American Gangster

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 « Frank Lucas (Denzel Washington) travaille depuis plusieurs années pour Bumpy Johnson, le Parrain noir de Harlem, en tant que chauffeur et homme de main. Mais le début des 70′s est l’époque des changements et c’est en toute logique qu’il prend la relève lorsque son patron meurt. Réorganisant la mafia noire autour de sa famille et révolutionnant le business de l’héroïne en traitant directement avec les producteurs, Frank acquiert rapidement à son tour le titre de Parrain de Harlem. Mais cette réussite aussi  brillante que subite finit par  attirer l’attention de l’intégre inspecteur Roberts (Russel Crowe), récemment promu à la tête du jeune département anti-drogue et bien décidé à faire son boulot…« 

Alors c’est sûr que comme ça, en lisant le synopsis, on pourrait croire qu’on va assister à un bras-de-fer titanesque entre deux excellents acteurs, avec une pure ambiance de polar des seventies, une bonne grosse fresque dans les tréfonds de New-York de 2h30… mais non. Je sais, ça ne commence pas terrible comme critique mais c’est pourtant vrai : jamais, au cours du film, le duel Washington/Crowe ne satisfait nos attentes. Et en même temps, on se demande comment cela pourrait être le cas puisque leurs personnages ne se rencontrent que dans les 20 dernières minutes du film ! Remember Heat, anyone ? Nous suivons donc pendant deux heures deux intrigues qui peinent à se recouper sur le plan narratif ou à entrer thématiquement en résonnance (tout juste le contraste « Lucas qui réunit sa famille »/ »Roberts qui perd sa famille »). Ceci étant peut-être dû au fait que le scénario veuille coller au plus près de l’histoire vraie dont il s’inspire, ce qui retire pas mal de liberté en matière de dramatisation.

Pire encore, jamais le scénario ou la réalisation ne parviennent à provoquer notre empathie pour les personnages. C’est bizarre, mais il y a toujours comme une distance entre nous et ce que nous voyons, on ne s’implique pas dans l’histoire. La faute encore à ce manque de dramatisation, le film adoptant une forme « énonciation de faits » un peu fastidieuse. Mais si cette approche fonctionnait dans le Zodiac de Fincher (justement parce que cela correspondait à la méticuleuse enquête du personnage principal), ici les personnages ne donnent l’impression d’être que des figures lointaines quand on aurait aimé avoir des héros tragiques. Avec exactement la même histoire (suffit de passer des 20/30′s aux 70′s), Les Incorruptibles de Brian de Palma faisait ainsi bien plus plaisir car il n’hésitait pas à jouer sur le côté  »mythologique » de son sujet, ce que ne se permet jamais American Gangster dans sa constitution d’une chronique détaillée où aucune sous-intrigue n’aide la principale à s’élever (faut voir comment les seconds-rôles sont traités par-dessus la jambe, exactement l’inverse du film de de Palma : comparez comment sont traitées les teams d’incorruptibles dans les deux cas pour comprendre).

Alors, et malgré ces défaut majeurs, peut-on dire du dernier Ridley Scott qu’il s’agit d’une grosse bouse ? Bien sûr que non, parce que le réalisateur de Blade Runner et Gladiator sait quand même sacrèment bien s’y prendre pour nous faire de la bonne image (n’oublions pas qu’il était un clippeur au début de sa carrière et qu’il en a gardé un certain savoir-faire esthètique), avec une reconstitution des 70′s criante de vérité. Et puis il y a Russel Crowe et Denzel Washington, qui sont quand même deux putains d’acteurs. Et il reste aussi quelques scènes bien cool (la mise à mort en pleine rue par Frank d’un concurrent, par exemple), ce qui finit de nous faire rager quand on imagine ce qu’aurait pu être le film avec juste quelques scènes en plus. Va donc falloir attendre l’inévitable édition director’s cut, comme pour Kingdom of Heaven, afin de savoir ce que vaut réellement cet American Gangster.

n.b : putain, je suis vert ! C’est moi qui ai dormi ou le plan génial avec Denzel en contre-jour, qu’on voyait à la fin du trailer, a été coupé ? 

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