Critique ciné : Santa & Cie

11 décembre, 2017

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Fréquente dans le cinéma américain, la comédie fantastique de Noël n’a pas en revanche pignon sur rue dans nos contrées où soit elle est méprisée pour son caractère enfantin, soit elle est redoutée pour le budget qu’elle réclame. Il n’y avait alors bien qu’un Alain Chabat pour nous offrir ce Santa & Cie, livré pile-poil avant les fêtes de fin d’année. Opportuniste, l’ex-Nul ? Forcément un brin – en même temps un film de Noël en Août, ça ne le ferait pas du tout – mais par-delà cela, on ne pourra pas l’accuser d’avoir vendu son âme au Diable. Loin du style lumineux et factice de ce genre de films, il garde une vraie démarche de cinéaste et n’hésite pas à bousculer un peu les plus jeunes (et les moins jeunes) spectateurs, par exemple en créant des ambiances véritablement anxiogènes quand cela est nécessaire pour servir son propos (comme dépeindre une «réalité» crédible et pas très folichonne, en contraste avec la magie du monde de Santa Claus). Une démarche ayant déjà plombé un certain nombre de comédies mais, miracle de Noël, ici cela passe sans heurt grâce à l’humour de Chabat (excellent en père Noël taciturne et paumé) et un casting inspiré (mention spéciale aux deux enfants, marrants sans jamais être crispants). On aurait alors peut-être aimé un peu plus de folie dans la comédie, reste que Santa & Cie est un cadeau idéal pour qui aime le 25 décembre et Alain Chabat. Joyeux Noël !

Critique ciné : Coco

5 décembre, 2017

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On avait déjà noté cet état de fait et Coco (pas celui de Gad Elmaleh, hein, lui il a été assez oublié pour qu’un autre film lui pique son titre) vient le confirmer : si la qualité des productions Pixar s’est faite beaucoup plus fluctuante depuis quelques années (qui a dit «depuis le rachat par Disney»?), allant jusqu’à nous livrer de véritables déceptions (qui a dit «bouses»?), le niveau retrouve à chaque fois sa splendeur stratosphérique dès lors qu’un membre historique du studio est aux commandes (ici Lee Unkrich, entre autres réalisateur de Toy Story 3, secondé par Adrian Molina). C’est triste, mais c’est comme ça. En dépit ainsi d’un sujet pas franchement original pour qui a vu La Légende de Manolo et d’un scénario n’évitant pas certaines facilités, il n’y a pas à tortiller du croupion, ça fonctionne. Les personnages savent se montrer véritablement émouvants ; l’univers est riche, solide et magnifique ; les gags ont cette qualité intemporelle propre au studio… Et voilà comment Coco, qui ne nous chauffait pourtant pas trop, s’avère au final un digne ajout à la filmographie de Pixar, nous rappelant par moments les plongées exotiques qu’offraient certains des plus vieux Disney. En mieux.

Critique ciné : Mazinger Z

26 novembre, 2017

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Pour célébrer les 50 ans de carrière du célèbre mangaka Go Nagai, une de ses créations les plus adorées se voit offert une luxueuse adaptation. Non, pas Goldorak (ça, c’est chez nous qu’on l’adore) mais bien Mazinger Z, un précurseur presque inconnu par chez nous mais bénéficiant d’un véritable culte au Japon. Parce que la lucrative nostalgie n’a pas de frontière. Loin toutefois du jeunisme constaté lors de certaines entreprises de ce type (cf le récent Les Chevaliers du Zodiaque), ce nouveau métrage fait preuve d’une déférence des plus pointilleuse envers son matériau d’origine. Certes la technique jouit des dernières avancées de la technologie mais cela se fait toujours en gardant le style «à la main», old-school, et on retrouve cette volonté dans la moindre parcelle du film, de son générique de début à l’ancienne jusqu’à l’humour un peu enfantin. Mazinger Z Infinity (son titre complet) ravira ainsi les fans et initiés, qui voient là une belle chance de renouer avec leurs souvenirs d’enfance dans des conditions dont ils n’auraient jamais rêvé à l’époque de Récré A2.

Critique ciné : Justice League

26 novembre, 2017

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La saga cinématographique DC Comics a beau avoir eu la mauvaise idée de singer de plus en plus la concurrence, Zack Snyder restait le gage d’une certaine unité, d’un style partagé entre tous les différents projets. En toute logique propulsé aux commandes du choral Justice League, le bonhomme dut néanmoins se retirer en cours de production suite à un drame personnel et fut remplacé par Joss Whedon, qui préparait alors Batgirl… après avoir donné vie aux deux Avengers chez Marvel. Et voilà comment, à l’occasion de ce qui aurait dû être l’affirmation de son identité propre, le DCEU est complètement passé du côté MCU du comic-book movie et pas pour le mieux : disparition de tout discours mythologique et de toute noirceur, scénario carburant aux poncifs du cru (les artefacts tout-puissants, le final apocalyptique, les blagues à profusion…), réécriture / reshoot grossier (pour s’en convaincre, comparez la scène entre Loïs et Clark dans le champ vue dans le trailer – à l’évidence la version de Snyder – à celle plus lénifiante finalement tournée par Whedon). Dans le même ordre d’idée, le film amorce une sorte de retour nostalgique aux premiers succès de la franchise avec non seulement la réutilisation des thèmes composés par Danny Elfman et John Williams mais aussi une direction artistique très typée, avec parfois la touche un peu carton-pâte des années 90 (certains décors de rue nous replongent en plein Dick Tracy de Warren Beatty), ce qui aurait pu être une piste intéressante si elle n’allait totalement à l’encontre de tout ce que les précédents films ont mis en place. Tout cela montre combien DC et Warner s’enfoncent de plus en plus dans le flou, sans vision claire de leur projet, et accouchent de projets de plus en plus oubliables (Wonder Woman fait d’autant plus figure de miraculé). En plus, ce Justice League mal-calibré nous donne à voir le Batman le moins charismatique à avoir jamais parcouru Gotham. Là, tout est dit.

