Critique ciné : The Dead Don’t Die

17 mai, 2019

the dead don t die_bill murray_adam driver_jim jarmusch_affiche_poster

Événement ! Avec The Dead Don’t Die, un film de zombies fait l’ouverture du festival de Cannes ! Et une comédie qui plus est ! En bons viandards que nous sommes, on ne peut refuser une telle proposition, et pourtant on aurait dû se méfier en voyant le nom de l’homme aux manettes, Jim Jarmusch, auteur quelque peu pédant et enfant-chéri des festivals cinés. Le bonhomme s’intéresse en fait au film de zombies dans la droite lignée du travail de George Romero, c’est à dire que les monstres servent de reflet à peine déformé aux travers de notre société consumériste, ils constituent une charge directe contre l’Amérique selon Trump. Jusque-là très bien, pas de soucis avec ça, sauf que Jimbo ne s’intéresse qu’à ça et seulement ça : faire passer son message. Il n’a aucun respect pour le genre (il le prend même clairement de haut) et n’en a strictement rien à foutre de son histoire, d’où un récit virant au grand n’importe quoi et fardé de références métas qui auraient pu être drôles si c’était du vrai second degré… sauf qu’on a surtout l’impression de voir Jarmusch ricaner en se titillant le nombril. Romero, lui, livrait un pamphlet frontal tout en racontant une vraie histoire, dans un vrai film, mais ici cela apparaît comme impossible tant l’ego du cinéaste bouffe tout l’espace. Et c’est bien dommage car même si l’ambiance est contemplative et les personnages plutôt clichetons, leurs (excellents) interprètes font qu’on s’attache malgré tout à eux, qu’on aimerait avoir peur pour eux, d’autant qu’ils ne manquent pas de créer quelques très bons moments de comédie. Mais non. The Dead Don’t Die, c’est en fait du ZAZ qui se prend grave au sérieux, la saison 3 de Twin Peaks quand on attendait la 1 ou la 2. Alors va te faire foutre Jarmusch. Et va te faire foutre Cannes.

Critique ciné : Hellboy

11 mai, 2019

hellboy_david harbour_milla jovovich_neil marshall_affiche_poster

Déjà porté deux fois à l’écran par le fan génial Guillermo del Toro sans qu’il puisse achever la trilogie envisagée, Hellboy revient finalement au ciné après avoir changé de mains. Changement de réalisateur donc avec désormais le sympathique Neil Marshall (The Descent, Centurion) aux commandes mais surtout changement de structure, les droits ayant été récupérés par Davis Films et Millennium Films. Des pros de la surenchère décomplexée, du divertissement déraisonné, à qui l’on doit par exemple les Expendables ou les Resident Evil. Voilà la nouvelle maison du démon rouge et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a facilement trouvé ses marques. D’un côté, le film fait ainsi preuve d’une générosité sans borne, livrant une aventure pulp sans temps mort pleine de gloumouttes, de bastons ultra-gores et parsemée de visions dantesques, le tout emballé avec tout le savoir-faire qu’on est en droit d’attendre de Marshall. Toutefois, en contrepartie, ce foisonnement ne va pas sans déséquilibrer l’intrigue, trop bordélique pour son propre bien alors qu’on pourrait difficilement faire plus basique (on sent qu’ils anticipent une ou plusieurs suites, la malédiction MCU en action), ni sans appauvrir le traitement des personnages réduit à peau de zob’ (le professeur Broom s’avère tout particulièrement insaisissable). Même le bestiaire n’échappe pas à quelques faux-pas assez consternants, tels ces esprits gutturaux au concept aussi dégueulasse que leurs SFX sont moisis. S’il se laissera donc mater sans trop de déplaisir grâce à sa bonne volonté pléthorique, cet Hellboy ne nous fera pas oublier notre frustration de ne jamais voir le troisième épisode promis par del Toro et, pire, il l’exacerbe tant il sacrifie la poésie et le coeur de ses adaptations sur l’autel du gavage de spectaculaire. Seule une version longue laissant davantage souffler la narration pourrait rattraper un tant soit peu cette déception.

