Death Sentence

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 « Nick Hume (Kevin Bacon) est un homme qui n’est pas vraiment à plaindre : il a une femme splendide, des garçons sympas, un bon job, une jolie maison,… Pourtant, un jour où il ramène son aîné d’un match de hockey, tout cet univers de bonheur va s’écrouler avec le meurtre du fils par un gang croisant leur chemin. Celui ayant porté le coup fatal est traduit en justice, mais Nick constate très vite que jamais le tribunal ne pourra punir l’accusé à la hauteur de son chagrin. Il retire alors son témoignage et le meurtrier est relâché. Cependant, il ne profitera pas longtemps de sa liberté car Nick est après lui, bien décidé à se faire justice lui-même. Un acte qui le plongera plus encore dans une spirale de haine, de vengeance et de perte…« 

On le sait (si, si, vous savez : j’en ai déjà parlé), le vigilante-flick est un genre cinématographique particulièrement casse-gueule, en cela qu’il joue sur un ressort complétement immoral dans notre société (se faire justice soi-même). En effet on ne peut pas dire, et fort heureusement, que glorifier la loi du Talion soit considéré comme un acte louable et une preuve d’intelligence. Bien au contraire. Pourtant, il est une autre vérité qui va à l’encontre de celle-ci : les histoires traitant de vengeance sont celles qui vous prennent le plus aux tripes, celles provoquant en général le plus aisément notre empathie. Une contradiction faisant que les films de ce genre ont toujours le cul entre deux chaises, véritable plaisir coupable nécessitant une réelle intelligence dans son propos sous peine de se transformer en manifeste fasciste. Alors quand James Wan - le petit malin derrière le premier Saw - se lance dans l’aventure, on se prend à espérer un film qui soit aussi réussi sur la forme que dans le fond. Et force est de l’avouer, le jeune réalisateur a plutôt réussi son pari !

On commence par le « fond » car c’est ce qui prime dans ce genre de films. Parce que si le film ne se montre pas un tant soit peu critique à l’égard de son héros, s’il ne montre la vengeance que comme un acte positif, alors il ne sera rien d’autre qu’une péloche au discours plus que tendancieux. Un écueil qu’évitent assez efficacement Wan et son scénariste en donnant une certaine touche comic-book à Death Sentence, principalement grâce à une approche très graphique de la violence et à un gang jouant davantage la carte du  »cliché » que du réalisme (les gangs pluri-ethniques n’existent pas aux states, convenons-en). Mais plus encore, ils l’évitent en faisant de la mission de Kevin Bacon (vraiment excellent,comme toujours) une descente aux Enfers douloureuse et destructrice. En cédant à ses instincts, Nick Hume met ainsi le doigt dans un engrenage de violence qui va le transformer, lui faire perdre tout ce qu’il avait, jusqu’à ce qu’il finisse par ressembler trait pour trait aux voyoux qu’il pourchasse (le chef du gang le lui dit même texto). Ça a l’air con comme ça, voir même simpliste comme traitement, mais c’est bien le seul qui permet de se dédouaner des critiques quant à une morale douteuse. Donc on pardonne ce manque d’originalité dans un genre de toute façon déjà très codifié, Death Sentence satisfaisant parfaitement à cette nécessité jusqu’à un final pessimiste au possible.

Surtout que, en ce qui concerne la « forme », le film de James Wan fait carrèment plaisir. On l’a déjà dit : le film est très violent. Mais ce n’est pas une violence magnifiée, on n’est pas dans un polar HK ou un blockbuster (dont j’aime aussi beaucoup les styles, mais qui ne cadreraient pas pour autant avec le vigilante-flick) et donc, ici, la violence est brute de décoffrage. Séche et tendue à l’image des films ayant inspiré le réalisateur (Les Chiens de paille,…), avec quelques excès gores – bienvenus - ne laissant plâner aucun doute quant à la douleur qu’elle entraîne. Et comme si James Wan ne voulait user d’artifices trop faciles, la réalisation privilégie de longs mouvements de caméras et semble avoir oublié le montage cut à la saw pour nous faire assister à l’horreur de la situation, dans son intégrale crudité. L’inévitable scène de course-poursuite, par exemple, n’est dès lors plus la classique chasse survoltée mais une fuite désespérée.

Coup double réussi, donc, pour ce film qui parvient à rendre sa violence à la fois jouissive et réflexive, démontrant encore une fois l’habile talent de faiseur de James Wan qui parvient à maîtriser autant son sujet que sa caméra. Death Sentence est un très bon film, une bonne petite catharsis qui devrait vous aider à laisser évacuer toute votre colère et votre frustration, remplissant par là-même une des plus belles fonctions du cinéma. Seul regret : que John Goodman, quasi-méconnaissable, ne soit pas plus présent dans l’histoire. Parce que sinon, c’est du tout bon !      

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