est dans ce film atteint d’une folie destructrice comme jamais auparavant. Johnny Depp incarne donc un personnage très sombre et qui n’a finalement rien à envier au méchant, la vengeance étant une motivation qui va le pousser dans des débordements d’une extrême violence (jusqu’à un plan final magnifique). Ainsi, on ne peut parler de Sweeney Todd sans s’attarder un peu sur les égorgements qui sont assez révélateurs de ces modifications chez Burton. Gores à souhait, le réalisateur a fait pour les coups de coupe-choux sur la gorge ce qu’il avait fait avec les décapitations dans Sleepy Hollow, à savoir qu’il a voulu rendre chacun d’entre eux unique. Mais là où Sleepy Hollow se permettait parfois une approche presque cartoonesque, Sweeney Todd va faire dans le réalisme le plus craspec (même si le sang a toujours ces couleur et texture rappelant les films d’horreur que Burton affectionne), avec des giclées n’ayant rien à envier aux films d’horreur pure et dure. Une réelle volonté de la part du réalisateur qui s’est battu contre le comité de censure américain et ses producteurs pour conserver cet aspect et qui démontre bien de sa volonté de passer à un autre niveau. Celui de l’âge adulte, et il le fait qui plus est en conservant toutes les qualités de son « adolescence » (la présence de son style, encore une fois).

Mais si on a l’impression de tenir un chef d’oeuvre ultime en lisant ce qui précéde, c’est sans compter sur un énorme point noir qui va sérieusement modérer notre propos : l’aspect comédie musicale. Non pas que les acteurs chantent mal ou ne sont pas à l’aise dans ce registre, bien au contraire, mais en fait la musique… n’est pas terrible, tout simplement. Et il y en a beaucoup, de chansons (certaines sont malgré tout plutôt agréables, mais ce n’est vraiment pas la majorité). Le pire étant très certainement que, la plupart du temps, ces scènes nous sont montrées comme s’il s’agissait de simples scènes de dialogue. Il faut comprendre par là que le film ne joue presque jamais sur le décalage qu’impose normalement une comédie musicale (ce sont quand même des gens qui chantent pour s’exprimer, ce qui ne se voit pas souvent dans la réalité et rend l’impression de réalisme encore plus factice que s’il s’agissait de fantastique ou science-fiction). Beaucoup de ce qui aurait pu être de petits dialogues devenant des scènes musicales complètes et trop terre-à-terre (heureusement que la réalisation est magnifique !), le rythme s’en retrouve TRES sérieusement alourdi et on se prend même à redouter la prochaine chanson. Ce qui est plutôt génant lorsque l’on est devant une comédie musicale… 

Sweeney Todd est une assez grosse déception, donc, même si l’on sait que cela ne tient qu’à l’aspect comédie musicale dont on se serait bien passé. Surtout qu’il nous apparaît comme une évidence que le film avait tout pour devenir un chef d’oeuvre le cas échéant (un score de Elfman aurait été monstrueux dans cette ambiance). Tant pis, nous ne pleurerons pas, parce que ce film confirme malgré tout avec un éclat rouge sang que le génie de Tim Burton n’a jamais été aussi vivace, aussi puissament évocateur, et rend le futur de sa carrière encore plus excitant maintenant qu’il est passé à l’âge de la maturité dans une continuité logique avec ce qui a précédé. Surtout qu’il y a un Alice aux Pays des Merveilles en préparation !  

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12 Réponses à “Sweeney Todd”

  1. Sébastien dit :

    Ben moi j’ai adoré certes c’est pas McGregor et Kidman mais ça change et c’est pas plus mal ^^
    pas contre ton article encore une fois Très très bon bravo à toi

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  2. pitouwh dit :

    Moulin Rouge : voilà une comédie musicale qui s’assumait pleinement !

  3. mabataille dit :

    Sympa le parallèle entre Burton papounet et Burton réalisateur.

    Surtout et avant toute chose… le scénario…
    il tient sur un timbre poste…
    une fois qu’on le connait, le film est super lourd, aucune surprise, aucun « cliffhanger » (je sais pas trop ce que c’est mais c’est de l’anglais c’est cool).
    Bref si vous savez de quoi ça parle, c’est mort vous allez vous faire chier.

    ok c’est joli mais y’a mieux et de loin (From Hell, même Mary Reilly fait mieux) en plus le générique est vraiment très « plat », bon ok c’est pas l’essentiel mais ça m’a choqué d’entrée.

    Déçu !

