Critique ciné : A Cure for Life

20 février, 2017

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Alors qu’il n’avait jamais été aussi inspiré que sur ses deux derniers efforts, les westerns Rango et Lone Ranger, Gore Verbinski s’est pris coup sur coup deux bides relatifs ayant quelque peu remis en cause sa position à Hollywood, lui faisant perdre de sa superbe après les cartons de la trilogie originale Pirates des Caraïbes. Encore malmené par l’annulation de son adaptation de Bioshock, le réalisateur fait alors acte de catharsis avec A Cure for Life, petit budget imaginé par ses soins et ceux de son co-scénariste Justin Haythe et lui permettant d’exorciser toute la noirceur accumulée ces dernières années (tout en tapant sur le monde de l’argent et la folie qui l’entoure). Un retour au thriller horrifique après son plutôt bon Le Cercle, annoncé à renfort de trailers ayant su titiller notre curiosité de par leur élégante étrangeté et non leur caractère «choc». Car si l’on croise bien le long du métrage quelques fulgurances de violence, de brefs instants d’horreur graphique qui flirtent même avec le torture-porn dans leur description clinique des sévices infligés (bel hommage à Marathon Man au passage), celles-ci restent très rares, Verbinski préférant faire naître le malaise, l’effroi, de manière plus insidieuse. Que ce soit en se reposant sur la fabuleuse direction artistique de Eve Stewart (Docteur Frankenstein), laquelle doit beaucoup au cadre choisi pour le tournage avec cette «Suisse» un peu hors du temps (l’Allemagne en réalité, et tout spécialement le magnifique château de Hohenzollern) et perdue au sein d’une nature sauvage et primitive (la figure de l’animal est disséminée partout), ou bien en nous confrontant aux méandres d’un script jonglant avec des idées assez dérangeantes afin de mieux triturer la psyché de son héros (impeccable Dane DeHaan). Plus qu’à un Shutter Island comme on l’a beaucoup entendu, A Cure for Life fait donc penser à La Neuvième porte de Roman Polanski dans sa manière de suivre un protagoniste perdu au milieu d’une enquête qui le dépasse, un mystère dont les ténébreuses ramifications nous font chanceler entre réalité et fiction. Un récit où le fantastique est omniprésent sans jamais être clairement là. Sauf que le final gothique très explicite viendra alors briser complètement cela, ce qui ne manquera pas de rebuter tous ceux qui appréciaient cette suspension d’incrédulité, cette atmosphère indicible. Il  apparaîtra en fait comme d’autant plus facultatif que film s’avère trop long : avec ses presque 2h30, il pose en effet admirablement son ambiance mais, à trop prendre son temps, il se montre trop bavard et nous laisse amplement le temps de déceler à l’avance les révélations de sa dernière bobine. Dommage. A peu de choses près, A Cure for Life s’inscrivait comme l’un des sommets du cinéma horrifique de ces dernières années. Il reste néanmoins la preuve indubitable du talent formel de Verbinski et plus encore, il démontre que le bonhomme n’a rien d’un anonyme yes-man à la solde des blockbusters. Pour ceux qui en doutaient encore.

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Critique ciné : xXx – Reactivated

