Frontière(s)

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 « Alors que les élections présidentielles démontrent d’une montée flagrante du racisme en France, une bande de jeunes des cités profite du chaos ambiant pour commettre un braquage. Mais la police, bien galvanisée par la haine ambiante, leur tombe immédiatement dessus. Parvenant malgré tout à s’enfuir, les jeunes mettent à exécution la seconde partie de leur plan et prennent la route en direction du nord pour passer dans un autre pays. Sauf qu’ils font l’erreur de s’arrêter à la frontière pour se regrouper, dans un motel perdu au milieu de nulle part. Et tenu par une famille de nazis cannibales… »

Frontière(s) est le premier vrai film de Xavier Gens (Hitman est sorti avant mais a été réalisé après, bizarrement) et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il fait preuve d’une putain de maîtrise technique pour sa première oeuvre. Si l’on fait exception d’un montage quelque peu chaotique en début de métrage (mais c’est l’effet recherché et c’est réussi dans son genre, donc pas la peine de chipoter), on remarque que le reste bénéficie d’un traitement à la fois rigoureux et… réussi, simplement. Que ce soit au niveau de la composition des plans ou des mouvements de caméras, l’ensemble suinte d’une réelle beauté plastique qui donne une véritable force évocatrice aux images, une réelle énergie encore réhaussée par une musique au diapason de la violence du métrage.

Mais là où le film fait plaisir, c’est justement qu’il est sans cesse à la recherche du plaisir. Plaisir de créer et plaisir de regarder. Ainsi, s’il est évident que le réalisateur s’éclate comme un petit fou avec son histoire et en profite même pour en rajouter une couche dès que possible (la scène complétement gratuite de fusillade à la fin), il est tout autant évident que tout est mis en place pour nous communiquer cette jouissance nihiliste : début « in medias res », rythme trépidant et, surtout,  jusqu’au boutisme dans la violence et l’horreur. Après tout, nous sommes venus pour ça, non ? Et si le film ne fait pas peur à proprement parlé (on ne cherche pas à vous fair sursauter toutes les 3 minutes), on ne peut nier que ce jeu de massacre est sacrément éprouvant. Entre accès de violence incontrôlables et douleur viscérale (quand ça fait mal au perso, ça vous fait mal aussi !), Frontière(s) se place comme un excellent représentant du survival en cela qu’il parvient à vous laisser sur les rotules, épuisés de votre rencontre avec cette galerie de dégénérés flirtant même parfois avec le fantastique de façon assez sympa (les « enfants », qui laissent une belle porte ouverte pour une suite hypothétique).

Cependant, cette quête du plaisir dans laquelle s’est lancé Xavier Gens n’en amène pas moins quelques défauts, dont le premier (et presque le seul) serait la présence un peu trop marquée des modèles du survival tout au long de la péloche. Gens est un cinéphile, ça se voit, et un adorateur de ce genre de films, ce qui se voit encore plus. Il a donc profité de son premier film pour regurgiter toutes ses références, ce qui fait que Frontière(s) ne peut s’empêcher d’accumuler nombre de poncifs. Vous me direz que c’est comme pour Death Sentence et le vigilante-flick, que de toutes façons c’est le genre en lui-même qui est ultra-codifié, et vous aurez raison. Mais il n’empêche que cela rend l’histoire prévisible au possible (exception faite d’un élément peu crédible mais original dans le 3ème tiers) et même, à trop vouloir jouer avec les codes pour aller droit au but, cela finit par simplifier la trame au point d’ammener des incohérences assez énormes (un nazi qui veut se reproduire avec une beur pour préserver sa race parfaite de la consanguinité n’est pas une chose très crédible, même s’ils n’ont « pas le choix ») ou des personnages au traitement assez grossier (mention spéciale au chef de famille nazi – encore lui – qui est tellement caricatural qu’il en devient presque déplacé, sans oublier les jeunes qui sont bien crispants dans la première partie du métrage).

Mais bon, vous aurez compris que le paragraphe précédent n’a sa place ici uniquement que pour proposer un point de vue objectif sur le film. Parce que si l’on met de côté l’objectivité « journalistique » et que l’on se concentre sur la sujectivité, à savoir la perception que vous aurez de Frontière(s) quand vous serez mis face à ce voyage en enfer, croyez bien que vous en aurez pour votre argent. A la fois généreux et jusqu’au boutiste, le premier film de Xavier Gens est une vraie bonne réussite car il assume parfaitement son statut de spectacle décomplexé (au point même qu’il en oublie pendant un temps sa très bonne idée de contexte politique… mais on s’en fout !) et terrifiant. Une qualité trop rare dans le cinoche français pour la bouder. Vous voilà prévenus.

autre avertissement de prévention : par pitié, jeunesse, lorsque vous avez besoin de faire une halte dans un motel, n’en choissisez pas un qui soit au milieu de nulle part ! Pensez au nombre de futurs Einstein ou Gandhi qui sont morts sous les hachoirs de cannibales dégénérés, tout ça parce qu’ils se sont laissés séduire par le charme bucolique de la campagne ! Pensez-y ! Et voyagez toujours armés !   

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5 Réponses à “Frontière(s)”

  1. Sébastien dit :

    J’ai eu le choix et j’ai préféré Live je sais je suis une chochotte ^^
    Mais même s’il est aussi bien que ça je ne pense pas le voir :( mais ton article est vraiment pas mal félicitation ^^
    Mais moi je trouve nul ce genre de chose  » Son vrai premier film  » maintenant on nous la faità chaque fois; Je me rapelle du film  » The machinist  » dont j’ai adoré Christian Bale hummm , quelques temps après au temple du disque je vois  » Session 9  » un film du réalisatuer de The machinist pour fait avant. Marketing je sais pas bref je ne suis pas expert comme toi et snaven donc à vous la parole…

    Dernière publication sur Cinéma, Séries : Django Unchained, le making-of !! V.O

  2. pitouwh dit :

    Dans le cas de Session 9, oui c’est un coup marketing car ce film avait déjà connu une petite carrière (diffusion sur M6 tard le soir, sortie en librairie dans le bac « tout à 4 euros »). Mais bon, a ce qu’il paraît c’est pas trop mal donc tant mieux, non ?

    Par contre, le cas Frontière(s) est plus intéressant car le film n’a pas été remis sur les écrans parce que Gens venait de sortir Hitman. Une coïncidence a fait que ses 2 premiers films sont sortis quasi en même temps : il me semble que Gens avait mis en stand-by la post-prod de Frontière(s) pour aller faire Hitman (grosse occasion qu’il ne pouvait louper, vous en conviendrez) et, quand les producteurs l’ont viré pour faire des reshoots, lui est retourné finir son survival.

  3. Sébastien dit :

    ahh ok je te remercie beaucoup pour cette ananyle médico-légale Mr bodine nan c’est Titanic ça lol
    En tout cas j’en apprend beaucoup avec toi et ça fait paisir mais nan j’irai pas le voir j’ai peur

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  4. pitouwh dit :

    La peur n’évite pas le danger (proverbe utilisé gratuitement).

  5. Sébastien dit :

    mais la peur fait peur et faire des cauchemards ( proverbe sebouzien )

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