L’Ennemi intime

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« Algérie, 1959. Un jeune lieutenant idéaliste et volontaire, Terrien (Benoit Magimel), prend le commandement d’une section française dans l’une des régions les plus reculées du pays colonisé, une région où le FLN est très actif. Partant régulièrement en missions aux côtés de ses hommes et du sergent Dougnac (Albert Dupontel), un vieux de la vieille que les guerres ont fini par désabuser, Terrien essaye de régler les conflits avec humanité, refusant les méthodes barbares que pratiquent ceux qui sont là depuis plus longtemps que lui. Seulement voilà, l’horreur est partout et, comme un voile, se met à couvrir le regard du jeune idéaliste qui bientôt en oublie jusqu’à ce qu’il était. Un monstre naît en lui, enfanté par la guerre. Son pire ennemi…« 

Alors, puisque vous êtes des gens cultivés et suivant l’actualité, je suis sûr que vous devez déjà avoir entendu tout ce qui doit être dit sur L’Ennemi intime, quatrième long-métrage de Florent-Emilio Siri (Nid de guêpes, Otage). Oui, c’est un film à la réalisation maîtrisée, mélange de classicisme à la 50′s – pour tout ce qui touche à la composition du cadre, aux mouvements de caméra et au montage, sans artifice ni effet tape-à-l’oeil – et d’images léchées à l’américaine (voyez les couleurs désaturées sur les images plus bas, une norme devenue quasi-obligatoire depuis Il faut sauver le soldat Ryan pour représenter les guerres du passé). Oui, le film traite intelligemment de la guerre d’Algérie, sans manichéisme, montrant à la fois les horreurs commises par le FLN et l’armée française, profitant aussi de son sujet peu traité au cinéma pour rappeler un certain nombre de faits que l’on ne retrouve pas dans les manuels d’Histoire français. Mais plus encore, le film se pose comme un pamphlet contre toutes les guerres, symbolisées par le personnage de Dupontel, et qui finissent toutes par nous faire renier nos valeurs. Oui, le casting est de premier choix, que ce soit en ce qui concerne les têtes d’affiche comme les seconds rôles, qui nous deviennent familiers en quelques plans, en deux, trois dialogues ou détails. Et oui, donc, L’Ennemi intime est un très bon film.

Pourtant, il demeure comme un impression de manque au visionnage du film, un petit vide qui l’empêche de vraiment éclater à l’écran. Ce manque, c’est en fait un refus d’avoir recours à une véritable ampleur cinématographique, à un plaisir épique. Un défaut qui n’en est pas vraiment un puisque ce n’est absolument pas là le propos du film, ni son but. Au contraire, L’Ennemi intime vise un réalisme le plus complet possible, à approcher la Vérité au plus près (une volonté que l’on retrouve souvent dans les films de guerre puisqu’ils ont la valeur de « témoignage », de « devoir de mémoire ») comme le prouve l’objectivité du point-de-vue adopté, en se refusant à tout parti-pris. Mais il n’empêche que cette démarche presque documentaire (pas étonnant lorsque l’on sait que le scénariste est Patrick Rotman, réalisateur d’un documentaire choc sur le sujet et à l’origine du film) en vient à étouffer les scènes d’action, pourtant bien menées et impressionantes. Parce que le plaisir que l’on peut avoir à regarder des trucs péter ne fait pas vraiment le poids quand ont le met à côté de l’horreur et de la culpabilité.

L’Ennemi intime est donc un très bon film, ça oui, en plus d’être une vraie preuve de maturité dans la filmo d’un Florent-Emilio Siri qui assure de plus en plus; mais ce n’est pas vraiment non plus un film que l’on regarde avec plaisir. Et c’est peut-être ça, le signe le plus flagrant de sa réussite : être un film qui parvient à faire revivre l’Histoire dans tout ce qu’elle avait de plus crue, de plus ignoble, et nous le renvoyer à la face avec la destruction de destins qui ne nous sont pas si éloignés. Ce qui ne fait pas forcèment plaisir, mais la mémoire est un fardeau que l’on ferait bien de moins laisser de côté si l’on ne veut pas voir revenir des horreurs du passé (suivez mon regard… non, plus bas… il n’a pas ses talonnettes, aujourd’hui…) et ce film la ravive avec force et rage. La marque des grands films de guerre, mais pas forcèment des grands chefs d’oeuvres… il y manque juste un peu de coeur, je crois…

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4 Réponses à “L’Ennemi intime”

  1. Effectivement, ce film semble être particluièrement bien fait justement parcequ’il met mal à l’aise, qu’il nous renvoie vers nos « responsabilités » intimes, celles de la Nation chérie, celle de l’inconscient collectif, celle de tout le monde en général, mais de personne en particulier…

    Dernière publication sur Interprétation des films d'animation : SOLDES D'été

  2. pitouwh dit :

    avec le rugby et « notre » président, ça me donne encore moins envie d’être français…

  3. snaven dit :

    Ce que j’ai également bien aimé dans ce film, c’est qu’en plus de proposer un témoignage sur ce qui a pu se passer en ces sombres années, il a un propos doté d’une dimension plus « générale » sur les conséquences psychologiques de la guerre, quand les soldats qui ont le malheur d’être dotés d’une conscience doivent se regarder en face après ce qu’ils ont vu ou ce qu’ils ont fait.

    Un article que j’avais fait après la vision du film : http://snaven.unblog.fr/2007/10/07/lennemi-intime-lapres-indigenes/

    Dernière publication sur Guide Approximatif Rédigé par un Geek Lobotomisé : https://opalescenceprogrammee.wordpress.com/

  4. pitouwh dit :

    Ton blog est très cool ! Je le conseille vivement à quiconque lira ces lignes !

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