5 février, 2017

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Mine de rien, Vin Diesel est en train de devenir un véritable héros sauveur pour les licences qu’il a lancées (et inversement). En effet, après avoir porté à bout de bras – épaulé par le réalisateur/scénariste David Twohy – le personnage de Riddick et refait le plein de la saga Fast and Furious, le comédien est de retour dans la peau tatouée de Xander Cage pour xXx : Reactivated, qu’il avait délaissée le temps d’un xXx 2 : The Next Level mené par Ice Cube. Le désir manifeste de relancer une franchise moribonde depuis maintenant presque douze ans et nous n’aurions pas grand chose à y redire tant cette relecture djeun’s de James Bond a de potentiel dans le spectaculaire, sauf que les responsables ont choisi une toute autre direction pour ce troisième volet. Inspirés ainsi par le carton de la bande à Toretto, le xXx nouveau embraye sur le style des Fast and Furious et c’est loin d’être porteur. Outre une tendance à la surenchère pouvant tomber dans le grotesque pur (sérieux, la poursuite en motos sur l’océan…) et un Diesel paraissant ne plus savoir dans quel film il joue, cela s’accompagne effectivement d’une écriture pour le moins médiocre. C’est à dire plus concentrée sur l’accumulation d’éléments disparates que l’élaboration d’un véritable récit, en reprenant telles quelles les marottes de la licence tunée : constitution d’une équipe/famille avec ce que ça implique comme personnages secondaires comiques bien lourdingues (et là on touche le fond du fond, avec entre autres un Tony Jaa une nouvelle fois sacrifié), brouillage des frontières entre gentils et méchants au point d’annihiler toute structure narrative (on ne comprend même pas qu’on y est lorsque débute le climax), beauferie généralisée et assumée en lieu et place qu’une quelconque recherche thématique… On a beau savoir qu’un xXx ne brillera jamais franchement grâce à son script, il s’agit là malgré tout d’un sacré nivellement par le bas, pas même rattrapé par les séquences d’action ou si peu. Car s’il s’était montré plutôt efficace dans le domaine du thriller tendu avec Paranoïak ou L’Oeil du mal, le réalisateur D.J. Caruso est bien moins convaincant lorsqu’il s’agit de tout faire péter, de s’épanouir dans le cadre d’un blockbuster, en témoigne son pénible Numéro Quatre. S’il n’y avait alors Donnie Yen pour placer quelques mandales bien senties et dégager un charisme réel, en dépit d’un rôle pourtant sans saveur, il faudrait se satisfaire de cascades plus folles les unes que les autres mais en même temps si peu crédibles – ou bien mises en scène – qu’elles sont privées de tout «effet whaou». Loin d’être les retrouvailles que nous espérions, xXx : Reactivated marque donc un tournant particulièrement décevant pour la franchise qui développe sa mythologie de bien piètre manière, en piochant allègrement dans les travers d’une autre série qui a déjà montré ses limites depuis fort longtemps. Mais puisque les billets verts continuent d’être engrangés, un xXx 4 avec la même équipe est déjà dans les starting-blocks… Puisse Riddick ne jamais connaître tel traitement !

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Critique ciné : Tous en scène

30 janvier, 2017

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Comptant de plus en plus parmi les acteurs majeurs de l’animation américaine (même si sa partie artistique est rattachée aux français de Mac Guff), le studio Illumination Entertainment veut se diversifier de Gru et des Minions et multiplie les sorties afin de tenir la dragée haute à la concurrence. Après Comme des bêtes il y a quelques mois voici donc Tous en scène, récit du sauvetage d’un théâtre par son propriétaire grâce à un radio-crochet événementiel. Dans le fond comme la forme le film fait par conséquent beaucoup penser à Les Producteurs de Mel Brooks et ironiquement, il s’agit d’un vrai film de producteur : pas n’importe lequel, Chris Meledandri, mogul de Illumination dont l’ego gonfle au fur et à mesure des succès (voir le carton dans le générique de début avec la mention «A Chris Meledandri Production» à la place du nom de sa compagnie). L’idée d’un long-métrage reposant beaucoup sur la réutilisation exhaustive de tubes musicaux – avec forcément du très bon et du plus douteux sur une si large palette – sentait ainsi déjà franchement la facilité ; mais quand en plus on additionne cela à un concours de chant, comme dans une bonne grosse télé-réalité, là l’intrigue vire presque au ra-koala-ge pur et simple. Toutefois, en dépit d’une caractérisation qui y va sans honte dans l’archétypal, les personnages s’avèrent étonnamment humains dans leur comportement. Leur espèce n’influe en effet pas forcément sur ce qu’ils sont, ils sont tous égaux d’une certaine manière contrairement à un Zootopie (les responsables ont à l’évidence beaucoup réfléchi sur la question de l’anthropomorphisme). En réalité, le film serait tout à fait transposable avec des acteurs en chair et en os, nous sommes plus proches d’un Fame que d’un Moi, moche et méchant, et c’est peut-être dû au fait qu’on retrouve à la (co-)réalisation Garth Jennings, également scénariste, qui fait ici ses premiers pas dans l’animation après H2G2 : le guide du voyageur galactique et Le Fils de Rambow. Epaulé par Christophe Lourdelet (dans l’animation lui depuis des années), ils réussissent alors à insuffler suffisamment de rythme et d’humour à un projet qui sans cela s’étoufferait sous son propre opportunisme, sauvant une petite étincelle de sincérité dans la formule mathématique née de l’esprit du producteur. Car oui, qui l’eut cru, Tous en scène est à l’origine une commande de Meledandri…

