Critique ciné : Tolkien

30 juin, 2019

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Jusqu’à quel point une oeuvre est-elle connectée à son créateur, dans quelle mesure la retrouve-t-on dans son parcours ? Telle est la question que se pose Tolkien, évocation de la vie de l’auteur de Bilbo le hobbit et du Seigneur des anneaux depuis son enfance jusqu’à la rédaction des premières lignes de son chef d’oeuvre. Un récit classique et efficace, mis en images avec élégance par Dome Karukoski (Tom of Finland), et au cours duquel on verra donc se dessiner petit à petit certains motifs des écrits de JRR, émerger certaines figures, en particulier lors de ces visions infernales de la bataille de la Somme où surgissent dragons et cavaliers encapuchonnés. Mais plus que cette chasse aux clins d’oeil et coïncidences qui ravirait juste les fanboys, le film a la bonne idée de se reposer pour beaucoup sur l’amitié liant Tolkien à ses camarades, un petit groupe d’artistes idéalistes en qui il va trouver de vrais frères, soit le thème au coeur même des écrits de l’auteur. Le métrage préfère donc à une accumulation factuelle, qui serait en plus fictive et forcée, un portrait émotionnel de son sujet. En cela, Tolkien raconte avec conviction les destins entremêlés d’un homme et de son oeuvre et constitue un biopic parfait pour cette légende de la littérature.

Critique ciné : Godzilla 2 – Roi des monstres

17 juin, 2019

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Persévérant dans sa volonté de concrétiser le MCU du kaiju eiga malgré la réception en demi-teinte des précédents volets, Warner Bros met les bouchées doubles avec Godzilla 2 – Roi des monstres, vendu comme une foire d’empoigne apocalyptique entre pléthore de monstres géants. Un programme alléchant mais qui, on le sait, peut très facilement se prendre les pieds dans le tapis de ses promesses, surtout lorsqu’on en vient si vite au combat royal dans une saga (remember Justice League ?). Catapulté aux commandes de son premier blockbuster, le plutôt doué Michael Dougherty (Trick ‘r Treat, Krampus) use de son expérience de scénariste pour livrer un script sachant respecter la nature « catastrophe naturelle » des monstres de la Toho tout en approfondissant la mythologie mise en place depuis deux films. Qui plus est, il donne à leur apparition simultanée une raison et une construction qui évitent au métrage de tomber dans le piège du buffet si garni qu’il finit par s’écrouler sous son propre poids. Pourtant, ce savoir-faire ne l’empêche pas de se planter sur les protagonistes humains, dont la caractérisation trouble et potentiellement intéressante se dilue dans un développement revenant comme par magie aux standards hollywoodiens. Soit le même problème que dans l’opus de Gareth Edwards, c’est à dire cette incapacité à sortir des schémas avec un traitement générique qui ne s’accorde thématiquement pas du tout aux quelques grandes idées que charrie l’intrigue, sans compter qu’il casse le rythme en faisant régulièrement redescendre notre pic d’intérêt. On sera néanmoins très vite et souvent réveillé par la partition tonitruante de ce bourrin de Bear McCreary mais aussi, et surtout, par l’avalanche de visions dantesques qu’offre Godzilla 2 – Roi des monstres, redonnant tout son sens et son gigantisme à l’expression « forces de la nature ». Rien que pour ça, on demande à voir la suite de ce kaijuverse. Et puis, c’est quand même cool les gros monstres qui se tapent dessus.

Critique ciné : Rocketman

31 mai, 2019

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Quelques mois après le succès de Bohemian Rhapsody, voici qu’arrive dans nos salles un autre biopic évènementiel avec Rocketman et si on les met en parallèle, ce n’est pas seulement parce qu’ils évoquent tous les deux le destin d’icônes rock et gay s’étant abîmées dans les excès. Ni parce qu’ils offrent à de jeunes comédiens prometteurs le rôle de leur vie, ici Taron Egerton qui continue de prouver qu’il a tout d’un grand. Non, si on les met ensemble, c’est en fait que ces deux métrages possèdent le même réalisateur, ou presque. Aux commandes dans le cas présent, Dexter Fletcher (Eddie the Eagle) est effectivement celui que la Fox avait appelé en renfort pour achever le biopic de Queen, Bryan Singer ayant été rattrapé par des démêlés avec la justice, ce qui ne fait que justifier plus encore le jeu des comparaisons. On remarquera ainsi très vite que là où Bohemian Rhapsody privilégiait une linéarité factuelle, Rocketman opte lui pour quelque chose de beaucoup plus déconstruit, plus fou, parce qu’il adopte en fait les oripeaux d’une véritable comédie musicale. Une différence cruciale qui se joue aussi bien aux niveaux visuel, narratif que musical, forcément, et à cause de laquelle le récit de la vie de Elton John pourrait sembler moins réussi que celui de Freddie Mercury. En effet, dès que se faisaient entendre les premières notes d’un tube de Queen, nous étions immédiatement transportés, le film nous menait sans cesse par le bout du nez et nous adorions ça. Ici, les classiques de Sir Elton se voient réappropriés, transformés afin de devenir des numéros musicaux bien troussés au demeurant mais aussi, obligatoirement, moins efficaces pour nous faire remuer sur nos sièges dès le premier visionnage. Ce que Rocketman perd donc en impact immédiat, il le gagne en personnalité propre. Celle de Fletcher, cette fois c’est sûr, mais aussi celle d’Elton John. Un mal pour un bien ?

