Critique ciné : Invisible Man

19 mars, 2020

invisible man_elisabeth moss_oliver jackson-cohen_leigh wannell_affiche_poster

Quand la première bande-annonce de Invisible Man est tombée, elle promettait un thriller intriguant en cela qu’elle présentait une histoire d’homme invisible reposant sur le doute, sur la potentielle folie de son héroïne… Et puis finalement, non : annoncé comme une énième tentative du studio Universal de ressusciter ses classic monsters, il était évident qu’il y aurait bien un monstre. Pour autant, le film perd-il en intérêt ? Heureusement non car en plus de surfer habilement sur des thématiques d’actualité (les femmes battues, le mouvement #metoo) qui renouvellent le concept sans trop en faire, cette nouvelle version jouit de la réalisation de plus en plus assurée de Leigh Wannell (Upgrade). L’ancien comparse de James Wan trouve en fait dans les limitations propres aux productions de Blumhouse – partenaire de Universal sur cette résurrection – un terreau parfait pour cette histoire consistant pour beaucoup à filmer… du vide, bah ouais. Cela ne coûte pas cher mais ça réussit quand même à être bien stressant, la tension ne baissant pas sur les deux heures de métrage entre la performance troublante et troublée de Elisabeth Moss ou la partition anxiogène de Benjamin Wallfisch (le remake de Ça). On ne sait pas alors ce que donnera cette approche sur les autres Universal classic monsters – un Dracula dans la même veine vient d’être annoncé – mais en attendant, Invisible Man, c’est clairement à voir !

Critique ciné : En avant

8 mars, 2020

en avant_onward_disney_pixar_dan scanlon_affiche_poster

On a déjà évoqué plusieurs fois le problème de Pixar, à savoir l’alternance entre films chapeautés par les anciens – lesquels perpétuent le génie du studio – et ceux des petits nouveaux flirtant davantage avec le tout-venant disneyen. Débarqué un peu de nulle part, En avant est alors à marquer d’une pierre blanche car pour la première fois nous assistons à l’accession d’un bleu, Dan Scanlon, au prestige de ses prédécesseurs. Déjà responsable du sympathique Monstres Academy, le bonhomme a semble-t-il parfaitement intégré la recette Pixar depuis et la ressort dans une oeuvre qui en coche ainsi tous les points forts : univers riche, original et attrayant, personnages attachants et humains, récit dynamique et surprenant, thématiques universelles et mâtures, animation magnifique et inventive… tout y est, emballé dans un road-movie fraternel aux accents Amblin-esques qui touchera tout le monde. Alors oui, petite parenthèse, nous sommes conscients de l’ironie qu’il y a à vanter une formule quand on a ce point défoncé une autre – celle du studio aux grandes oreilles en l’occurrence – mais c’est précisément parce que celle de Pixar repose sur la surprise et l’émerveillement, des notions bien loin des préoccupations de Mickey et ses sbires. En avant, c’est donc la promesse d’un avenir radieux, la perpétuation d’un savoir-faire qu’on pensait condamné à disparaître dans les méandres de la machine disneyenne. Alors allez-y la relève, en avant toute !

Critique ciné : The Gentlemen

8 mars, 2020

the gentlemen_matthew mcconaughey_charlie hunnam_guy ritchie_affiche_poster

Peu convaincant sur ses derniers efforts (c’est rien de le dire), Guy Ritchie s’offre une cure de jouvence avec The Gentlemen qui revient au cinéma qui l’a fait connaître, le polar criminel londonien. Et ça lui réussit fort bien ! On a beau en effet s’y détacher un peu des bas-fond pour frayer avec la haute et les marchés à plusieurs centaines de millions, sa patte est bien là, intacte, toujours aussi vigoureuse et gouailleuse et, pour le coup, quelque peu allégée en termes de tics visuels parfois envahissants. Attention, ça reste tout de même du pur Guy Ritchie hyper-conscient de lui-même (en témoigne l’approche franchement méta qu’il s’autorise) et dont nous identifierons tout de suite les grosses ficelles, mais le bonhomme s’y prend si bien pour dresser une galerie de personnages charismatiques en diable (putain de casting au passage) et restant cool dans les situations les plus tendues qu’on ne peut bouder notre plaisir. The Gentlemen, c’est le retour de Ritchie aux affaires et ça rassure fichtrement après la déconfiture Aladdin !