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Critique ciné : Resident Evil – Chapitre Final

27 janvier, 2017

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Tandis que la licence vidéo-ludique se réinvente en ce moment à l’occasion de son septième épisode, son pendant cinématographique trouve sa conclusion (à priori) avec Resident Evil : Chapitre Final sans rien changer à sa pétaradante formule, l’assimilant toujours plus aux volets 4, 5 et 6 sur consoles. Un aspect qui n’aurait rien de problématique si les responsables de ces adaptations ne s’étaient pas gonflés d’orgueil au point de vouloir raconter une histoire d’un seul tenant, faire de leur série de films une véritable saga. Et le faire mal. Sans aucune profondeur thématique ou presque (le discours religieux du bad guy n’échappe pas hors-sujet dans cet univers), le scénario reste ainsi perpétuellement en surface, se contentant d’aligner les péripéties – les premières minutes sont particulièrement éreintantes en la matière – sans que nous en ayons quelque chose à battre entre le manque de mise en place dans la narration ou le caractère foncièrement grotesque de l’intrigue. Et les personnages n’y changeront rien : les petits nouveaux sont autant caractérisés qu’un sachet de haricots surgelés, quant aux anciens ils ont perdu toute saveur à force de mourir et revenir à chaque épisode en un festival de clones à faire pâlir l’armée de l’Empire. Même Milla Jovovich paraît ne plus y croire alors qu’il doit s’agir désormais de sa seule source de revenus. Et que dire de son mari, le sympathique Paul W.S. Anderson, de retour derrière la caméra pour la quatrième fois sur la franchise ? Perfectible, le bonhomme ne nous en a pas moins habitués à se montrer toujours généreux et de bonne volonté, ou en tout cas lorsqu’il s’attachait à des projets quelque peu originaux. Là, au fur et à mesure des Resident Evil, on le sent de plus en plus cachetonner, n’y participer que pour faire mumuse avec le budget, ce qui permet de faire illusion sur une poignée de plans apocalyptiques du plus bel effet. Quand il filme large. Et laisse aux spectateurs plus de deux secondes afin de savourer le tableau. Car pour le reste du métrage, du peu qu’on pourrait apprécier (curieux comme on s’échine à ne pas montrer clairement les monstres dans le cadrage ou l’éclairage, c’est tout de même pas The Thing), le montage au hachoir se charge de saloper la moindre scène, quelle que soit sa nature. Dialogue, horreur, action, tout sonne faux, confus, à un point que ça en deviendrait presque conceptuel si ce n’était pas juste consternant. Paulo ne nous avait en tout cas jamais déçu dans ces proportions et livre donc avec Resident Evil : Chapitre Final une œuvre tout simplement honteuse, qui pousse la malhonnêteté jusqu’à annoncer sa suite en dépit d’un titre pour le moins définitif. On verra si, comme pour le jeu vidéo, le septième saura réinventer une licence foutrement en berne…

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Critique ciné : La Grande muraille