Critique ciné : The Dead Don’t Die

17 mai, 2019

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Événement ! Avec The Dead Don’t Die, un film de zombies fait l’ouverture du festival de Cannes ! Et une comédie qui plus est ! En bons viandards que nous sommes, on ne peut refuser une telle proposition, et pourtant on aurait dû se méfier en voyant le nom de l’homme aux manettes, Jim Jarmusch, auteur quelque peu pédant et enfant-chéri des festivals cinés. Le bonhomme s’intéresse en fait au film de zombies dans la droite lignée du travail de George Romero, c’est à dire que les monstres servent de reflet à peine déformé aux travers de notre société consumériste, ils constituent une charge directe contre l’Amérique selon Trump. Jusque-là très bien, pas de soucis avec ça, sauf que Jimbo ne s’intéresse qu’à ça et seulement ça : faire passer son message. Il n’a aucun respect pour le genre (il le prend même clairement de haut) et n’en a strictement rien à foutre de son histoire, d’où un récit virant au grand n’importe quoi et fardé de références métas qui auraient pu être drôles si c’était du vrai second degré… sauf qu’on a surtout l’impression de voir Jarmusch ricaner en se titillant le nombril. Romero, lui, livrait un pamphlet frontal tout en racontant une vraie histoire, dans un vrai film, mais ici cela apparaît comme impossible tant l’ego du cinéaste bouffe tout l’espace. Et c’est bien dommage car même si l’ambiance est contemplative et les personnages plutôt clichetons, leurs (excellents) interprètes font qu’on s’attache malgré tout à eux, qu’on aimerait avoir peur pour eux, d’autant qu’ils ne manquent pas de créer quelques très bons moments de comédie. Mais non. The Dead Don’t Die, c’est en fait du ZAZ qui se prend grave au sérieux, la saison 3 de Twin Peaks quand on attendait la 1 ou la 2. Alors va te faire foutre Jarmusch. Et va te faire foutre Cannes.

Critique ciné : Hellboy

11 mai, 2019

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Déjà porté deux fois à l’écran par le fan génial Guillermo del Toro sans qu’il puisse achever la trilogie envisagée, Hellboy revient finalement au ciné après avoir changé de mains. Changement de réalisateur donc avec désormais le sympathique Neil Marshall (The Descent, Centurion) aux commandes mais surtout changement de structure, les droits ayant été récupérés par Davis Films et Millennium Films. Des pros de la surenchère décomplexée, du divertissement déraisonné, à qui l’on doit par exemple les Expendables ou les Resident Evil. Voilà la nouvelle maison du démon rouge et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a facilement trouvé ses marques. D’un côté, le film fait ainsi preuve d’une générosité sans borne, livrant une aventure pulp sans temps mort pleine de gloumouttes, de bastons ultra-gores et parsemée de visions dantesques, le tout emballé avec tout le savoir-faire qu’on est en droit d’attendre de Marshall. Toutefois, en contrepartie, ce foisonnement ne va pas sans déséquilibrer l’intrigue, trop bordélique pour son propre bien alors qu’on pourrait difficilement faire plus basique (on sent qu’ils anticipent une ou plusieurs suites, la malédiction MCU en action), ni sans appauvrir le traitement des personnages réduit à peau de zob’ (le professeur Broom s’avère tout particulièrement insaisissable). Même le bestiaire n’échappe pas à quelques faux-pas assez consternants, tels ces esprits gutturaux au concept aussi dégueulasse que leurs SFX sont moisis. S’il se laissera donc mater sans trop de déplaisir grâce à sa bonne volonté pléthorique, cet Hellboy ne nous fera pas oublier notre frustration de ne jamais voir le troisième épisode promis par del Toro et, pire, il l’exacerbe tant il sacrifie la poésie et le coeur de ses adaptations sur l’autel du gavage de spectaculaire. Seule une version longue laissant davantage souffler la narration pourrait rattraper un tant soit peu cette déception.