Critique ciné : Détective Pikachu

8 mai, 2019

detective pikachu_ryan reynolds_justice smith_rob letterman_pokemon_affiche_poster

A la base, et même pour un fan de la licence Pokémon, le concept du jeu Détective Pikachu avait de quoi paraître incongru, trahissant plusieurs règles du lore et son principe même de gameplay. Autant dire qu’on ne misait pas un kopeck sur son adaptation en long-métrage, la rencontre jeux vidéo/cinéma nous ayant souvent conduit à de décevants résultats par le passé, et cependant… ça fonctionne ! Aussi fou que ça puisse paraître, Rob Letterman (Monstres contre Aliens, Chair de poule, le film) et ses équipes ont réussi à rendre crédibles des créatures aux looks pourtant complètement pétés grâce à un univers et une mise en scène très bien pensés, qui jettent sans cesse un pont entre notre réalité et celle du film (le futur Sonic devrait en prendre de la graine). Sans parler bien sûr des SFX à se décrocher la mâchoire. Peut-être est-ce alors dû à ce matériau d’origine en décalage avec l’image générique de la licence, offrant plus de latitude dans l’adaptation, ou bien au fait que le métrage gagne en plus ses galons de vraie oeuvre cinématographique de par ses oripeaux de film noir, lui faisant cumuler quelques belles ambiances dont certaines assez sombres (l’attaque des Capumains). Ok, la partie enquête de l’intrigue est très basique, mécanique (on reste devant un film ne voulant pas s’aliéner le jeune public), il y a pléthore d’incohérences et grosses ficelles, mais on rencontre également un tel humour (merci Ryan Reynolds), un tel rythme et un tel sens du spectacle qu’on est emporté par le tourbillon Détective Pikachu. Et puis quelle joie de voir enfin les Pokémons comme en vrai !

Critique ciné : Monsieur Link

8 mai, 2019

monsieur link_missing link_thierry lhermitte_eric judor_chris butler_laika_affiche_poster

On a déjà dit tout le bien qu’on pense du studio Laika, en fait à chacune de leurs sorties tant les équipes du fondateur Travis Knight excellent dans leur art, et leur Monsieur Link perpétue cette belle dynamique. Prolongeant en douceur la mouvance plus familiale du studio, le film ne bâcle pas pour autant le travail et constitue un nouveau tour de force technique et stylistique (voir les efforts considérables concédés pour que la mise en scène puisse s’affranchir des limites du medium, être aussi mouvante que dans le cinéma live) au service d’une histoire forte et émouvante, laquelle continue de préciser le discours humaniste qu’ont dessiné leurs précédents efforts. Le petit dernier pourra certes apparaître plus facile que ceux-ci, plus abordable (on pense parfois à Aardman sans que ce soit péjoratif), mais cela découle d’une obligation pour survivre sur marché de l’animation et, on le redit, n’implique en rien une quelconque trahison de la philosophie de Laika, de sa volonté de dénoncer les apparences par le biais de métrages à la fois beaux, malins et magiques. Sans être au panthéon de leur filmographie, Monsieur Link n’en demeure donc pas moins un excellent film d’animation, ce qui est déjà très bien. Bah oui, on ne peut pas pondre à chaque fois un Etrange pouvoir de Norman ou un Kubo.

Critique ciné : Shazam !

10 avril, 2019

shazam_zachary levi_mark strong_david f sandberg_dc_affiche_poster

Dans la galaxie DC, Shazam ! (ou Captain Marvel comme on le nommait il y a encore quelques années) constitue un peu le fond du panier. Infiniment moins populaire que Bat’ ou Sup’, moins connu que leurs comparses de la Justice League, la création de C.C. Beck et Bill Parker leur est pourtant à presque tous antérieure mais s’avère aujourd’hui totalement inconnue du grand public et permet donc, pour son passage au grand écran, de se lâcher sur le travail d’adaptation plus que d’ordinaire. Hormis quelques fans hardcore, pas de crainte de froisser qui que ce soit. Calquant sa structure sur le premier Spider-Man de Sam Raimi, modèle indéboulonnable de l’origin story, le film prend ainsi son temps pour présenter ses personnages – l’introduction est consacrée au méchant et non au héros, c’est dire – et joue à fond la carte de la comédie, du second degré (on se moque gentiment du DCEU) avec un côté sale gosse parfois rafraîchissant, afin de ne pas perdre en rythme et surtout d’intégrer au mieux dans un réel contemporain ce personnage somme toute assez risible (vraiment, quel costume de merde). Et ça fonctionne plutôt bien, il faut le dire, les deux grosses heures du métrage passant comme une lettre à la poste. Peut-être trop même, l’intrigue restant en définitive à la surface, superficielle, sans moments véritablement marquants ou presque. La faute certainement à la réalisation surtout fonctionnelle du suédois David F. Sandberg (Dans le noir, Annabelle 2), tellement à l’aise dans la comédie qu’il en oublie d’iconiser son récit et de lui donner un tant soit peu de classe, de grandeur. D’autres avant ont su se montrer drôles tout en faisant leur taf’ de super-héros (Les Gardiens de la galaxie, Deadpool et même Thor avec Ragnarok) mais Shazam ! paraît condamné à n’être qu’une petite péloche sympa, sans prétention… ce qui vaudra toujours mille fois mieux que Justice League !