22 janvier, 2017

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Sous ses dehors de banal blockbuster, La Grande muraille soulève en réalité plusieurs questions qui bien souvent s’embrasent en scandales : l’occidentalisation des comédiens dans des contextes étrangers, la part de plus en plus grande de la Chine dans les capitaux et décisions hollywoodiens, la politique démagogique des studios (avec en particulier le remplacement de Edward Le Dernier samouraï Zwick en cours de préproduction au profit de Zhang Yimou), la réécriture fantaisiste de l’Histoire, le nationalisme latent du réalisateur… Autant d’éléments qui auraient normalement dû, à un moment où un autre du visionnage, provoquer notre agacement, voire notre rejet. Mais non. Rien de tout cela, pas plus que les faiblesses d’un script aussi léger (on va droit à l’essentiel quand on a à peine plus d’1h40 de métrage) que parfois lourdingue (les blagues des occidentaux entre eux, typiques buddy-movie) ne parviennent à entacher cette impression toute simple : le film est cool. Pas incroyable mais cool, ouais. Le melting-pot d’influences et cultures – dont aurait pu craindre qu’il aboutisse à un résultat aseptisé, sans identité – fonctionne ainsi étonnamment bien. Les délires cross-genres de Max Brooks (World War Z) offrent une perspective un peu originale sur les dragons, l’héritage de Zwick passe mieux dans un cadre plus fantastique tout en gardant son romanesque et Tony Gilroy, abonné aux Jason Bourne, façonne à Matt Damon un rôle de héros en définitive plutôt charismatique, bien bad-ass dans l’action et pas dénué de chevalerie. Pendant ce temps, derrière la caméra, Zhang Yimou déploie tout le faste qu’on lui connaît et s’il ne cède pas aux folies les plus aériennes du wu xia pian (rappelons que c’est lui qui avait introduit le genre en Occident avec son Tigre et dragon), il compose malgré tout de puissantes séquences, spectaculaires et iconiques. Même les armures créées par Weta Workshop, un peu kitsch dans le contexte des bandes-annonces, se trouvent magnifiées par la réalisation une fois dans celui du métrage, participant pour beaucoup de la richesse visuelle du projet. Le cinéaste chinois fait se conjuguer en fait l’élégance et le style de son cinéma avec l’efficacité et les armes des majors du pays de l’oncle Sam pendant que, pas en reste quand il s’agit de métisser les influences, le compositeur Ramin Djawadi semble très inspiré par l’Asie et livre une partition martiale, à la démesure du spectacle. On rêverait alors d’une version longue de cette Grande muraille, histoire d’étoffer le propos de l’intrigue et les personnages, mais ce serait prendre le risque de déstabiliser un équilibre fragile. Petit miracle en soi ou gros coup de bol, il n’en demeure pas moins que la péloche constitue l’une des bonnes surprises de ce début d’année.

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Critique ciné : Quelques minutes après minuit

7 janvier, 2017

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Difficile thématique que celle de la mort d’un proche, du deuil qui l’accompagne, et que le talentueux Juan Antonio Bayona ne cesse d’explorer au travers de ses longs-métrages. Après L’Orphelinat et The Impossible, il y revient donc avec Quelques minutes après minuitA Monster Calls en VO – mais cette fois du point-de-vue d’un enfant, s’appuyant sur le roman de Patrick Ness (également scénariste ici) pour nous livrer un conte aussi sombre que lumineux, aussi réaliste que merveilleux. Centré sur un garçon (bouleversant Lewis MacDougall) se réfugiant de la maladie de sa mère (Felicity Jones, qui commence aussi bien 2017 qu’elle avait fini 2016 avec Rogue One) auprès d’un monstre sylvestre, à la fois force de la nature et source de force, le film se joue ainsi sur un équilibre perpétuel et délicat l’empêchant de sombrer ne serait-ce qu’une seule fois dans le pathos, en dépit d’un matériau qui avait tout pour. On doit cela autant à l’intelligence du discours (il a beau être un simili-Ent, les propos du monstre sont confondants de lucidité, et le récit n’épargne rien à son jeune héros afin d’en dresser un portrait crédible) qu’à celle de la mise en scène (on notera par exemple la retenue de la partition de Fernando Velazquez), toute l’oeuvre semblant pensée dans ses moindres détails par un réalisateur véritablement tombé amoureux du roman original. Plus encore, ce projet permet à Bayona de transcender tout le bien qu’on pensait de lui : inspiré par les magnifiques illustrations du livre, l’espagnol nous donne en effet à contempler quelques scènes à la beauté proprement ravageuse, dont le caractère hautement pictural n’empêche pas une vitalité de chaque instant (les peintures prennent même littéralement vie lors de quelques séquences d’animation à l’aquarelle du plus bel effet). Quelque part alors entre son mentor Guillermo del Toro et Tim Burton pour le style visuel et Steven Spielberg pour le talent de narrateur (sans compter ici des thématiques que ne renierait pas le papa de E.T. l’extraterrestre), le cinéaste dévoile un sens du spectacle qu’on ne lui connaissait pas forcément et qui fait de Quelques minutes après minuit un mix parfait de drame intimiste et de blockbuster de fantasy, digne successeur d’un Labyrinthe de Pan. Reste maintenant à voir si JA Bayona saura conserver la cohérence de sa filmographie avec son prochain projet, la suite de Jurassic World.