Critique ciné : Détective Pikachu

8 mai, 2019

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A la base, et même pour un fan de la licence Pokémon, le concept du jeu Détective Pikachu avait de quoi paraître incongru, trahissant plusieurs règles du lore et son principe même de gameplay. Autant dire qu’on ne misait pas un kopeck sur son adaptation en long-métrage, la rencontre jeux vidéo/cinéma nous ayant souvent conduit à de décevants résultats par le passé, et cependant… ça fonctionne ! Aussi fou que ça puisse paraître, Rob Letterman (Monstres contre Aliens, Chair de poule, le film) et ses équipes ont réussi à rendre crédibles des créatures aux looks pourtant complètement pétés grâce à un univers et une mise en scène très bien pensés, qui jettent sans cesse un pont entre notre réalité et celle du film (le futur Sonic devrait en prendre de la graine). Sans parler bien sûr des SFX à se décrocher la mâchoire. Peut-être est-ce alors dû à ce matériau d’origine en décalage avec l’image générique de la licence, offrant plus de latitude dans l’adaptation, ou bien au fait que le métrage gagne en plus ses galons de vraie oeuvre cinématographique de par ses oripeaux de film noir, lui faisant cumuler quelques belles ambiances dont certaines assez sombres (l’attaque des Capumains). Ok, la partie enquête de l’intrigue est très basique, mécanique (on reste devant un film ne voulant pas s’aliéner le jeune public), il y a pléthore d’incohérences et grosses ficelles, mais on rencontre également un tel humour (merci Ryan Reynolds), un tel rythme et un tel sens du spectacle qu’on est emporté par le tourbillon Détective Pikachu. Et puis quelle joie de voir enfin les Pokémons comme en vrai !

Critique ciné : Monsieur Link

8 mai, 2019

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On a déjà dit tout le bien qu’on pense du studio Laika, en fait à chacune de leurs sorties tant les équipes du fondateur Travis Knight excellent dans leur art, et leur Monsieur Link perpétue cette belle dynamique. Prolongeant en douceur la mouvance plus familiale du studio, le film ne bâcle pas pour autant le travail et constitue un nouveau tour de force technique et stylistique (voir les efforts considérables concédés pour que la mise en scène puisse s’affranchir des limites du medium, être aussi mouvante que dans le cinéma live) au service d’une histoire forte et émouvante, laquelle continue de préciser le discours humaniste qu’ont dessiné leurs précédents efforts. Le petit dernier pourra certes apparaître plus facile que ceux-ci, plus abordable (on pense parfois à Aardman sans que ce soit péjoratif), mais cela découle d’une obligation pour survivre sur marché de l’animation et, on le redit, n’implique en rien une quelconque trahison de la philosophie de Laika, de sa volonté de dénoncer les apparences par le biais de métrages à la fois beaux, malins et magiques. Sans être au panthéon de leur filmographie, Monsieur Link n’en demeure donc pas moins un excellent film d’animation, ce qui est déjà très bien. Bah oui, on ne peut pas pondre à chaque fois un Etrange pouvoir de Norman ou un Kubo.

Critique ciné : Shazam !

10 avril, 2019

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Dans la galaxie DC, Shazam ! (ou Captain Marvel comme on le nommait il y a encore quelques années) constitue un peu le fond du panier. Infiniment moins populaire que Bat’ ou Sup’, moins connu que leurs comparses de la Justice League, la création de C.C. Beck et Bill Parker leur est pourtant à presque tous antérieure mais s’avère aujourd’hui totalement inconnue du grand public et permet donc, pour son passage au grand écran, de se lâcher sur le travail d’adaptation plus que d’ordinaire. Hormis quelques fans hardcore, pas de crainte de froisser qui que ce soit. Calquant sa structure sur le premier Spider-Man de Sam Raimi, modèle indéboulonnable de l’origin story, le film prend ainsi son temps pour présenter ses personnages – l’introduction est consacrée au méchant et non au héros, c’est dire – et joue à fond la carte de la comédie, du second degré (on se moque gentiment du DCEU) avec un côté sale gosse parfois rafraîchissant, afin de ne pas perdre en rythme et surtout d’intégrer au mieux dans un réel contemporain ce personnage somme toute assez risible (vraiment, quel costume de merde). Et ça fonctionne plutôt bien, il faut le dire, les deux grosses heures du métrage passant comme une lettre à la poste. Peut-être trop même, l’intrigue restant en définitive à la surface, superficielle, sans moments véritablement marquants ou presque. La faute certainement à la réalisation surtout fonctionnelle du suédois David F. Sandberg (Dans le noir, Annabelle 2), tellement à l’aise dans la comédie qu’il en oublie d’iconiser son récit et de lui donner un tant soit peu de classe, de grandeur. D’autres avant ont su se montrer drôles tout en faisant leur taf’ de super-héros (Les Gardiens de la galaxie, Deadpool et même Thor avec Ragnarok) mais Shazam ! paraît condamné à n’être qu’une petite péloche sympa, sans prétention… ce qui vaudra toujours mille fois mieux que Justice League !

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