Critique ciné : Dragons 3 – Le Monde caché

12 février, 2019

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Fer de lance du studio Dreamworks Animation depuis la (médiocre) fin de la saga Shrek, l’adaptation des romans How to Train Your Dragon de Cressida Cowell clôt sa trilogie avec Dragons 3 : Le Monde caché. Un film attendu en cela que les précédents volets développaient un arc narratif aussi épique que captivant, la destinée de Harold et Crocmou n’ayant potentiellement rien à envier aux plus grandes fresques de la fantasy. Ne manquait qu’une conclusion en bonne et due forme, que voici donc. Ou presque. Car si ce final ne manque pas de panache, force est de lui reconnaître un problème jusque-là absent de la série puisqu’il perd un peu en efficacité dans sa narration en revenant sur des thématiques qu’on pensait déjà acquises (la posture de chef de Harold) et en nous présentant un méchant au potentiel inexploité, peinant à instiller une véritable menace. Dès lors, forcément, les affrontements ne peuvent que rêver de l’intensité de ceux du précédent volet… Loin toutefois d’une réelle foirade, Dragons 3 : Le Monde caché sait faire preuve d’une émotion terrassante et parvient à conclure en beauté la saga, bouclant l’évolution de ses héros en une trajectoire parfaite. A moins alors de nous pondre un épisode crépusculaire où le dragonnier et son pote à écailles seraient confrontés à la vieillesse et la mort, par pitié Dreamworks, restez-en là avec cette trilogie exemplaire.

Critique ciné : Minuscule 2 – Les Mandibules du bout du monde

6 février, 2019

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Passés avec succès du petit au grand écran, les intrépides insectes imaginés par Hélène Giraud et Thomas Szabo sont de retour pour un deuxième long-métrage, Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde. Une aventure qui en bonne suite se déroule à une échelle encore plus grande, la coccinelle et la fourmi noire se retrouvant cette fois catapultées dans les jungles verdoyantes de Guadeloupe. Mais pas ensemble, malheureusement. En effet, s’ils participent bien de la même intrigue, les protagonistes vivent pourtant leurs péripéties chacun de leur côté, en parallèle, ce qui a une forte tendance à ralentir un rythme déjà très pépère dû à l’absence de dialogue ou un filmage naturaliste, posé. C’est à dire le style propre à Minuscule, on connaît, mais celui-ci s’accorde donc mal avec la forme du récit ici, ce qui ne retirera rien aux qualités intrinsèques de la série : l’humour aussi bien inspiré du cinéma muet que des cartoons classiques, la poésie, l’ode à la nature… autant de choses qui font de Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde – malgré ses petites longueurs – une oeuvre qu’on se doit de choyer pour son caractère singulier et intemporel. Le genre de film qu’on accueillera de la même façon qu’on ait 2 ou 102 ans.

Critique ciné : Green Book

26 janvier, 2019

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Soyons clairs, Peter Farrelly a beau nous avoir fait hurler de rire au côté de son frangin Bobby avec des comédies cultes comme Dumb and Dumber, Mary à tout prix ou Fous d’Irène, son nom est loin de nous venir à l’esprit lorsqu’on dresse la liste des grands cinéastes. D’où notre surprise de le retrouver à la tête d’une machine à Oscars comme Green Book, qui plus est pour la première fois en solo. Et pourtant, c’est oublier une donnée primordiale de leur cinéma : certes l’humour trash et bébête y est érigé au pinacle avec un abattage affolant, mais cela se fait toujours avec un véritable amour de leurs protagonistes en dépit de leurs défauts, faiblesses, erreurs ou différences (le thème du handicap est omniprésent dans leur filmographie), sans compter qu’ils n’avaient pas leur pareil pour faire surgir des émotions sincères et profondes entre deux grosses blagues. Le bonhomme y va alors forcément mollo sur les gags – même si l’humour est très présent – avec ce nouveau projet mais on retrouve bien les fondamentaux de ses précédents efforts dans l’histoire vraie de cette tournée à travers l’Amérique sudiste des années 60, durant laquelle deux hommes que tout oppose vont se rencontrer et tisser des liens d’amitié. La formule peut sembler facile d’autant que, on le redit, Farrelly n’est pas le genre à prendre des risques dans sa mise en scène, pourtant Green Book s’impose comme un film à l’humanité touchante, sublimé encore par un duo d’acteurs (Mahershala Ali et Viggo Mortensen) absolument fantastiques. Une vraie machine à Oscars, qui mériterait peut-être bien pour le coup d’en gagner quelques uns…