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Critique ciné : Assassin’s Creed

1 janvier, 2017

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Comme Blizzard il y a quelques mois à l’occasion de leur Warcraft : le commencement, Ubisoft se lance aujourd’hui dans l’aventure du grand écran et accompagnera activement l’adaptation de leurs licences vidéo-ludiques, histoire de garantir le sacro-saint argument du «respect de l’oeuvre originale» au travers de leur branche Ubisoft Motion Pictures. On sait toutefois que cet argument de la fidélité n’est pas forcément synonyme de qualité et malheureusement, Assassin’s Creed le démontre dans les grandes largeurs. Respectueux, il l’est donc bien (hormis l’absence de sang, pas question de travestir ou alléger le matériau pour taper à tous les râteliers), mais le problème est qu’il choisit de l’être sur des éléments peu porteurs de la franchise. Dans les jeux déjà, les gamers réprouvaient en effet ces passages contemporains mettant en place une mythologie aussi peu crédible que le gameplay y était intéressant, les éloignant du trip historique pour lequel ils s’enflammaient à force de casser immersion et fluidité de la narration. Mais cela restait anodin face à l’ampleur de l’aventure. Ici, alors même qu’ils semblaient avoir compris et l’avaient réduit à sa plus simple expression dans les derniers volets sur consoles et PC, les responsables d’Ubisoft ont voulu pour le film creuser cet aspect à part égale avec les plongées dans l’Histoire (voyez l’hideuse et on ne peut plus explicite affiche ci-dessus), démultipliant sans commune mesure la gêne rencontrée alors (soyons clairs : suivre un quidam en jogging déambuler dans une prison de béton, on n’en a clairement rien à  foutre quand on vient voir un Assassin’s Creed). Parce qu’elles ne se répondent pas ou presque, parce que rien n’est expliqué ou si peu, parce qu’elles ne sont même pas réparties équitablement, les deux parties de l’intrigue finissent ainsi par s’annuler, laissant la petite poignée de personnages orphelins de la moindre épaisseur – à l’exception de Michael Fassbender, les acteurs ont d’ailleurs l’air de bien se faire chier – et la narration aux fraises. On a donc tôt fait de s’ennuyer ferme, d’autant que le pourtant prometteur Justin Kurzel (réalisateur du remarqué Macbeth déjà avec Fassbender et Marion Cotillard) ne brille pas franchement dans ce contexte de blockbuster. Sa volonté de bien faire saute aux yeux (par exemple avec le respect des langues du lieu et de l’époque, rarissime dans une grosse production) mais cela ne l’empêche pas de torcher des scènes d’action jamais excitantes, foutraques – le manque d’iconisation est dramatique – et encore plombées par la bande originale atonale du frangin Jed Kurzel. De la même manière, si son travail avec le directeur de la photo Adam Arkapaw (True Detective) laisse une excellente première impression de par sa stylisation appuyée, on en a vite marre des perpétuels nuages de poussière ou fumée couplés à cette lumière très contrastée, lesquels renforcent encore des problèmes de lisibilité dus à un montage s’emballant régulièrement… Et quand tout ça s’achève sur un climax insipide et anti-spectaculaire au possible, on se dit que Ubisoft – après l’avoir essorée jusqu’à la corde en jeu vidéo – n’a pas fini de saloper sa franchise Assassin’s Creed en dépit de son évidente volonté de bien faire. On le redit, une adaptation respectueuse ne suffit pas à faire un bon film.