Critique ciné : Dumbo

4 avril, 2019

dumbo_colin farrell_eva green_michael keaton_tim burton_affiche_poster

Pris d’une folie du recyclage à tout-va depuis quelques années, le studio aux grandes oreilles ne semble plus tellement en mesure de nous étonner (et ce ne sont pas Aladdin ou Le Roi lion qui vont à priori nous faire changer d’avis). Ainsi, malgré la présence de Tim Burton aux manettes, Dumbo ne semblait pas mieux parti. Et pourtant… Car là où la plupart de leurs remakes ne font que mettre en live les grands classiques animés, sans rien ajouter ou presque, celui-ci extrapole et modifie beaucoup son matériau d’origine, qui compte il est vrai parmi les Disney les plus «légers» (à peine plus d’une heure de durée, une intrigue picaresque sans réelle construction). Une trahison ? Non, une réappropriation plutôt, laquelle légitime le projet sans rien perdre de la portée émotionnelle de l’original, en dépit d’une présence humaine finalement plutôt bien traitée. Mieux encore, là où on peut facilement reprocher au réalisateur d’avoir vendu son âme à la souris ces dernières années (Alice au pays des merveilles a encore du mal à passer), son dernier effort propose une double lecture absolument étonnante où Dumbo/Burton, d’abord moqué pour sa différence, est ensuite admiré grâce à elle au point de rejoindre l’establishment, un Dreamland/Disney qu’il finira par faire s’écrouler de l’intérieur… Rien que pour ça, Dumbo s’impose alors comme le film le plus personnel de Burton vu depuis longtemps et on ne sait pas s’il tient de la prophétie mais une chose est sûre, on a plus envie que jamais de retrouver le génie de Burbank. Pour un feu de joie ?

Critique ciné : Us

30 mars, 2019

us_lupita nyong o_winston duke_jordan peele_affiche_poster

Ayant contre toute attente cartonné avec Get Out, sa première incursion derrière la caméra et dans le cinéma d’horreur, Jordan Peele persiste et signe avec Us. C’est ainsi le moment de s’affirmer, de prouver que le coup d’essai n’était pas un coup de bol, ce que l’ex-comique parvient haut la main à faire avec une péloche dessinant une véritable logique d’auteur entre la réutilisation de thématiques (le discours social, le constat sur les USA) ou de motifs (le climax révélateur pour lequel il faut descendre sous terre). Mieux, Peele met les bouchées doubles et plonge plus encore dans l’horreur – finis les intermèdes comiques qui alourdissaient Get Out – avec un sens de la mise en scène absolument admirable, la peur naissant par exemple davantage de la manière qu’ont les antagonistes de se déplacer dans le cadre que de bêtes jump scares (le combat final sur le remix mortifère de «I Got 5 On It» est aussi très classe). Une chose et sûre, le calvaire vécu par cette famille est foutrement stressant, d’autant qu’il est nimbé d’un mystère reposant pour beaucoup sur l’inquiétante étrangeté si chère aux théoriciens de l’histoire de l’Art. Quel dommage alors que l’homme aux commandes se prenne les pieds dans le tapis à quelques mètres de l’arrivée, la dernière bobine de Us tentant de rationaliser de manière bien peu convaincante ce qui aurait dû demeurer du fantastique pur, sans même parler d’un twist aussi inutile qu’il est rapidement éventé. Reste que Jordan Peele s’inscrit sans l’ombre d’un doute avec ce deuxième effort comme l’un des meilleurs et plus passionnants artisans actuels de l’horreur, et on souhaite très fort qu’il poursuive dans cette voie.

Critique ciné : Ralph 2.0

25 février, 2019

ralph 2 0_john c reilly_sarah silverman_rich moore_phil johnston_affiche_poster

Sans être vraiment soutenu par son studio qui n’y croyait pas plus que ça, Les Mondes de Ralph a pourtant remporté un vif succès critique et publique, justifiant ce Ralph 2.0 au moins autant que son alléchant et logique postulat : explorer les méandres du net après ceux des jeux vidéo. Une mission que le film remplit plutôt bien, par le biais d’une vulgarisation inventive et marrante que ne renierait pas Pixar et évitant la surdose disneyenne que nous faisaient craindre les trailers. Le tout est juste un peu entaché par l’intrigue personnelle des deux héros, non dénuée d’émotions mais menée par des protagonistes qu’on a parfois du mal à suivre, voire même à excuser. Pourtant, quels Disney peuvent se targuer de montrer une gamine faire des concours de rôts à la bière, d’évoquer le Tetsuo monstrueux de Akira lors d’un climax étonnamment malsain ou encore d’arborer fièrement un second degré toujours sympathique ? Hein, lesquels ? Rien que pour ça, Ralph 2.0 mérite qu’on ne boude pas son plaisir et qu’on prenne part à ce bug gentillet dans la galaxie des grands classiques Disney.

12345...139