Critique ciné : Glass

20 janvier, 2019

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Démarrée avec Incassable et poursuivie par surprise avec Split, M. Night Shyamalan vient clore sa trilogie anti-Marvel des super-héros avec Glass. Et quelle conclusion ! Parfaitement cohérent avec les précédents volets (ne vous attendez pas au déluge d’action vendu par les trailers, on reste à l’échelle d’une production Blumhouse), le film consiste pourtant en une remise en cause de ceux-ci, dont il démonte les éléments surnaturels avec une exhaustivité et une conviction (d’où ces plans serrés face caméra d’une Sarah Paulson plus hypnotisante que jamais) faisant naître un début de doute chez les personnages comme les spectateurs. Négation de son travail par le réalisateur ? Retour en arrière sur ses dires ? Bien évidemment que non, il s’agit d’un nouveau jeu de dupe du cinéaste, lequel nous manipule pour mieux réaffirmer son discours sur les super-héros et leur donner une réalité encore plus grande, plus crédible, et cela même s’il a recours à des éléments narratifs qui tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. On pourra donc regretter que tous les protagonistes ne soient pas traités à égalité – avec ses 25 personnalités, James McAvoy a forcément tendance à vampiriser les autres, tout en retenu et retrait – mais c’est parce que les enjeux du film vont au-delà d’eux, il s’agit en fait d’établir une mythologie tangible où tout reste à être inventé. Pas par Shyamalan néanmoins mais bien par nous, car tel est le cadeau que nous fait Glass : mettre le monde des super-héros à notre portée de main. Une chose que n’est jamais parvenue à faire Marvel et ses productions à plusieurs centaines de millions de dollars. Leçon à méditer…

Critique ciné : Edmond

20 janvier, 2019

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Couronné de succès sur les planches, Alexis Michalik passe au grand écran en adaptant une de ses pièces, Edmond, l’histoire romancée de la création de Cyrano de Bergerac par Edmond Rostand. Un matériau qu’il connaît donc sur le bout des doigts, ce qui explique peut-être l’aisance avec laquelle il le met en scène : connu pour sa science des corps en mouvement sur scène, il retranscrit cette énergie dans un filmage ludique et vivant, avec une caméra détestant rester statique et ne tombant par conséquent jamais dans l’écueil du théâtre filmé, bien au contraire (voir cette scène où le décor de théâtre devient un décor réel, faisant que la pièce se transforme en un film à proprement parler). Il n’en oublie pas pour autant d’où il vient et si le postulat de l’intrigue est plutôt sympa bien qu’un peu trop évident (la pièce s’écrit en réaction à la propre vie de Rostand, en parallèle), le film n’est jamais plus plaisant que lorsqu’il nous plonge avec amour dans le monde du théâtre, ni plus touchant que lorsqu’il nous fait ressentir la joie et la fierté de ses acteurs (au passage, le casting est putain bon) quand ils parviennent à créer quelque chose d’important. On ne sait alors pas si Edmond plonge Michalik dans le même état mais une chose est sûre, il peut être fier de son premier long-métrage.