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Critique ciné : Rogue One – A Star Wars Story

17 décembre, 2016

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Dans une pure logique disneyenne, Star Wars se voit appliqué le même traitement que le Marvel Cinematic Universe avec une multiplication des sorties. Pour l’instant nous n’en sommes qu’à un film par an mais même à cette cadence, difficile de tenir le rythme de production sur une seule saga. D’où l’apparition des salvateurs spin-offs dont ce Rogue One : A Star Wars Story est le premier exemple, un ancien projet de série télé que le studio aux grandes oreilles a donc décidé de transformer en long-métrage et qui relate le vol des plans de l’Etoile de la mort par les rebelles conduisant à l’épisode 4. Alors, simple nouveau produit dérivé ou vrai chapitre du mythe ? Ce qui est sûr c’est que le petit dernier veut se démarquer des sept chapitres déjà sortis, il marque sa différence d’entrée de jeu avec l’absence du fameux résumé en texte déroulant et de l’immortel main theme. La musique essaye effectivement de se démarquer en introduisant ses propres thèmes, reléguant les grands classiques à quelques apparitions, mais le style de Michael Giacchino sait toujours aussi bien calquer celui de John Williams. Quel dommage alors que le français Alexandre Desplat – un temps rattaché au projet – n’ait pas pu y prendre part pour cause de calendrier, il aurait certainement apposé une personnalité plus tranchée à la BO (souvenez-vous de ses partitions épiques pour les derniers Harry Potter). Ironiquement, le film a aussi un peu de mal à trouver son rythme dans la première bobine parce qu’il cherche à mettre rapidement en place son intrigue afin de se rattacher au plus vite à la trame de la saga. Non, en réalité, le vrai gros avantage de ce spin-off est qu’en «sortant» de la saga-mère (enfin il y reste malgré tout intrinsèquement lié, ne serait-ce que par son simple postulat de départ), il peut se permettre de s’éloigner de la thématique de la lutte du Bien contre le Mal. Il aboutit par le fait à un résultat davantage nuancé où même l’Alliance rebelle possède une part sombre, que ce soit dans ses décisions ou dissensions. Plus que dans de la fantasy, nous sommes ainsi face à un film de guerre dont l’approche plus réaliste, plus sombre, se traduit par un éloignement du schéma campbellien et à l’image par une photo en demi-teinte oubliant les couleurs très marquées des précédents métrages. Pour le coup, ce serait vraiment la guerre des étoiles. Dans le même ordre d’idée, les personnages principaux n’ont rien d’archétypal, on note une réelle complexité chez Jyn et Cassian (Felicity Jones se rattrape du récent Inferno en imposant un nouveau personnage féminin fort dans cet univers et l’inattendu Diego Luna compose une sorte de Han Solo dark et maudit) tandis qu’ils sont entourés par une incroyable galerie de seconds rôles, autant en raison de leurs interprètes que de leur caractérisation. Sans oublier ce qui constitue peut-être bien le robot le plus cool et balèze de tous les films Star Wars, K-2S0, auquel Alan Tudyk (spécialiste des machines pour avoir été le Sonny de I, Robot) confère une ironie faisant de lui un buddy mémorable et un androïde complètement inédit dans le pendant cinématographique de cet univers. Moins inédits, on rencontre les habituels clins d’oeil pour les fans mais rien de trop encombrant, après tout on est là pour prendre les choses au sérieux. Si sérieusement que la présence de certains protagonistes du film original requiert un travail phénoménal avec de magnifiques clones en CGI, entre autre de Peter Cushing (Moff Tarkin is alive !) qui tient un vrai rôle dans l’intrigue, pas juste un caméo pour faire sourire les fans. Dans son ensemble, Rogue One : A Star Wars Story réussit ainsi brillamment à exister en tant que spin-off, forgeant sa propre identité tout en s’inscrivant comme un ajout on ne peut plus notable à la saga-mère.Le réalisateur Gareth Edwards fait le taf’ comme il faut, plus à l’aise dans le cahier des charges de Star Wars que celui de Godzilla, et reste alors à espérer que les prochains cinéastes à décrocher le privilège d’illustrer cet objet de culte sauront (pourront ?) apporter autant d’âme dans ce qui pourrait ne devenir qu’une franchise de plus en plus formatée. N’est-ce pas Marvel ?

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