Critique ciné : Le Prince oublié

16 février, 2020

le prince oublie_omar sy_françois damiens_michel hazanavicius_affiche_poster

Le Prince oublié, pour le résumer grossièrement, c’est Vice-versa en version live et française. Une comparaison d’autant plus valable que le film repose pour beaucoup sur une des scènes-clé du chef d’oeuvre de Pixar, celle de la fosse où disparaissent les éléments de la mémoire devenus inutiles, et qui ne va pas être en faveur du suiveur puisqu’elle met en exergue ses mauvaises décisions. Déjà ce qui saute aux yeux, à savoir le choix de faire un long-métrage live qui ne permet pas de rendre honneur à la partie fantaisie pour des raisons économiques, techniques et artistiques, et à cause duquel l’entreprise prend parfois allures cheapos (répétition de décors, la scène des oubliés à la réalisation d’une platitude absolue…). Ensuite, le choix de faire incarner les rôles des deux mondes par les mêmes acteurs, idée bien compréhensible mais qui va paradoxalement complexifier la compréhension des personnages au point que celui qu’on cernera le mieux s’avère finalement être le méchant Pritprout (François Damiens au top), présent seulement dans le monde des contes. Enfin (et surtout), là où Pixar parle avec une voix adulte à l’enfant en chacun de nous, Michel Hazanavicius fait l’erreur de s’exprimer aux adultes avec une voix enfantine, faisant que Le Prince oublié est à mille lieues de l’excellence de son modèle. Reste une tentative courageuse de proposer un cinéma français différent et malgré tout plutôt bien fait (on critique beaucoup mais c’est au regard de ce que proposait le film de Pete Docter), ce que nous ne pourrons toujours qu’encourager.

Critique ciné : Le Voyage du Dr Dolittle

16 février, 2020

le voyage du dr dolittle_robert downey jr_antonio banderas_stephen gaghan_affiche_poster

Figure littéraire déjà portée à l’écran, le médecin qui parle aux animaux revient dans Le Voyage de Dr Dolittle, nouvelle adaptation qui se veut plus fidèle au matériau d’origine grâce aux SFX modernes. Bonne idée de départ, mais encore aurait-il fallu savoir s’y tenir. Le film donne en effet le sentiment d’avoir été réécrit maintes et maintes fois, trituré jusqu’à la dernière minute au point de ne plus savoir où il va. Comme un poulet sans tête. L’aventure en devient proprement incohérente et inconséquente, elle n’a plus rien à raconter et donne donc le change (essaye en tout cas) avec une aventure plus générique tu meurs et un humour aussi anachronique que racoleur. Même Robert Downey Jr paraît perdu face à ce bordel sans nom et se retrouve incapable d’emmener son personnage où que ce soit alors qu’il est censé être notre boussole dans le métrage. On comprendra mieux en sachant que la péloche est du fait du producteur de Alice au pays des merveilles et Maléfique, ce que vantait d’ailleurs fièrement le trailer. Une information qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille parce que là, on a quand même le top dans le genre relectures « modernes » dégueulasses de grands classiques, catégorie infamante que vient malheureusement grossir Le Voyage du Dr Dolittle. On venait pour en prendre plein les yeux, on repart en ayant reçu un pouce dans le cul. Merci docteur !