Critique ciné : Bienvenue à Marwen

20 janvier, 2019

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Un jour qu’il regarde la télé, Robert Zemeckis tombe sur le documentaire Marwencol qui raconte comment une victime d’agression s’est reconstruite à travers la photographie de ses jouets, mis en situation dans une fantaisie cathartique. Un pur récit sur l’acte créatif dont le cinéaste tombe amoureux et qui mettra plusieurs années à devenir Bienvenue à Marwen, preuve de l’implication qui anime le projet (l’excellent Steve Carell y est d’ailleurs aussi rattaché de longue date). On comprendra bien vite pourquoi devant le métrage tant celui-ci cumule toutes les facettes de l’oeuvre du réalisateur (prouesses technologiques au service d’un drame humain poignant, coexistence de plusieurs mondes finissant par interagir…) au point même que Zemeckis – également scénariste, fait assez rare pour le préciser – en vient à s’autociter avec un clin d’oeil aussi surprenant qu’appuyé à l’un de ses films les plus cultes. Certains verront alors en Bienvenue à Marwen l’expression d’un artiste au regard satisfait sur son propre nombril, l’avis général si l’on en croit la réception critique et publique, tandis que d’autres y assisteront à la concrétisation précieuse et quasi-absolue d’une vision d’auteur. Et puis quand même, pour une fois que la télé est source d’inspiration…

Critique ciné : Spider-Man – New Generation

3 janvier, 2019

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Ils ont beau ne pas assurer la réalisation de Spider-Man : New Generation (confiée entre autres à Peter Ramsey, connu pour le très réussi Les Cinq légendes), on retrouve malgré tout Phil Lord et Chris Miller à des postes-clés de cette nouvelle aventure ciné du Tisseur. Deux trublions géniaux qui ont su aussi bien donner une mythologie crédible aux Lego (La Grande aventure Lego) que tirer deux des meilleures comédies ricaines des années 2010 à partir d’une série moisie (21 Jump Street et sa suite), des délires parfaitement maîtrisés et furieusement métas dont descend en droite lignée ce nouveau Spidey. Pas la peine donc de tortiller du croupion, sous leur impulsion – et en dépit d’ambitions complètement folles (introduire le multivers ou repenser de fond en comble la grammaire du comic-book movie) – ce Spider-Man : Into the Spider-Verse (titre original) est drôle, spectaculaire, stylé, malin, rythmé… pensez en fait à n’importe quel superlatif, il y a de grandes chances qu’il corresponde à ce métrage. Plus qu’un excellent film d’animation, plus qu’un excellent film de super-héros, Spider-Man : New Generation est surtout alors un putain de très, très bon film et le gros kif de cette fin d’année ciné. Il ne nous reste qu’à pleurer en pensant au Solo qu’auraient pondu Lord et Miller si Disney n’avait pas joué les petites burnes…

Critique ciné : Aquaman

2 janvier, 2019

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On l’a déjà dit, DC et Warner ne se plantent jamais autant que lorsqu’ils veulent copier Marvel et accoucher de films comics chorales. Pour preuve, avec son aventure mythologico-historique ne s’embarrassant pas de la Ligue des Justiciers, Wonder Woman est leur seule réussite de ces dernières années, et c’est donc en toute logique que Aquaman emprunte le même chemin. Nous nous retrouvons donc ici face à de la grande aventure teintée d’heroic fantasy, avec son prince de sang-mêlé devant reconquérir le trône familial en voyageant à travers le monde afin de retrouver une arme légendaire… Rien de très original – surtout que le scénario pioche allègrement des idées à gauche et à droite, même chez la concurrence (certains éléments font beaucoup penser à Black Panther ou Ant-Man et la Guêpe) – mais suffisamment pour casser un peu le moule du film de super-héros. Surtout, ce qui hisse le film au-dessus du tout-venant est la présence de James Wan derrière la caméra. Trop content en effet de pouvoir une nouvelle fois s’éloigner du cinéma d’horreur qui a fait sa renommée, le cinéaste se fait plaisir et laisse éclater sa joie en un spectacle total bourré de visions dantesques, de combats brutaux et stylés, le tout mené par un héros plus bad-ass que ce à quoi nous a habitué la plupart des adaptations de la décennie passée. Alors certes, il fait quelques concessions au cahier des charges du blockbuster (un protagoniste féminin sexy quitte à être interprété par une potiche à la ramasse, des punchlines qui tombent souvent à plat, quelques moments guimauves…) mais Wan parvient malgré tout à hisser Aquaman à un niveau que nous n’espérions plus, celui d’un chouette divertissement alimenté par le plaisir communicatif de son réalisateur. De la part de celui qui a accouché du meilleur Fast and Furious en signant son septième épisode (fallait le faire), nous aurions pu nous en douter.

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