Critique ciné : 1917

20 janvier, 2020

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Sorti de sa double aventure Bond-esque qui l’a décoincé niveau divertissement, le réalisateur Sam Mendes se consacre ainsi à un projet plus personnel mais pas moins gigantesque ou ambitieux : 1917, film de guerre inspiré par les récits de son propre grand-père et mis en scène sous la forme d’un long plan-séquence ininterrompu. Comme Hitchcock à l’époque avec La Corde ou plus récemment le Birdman de Inarritu. Un vrai défi technique orchestré brillamment et qui n’est pas là ici juste pour se la péter, il a une réelle utilité en cela qu’il nous plonge mieux qu’aucun autre procédé au coeur de l’action, de l’urgence de la situation. Il nous fait adopter comme jamais le point de vue d’une paire de protagonistes (incarnés par deux jeunes acteurs fort prometteurs) qu’on ne lâchera pas une seconde tandis qu’ils s’enfoncent derrière les lignes ennemies pour prévenir un massacre. En un geste virtuose, Mendes nous fait donc goûter avec 1917 à toute l’absurdité et l’horreur de la guerre, transformant son devoir de mémoire personnel en un message universel et toujours aussi essentiel. Putain de bon réalisateur.

Critique ciné : Underwater

12 janvier, 2020

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Un peu comme avec le récent Manhattan Lockdown, on ne peut pas dire que Underwater soit un film particulièrement original. Ce serait même, disons-le franchement, un repompage intégral du Alien de Ridley Scott, tout juste transposé des étoiles lointaines aux profondeurs de l’océan. Et pourtant, comme c’était donc le cas avec le polar de Brian Kirk, Underwater se suit sans déplaisir, déjà grâce à un casting solide (Kristen Stewart s’avère moins crispante que d’ordinaire, Vincent Cassel en impose toujours autant) mais aussi et surtout de par une intrigue sans temps mort (il ne faut pas attendre plus de deux minutes avant que l’action commence et elle ne s’arrêtera plus) et pleine de surprises, y allant à fond dans son concept. Nous ne sommes pas face à un nouveau Sphère mais bien à un M.A.L. au budget confortable, guidé par un cinéaste qui se fait à l’évidence un gros kif. Alors oui, on l’a dit, Underwater n’a pas un sou d’originalité. Mais si c’est le prix à payer pour dénicher un film qui fasse le café sans nous décevoir ou nous rebuter, hé bien on veut bien le payer pour l’instant…

Critique ciné : Manhattan Lockdown

6 janvier, 2020

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Tout droit échappé de la pléthore de polars d’action qui pullulaient dans les 90′s, Manhattan Lockdown pourrait facilement passer inaperçu aux côtés des grosses sorties de fin d’année. Et ce serait dommage car s’il est vrai que le film ne réinvente pas la poudre, qu’il se montre assez prévisible dans son développement ou ses révélations, celui-ci est en contrepartie suffisamment bien ficelé pour nous offrir un bon petit moment de cinéma, efficace et sans fioriture. Le meilleur exemple de cela est le personnage principal (incarné par un Chadwick Boseman qui en impose de plus en plus), présenté en juste trois petites scènes sur lesquelles nous ne reviendrons plus ou presque parce qu’il n’y en a juste pas besoin en fait, elles ont suffi à nous poser le protagoniste et il n’y a plus qu’à le suivre dans sa sombre course-poursuite. Alors si vous aussi vous cherchez un échappatoire aux grosses productions qui souvent déçoivent plus qu’autre chose (qui a dit Star Wars 9 ?), n’hésitez pas à tenter Manhattan Lockdown : au moins, là, le taf’ est fait.

Critique ciné : La Reine des neiges 2

6 janvier, 2020

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S’ils ont déjà donné dans la suite avec les Pixar ou en DTV, il est assez rare que Disney sorte en salles le numéro 2 d’un de leurs grands classiques et quand ils l’ont fait, ce ne fut jamais très brillant. C’est dire si La Reine des neiges 2 a tout du coup de poker, la tentative du studio d’appliquer à ses films d’animation la recette mercantile régissant ses autres licences. Et il s’y prend comme nous pouvions nous y attendre : ton plus mature (incarné visuellement par un travail sur les lumières absolument fantastique), extension du lore, récit plus marqué fantasy… restent malgré tout les sempiternelles chansons qui, si elles peuvent participer du succès d’un film (le premier volet en est un exemple plus que parlant), n’en alourdissent pas moins considérablement la narration. Pas de quoi rendre irregardable cette suite correcte mais il n’empêche, après ce La Reine des neiges 2, on se demande à quand le crossover avec Raiponce et Chicken Little