  4. snaven dit :

    Je me souviens qu’une de mes premières réactions lorsque le projet Sweeney Todd s’est précisé, c’était l’effarement de constater que Danny Elfman n’allait pas composer les chansons du film. Pour moi c’était incompréhensible lorsqu’on a collaboré sur presque tous ses films avec un tel génie de la B.O. (surtout chez Burton justement), de s’en séparer lorsqu’on s’attaque à ce genre de projet !
    En fait c’est vrai qu’adapter une comédie musicale pour en changer toutes les chansons aurait paru étrange, mais quand même je ne peux tout comme toi m’empêcher d’oser imaginer ce qu’auraient pu nous offrir un Elfman lâché dans cet univers au gothique exceptionnel… Rageant.

    (Bizarrement j’ai quand même adoré le film, mais bon)

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  5. Sébastien dit :

    tiens danny Elfman j’ai un épisode de Desperates Housewives à regarder mdrr

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  6. pitouwh dit :

    - à mabataille : alors là, mon gars, il y a plein de trucs avec lesquels j’suis pas d’accord !
    Générique plat ? Pas d’accord ! La musique est sympa et l’idée du sang coulant un peu partout très graphique !
    Mary Reilly, meilleur ? Pas d’accord ! C’est pas parce que Malkovich fait des effets bizarres de dédoublement que ça fait un bon film !
    Scénario anémique ? Pas d’accord ! Il est vrai qu’il est simple mais c’est parce qu’il fonctionne sur les ressorts de la tragédie classique !

    En plus, j’suis sûr que tu l’as vu sur un div-x ripou et que tu n’as donc même pas pu profiter de la beauté plastique du film, son réel intérêt !

    Un « cliffhanger », pour ta gouverne, c’est la fin d’un film ou plus souvent d’un épisode qui va te donner envie de voir la suite. Une fin de saison de Lost, par exemple, c’est un cliffhanger. Sans oublier que le Cliffhanger est aussi un très bon film d’action avec notre bon vieux Sly !

    Et encore félicitations pour le tricé !

    - à snaven : que ce soit clair (parce que je pense ne pas l’avoir assez été), j’aurais aimé que Elfman s’occupe de la musique mais pas pour refaire une comédie musicale. Il fait ça très bien, c’est pas le problème (l’Etrange Noel et Les Noces Funèbres sont là pour le prouver), mais une forme plus classique aurait permis à Sweeney Todd d’être un réel chef d’oeuvre. Il n’y a qu’à voir comment dans le film les rares passages en musique uniquement instrumentale sont splendides et enlevés.

    - à sébastien : Desperate Housewives est une merde immonde et tu ferais mieux de regarder autre chose !

  7. judepomm dit :

    Comme le coté comédie musicale était l’une des choses qui me donnait le plus envie de voir le film pour découvrir ce que cela peu donner dans une histoire vraiment très sombre la déception sur ce point a vraiment été grande car les chansons au max titillent mais jamais transportent le spectateur.
    Par contre la réal est vraiment génial comme d’habitude car ce qui faisait défaut aux 2 précédents était l’ambiance mais ils récelaient quand même de scènes bien prenantes et là les 2 sont réunis pour notre salut car c’est vrai que sans cela c’est pas l’histoire qui nous aurait sauvé.
    Petit mot pour johnny depp qui est encore bien envouté dans celui là . Quel hypnotiseur ce Tim Burton!!!!

  8. Sébastien dit :

    à Pitouwh euhhhh je fais ce que je veux avec mes cheveux ^^ une merde immonde mdrrr et cliffhanger alors , par contre Dans la peau de John Malkovich j’ai adoré
    Et vous savez quoi les chefs-d’oeuvres sont les films dont on en débat beaucoup ( qu’est ce qu’on fait ) comme dirait un certain bloggeur  » ce n’est pas parce que tu as pas aimé que ‘est un daube ! !  »
    le seul truc vrai dans ton comm c’est mon prénom lol

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  9. pitouwh dit :

    Comme presque toujours, je suis d’accord à 100% avec toi, Judepomm.

    Quant à toi, Sébastien… disons que tu es devenu mon nouvel ennemi naturel.

  10. Sébastien dit :

    mais non faut pas on a juste des goûts différents et justement tu sais quoi j’en apprends beaucoup de toi ( non je suis pas lèche cul cr Snaven ausi m’en apprend ) après les opinions de chacun je dirais  » j’emmerde Madame propre, elle astique les cuivres du Titanic , le monde est en train de couler bordel de merde  » desolé je suis en train de lire pallaniuk

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  11. Mathilde dit :

    Sweeney Todd c’est du grand art : jusqu’où iront Johnny Deep et Tim Burton ensemble? Depuis leur prelière collaboration ils sont montés en intensité, en qualité et en morbide. C’est génial j’adore et j’en redemande!!!

  12. pitouwh dit :

    Je ne sais pas si l’on peut dire qu’ils sont « montés en intensité, en qualité et en morbide », parce qu’ils avaient quand même déjà commencé très, très fort avec Edward aux Mains d’Argent, que je préfère par exemple amplement à Sweeney Todd.

    Mais après, les goûts et les couleurs, hein…

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