Critique ciné : Les Traducteurs

3 février, 2020

les traducteurs_lambert wilson_olga kurylenko_regis roinsard_affiche_poster

Rares sont les thrillers français qui nous intriguent par leur seul postulat, à faire preuve d’un minimum d’ambition. Inspiré par la traduction controversée du Inferno de Dan Brown, Les Traducteurs est de ceux-là avec son casting international, son contexte inédit et plus encore son intrigue en huis-clos, laquelle évoque donc autant Agatha Christie que les récits d’espionnage tout en interrogeant le monde du divertissement et de la culture, nos habitudes de consommation ou notre rapport à la création artistique. Chouette programme auquel fait honneur l’oeuvre finie, pas toujours très fine dans sa caractérisation des protagonistes mais diablement efficace dans sa construction du suspense, Régis Roinsard (réalisateur) et Romain Compingt (scénariste) s’en sortant bien mieux que ce que pouvaient laisser croire leurs CV. On les connaît en effet surtout pour la sympathique comédie romantique Populaire qui, ceci dit, se démarquait déjà du tout-venant du genre et explorait également l’existence de ces petites mains derrière les « textes qui comptent », les travailleurs de l’ombre. Belle réussite donc que ce Les Traducteurs, qui remplit ses promesses tout en levant le voile sur des artistes désireux de revitaliser le cinéma français en gardant un message cohérent. Nous n’en attendions pas tant.

Critique ciné : Jojo Rabbit

30 janvier, 2020

jojo rabbit_roman griffin davis_scarlett johansson_taia waititi_affiche_poster

Peut-on rire de tout ? Avec son nazi en culottes courtes ayant un Hitler facétieux pour ami imaginaire, Jojo Rabbit soulève légitimement la question chez les gens de peu d’imagination, le sujet restant tendu aujourd’hui encore (l’exemple de La Vie est belle de Roberto Benigni paraît bien loin). Et pourtant tout peut être drôle ou en tout cas le devenir, pour peu qu’on confie la tâche à quelqu’un sachant manier l’humour et ses différents registres ! Taïka Waïtiti est de ceux-là – lui qui a réussi à faire du troisième Thor l’un des meilleurs et des plus fun représentants du MCU – sans toutefois se limiter à ce statut de brillant trublion. En témoigne le faux documentaire Vampires en toute intimité dont il était l’un des maîtres d’oeuvre, plongée génialement décalée dans le quotidien de suceurs de sang où transparaissait malgré tout une réelle humanité et une certaine gravité. Jojo Rabbit ne fonctionne alors pas autrement : ses airs de comédie délirante ne sont là que pour nourrir le coeur du métrage, le récit d’un passage à l’âge adulte à la fois cruel et plein d’espoir nous donnant à contempler une oeuvre tour à tour drôle et émouvante, glaçante et tendre. Le tout avec un discours dont l’anti-manichéisme force le respect par son intelligence. Alors oui, mille fois oui, on peut rire de tout. Surtout lorsque c’est aussi bien fait qu’ici !

Critique ciné : Selfie

26 janvier, 2020

selfie_blanche gardin_manu payet_elsa zylberstein_max boublil_affiche_poster

La question de l’identité numérique a tant de ramifications qu’il fallait bien un film à sketches pour tenter d’en dresser un portrait à peu près cohérent, et telle est donc la voie choisie par Selfie. Celle d’un exercice qu’on ne croise pas si souvent mais dont les tares reviennent elles presque à chaque fois, à savoir une qualité et un intérêt très fluctuants d’un segment à l’autre. Un écueil évité par ce nouveau représentant du genre car si ce sont bien des cinéastes différents qui s’occupent de chaque récit, ceux-ci ont travaillé de concert à l’élaboration du projet. Ils ont su lui donner une réelle homogénéité artistique et tonale, dépassant de loin les classiques rappels ou connexions d’une histoire à l’autre et faisant que l’oeuvre ne peut être considérée que dans son intégralité. On saluera également la capacité du métrage à ne pas grossir démesurément le trait (doublée de choix de casting fort avisés), ce qui permet de conserver une certaine sympathie envers des protagonistes qui sans cela auraient aisément pu devenir antipathiques et provoquer notre rejet pur et simple (le titre complet n’ironise pas lorsqu’il parle d’ «honnêtes gens»). En somme, Selfie, on like !

12345...144