Critique ciné : A Beautiful Day

17 novembre, 2017

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Il suffit parfois d’une bonne bande-annonce pour nous faire oublier qu’un film récompensé à Cannes à de fortes chances d’être décevant au bout du compte. Loin du rush de violence crasse vendu par son trailer, A Beautiful Day est ainsi une œuvre certes crasse mais surtout atmosphérique, d’une froideur cérébrale annihilant toute velléité d’émotion, d’identification, alors qu’il appelait clairement à un traitement contraire. Sans aller jusqu’au Léon de Luc Besson (excellente péloche au demeurant), on aurait en effet adoré pouvoir s’émouvoir de la performance hallucinante de Joaquin Phoenix ou de la mise en scène à l’évidence brillante de Lynne Ramsay (We Need to Talk about Kevin) mais c’est peine perdue tant tout cela se perd dans cette conception auteurisante oubliant qu’on peut à la fois divertir et faire réfléchir les spectateurs. On reste extérieur au récit et le titre original – You Were Never Really Here (« Tu n’as jamais vraiment été là ») – prend alors tout son sens. A Beautiful Day, ou la malédiction des palmés.

Critique ciné : Happy Birthdead

16 novembre, 2017

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Un peu à la bourre pour profiter de l’effet Halloween, Happy Birthdead est un revival du slasher des années 80/90 et, production Blumhouse oblige, se dote d’un pitch au concept aguicheur. Ici, un postulat à la Un jour sans fin où l’héroïne (fantastique Jessica Rothe qui nous offre une prestation plurielle et à chaque fois convaincante) revit sans cesse la journée de son anniversaire et de son meurtre par un boogeyman sacrément old-school, avec tout ce que ça implique de second degré et de passages obligés. Grâce à une écriture et une réalisation solides à défaut d’être révolutionnaires de Christopher Landon (Paranormal Activity : The Marked Ones), le whodunit fonctionne alors plutôt bien et Happy Birthdead gagne ses galons d’oeuvre maline et nostalgique. Une bonne occasion de revenir un peu en arrière sur un genre tombé en désuétude mais qui peut toujours réserver quelques surprises (faîtes-vous Detention dans la foulée pour achever le trip).

Critique ciné : Thor – Ragnarok

13 novembre, 2017

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On l’a déjà dit, les films de Marvel ont clairement eu tendance à s’enterrer dans une routine, une formule, faisant que seuls ceux ayant réussi à s’en échapper pouvaient émerger du lot et briller. Le succès public mais surtout critique des Gardiens de la galaxie n’a ainsi pas manqué de mettre la puce à l’oreille du studio et pour la troisième aventure solo de son Dieu du tonnerre, Thor : Ragnarok, il a décidé de revoir sa copie : moins de connexions avec le MCU, plus de SF, plus de péripéties, plus d’inspirations 80′s et surtout du fun, du fun, du fun ! Un mélange qui aurait pu rapidement virer à l’indigeste s’il n’y avait aux commandes quelqu’un de la trempe de Taika Waititi, un réalisateur néo-zélandais quasi-inconnu mais sachant parfaitement jongler avec les concepts et les ruptures de ton les plus casses-gueules comme le savent les quelques chanceux ayant vu son mockumentaire Vampires en toute intimité. Se reposant sur un scénario solide (le rythme ne faiblit jamais sans oublier de raconter son histoire) et le talent comique sous-estimé de Chris Hemsworth, Waititi livre donc avec Thor : Ragnarok un métrage épique et généreux, drôle et spectaculaire. Et ce qui aurait facilement pu devenir l’un des films préférés de l’auteur de ces lignes s’il l’avait découvert dans la première moitié des nineties. Facile.

Critique ciné : Au revoir là-haut

3 novembre, 2017

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Au revoir là-haut représente un double défi inédit pour le génial Albert Dupontel : déjà, il s’agit de sa première adaptation d’un roman, qui plus est un lauréat du Goncourt. Et deuxièmement il se frotte là à son premier film historique, qui plus est un gros blockbuster tournant autour de la Première Guerre mondiale. Des gageures le forçant à adopter un style un peu plus classique que d’ordinaire mais sans que jamais ne cessent de poindre son humour et son humanité, transpirant de la douce folie animant le métrage. Pour chipoter, on pourrait reprocher à l’oeuvre de reposer sur une narration un peu trop pépère (sans être chiante pour autant) et de trop se focaliser sur le personnage de Dupontel (alors que celui incarné par Nahuel Perez Biscayart est étonnamment en retrait, sans parler du point-de-vue de la gamine qui aurait pu être porteur si exploité). Mais rien de tout cela ne fait le poids face à la personnalité rare et précieuse de l’artiste aux commandes, qui font de Au revoir là-haut un film tout aussi rare et précieux.

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