Critique ciné : Star Wars – L’Ascension de Skywalker

22 décembre, 2019

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Annoncé en grande pompe comme la fin d’un cycle dans la saga, le point culminant de l’histoire-mère, Star Wars : L’Ascension de Skywalker est un film littéralement hanté par les fantômes du passé. Dans sa diégèse déjà, les protagonistes ne cessant de s’y tourner vers leurs prédécesseurs afin de trouver des réponses, mais aussi plus largement dans sa conception même, tout y étant pensé afin de convoquer les grandes heures de la franchise et boucler la boucle. Quitte à se montrer incohérent, voire à flirter avec l’absurde. Quitte à laisser des trous béants dans une intrigue filant beaucoup trop vite pour son propre bien. Quitte à ne presque jamais parvenir à faire prendre la sauce. Alors, c’est sûr, JJ Abrams n’avait pas la tâche facile entre son arrivée en catastrophe pour remplacer Colin Trevorrow ou son obligation de prolonger une histoire que le huitième volet avait brillamment démolie, mais on constate surtout que même le petit malin qu’il est ne fait pas le poids face à l’ampleur du projet, tous les impératifs qu’il charrie. Car en plus de devoir gérer le poids d’un très lourd héritage et y apporter une conclusion, il lui faut répondre aux attentes d’un studio ayant de la suite dans les idées et imprimant sans vergogne son modèle puisque, comme dans Solo – A Star Wars Story, nous sommes face à une péloche pensée comme un serial hyperactif aux bonnes grosses ficelles de blockbuster. Quitte à ce que Star Wars : L’Ascension de Skywalker ne puisse jamais s’imposer comme un final en apothéose ou même une conclusion satisfaisante. Surgit alors un autre fantôme du passé, celui d’un petit mec qui rigole dans sa barbe blanche en se disant que lui au moins, il avait réussi à garder une vision et une certaine cohérence sur sa prélogie.

Critique ciné : A couteaux tirés

15 décembre, 2019

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Ayant bien mérité une petite récréation après avoir oeuvré sur le méga-blockbuster Star Wars 8 : Les Derniers Jedi, Rian Johnson revient ainsi avec A couteaux tirés, projet de moindre envergure dans lequel il peut se laisser aller aux histoires en chausse-trappes qu’il affectionne tant. Jouissant d’un casting cinq étoiles et d’un décor absolument fabuleux, il se frotte en effet aux récits à la Agatha Christie et en livre sa propre version, qui ne réinvente en rien le whodunnit (au contraire, il se complaît dans des codes qui pouvaient sembler désuets) mais l’illustre avec une efficacité exemplaire, l’intrigue se déroulant sans jamais nous lâcher afin de mieux nous manipuler, ne pas nous laisser le temps d’extrapoler vraiment sur l’identité de l’assassin. Et si A couteaux tirés fonctionne très bien lors du premier visionnage, même une fois le mystère éventé on prendra plaisir à le revoir, pour son humour noir, sa luxueuse direction artistique ou tout simplement pour étudier sa mécanique parfaitement huilée. Une bonne récréation.

Critique ciné : J’accuse

17 novembre, 2019

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Véritable honte entachant l’histoire de l’armée française, l’affaire Dreyfus refait parler d’elle aujourd’hui avec J’accuse, nouvel effort de Roman Polanski. Un film que le cinéaste a voulu le plus réaliste possible, ce qui se traduit par une reconstitution minutieuse de l’époque et des faits (en tout cas nous le supposons, nous ne sommes pas non plus des spécialistes) mais plus encore par une mise en scène franchement académique, évitant toute dramatisation pour se montrer la plus objective possible. En résulte un récit pouvant paraître lent, trop calme (quel dommage de ne pas utiliser davantage la musique quand on a un Alexandre Desplat pour la composer) mais qui étrangement n’est jamais ennuyeux. Déjà parce que même de nos jours, cette histoire reste toujours aussi consternante et révoltante, et de plus car elle résonne avec notre actualité de bien triste manière, les français étant toujours perclus de sales vieilles habitudes. En définitive, J’accuse a donc tout d’un vrai cours d’histoire : pas très fun mais essentiel.

Critique ciné : Midway

11 novembre, 2019

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Il a beau semble-t-il être assez engagé dans sa vie privée et parfois même visionnaire, Roland Emmerich n’est pas connu pour être le plus finaud des réalisateurs. Ainsi, quand il se lance sur Midway, sa principale motivation – en plus du besoin de redorer son blason après le gros échec de Independence Day Resurgence – était de montrer les attaques en piqué comme jamais auparavant… ok, ça fait léger, mais pourquoi pas ? D’autant que cela s’avère très réussi de ce côté-là et, en même temps, le contraire eut été étonnant car s’il y a bien une chose que sait faire le cinéaste allemand, c’est pondre du grand spectacle. Il ne s’enfonce pas pour autant dans toutes ses sales manies : son film se retient pas mal sur le mélo ou même la glorification de l’héroïsme, il ne veut pas se montrer trop romanesque car il préfère se targuer de relater les faits au plus près de leur réalité. Une volonté appréciable sauf que Emmerich organise ça comme dans ses films-catastrophe, avec une multiplication de seconds rôles qui n’ont aucun espace pour s’épaissir tandis que les premiers rôles restent aussi très en surface ou s’avèrent franchement antipathiques (putain, le personnage de Ed Skrein est à baffer). Et quant au réalisme… Disons que la présence de capitaux chinois dans la production soulève de vraies questions. En effet, si nous étions déjà méfiants quant à la capacité des américains à relater honnêtement ces événements, plus encore avec Roland aux manettes, la participation des chinois – champions du nationalisme et de la haine des japonais – jette encore plus le doute. Doute confirmé puisque si le métrage a beau leur réserver quelques scènes « de commandement » et être dédié aussi bien aux morts américains que japonais, son parti-pris est indéniable et son point de vue très dirigiste. Il faut ainsi voir comment Midway embrasse le besoin de vengeance après Pearl Harbor sans rien remettre en cause ou, pire, comment il nie toute une partie du conflit, faisant dans son final comme si la guerre était gagnée alors qu’il faudra ensuite encore trois années d’affrontements et deux bombes nucléaires. Juste. Pour le devoir de mémoire, on repassera.

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